Interview de Jean Crusol, où la mémoire économique des îles à sucre
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : satyamJean Crusol est un universitaire et chercheur martiniquais, qui est passé par la politique et est auteur de quelques ouvrages qui ont fait de lui une référence sur les sujets des économies caribéennes vues notamment sous le prisme historique. Découvrez l’homme et son oeuvre dans cette interview.

Le rôle des livres, et en particulier les livres qui étudient les fondements historiques de nos sociétés, c’est de permettre de faire l’économie du temps nécessaire à l’expérience historique, de fournir les clés pour comprendre le présent et les leçons pour affronter l’avenir.
Jean Crusol.
Jean Crusol, pour permettre aux lecteurs de FWIyapin de vous connaitre un peu mieux, pourriez vous vous présenter ?
Je suis docteur es sciences économiques (Dauphine et Panthéon-Sorbonne) et professeur agrégé des universités. J’enseigne à l’Université des Antilles et de la Guyane, après avoir enseigné à l’Université des West Indies (Barbade, Trinidad, Jamaïque…) et dans d’autres pays.
Vous avez eu plusieurs vies professionnelles, pourriez vous nous les décrire succintement ?
Je n’ai pas eu plusieurs vies professionnelles. J’ai fait ma carrière entièrement en université. J’exerce aussi des activités de consultant dans ma discipline. J’ai par ailleurs eu des responsabilités politiques : député européen, vice-président du conseil régional de la Martinique, membre du conseil économique et social (Paris). Mais il ne s’agit pas là d’activités professionnelles car la politique, pour moi, n’est pas un métier.
Vous avez été dans la politique pendant un temps, quelle analyse sur le monde politique local en gardez vous ?
Le personnel politique en Martinique est comme partout : diversifié, avec quelques personnes de valeur et beaucoup d’autres peu reluisantes.
Quelle est selon vous, la marge de manoeuvre du politique local dans le développement économique des départements francais d’amérique ?
La marge de manœuvre est très large en matière de développement économique et les moyens financiers considérables. On peut faire beaucoup mieux que ce qui se fait actuellement, si l’on en a la compétence, l’efficacité et la volonté.
Economiste aujourd’hui, quelle est votre vision de l’économie locale ?
Le monde économique est nettement plus moderne et efficace que le personnel politique pris globalement. La Martinique développe depuis une quinzaine d’années l’une des économies de services les plus dynamiques de la Caraïbe. Le taux de création d’entreprises au cours de ces dix dernières années est plus élevé que dans bien des régions françaises. Mais les infrastructures publiques (routes, TIC…) ne suivent pas du fait de l’insuffisance d’anticipation et de la faible capacité de réalisation des principaux décideurs politiques.
En tant que conseiller, et éducateur, vous sentez vous investi d’une mission au service de votre département et de ses générations futures ? Quel devrait être le rôle de l’économiste dans la cité ?
Je suis universitaire et chercheur. J’ai toujours considéré que mon rôle est de produire des analyses et de la connaissance scientifique en matière économique et en science sociale, de la diffuser aux jeunes qui constitueront l’élite du pays, et de vulgariser, autant que faire se peut, des connaissances objectives dans le grand public. C’est pourquoi j’ai écrit de nombreux livres et articles, créé des cours nouveaux à l’université (sur l’économie régionale notamment), fait des émissions de télévision et de radio, et pris des engagements politiques.
Les jeunes que vous croisez à l’UAG sont-ils bien préparés à oeuvrer activement dans le contexte économique local et global ?
Je suis frappé par le degré d’ignorance de la plupart des jeunes qui entrent à l’université, des bases les plus élémentaires des réalités locales et régionales (économie, géographie, histoire, culture…). Ils n’ont, le plus souvent, que des notions vagues, impressionnistes….Par ailleurs, à mesure que s’est écoulé le temps, la proportion des nouveaux étudiants qui ne sont pas au niveau de culture général requis, c’est considérablement accrue. Ce qui ne veut pas dire que tous les étudiants n’ont pas le niveau requis.
Dans votre ouvrage « Les îles à sucre », vous donnez des exemples d’économies insulaires qui marchent dans la Caraïbe (Barbade…) Quels sont les caractéristiques de ces économies gagnantes ? Quels peuvent être les enseignements applicable aux département francais ? A contrario quels sont les plus mauvais élèves ?
Concernant les performances des îles indépendantes de la Caraïbe, la Barbade me semble la moins mauvaises, mais je n’y vois pas du tout un modèle pour les îles françaises. Dans la perspective de la globalisation, l’avenir des petites îles indépendantes est bien plus problématique que celui des îles qui sont intégrées à une grande nation. .
La situation de la Réunion sort-elle du cadre des îles à sucre ? Quels sont les parallèles à faire ?
L’île de la Réunion est aussi une île à sucre. Le dynamisme, les performances économiques et l’intelligence collective de la classe politique de cette île pourrait servir de modèle aux autres îles françaises.
Vous parlez de « société des services, de l’information et du savoir » comme modèle d’avenir. Quels pourraient être les types d’activités précis liés à ce modèle de société ?
J’ai donné dans les « îles à sucre » suffisamment d’exemples d’activités nouvelles de service qui se développent ou pourraient se développer. Les autres sont à inventer, car « la société des services de l’information et du savoir » est d’abord une société de l’innovation
Si Alfred Maire-Jeanne ou Victorin Lurel vous chargait de proposer votre plan de relance de l’économie locale (à la Attali) quel en serait les 5 points majeurs ?
Ni Alfred Marie-Jeanne, ni Victorin Lurel ne m’ont formulé une telle demande, et un plan de développement ne peut se résumer à cinq lignes…
Pour aller plus loin :
Visitez le site de Jean Crusol
6 Commentaires
frederic on avril 2nd, 2008
J’avais suivi une émission sur France Ô sur le même sujet. Très intéressant.
Qrystail on juillet 3rd, 2008
L’intèrêt d’écrire un livre est bien de pouvoir, entre autre, le vendre. Vous connaissez beaucoup d’éditeurs mécènes ! Yoya, votre remarque n’est pas pertinente. Toutefois, si vous connaissez des chercheurs, universitaires ou écrivains qui font don de leur ouvrage, donnez moi les références, je suis preneuse.
Vous pouvez dépenser quelques €uros, j’ai pour ma part lu quelques ouvrages de Jean CRUSOL et je puis vous affirmer que l’on sort des sentiers des « pawol initil » et des « pawol razié » de certains de nos prétendus politiques intellectuels ; que l’on sort de la médiocrité de la plupart de nos dirigeants qui eux n’ont jamais écrit une seule ligne -qui n’ont aucun égard pour les universitaires- et dont on a dû mal à déceler de véritables esprits de visionnaires et d’analystes…..
Élections européennes: kougniamaman Vote (2/2) | Fwiyapin on juin 2nd, 2009
[...] pas là d’improbable évènement. Les hypothèses de l’ancien député européen Jean Crusol donnent le résultat suivant: l’UMP remporterait le siège Atlantique en faisant 9,5 % des [...]
Sirène de Mawina on juin 3rd, 2009
Toute idée, toute géniale fusse-t-elle, ne sert à rien si elle reste dans les livres. Les idées de M. CRUSOL pourraient être un tremplin pour les économies de nos pays, mais, ceux qui mettent en œuvre les politiques sont-ils intéressés? Il faudrait bien plus qu’une écoute des propos de nos chercheurs; mais un mouvement vers une politique économique adaptée à nos pays dits ‘Outre- Mer’ c.à.d. au delà de l’autre pays auquel nous sommes rattaché, la France.
Le problème avec certain de nos politiques c’est qu’ils pensent avoir ‘la science infuse’ sans s’appuyer sur les travaux de nos chercheurs et universitaires qui ne demandent qu’à faire avancer nos économies, notre société etc…Mais leur choix politique trop affiché fait aussi hésiter …..
Jojo Nan Karnaval on juin 7th, 2009
Le site du Mr est down? Dommage, je trouvais l’approche intéressante sur le principe. Je suis prêt à dépenser quelques euros pour me faire un avis sur l’ouvrage



yoya on mars 27th, 2008
Cà a l’air drolement interessant, et malgrès les questions pertinantes de Satyam, Jean Crusol ne lache pas grand chose du contenu de son livre ni de ses idées : dommage, va vraiment falloir débourser quelques euros pour en savoir plus (est-ce la une « technique d’économiste » ?
)