La crise financière, ou la fin de l’illusion américaine…
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : herve
Crédit: Lepoint.fr
Il y a quelques semaines de cela, Macbeth Akonne épinglait les fions (les traders), et dans le même balan, la crise financière et le système capitaliste de manière général. En cette décisive période des élections présidentielles aux Etats-Unis, largement dominée par la crise financière, voilà l’occasion d’une petite analyse de la chute d’un système, mais peut-être plus globalement d’un système de valeur.
Subprimes! Subprimes!
En France, lorsque l’on souhaite « acheter », l’étape du prêt immobilier est un véritable combat de gladiateurs avec le banquier, toujours avare pour son argent. Ainsi est fait le système de ce côté de l’Atlantique: l’emprunt est proportionnel au salaire, donc de la capacité à rembourser. On peut pester contre ces banquiers rapiats, voraces, mais au final, lorsque l’on voit comment le système américain s’est renversé comme un bananier après un cyclone de catégorie 5, on se dit que ce n’est peut-être pas plus mal.
En effet, de l’autre côté de l’Atlantique, au pays du rêve permanent, vous pouvez (pouviez?) emprunter la somme désirée, indépendamment de votre salaire, et donc de la capacité à rembourser. Voici comment a été conçu le système des subprimes , afin de maintenir le crédit, moteur d’une économie moderne, à des degrés stratosphériques. Et tant pis pour les garanties. Du coup, le rêve de l’accession à la propriété, saint-grall de la société moderne s’il en est, devient une réalité pour la classe moyenne étasunienne, qui a tellement la tête dans les (bannières) étoiles qu’elle ne se rend pas compte que peu à peu, le piège se referme, telle une nasse à kribich posée à la rivière. Ainsi, les petites maisons en carton-pâte (celles que le Ranger Texas Walker défonce d’un seul coup de bitin) trouvent preneur.
Mais voilà, lorsque Buddy, Mike, Bob ou Matt ont signé le contrat d’emprunt, il était tellement joie qu’il n’a certainement pas fait attention à 500 astérisques qui constellaient le papier. Et ne comptez pas sur le mortgagee pour le lui faire remarquer: c’est la maison qui est en garantie. Lorsque Buddy, Mike, Bob ou Matt ne peuvent plus rembourser à cause d’un changement brusque du taux d’intérêt, les banques récupèrent les maisons et vendent. Mais voilà, le ralentissement de l’économie américaine fait baisser le prix de l’économie, et les banques commencent sérieusement à perdre des dollars, même en vendant des maisons à tour de bras.
Comme par magie, les banquiers inquiets, qui grignent comme des chiens qui boivent de l’eau glacée, transforment ces emprunts en titres sur les marchés boursiers, espérant gagner plus d’argent. Les autres banques mondiales qui ont varé ces titres comme des agoulous gran fal’ se rendent comptent qu’en réalité, ceux-ci ne valent pas un dollar. C’est la crise de confiance; Le pire qui puisse arriver en finance. Quand la confiance n’est plus, les traders opèrent une mutation en « fions ». Les banques ne prêtent plus, se méfient. C’est la panique.
Les ztats-zinis, ou l’american bad trip
En 2008, les banques d’affaires tombent comme des mouches pulvérisées par un coup de Baygon. City Bank, Lehman Bros etc. Cette crise devient « un événement jamais rencontré depuis la Seconde Guerre mondiale. », selon Jean Claude Trichet, président de la Banque Centrale Européenne. Puis vient le fameux plan Paulson, porté par Georges Dabeuliou Bush, et qui se propose de racheter tous ces crédits viciés à hauteur de 700 milliards de dollars.
C’est là que Buddy, Mike, Bob et Matt, passablement aigris par la saisie de leurs maisons, font pression sur leurs élus pour refuser ce plan Paulson. Ou comment déshabiller Pierre pour habiller Paul. Car ce sont bien les impôts de Buddy (qui doit certainement habiter un coin pourri de l’Ohio), de Mike (qui lui s’est établi dans le Kentucky), de Bob (originaire de l’Iowa, et qui y passera certainement le restant de ces jours, vu qu’il n’a plus de fric) et Matt (probablement de l’Oklahoma) qui vont sauver le derrière de ces banquiers sans scrupules. On peut d’ailleurs au passage constater que, malgré la situation de crise et d’urgence aux Etats-Unis, la démocratie fonctionne bien: la Chambre des Représentants, qui représente le peuple, votent contre le plan Paulson, plongeant les bourses mondiales dans l’angoisse. C’est la voix de la classe moyenne qui s’est faite entendre. La voix de Buddy, par l’intermédiaire de son représentant. En France, nous aurions probablement eu droit aux pressions habituelles pour que tel député vote pour afin de ne pas perdre tel avantage, ou aux coups de fil mystérieux qui font qu’un sénateur change brusquement d’avis. Bref, le texte aurait sans doute été adopté.
Voilà qui a obligé l’équipe Bush à revoir sa copie.
Mais au-délà des quelques explications (expéditives) de FWIyapin sur la crise financière, les valeurs de l’Amérique sont ébranlées. Les beaufs américains se sont rendus compte que les dés étaient pipés dès le début du jeu, en faveur de ceux qui avaient déjà énormément de dollars. C’est comme ça depuis longtemps, dira-t-on. Alors peut-être faillait-il une crise de cette importance pour s’en rendre compte. Aux Etats-Unis, la bourse n’est pas seulement un indicateur financier, c’est un indicateur du moral du peuple. On en est fier. On accepte – tolère – les inégalités parce que l’on pense que le rêve, la richesse et la réussite sont accessible à tous, sans distinction de race, de sexe…en disant non au premier plan Paulson, l’américain a voulu pousser un coup de gueule contre – Oh my God! – le capitalisme et ce marché qui se régulaient tellement tout seul qu’il ne se régulait plus.
Il est d’ailleurs étonnant de constater à quelle point l’intervention de l’Etat américain a été prompt, ce qui va à l’encontre des principes etasunien. L’Etat a régulé le marché, en nationalisant des banques, en rachetant des crédits etc. Les maitres du capitalismes, les maitres du monde démontrent par les faits que l’on ne peut pas tout « laisser faire, laisser passer. »
Obama-McCain…pas encore à la hauteur
La crise financière s’est incrustée de force dans la campagne pour les élections présidentielles aux Etats-Unis. Tant mieux pour Barack Obama, qui semble plus à l’aise sur le terrain économique que John McCain, qui se répand en formules agressives et militaires. Le Viêt Nam, c’est fini…du coup, le sénateur de l’Illinois s’envole dans les sondages (10 points d’avance selon les derniers sondages). McCain a beau clamer qu’il « veut botter le cul » du candidat noir lors du prochain débat télévisé, s’il ne présente pas de propositions plus concrètes, et ne montre pas qu’il est au point sur l’économie, ça risque de faire mal au fondement.
Malgré les débats, les confrontations, les idées et les plans pour relancer l’économie, il n’y a aucun plan « idéologique » pour une nouvelle Amérique. Dans les années 30 Roosvelt avait imposé son New Deal, dans les années 80 Reagan avait affirmé son libéralisme à outrance en ne touchant à rien, le marché se régulerait bien par lui-même…on peut être pour ou contre ces idées, ces théories, il n’êmpêche qu’il s’agissait là d’une réponse à des crises: le krach de 1929 et l’affrontement des blocs Est-Ouest.
Ni Obama ni McCain ne posent un aspect idéologique, ni l’un ni l’autre ne veut se lancer sur le terrain du système de valeurs: va-t-on, après la crise, faire comme si de rien n’était, et repartir comme en 40? ou bien alors poser comme postulat que le tout capitalisme ne mène à rien?
C’est peut-être ce qui manque à Barack Obama pour acquérir une carrure supra-nationale…
7 Commentaires
samuel@otodidakt.com on octobre 14th, 2008
Ok…
moi je dis attention, on parle des banques mais n’oublions pas les crédits à la consommation fait par les grandes surfaces, les concessionnaires automobiles, … euh par contre ne vérifient le niveau d’endettement de l’individu, pour revenir au cas « antilles » je connais beaucoup de personne sur nos îles qui sont surendetter…
isabelle on octobre 14th, 2008
A propos des crédits à la conso justemt, j’ai l’impression que c’est une machine bien rôdée. Les organismes de rachat de crédits font leur beurre sur les surendettés à moyen terme (+30% d’augmentation du chiffre d’affaires). Donc de tte façon les concessionnaires et autres savent qu’ils peuvent encore compter sur ces organismes en cas de mauvais payeur. Le consommateur se retrouve donc tjs le dindon de la farce, à remplacer un crédit par un autre.
guga on octobre 14th, 2008
Ok Isabelle mais en meme personne n’oblige le consommateur à ce surendetté….
Et pour etre vraiment cynique le surendettement de certains permet aux sociétés de crédit d’augmenter leur chiffre d’affaires et donc par conséquent de créer des emplois et donc moins de chomeurs et donc plus de pouvoirs d’achats pour ces salariés(qui sont eux memes consommateurs)… Faut il dans ce cas plus de surendettés???
isabelle on octobre 14th, 2008
slt Guga parfois le surendettement n’est pas forcément la conséquence d’irresponsables qui jettent l’argent par les fenêtres et ne savent pas gérer leur budget. Surtt par les tps qui courent, bcp de personnes sont amenées à s’endetter pr juste le principal: logement + nourriture. Aujourd’hui lorsqu’on parle de surendetté je pense qu’on est loin du flambeur qui n’a pas anticipé le prix de sa voiture tunée ou de la nana qui souffre de shoppignite chronique. Donc oui ces personnes sont obligées de s’endetter malheureusemt.
Et pour te suivre sur la création d’emplois, ce sont plutôt des postes de type téléprospection (pompeusement appelés « commerciaux »), donc plutôt précaires.
guga on octobre 15th, 2008
yep je veux bien te croire Isabelle mais d’une certaine facon heureusement que ces maisons de crédit existe quand meme car je pense que certain ont pu s’en sortir grace à elles et les surendettés ca leur permet de ne pas etre directement à la rue(bien que c’est discutable moralement)…
Mais rassure toi je suis pas un grand fan du crédit à la consommation mais cela à son utilité dans notre economie acutelle…
isabelle on octobre 15th, 2008
oui on est ok Guga



François on octobre 14th, 2008
I’m François, and I agree with this message.
Heureusement les bananiers ça repousse très vite…