Métro Aimé Césaire: le rouge ou le noir?
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : Kam
Le 17 avril dernier, Aimé Césaire rendait son dernier souffle. Tout le monde encensait bien hypocritement le chantre de la négritude. Cette triste nouvelle fut néanmoins l’occasion pour relire ou tout simplement lire des morceaux de l’œuvre du poète. Si vous faites un sondage autour de vous en demandant à vos proches quels sont ceux qui ont lu Césaire, vous les compterez certainement sur les doigts d’une main. Après les politiques hexagonaux qui sont partis de l’autre côté de l’atlantique lui rendre hommage, voilà ceux qui, démarche plus louable, veulent lui rendre hommage en le fixant dans nos mémoires à travers les infrastructures publiques. On s’en souvient, certains politiciens avaient suggéré l’idée saugrenue que la dépouille de l’auteur du cahier d’un retour au pays natal devait reposer au Panthéon! Plus judicieux, un agent de la RATP, régie autonome des transports parisiens, Edouard Tinaugus, a initié le projet d’une station de métro portant le nom du nègre fondamental (source: blog de François-Xavier Guillerm). On doit déjà à ce monsieur d’avoir obtenu le rétablissement des armoiries de la Martinique et la Guadeloupe à la station de métro Nation (quais de la ligne 9). Évidemment les politiciens se précipitent sur le projet comme des cabris sur votre pique-nique à Pompière. Mais il faut bien passer par ce mal nécessaire pour voir ce projet concrétisé. Le maire socialiste d’Aubervilliers Jacques Salvator et le député-maire de Drancy Jean-christophe Lagarde du Nouveau Centre (pas sarkozyste mais presque) soutiennent cette initiative qui semble transcender la politique. Disons plutôt que les populations de ces élus sont devenues un enjeu électoral. Ces derniers font des zié dou et des clins d’œil appuyés à la communauté antillaise de la Seine-Saint-Denis. Lagarde a dégainé sa plume et a écrit à Jean-Paul Huchon, patron du STIF, syndicat des transports d’Ile-de-France, ainsi qu’à Dominique Bussereau, secrétaire d’État en charge des Transports auprès du pote de Bernard Tapie, trainant le plus souvent possible à la buvette de l’assemblée nationale. Attention à ce que le député qui pousse à fond la carte communautaire ne joue pas avec les habitants de sa circonscription la tragédie du (neuf-t)roi Jean-Christophe. Salvator, lui veut mettre de l’Auber dans ses épinards et a déjà inauguré, en fait renommé, un parc Aimé Césaire dans sa commune.
Bon, ne pinaillons pas, direz-vous. Si la politique politicienne et la segmentation communautaire peuvent mener à terme ce projet d’hommage, pourquoi s’y opposer? Précisément parce que la station choisie sera sur le prolongement de la ligne 12. Actuellement le terminus au nord de la ligne est la Porte de la Chapelle si chère à Doc Gynéco (condoléances à ses fans pour sa mort musicale et artistique). Et alors? Et bien sur les trois stations prévues il faudra en débaptiser une. Les arrêts Mairie d’Aubervilliers et Pont de Stains semblent épargner. Vous trépignez d’impatience en vous demandant quel peut être ce satané nom à déchouker pour l’attribuer. Le nom pour l’instant choisi par le STIF pour la première station à être construite est Proudhon-Gardinoux. Exit le théoricien de l’anarchisme?

Proudhon Courbet sur ses foutues idées
Les anarchistes n’attendent pas de l’État ou des collectivités un hommage à celui qui propagea ses foutues idées, pour paraphraser Léo Férré. Qu’en pensera la très libertaire RATP, Réseau pour l’Abolition des Transports Payants? Pour prendre le métro à une station Proudhon le ticket sera gratuit cela va de soit! Le métro étant à tout le monde, puisque la propriété c’est le vol, il ne restera qu’à faire tomber toutes ses barrières et autres tourniquets sur le reste du réseau.
Sur la future ligne du tramway sur pneu reliant Saint-Denis à la gare de Garges-Sarcelles, à la limite de Saint-Denis et de Pierrefitte, est prévue une station en hommage aux deux innocents exécutés dans le pays de la statue de la liberté, Sacco & Vanzetti. La station n’existe pas encore, et à ce rythme là, on trouvera quelqu’un d’autre, un illustre disparu de gauche à commémorer dans un site de transport public. Bon, leur statut de martyrs leur donne une bonne option pour être maintenus. L’anarchie est une théorie mal connue (par l’auteur de cet article par exemple) mais le premier lieu commun la concernant est de l’amalgamer au chaos ou au désordre. Il n’y a qu’à parler avec des anarchistes – y en a pas un sur cent et pourtant ils existent – pour s’apercevoir qu’ils sont fédérés et que leurs puissants idéaux ne s’assimilent pas à la chienlit. D’ailleurs, l’étymologie du mot elle même fait référence à une absence de commandement, à la disparition du pouvoir de l’État et du gouvernement. Ce sont les détracteurs de l’anarchisme qui ont distillé dans les esprits cette idée de foutoir digne de Capharnaüm. Qui a écrit les égorgeurs, livre censuré et saisi durant la guerre d’Algérie? Un anarchiste du nom Benoist Rey qui peignit sur les quais de la Seine après octobre 1961 l’inscription suivante: « ici on noie les algériens ». Vous connaissez plus d’anars (de gauche bien sur, parce que de drôles d’hurluberlus se sont proclamés anarchistes de droite) que vous ne le pensez et ils méritent qu’on n’oublie pas leur combat contre un État oppresseur et l’alliance du sabre et du goupillon.
Pour ceux qui objecteront que Césaire, à la fin de sa vie était plus rose que rouge car il siégeait à l’assemblée nationale comme député apparenté PS après avoir été non inscrit; signalons qu’avant sa rupture en 1956 avec le parti communiste français (lettre à Maurice Thorez que vous pouvez lire ici) , il a déjà écrit son plus célèbre ouvrage et s’est engagé en politique avec ce parti. D’ailleurs dans sa lettre il ne renie ni le communisme ni les idées de Karl Marx… Marx, qu’a connu Proudhon jusqu’à qu’ils s’embrouillent pour leurs théories divergentes.
Quel dilemme, lequel de ces «grands» hommes sacrifier? L’auteur du discours sur le colonialisme, qui à l’époque où il écrit ce texte fracassant et détonnant marqué par le vocabulaire de l’époque appartient au parti communiste? Un de ces illustres aînés socialistes qui sera le premier à se proclamer anarchiste? Doit-on commémorer un immense poète, concepteur de la négritude ou un grand théoricien qui a lui aussi marqué les hommes de toutes couleurs?
Pourquoi ne pas appeler la station Césaire-Proudhon? belle alliance du rouge et du noir!
4 Commentaires
Ga.L on août 13th, 2008
Mkr Macbokit! La solution n’est pas bien compliquée. Il faut juste savoir si 1)à la station Proudhon il y aura un petit élément éclairant sur la vie, les idées et l’oeuvre de l’homme. Si oui, woulo bravo.2)Pont de Stains, je suis désolée pour les habitants de Stains mais on n’a pas fait plus pourri comme nom hypothétique de station. Et si les gars ont vraiment envie de marquer un grand coup pourquoi ne pas nommer toutes les stations d’après des hommes aux idéaux révolutionnaires (toute proportion gardée, je ne suis ni pour la terreur, ni pour les goulags)? Histoire de faire en sorte que pdt les jours de grève, les gens apprennent qqc en attendant désespérément un métro qui ne viendra pas.
Kam on août 13th, 2008
postscriptum
Nous avons oublié le lien de la lettre adressé au secrétaire général du PCF de l’époque:
http://lmsi.net/spip.php?article746&var_recherche=lettre%20thorez%20cesaire
De plus, concernant le réseau d’abolition des transports payants il faut bien évidemment lire LE et non « la » RATP.
Mè gwadloupéyen toujou ka ba moun koud’roch’!! wa konnèt !!!
Macbokit merci de ton aide, mais les fwiyapinautes, vraies graines d’anars ne veulent obéir à aucun maître aussi sympathique soit-il.
Au vu des résultats du vote au moment où j’écris ces lignes, j’en assume entièrement la responsabilité et j’en tire les conséquences qui s’imposent en me retirant définitivement de la vie pol… Hé Lionel sors de mon corps!!!
An ka pran an tou piti vakans’ mè sé pou rouvin’ pli égri!!!
metrober on août 13th, 2008
Pour ceux qui n’habitent pas Aubervilliers et ne connaissent donc pas le « Pont de Stains » signalons que le carrefour s’appelle « Rol-Tanguy » du nom de celui qui a dirigé l’insurrection de la région parisienne en août 1944 et a ainsi contribué à la libération de Paris. Lui donné le nom d’une station de métro semble donc tout à fait justifié.



Macbokit on août 13th, 2008
Le concept de la négritude n’était-il pas un anarchisme en lui-même? « ni dieu (blanc) ni maître (blanc)? »
A vos stylos, je ramasse le tout dans 3 heures