Notre environnement: Saloptaj’…

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L’an dernier au mois de juillet se tenait au centre Lézard de Pointe-à-Pitre, à côté de la mairie d’un mabouya qui a passé le relais de sa ville-étape à son fiston, un spectacle censé sensibiliser les Guadeloupéens à leur environnement et au problème des ordures ménagères. C’est le nom de cette oeuvre qui a donné le titre du présent article éponyme. L’objectif ambitieux en valait la peine: dans la pièce musico-théâtrale nos déchets s’animaient, les sacs plastiques et les fatras se retournaient contre les hommes. Les spectateurs ravis de ce rappel à l’ordre écologique, ne ce sentaient nullement concernés par la mise en garde à laquelle ils venaient d’assister et on sentait une foule imbue d’elle-même, donneuse de leçon qui allait partir donner la belle parole comme un missionnaire aux peuplades inférieures mais sans jamais appliquer ses si beaux principes. Nous aurions pu leurs prêter la sartrienne formule: Saloptaj sé lé zot. Seulement nous sommes aussi parmi les auteurs du crime kont’ lagwadloup que chante un groupe peu Soft. Ce soir là, nous sommes tous repartis dans nos voitures après une couche de peinture verte sur nos carrosseries, l’organisation offrant des pieds de plante donnant des éponges végétales. Ce doit être ça le développement durable, parler dans le vent, brasser de l’air telle une éolienne, s’agiter dans tous les sens à l’instar d’un électron de plutonium, s’enflammer comme un derrick en Irak, pour mieux faire barrage aux véritables solutions et continuer l’entreprise de destruction. Comme souvent, ce soir là on a entendu des paroles pleines d’emphase, un volontarisme à en faire rougir d’envie Sarkozy et des tas d’applaudissements suivis d’autosatisfactions. Se frotter les neurones et les synapses au savon biologique, Fwiyapin n’est pas contre, c’est un des rares lavages de cerveau qu’il encourage. Mais quand ce sont le gouvernement ou ceux qui ne veulent pas changer de paradigme qui le disent, ça empeste la propagande. Le grenat de l’environnement ne s’arrêtera pas sur votre chemin, il n’aime pas les sentiers boueux, la mangrove ou nos belles plages de sable. Il ne roule qu’avec bitume et asphalte. Les plus naïfs de nos natifs y ont peut-être cru un instant, qu’ils ouvrent les yeux, dans les faits les chantiers du démantèlement social et de la non-rénovation de l’habitat écologique insalubre se poursuivent. Certes nous sommes dans un contexte d’immondialisation, mais à un moment où nous avons l’intuition que la globalisation va faire marche arrière interrogeons-nous sur la pertinence de projets tels que Vigie Gate.

Nos sols sont pleins de chlordécone, interdite chez les si peu précautionneux étasuniens depuis 1976, sur le sol hexagonal en 1990 et aux Antilles françaises une dizaine d’année après. Il n’y a pas de petites économies, Il faut bien écouler les stocks chez nous, réceptacles que nous sommes de toutes les saloperies et produits dont on ne veut pas ailleurs. Pourquoi ne pas enterrer les déchets nucléaires des 58 Tchernobyl en puissance d’hexagone en Guadeloupe ou en Martinique? Nos amis américains enterrent bien les leurs dans les réserves indiennes… Ah oui ! Nous sommes en zone sismique, proposons cela aux Calédoniens qui auront de quoi remplir les gros trous qu’ils font pour extraire leur nickel. Ou aux Polynésiens, qui profitent déjà des retombées radioactives des essais nucléaires d’Hirochirac et d’avant J.C. Cancer contre euros sonnants et trébuchants, et vous n’êtes pas heureux? Notons, sûrement avec mauvais esprit et mauvaise foie, que les essais nucléaires français n’ont jamais eu lieu sur le territoire hexagonal. Alors que l’Algérie devient indépendante en 1962, les accords d’Evian permettent à la Gaule de De Gaulle de faire exploser joyeusement des montagnes dans le Sahara. L’ancien ministre de la défense Mesmer, récemment décédé, a même reçu une gerbe radioactive en assistant au fameux essai foireux Gerboise bleue. La grande muette ferme sa gueule comme à l’accoutumée sur ces évènements post-coloniaux au cours desquels certains de ses soldats y ont gravement morflés. Les civils eux réclament des comptes…

Revenons à nous, moutons, nos sols agricoles souillés ne sont pas une mauvaise nouvelle pour tous. Déclassés, puis déclarés en zones constructibles par nos élus qui déterminent le POS(*) de PLU en PLU(*), ils sont une formidable opportunité pour les promoteurs immobiliers. L’autosuffisance alimentaire devient irrêvéversible et la culture vivrière laisse place à la culture mortifère du béton. La terre en bave de pesticides, ce qui a pour conséquence que la mer n’est nullement épargnée. Les poissons ont des traces du polluant organo-persistant, l’eau de pluie ruisselant des plantations jusqu’au rivières qui se déversent dans l’océan.
La balance commerciale de la Guadeloupe a un taux de couverture de moins de 8% (données INSEE 2004). En d’autres termes, à chaque fois que nous exportons 8 tonnes de rhum, sucre, banane ou autres ; nous importons 100 tonnes de produits extra-territoriaux qui se déversent sur notre bénie île. Les décharges de Grand-Camp et de Baillif sont pleines, n’en jetez plus! Il y a bien à Sainte-Rose ce projet de centre de stockage de déchets ultimes. Ce sera la solution finale? Les habitants de la plus grande commune de Gwada trouvent qu’ils ont déjà suffisamment donnés avec l’usine de Bonne-Mère, son méthaniseur, ses rejets dans la Grande-Rivière à Goyaves et la porcherie de Lurel, mais pas celui auquel vous pensez. Nos politiques portant le projet, épaulés par une flopée d’experts et de techniciens forcément compétents, ont beau jeu d’accuser les inquiets, manifestants et autres réfractaires d’être atteints du syndrome NIMBY, not in my back yard A.K.A a pa douvan karé sol an mwen zo kay fè maji a zot’!
Cet encombrant problème nous renvoie à nos contradictions. Avec un incinérateur nous consumerions les krazis de ce que nous consommons à outrance, avec les riques sanitaires qui vont avec. Mais le stockage n’empêche aucunement les combustions spontanées dues au méthane en grande partie. Ainsi maladies respiratoires, asthme et autres saloperies atteignent les riverains sans même parler du bruit et de l’odeur… Fwiyapin vous invite à une promenade dans le parc national, le long de la route de la traversée de la maison de la forêt à la fin de la trace de la rivière Quiock ou encore sur la courte distance séparant le gîte des Mamelles et le départ de la trace des Crêtes. Vous pourrez alors constater par vous-mêmes l’incroyable quantité de canettes, de bouteilles en plastique, débris de verre et résidus d’emballages souillés jetés par les prostitués d’un proxénète nommé Donald. Les amateurs de colombo d’excréments se repaissent de leur merde-curry dégoulinant sur les lieux remarquables de notre archipel comme la percolation dans le fond d’une décharge. Mais ne restons pas nombrilistes, nous sommes champions olympiques dans cette discipline et faisons un zoom arrière.

La problématique de la planète recouverte de toutes ces saloperies d’origine anthropique inspire même Hollywood. Le dernier-né des studios Pixar, film d’animation réussi loin d’être une ordure cinématographique à la Hancock, dénonce nos modes de vie occidentale menant à la fin de la vie humaine sur terre. Néanmoins Wall-E ne mérite pas l’appellation de fable écologiste. Dans ce nouveau Disney, les humains sont sauvés grâce à l’aérospatiale et survivent dans l’espace sans une once de végétal contredisant la célèbre phrase apicole attribuée peut-être à tord à Einstein. Ce sont même les machines et les robots qui redonnent espoir aux hommes. Cela ne vous rappelle pas l’ex futur président des États-Unis? Une grenouille plongée dans une eau tiède barbotant dans un liquide de rêve américain, de positivisme, de méthode Coué, de « tous ensemble tout devient possible » alors que la température du bain augmente. Ne soyons pas des batraciens, la fin risquerait d’être Gore…
Aux frontières de la France, pas le Brésil ou le Surinam, mais dans un pays fondateur historique de l’Union Européenne, on arrive à faire beaucoup mieux que nous en matière de saloptaj’. Corruptions, pots de vin, magouilles et dessous de table, marchés publics cassés et offerts au plus offrants, gestions des déchets toxiques remportées par ceux qui garantissent les plus bas coûts au mépris de la sécurité, prévarication et abandon du politique; voici l’Italie de Berlusconi, asphyxiée par l’étreinte des tentacules de la pieuvre. C’est le tableau que nous décrivent le documentaire Biutiful Cauntri et Gomora, le film sur la Camora, grand prix du jury du dernier festival de Cannes. Dans le premier, on assiste à des scènes hallucinantes: de l’amiante à ciel ouvert et des déchets industriels peu recommandés dans des décharges sauvages au milieu de pneus qui brûlent. Les décharges autorisées par les autorités ne font pas non plus grand cas du respect de l’environnement et des millions de tonnes d’ordures, compactes, ordonnées en de jolis cubes en attente d’être traités, donnent une belle plus-value aux magnifiques paysages italiens. Les brebis et les agneaux crèvent de la dioxine qu’ils broutent dans leurs verts pâturages. Les bufflones qui nous donnent la mozzarella ne sont pas non plus épargnées, toujours les animaux avant les humains…
Le film tiré du bouquin de Roberto Saviano, même pas trentenaire et vivant sous protection, dépeint magistralement tout le cynisme et même la bonne conscience dont se parent ceux qui font enterrer des fûts toxiques et mélangent des poisons à des boues d’épandage destinées à être étaler sur des champs. Les paysans, criblés de dettes, premières victimes, vendent leurs terres pour en faire les décharges de la mafia et leur cimetière.

Tou sa pou di kè tout’ koté si latè, nou rivé la nou té kay la… komba la finn’?
Dominik Coco ka di nou pa pèd espwa adan an dènié son ay:

An kontan an sé an solda lanati
davwa nonm ka disrispèkt lavi
Enni gadé sé opli bonm ki ni
Onlo biten mistik kon tsounami

Dominik Coco, Solda Lanati, léspri kaskòd

* POS: plan d’occupation des sols
PLU: plan local d’urbanisme

7 Commentaires

paxamama  on septembre 2nd, 2008

merci tikam de nous infliger toutes ces lignes,très bon article,intéressant,structuré, mesuré, renseigné… Pourvu qu’on t’entende,car c’est par chez nous qu’on doit commencer.Je tiens à rappeler aux guadeloupéens que juste à coté de nous existe une ile prénommée Dominique, qui en dépit du mépris que lui accorde ses voisines françaises, s’est convertie avec une énergie folle en joyau international du sain, du naturel et du responsable. Les dominicais sont un exemple magnifique à suivre, n’en déplaise à ceux qui ont besoin de les écraser pour s’élever…
Réfléchi ti bwen,lilèt an nou toupiti, ki jan pou y pé sipoté chaj bétiz la sa? Kon ou té ka di, nou tout responsab! J’espère que tout les fwiyapinautes liront jusqu’au bout l’article et retiendront au moins la morale de l’histoire: DoKo an mèt!!!!!
je vous bigue uppe chaudement pour votre balan, pa pèd li!

samuel_otdk  on septembre 4th, 2008

C’est bizarre là personne ne parle …
Par contre, pour construire des routes, des complexes pour riches etc … il y a du monde …

A quand le lancement de l’opération « Rékréasyon Fin »…
Les jeunes n’ont pas besoin d’attendre un geste de la politique pour prendre soin de leur île… faisons le ensemble…

isabelle  on septembre 4th, 2008

tt simplement parce que tt le mde sera d’accord là-dessus, il n’y a pas de débat à avoir. j’imagine très mal qqun dire « ah non il faut pas protéger notre environnement »

soopaliz  on septembre 26th, 2008

Kam, je te rejoins sur ta critique de cette opération vide de sens et, si l’on en croit ta description, condescendante et artistiquement limitée… même la symbolique de l’éponge donne la nausée. Les problèmes que tu soulèves par ailleurs sont révoltants, je te l’accorde.
Mais as-tu des solutions à proposer?
Une bonne critique est constructive…

Kam  on septembre 26th, 2008

Pas de méprise: le spectacle Saloptaj’ avait un grand intérêt. J’ai parlé de la manière dont il a été perçu et non de son contenu.
Les solutions? Elles pourront éventuellement faire l’objet d’un article, mais même si Fwiyapin s’intéresse à la politique et à l’environnement, il ne va pas te soumettre une liste de propositions électorales…

Dominique Coco: Lèspri Kaskod\'  on octobre 1st, 2008

[...] il semble Dominique comme Voynet puisqu’il expose son engagement écologique et dénonce le saloptaj’ environnemental dans Solda Lanati. Le Fwiyapin a déjà évoqué ce morceau dans lequel il rappelle [...]

La Région Guadeloupe part à vau-l’eau | Fwiyapin  on juin 23rd, 2009

[...]  Aussi certains argueront que cette mesure permettra une réduction ne serait-ce que minime au saloptaj consistant à nettoyer sa caisse aux abords d’une rivière. Mais que montre l’affiche de [...]

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