Mémorial Acte, dont acte

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Le 27 mai de cette année 2008 n’aura pas été uniquement le jour du relais inter-entreprises, manifestation sportive à laquelle participent collectivités, associations de fonctionnaires, militaires (tiens c’est “marrant” ce n’est pas l’armée que Bonaparte a envoyé en 1802 pour rétablir l’esclavage?) et bien sur, comme son nom l’indique, des acteurs économiques privés. Félicitations à l’équipe gagnante, dont nous ne nous souvenons plus du tout. Non, ce jour-là, se déroulait quelque chose de plus important. C’était la pose de la première pierre du Mémorial Acte. Mémorial Acte? Ka sa yé sa?

Sur le site de l’ancienne usine Darboussier, autrefois propriété du riche et puissant béké Ernest Souques, se succèdent à la tribune (présidentielle s’il vous plait) le maire de P-à-P Jacques Bangou, le président du conseil général Jacques Gillot, le président du CIPN(*) Luc Reinette, puis le président du Conseil Régional Victorin Lurel. Le soir venu, musiciens de jazz et de gwo ka ont animé la scène tandis que la Région offrait le bwè é manjé (mais si, mais si!). Vous pensez bien que si tout ce beau monde était réuni, c’est que l’évènement n’était pas négligeable. L’ambition du projet, baptisé Mémorial Acte est de créer un musée de l’esclavage, chose qui n’aurait jamais été entreprise nulle part ailleurs dans toute la Caraïbe. Grand et ambitieux projet, puisque comme l’ont expliqué les différents orateurs et surtout M. Reinette, il s’agit de montrer à une société post-esclavagiste que ses composantes ethniques actuelles doivent leur présence à l’esclavage des noirs.
La genèse de cette société commence par le massacre des indigènes par ces colons venus de France, asservissant des hommes arrachés à l’Afrique. Suivront les Indiens sous contrat, qui ne rentreront jamais non plus au pays natal; les premiers fouleront le sol arrivés par l’Aurélie en 1854. La présence des trois principales populations sur ce bout de terre qui n’étaient pas le leur est bien le fait de l’esclavage et de ses conséquences.

Des stands munis de panneaux assez bien réalisés présentaient le projet architectural du Mémorial et l’histoire de l’esclavage de l’antiquité à nos jours. En regardant de plus près le projet d’aménagement (Le Mémorial s’inscrit en effet dans la continuité de l’aménagement du bord de mer de P-à-P de Lauricisque à Fouillole), on constate que le futur musée sera à proximité de cinémas, d’hôtels et de « logements intermédiaires » dixit Jacques Banguou, fils d’Henri. Pourquoi pas un énième Mc Do ou KFC, d’ailleurs parmi les rares établissements ouverts en ce jour férié? Faut-il être nostalgique de la mise à sac d’un fast food similaire il y a quelques années? Non, mais force est de constater que la mondialisation, la standardisation, et l’acculturation ne sont pas compatibles avec le devoir de mémoire.

La maquette laisse entrevoir un projet d’une très grande ambition. Inutile de préciser que ça va douiller, mais au diable l’avarice, le projet n’en vaut-il pas la peine? Et puis, ça sera toujours ça comme argument de campagne pour les prochaines régionales… On voit déjà le tableau, la gauche s’attribuera ce devoir de mémoire et la droite lui rappellera le montant de la douloureuse en prétextant qu’elle aurait fait mieux avec la manne de la collectivité. Sans surprise, le discours du président du CIPN, qui est l’initiateur du projet, a récolté le plus d’applaudissements. Lurel a voulu, une nouvelle fois briller en public en employant des tournures savantes que la foule a parfois eu du mal à saisir. Il avait invité un membre du CRIF à s’exprimer à la tribune. Ce n’était pas une raison pour en faire des tonnes, en insistant bien que les guadeloupéens n’étaient pas des Dieudonné en puissance…

Selon les plans, l’entrée de l’exposition permanente se fera dans une atmosphère anxiogène “cale de bateau” avec des murs se resserrant sur les visiteurs, et des marquages au sol pour montrer les conditions abominables de la déportation des esclaves. S’en suivra une porte lumineuse qui donnera sur un code noir (promulgué par Colbert en 1685) où défileront ses articles définissant le nègre comme meuble. Les visiteurs attendront-ils sagement que défilent la totalité du code infâme? Souvenons-nous de l’article 38:

“L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lis une épaule; s’il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d’une fleur de lys sur l’autre épaule; et, la troisième fois, il sera puni de mort”

On peut rester perplexe devant l’anglicisme “black box with silver roots” dont fait mention le projet, mais les concepteurs doivent comprendre et pouvoir l’expliquer. Et non il n’y aura pas de fromager, mais un figuier maudit au centre de l’ouvrage qui “lancera” très loin ses racines…
Il paraît bien proche de la mer notre mémorial. Et si le mauvais oeil d’un cyclone refuse de passer exactement à son emplacement, tiendra-t-il le coup? Le système sophistiqué de la mise en scène “déportation” résistera-t-il bien au temps? Si on met un cinéma à côté, les touristes ne représenteront-ils pas la majorité des usagers? Gageons que ces médisances ne se réalisent pas.

L’espoir de nombreux visiteurs: que les évènements de Mai 67 – massacres et exactions commis par les forces de l’ordre suite à une manifestation de grévistes du BTP – soient également relatés dans ce musée et que la Mémoire et l’Histoire soient sereinement partagées et préservées.

(*) comité international des peuples noirs

5 Commentaires

Shaka Zulu  on juillet 17th, 2008

An té la jou-la sa é on jous fè on pati a mach-la èvè yo.Apré sa nou rété owa La Darse é nou woupran mach-la pou nou ay jwen Darboussier.An ka fè moun rèmawké kè nou lonjé mur-la ki té ka rèprézanté masakre a Mé 67 é nou pa rété.Pou ki biten nou pa rété? Sé padavwa Mé 67 FRE toujou, sa ké déranjé Léta kolonyal.Jous aprézan yo po ko di nou komen gwadloupéyen yo kyouyé kon sa?A Darboussier an gadé, an touné é viré é mwen pa rété padavwa présans a gouvènè-la é boug Vyézabitan-la té ka jenné mwen é yo té jous envité on rèprézantan a lè Crif.Kalité owganizasyon jwif-la sa an pé pa sipòté’y!Sé vré kè pèp Gwadloup ka konstwi’y é an ka èspéré kè gwadloupéyen ké vwè kè yo sé on pèp a Karayib-la ki pa menm biten ki tala ki ka trouvé’y a 8ooo km dè’y é an ka èspéré i ké sonjé libéré’y dè jyouk-la yo fouté’y-la.I ja lè pou nou grandi, komen tan nou ké rété ti-moun ankò?

Kam  on juillet 17th, 2008

An ka kompwen prézens a Lirèl té ka fèw chié :)
Mè sé li ki ka méné chiff ossi… Reinette di kè i pa politikmen dako évè missié mè yo rivé mèt yo dako pou byen a gwada.

Shaka Zulu  on juillet 18th, 2008

Ou ka tou konprann Lik Rénèt sé on konbatan a libérasyon a nasyon gwadloup alò kè Lirèl sé mak a Lasimilasyon an péyi an nou.An tout mannyè yo té oblijé mèt yo dakò padavwa Lirèl prézidan a Réjyon Gwadloup.Rénèt té oblijé fè èvè misyé.Sé té ké Lisèt sé té ké menm biten-la.Mwen an pa ka atann gran zafè dè on boug kon Lirèl nou tout savé kè misyé bizwen fouté plis péyi gwadloup an ba jyouk a fwansé.

mr_x  on juillet 18th, 2008

non lurel fait son chif c’est tout …
je pense pas qu’il est grand chose à f…. de la france ou des guadeloupeens

je me suis mis en anonymat pour que si demain j’ai besoin de subvention il ne me fen’ pa le tchou LOL :-D

(In)dépendance vous dites? ça dépend...  on août 27th, 2008

[...] par Luc Reinette – président du CIPN qui se bat maintenant sans violence pour la construction du Mémorial Acte – et le pénible Edouard Boulogne, professeur de philosophie, le bouquin nous replonge dans les [...]

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