Interview: Poète slameur Majead AT-MAHEL
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : KamNous vous avons déjà régalé avec le bel acrostiche de Ninjah, aujourd’hui partez à la rencontre de Majead AT-MAHEL
FWIYAPIN: Bonjour Majead, tu as tes papiers sur toi?
MAJEAD: Oui M. l’agent virtuel ! Je suis « intégré », pour reprendre un terme qui n’a plus aucun sens pour les individus issus de la 2ième, 3ième, et 4ième génération!
FWIYAPIN: Comment en es-tu venu à écrire? Tu n’aimais pas le football?
MAJEAD: J’ai commencé à écrire sous l’impulsion d’un désir de revendication. J’ai grandi dans une cité hlm, et c’est tout naturellement que je me suis mis à rapper pour exprimer mon sentiment sur la situation des quartiers en France. C’était dans les années 90.
Puis, des événements douloureux ont bouleversé ma façon de voir les choses et donc, d’écrire.
Du rap, je suis passé à la poésie et à la prose poétique. J’étais toujours engagé dans mes textes, mais en ayant le souci de remettre l’homme au centre de mes écrits. En résumé, je venais de comprendre que, si l’on désirait changer le monde, il fallait commencer par soi-même. Soit dit en passant, cela n’enlève rien aux responsabilités et aux devoirs des gouvernants !
Ensuite, en 2003, je décide d’écrire de manière plus régulière en y consacrant un certain temps. Je me suis tourné alors vers l’écriture de scénario. Mais les résultats ne me satisfaisaient pas beaucoup (l’écriture audiovisuelle n’a rien à voir avec l’écriture littéraire). Mais je ne désespère pas d’y revenir un jour, car j’ai des projets dans ce domaine.
Me sentant plus à l’aise dans l’écriture de la prose, j’ai commencé à écrire des nouvelles et des textes courts que je publiais dans une revue littéraire nantaise. Enfin, en 2008, je m’engage dans l’écriture d’un recueil de proses poétiques, publié en avril 2008, aux éditions Joseph Ouaknine.
Pour répondre à ta seconde question, j’aimais bien le foot, mais quand j’ai vu qu’il fallait y consacrer tous les mercredi après-midi et les samedis pour les entraînements, et les dimanches pour les matchs, j’ai vite raccroché le maillot… J’avais des choses on ne plus intéressantes à faire, pour le jeune téméraire que j’étais, que de passer mon temps libre à courir après une balle!
FWIYAPIN: Pour l’inspiration, tu vas plutôt au bord de mer ou à la rivière?
MAJEAD: Au bord des ravins ! (rires)… La nature m’inspire évidemment, elle m’apporte le calme nécessaire à la réflexion et à l’introspection… Quand je le peux, je fuis mon domicile, pour aller sur les plages de Deshaies. En fait, j’aime bien me rendre dans les endroits où il y a le moins de monde possible !
FWIYAPIN: Être poète, c’est un peu faire l’apologie de la lenteur, non? Tu te sens dépassé parfois?
MAJEAD: « L’apologie de la lenteur »… J’aime beaucoup cette expression, elle me résume assez bien je trouve, au grand dam de certains de mes proches qui ne comprennent pas toujours ma mécanique interne. Je suis une tortue qui parle et écris. J’ai besoin de temps, de beaucoup de temps, pour comprendre, réfléchir, et avancer. Dans ce sens, je suis à l’antipode du rythme des sociétés « modernes », qui ont fait du temps une course effrénée aux richesses et aux bonheurs exclusivement matériels. Il y un rapport aliénant au temps qui s’est instauré. C’est précisément cela que je refuse. Il faut prendre son temps, s’accorder du temps, et se l’approprier. Comme je dis dans un de mes textes, « Les hommes «meurent», victimes du mouvement diabolique! » Par diable, j’entends tout ce qui motive une personne à courir après des illusions, tête baissée, sans jamais relever la tête du guidon ! Il sait qu’il va droit dans le mur, mais il y va quand même, car pris dans un mouvement, une sorte de tourbillon de l’action, qui a pris en otage toute volonté de s’arrêter ou de faire marche arrière !
C’est dans ce sens là, pour répondre à ta question, qu’on peut se sentir dépassé par les évènements. C’est un écueil que je veux éviter. Je veux, dans la mesure du possible, être maître de mes pensées et de mes actions. Ne pas subir bêtement la loi de la consommation à outrance et des divertissements en pagailles ! En résumé, pour comprendre un système, il faut s’en extraire, et donc, il faut sortir du temps et du mouvement inhérent à ce système. J’aime avoir la liberté de choisir mon rythme, quand je le souhaite, et ne pas être pris dans un engrenage qui me fait oublier au final où je vais et pourquoi j’y vais !
FWIYAPIN: Dans ta nouvelle Un homme amer ou l’histoire d’une routine, tu parles d’un homme pris dans l’engrenage qui n’arrive pas à se dégager de la situation où il s’y est lui-même mis, qui n’a pas le courage de briser ses chaînes de l’esprit. Alors toi aussi tu es un homme de rupture ?!
MAJEAD: Oui, et ça rejoint la réponse à la question précédente. Mais ce n’est pas être en rupture pour être en rupture, de manière gratuite, ou pour montrer qu’on est différent, ou par esprit de contradiction ! Pour moi, c’est vital de pouvoir être en rupture avec une société qui propose un prêt à penser quotidien… Il y va de la liberté de penser de chacun ! C’est une rupture constructive et non destructrice. C’est manifester son désaccord envers les abus, les excès et les injustices. C’est proposer d’autres façons de voir les choses, en s’engageant concrètement dans des actions d’ordre sociales, politique, ou artistiques…en ouvrant le dialogue et le débat… On vit des crises (écologiques, financières,…) qui sont l’indice que quelque chose ne tourne plus rond sur cette terre ! Il est temps de mettre le pied sur le frein, même carrément serré le frein à main, pour arrêter la machine infernale…
FWIYAPIN: Echecs et vivre, c’est le titre de ton recueil de prose pathétique, tu joues aux échecs? Tu es un fou qui ne veut pas être un pion?
MAJEAD: Je ne joue pas aux échecs, mais c’est ça… je ne suis pas fou (quoique !) mais je ne veux pas devenir un pion, ou en tout cas, si il m’arrive de l’être, j’aime bien le savoir, afin d’en limiter les influences.
FWIYAPIN: Tu préfères faire pleurer que rire? A voir la conjoncture actuelle, on n’aurait pas plutôt envie de rire?
MAJEAD: Non, j’aime les deux en fait. Je trouve que les larmes et les rires sont indispensables dans la vie. Les larmes parce qu’elles nous rendent notre humanité, elles nous font prendre conscience de notre fragilité, elles nous rendent plus humbles; les rires parce qu’ils sont une formidable soupape de décompression, ils permettent de ne pas trop se prendre au sérieux. Il y a un proverbe arabe qui dit : « Ecoute celui qui te fait pleurer, n’écoute pas celui qui te fait rire ! » Moi je dirais plutôt : « Ecoute d’abord celui qui te fait pleurer, ensuite, écoute celui qui te fait rire ! »
Quant à la conjoncture actuelle qui prête à rire, oui, mais alors c’est un rire amer !
FWIYAPIN: Quels sont tes prochains projets?
MAJEAD: Ecrire, écrire et toujours écrire ! Sinon, je travaille à l’élaboration d’une petite maquette de slam. Vous pouvez découvrir quelques extraits sur mon blog music.
FWIYAPIN: Victime de la discontinuité territoriale, tu as gagné un prix littéraire sur SFRjeunestalents sans qu’ils ne te paient le billet pour rejoindre l’hexagone. Mais tu travailles pour la téléphonie mobile?
MAJEAD: C’est vrai que j’aurais bien aimé qu’il m’invite à faire le voyage, mais comme ils ne me l’ont pas proposé, j’imagine qu’ils avaient de bonnes raisons, et en l’occurrence, je pense à l’aspect financier de la démarche. Au-delà de çà, ils ont le mérite de proposer des concours qui permettent de rencontrer des acteurs du livre professionnel, et de participer à des manifestations littéraires de renom. De plus, le site SFRjeunestalents, n’a rien à envier à d’autres plateformes à la vocation purement littéraire, et dont le sérieux et les tarifs pratiqués pour la participation des concours laissent parfois à désirer ! Alors que la participation sur SFR est totalement gratuite. Je ne dis pas cela pour les défendre, mais je fais la part des choses.
FWIYAPIN: Tu lis Fwiyapin? Si oui t’en penses quoi? (si ta réponse est non, inutile de te dire que cet interview ne sera jamais en ligne…)
MAJEAD: En fait j’ai découvert FWIYAPIN par le bouche à oreille, un pote m’en avait parlé. Je lis souvent les articles publiés et les débats qui s’en suivent. C’est bien qu’il y ait en Guadeloupe, un média alternatif. Je suis pour la pluralité des points de vue et des opinions, car personne n’a la science infuse !
A quand le Fwiyapin version papier!
Une colère verte
Hommes !
Je suis la goutte d’Eau qui déborde d’une planète en sueur…
Je suis le poil hérissé, le bec crochu et la griffe acérée
La fleur piétinée, la feuille arrachée et la forêt saccagée…Hommes !
Je suis l’animal, le végétal, le minéral…le Vital !Hommes !
Vous êtes un Scandale !Hommes !
Je suis les quatre points cardinaux scandalisés par vos méfaits clandestins, je suis l’équateur estomaqué par vos excès estomaquant, je suis le ciel asphyxié par vos fumées fermentées, je suis la terre mère stérilisée par vos déchets toxiques…Hommes !
Vos insolences et vos cynismes, vos outrages et vos arrogances, vos malveillances et vos ignorances, sont une insulte pour ma lumière fraternelle. Je vous nourris et vous protège, je suis la Vie ; vous me nuisez et me détruisez, vous êtes la mort !
L’ingratitude et l’hostilité sont les pedigrees de votre espèceHommes !
Je suis cette dame nature qui perd son éclat, car violée par vos vilaines virilités
Je suis cette dame nature qui a horreur de l’avidité de vos cœursHommes !
Qu’avez-vous fait de vos libertés ? Que reste-t-il de vos consciences ?
Hommes !
Si je meurs…vous mourrez de vos propres mains !
Retrouvez les oeuvres de Majead sur:
http://text.sfrjeunestalents.fr/artiste/Majead/



Interview du poète slameur TiMalo on octobre 22nd, 2008
[...] l’interview de Majead, on vous ressert une bonne daube avec Timalo qui est de passage à [...]