La démocratie à bout de souffle (PART II)
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : KamCe texte sans prétention vient poursuivre et compléter la dernière chronique de Kant que vous pouvez lire ou relire en cliquant ici.
« La démocratie est le pire des régimes politiques… si on fait abstraction de tous les autres. » Cette citation de Winston Churchill, amateur de whisky, paraît bien sympathique. Seulement voilà, enivrés par la propagande nous ne nous posons même plus la question. Bien sûr relativement à d’autres habitants de la planète, nous bénéficions d’une bonne liberté d’expression. On ne peut quand même pas se permettre de brandir une pancarte sur laquelle il est inscrit des propos présidentiels, cela vous attire des emmerdes, mais nous ne sommes pas non plus sous dictature. Si pour vous il n’y a rien à changer dans le fonctionnement de nos institutions, voici non pas un comprimé pour lutter contre le ballonnement de vos estomacs pleins de mal-démocratie mais une gélule vomitive et laxative afin de mieux vous vider pour ingérer par la suite une nourriture intellectuelle plus saine. A défaut de changer immédiatement le régime, imaginons un menu plus équilibré.
A quand la sixième République?
C’est grâce à la guerre d’Algérie que de Gaulle s’empare des rênes de l’état et instaure sa debréïque Vème. Merci les généraux du putsch d’Alger, qui en bon démocrates ne s’imaginaient pas au pouvoir un type qui ne soit pas un militaire. Merci la gauche pitoyable (déjà à l’époque) qui n’a pu freiner son ascension et qui pour une partie d’entre elle l’a appelé au pouvoir… 23 années plus tard, les socialistes arrivant au pouvoir, ils ne changent rien. François Mitterrand, adversaire des gaullistes qui dénonçait le « coup d’état permanent » quand il était dans l’opposition, s’est trouvé très à l’aise dans le costume élyséen de 1981 à 1995. On a fêté il y a peu les cinquante piges de cette République vieillie, usée, fatiguée. Pour son demi-siècle, Nicolas Sarkozy a laissé son empreinte en la réformant dans le mauvais sens à quelques exceptions près. Si désormais un vote du parlement est nécessaire pour les engagements militaires (comme ce fut le cas le 22 septembre pour l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan), n’attendez pas un référendum sur ces questions! Vous n’êtes que des grands enfants pensant que la paix c’est bien et que le nord et l’occident pourraient vivre correctement sans l’oppression des restes du Monde. Ce qui pouvait passer pour une révolution à l’époque, l’élection du président de la République au suffrage universel a atteint ses limites. Vote-t-on pour un programme ou pour une personne? Vote-t-on pour le candidat qui adhère en des idéaux, qui porte en lui de réels espoirs et a soif de changements? Non, on le sait bien. on vote pour des comédiens, des personnes qui s’inventent des storytelling, fables et autres contes à dormir debout. Les quatre premiers candidats de la présidentielle de 2007 sont tous soumis à l’ISF (ou ont louvoyé efficacement pour ne pas l’être comme Bayrou l’agriculteur). Ces bourrins démagogiques de compétition représentent-ils la France?
Il faudrait en finir avec ce paternalisme gaullien qui consiste à croire au messie, à l’homme (et pas la à femme) providentiel. Un homme ne va pas émerger et nous sauver la vie. Si certains ont pu laisser leur nom dans l’histoire, ce n’est que question de circonstances. « Pourquoi voulez-vous qu’à 67 ans, je commence une carrière de dictateur? » demandait le général devant des journalistes soumis qui s’amusaient de ses boutades. Pas de dictature certes, mais pas de démocratie aboutie avec l’hyper-présidentialisation actuelle.
Dé mal krab pé pa rété an mèm twou la
Président ou premier ministre, il y en a un de trop. Et c’est l’actuel chef du gouvernement François Fillon lui même qui l’écrivait dans un bouquin. Le pouvoir que le président possède sur le chef du gouvernement qui l’oblige à prendre les ministres, secrétaires d’état et membres de cabinet de son choix ne ressemble à rien de démocratique. Alors qu’en France la composition d’un gouvernement se fait en quelques heures, cela dure des jours voire des semaines dans d’autres pays. La journaliste du quotidien Le Monde, Raphaëlle Bacqué le signale dans son livre L’enfer de Matignon: c’est bien le diablotin du château de l’ Élysée qui fait passer de mauvais moments au locataire de la rue de Varenne. Vous imaginez, on vous fait signer une lettre de démission sur laquelle il ne manque que la date. Et quand vous voulez jeter l’éponge on vous rétorque que ce n’est pas bon pour l’intérêt du pays et qu’il faut rester parce que vous n’êtes pas un fusible assez cramé. Jamais vous ne verrez un bouquin s’appeler l’enfer de l’Elysée. Ce n’est pas un sacerdoce pour le bien du peuple, mais une appropriation et un dévoiement de l’appareil d’état (écoutes téléphoniques, protection du ministre de la Défense à l’insu du premier ministre suite à l’affaire du Raimbow Warrior, cadeaux diamantaires, compte bancaire au pays du soleil levant et manigances pour écarter un rival, saignées de l’administration et des services publics notamment audiovisuels pour faire plaisir aux amis patrons). Ce n’est pas une question de personne, le petit roitelet de France se retrouve alors avec trop de pouvoirs pour garder la tête froide. Finissons en avec la monarchie élective comme dit le si peu subversif Laurent Joffrin.
Démocratie incompatible avec le luxe en bourg de Paris
La chambre des sénateurs a la peau dure. De Gaulle voulait supprimer cette assemblée conservatrice qu’il jugeait peu utile. Mais le vieux a voulu y procéder après 68, et même si une fois la révolution manquée passée les français ont voté pour la continuité à droite; ils en avaient marre du grand (par la taille) Charles. De même ça n’a guère réussi à Jospin qui qualifiait le palais du Luxembourg d’ « anomalie démocratique ». Comment pourrait-il en être autrement avec la complexité électorale? Qui élit les sénateurs? Uniquement des élus, maires, conseillers municipaux et membres de conseils généraux… Ces personnes ont la fâcheuse tendance de voter pour autre chose que pour de sains principes et il n’est pas rare de voir des surprises. Si les dernières sénatoriales voient la gauche grignoter un peu plus de terrain, on assiste trop souvent à des manoeuvres pas forcément illégales mais peu compréhensibles pour le citoyen. Récemment, une vidéo a fait polémique à propos de l’élection d’un des sénateurs de l’Hérault. Le président du conseil régional du Languedoc-Roussillon, Gaston Frêche qui voit des sous-hommes partout et trop de noirs et d’arabes (ou pas assez de blancs c’est selon) dans la sélection nationale de l’équipe de foot, aurait contribué à la défaite d’un candidat socialiste aux sénatoriales en soutenant des listes dissidentes. L’élection de 2004 des parlementaires siégeant au palais des Medicis en Gwada avait fait un bruit retentissant. Lucette Michaux-Chevry élue au premier tour alors que les « grands » (on se demande où est la grandeur) électeurs venaient majoritairement de gauche… Est-il normal qu’ils puissent se choisir entre eux? Faut-il deux chambres législatives sachant que le droit de vote pour les femmes a été freiné pendant des années à cause de cette assemblée réactionnaire et conservatrice?

Des députés à la prop’ et non de sales dépités
Autant pour une élection présidentielle, une voix d’une circonscription A a la même valeur qu’une voix de la circonscription B; autant ce n’est pas le cas pour une élection législative. Faut-il rappeler l’importance des députés qui légifèrent,. Comment peut on admettre que ceux qui font les lois soient issus de zones démographiques aussi disparates? Par exemple, alors qu’un député du Val d’Oise représente presque 200 000 personnes, un autre de la Lozère environ 30 000 habitants. Ils ont pourtant le même pouvoir à l’assemblée nationale. On ne s’amuse pas suffisamment à additionner toutes les voix qui se sont portés sur des candidats de droite ou de gauche. Peur d’être surpris, quand on sait que le vote urbain est plutôt orienté à gauche et que c’est le contraire pour les électeurs en milieu rural? A voir les données du ministère de l’intérieur concernant le premier tour des législatives de l’an dernier, cela n’aurait pas changé significativement la balance droite/gauche ( sur la France entière, il y a bien eu plus de voix sur des candidats de droite que de gauche). Par contre le MODEM qui récolte 7% des voix aux législatives n’a eu que quatre députés. Si le scrutin s’était déroulé à la proportionnelle, il en aurait eu dix fois plus!
Bien sur des élections à la proportionnelle intégrale ont quelques conséquences. L’entrée du Front National au palais bourbon par exemple. Mais la droite extrême qui a le culot de se dire républicaine y est déjà; cela n’y changerait donc pas grand chose. Cette avancée a déjà été utilisée pour de mauvaises raisons sous Mitterrand afin de gêner la droite à l’assemblée. Chirac y avait mis fin en devenant premier ministre…
Aujourd’hui, Sarkozy et son compère Marleix préparent un remaniement des circonscriptions (le dernier date de Pasqua) avec le dessein de donner encore plus de députés à la droite à l’assemblée. Difficile d’imaginer par exemple qu’un territoire comme Saint-Barthélémy puisse élire un politicien de gauche… La maire de Deshaies qui a une dent contre Lurel a eu la promesse d’être récompensée pour son vote en faveur de la réforme constitutionnelle au mois de juillet dernier par un meilleur redécoupage de sa circonscription en sa faveur (Canard Enchaîné du 23 juillet 2008).
La tragique DOM-COMédie
Le statut de région mono-départementale doit lui aussi disparaître soufflé par le cyclone du changement. L’assemblée unique a été refusée en 2003 par la population (et avec quel taux d’abstention au passage!) car elle collait trop à la peau de Lucette Michaux-Chevry qui se serait bien vue à l’époque comme le Gaston Flosse de la collectivité Guadeloupe. Que ce soit un choix ou non des domiens, il semble que la disparition du statut actuel soit inéluctable. Entre Fillon qui nous appelle à être davantage autonomes et Jego qui n’a rien contre une assemblée unique, le départementaliste Victorin Lurel ne sait plus quoi dire. Ce n’est pas l’indépendance qui est proposée mais pour certains ça s’en rapproche furieusement. Quel mal y aurait-il à prendre les décisions qui concernent un territoire et son environnement géographique sur place plutôt qu’à des milliers de kilomètres? Nous ne sommes plus surpris de la versatilité de nos politiciens locaux. Qui sait si le président du conseil régional ne portera pas exactement le même projet que celui qu’il avait naguère combattu? Bref quand nous serons devenus un poids trop lourd à porter pour l’amère patrie peu reconnaissante, elle trouvera très bien le moyen de se délester. Et en attendant direz-vous, plus de représentants des départements et collectivités d’outre-mer? A quoi servent donc les trois parlementaires de Nouvelle-Calédonie UMP alors qu’un référendum pour l’autodétermination peut avoir lieu dès 2014? Non, si nous voulons aller dans le mur, et nous avons les élus adéquats pour ça, décidons le nous même en donnant le maximum de pouvoir à une assemblée unique élue au suffrage universel direct. Au lieu de régler certaines questions essentielles depuis Paris par des parlementaires qui n’y connaissent plus ou moins rien; que ces décisions soient prises sur place… par des élus qui n’y connaîtront plus ou moins rien! Il est certain que la fusion des conseils généraux et régionaux dans les quatre DOM ne sera pas facile; elle laissera des hommes et des femmes politiques, et plus problématique, des fonctionnaires territoriaux sur le carreau. Où sera la nouvelle assemblée à Basse-Terre (oui on ne va quand même pas en construire une autre) ? Va-t-on garder les locaux du département pour les réutiliser?
Ceci n’est pas un programme électoral, mais la lâcheté des politiques (au pouvoir ou non) à parler de réformes ambitieuses n’amène pas le progrès démocratique. Laissons les fantasmes et les concepts flou(é)s de démocratie participative de côté, même s’il est vrai que nous citoyens devons nous réveiller et être plus veillatifs. En ces temps de crises sociale, économique et environnementale, difficile en étant réaliste de rêver à plus de démocratie dans nos vies. L’époque actuelle serait plutôt le terreau fertile d’un régime fasciste ou dictatorial à venir. La militarisation de la police, les fichages généralisés et systématiques, les atteintes à la liberté individuelle en sont les premiers signes… Changeons le cap pendant que nous le pouvons.
9 Commentaires
samuel_otdk on octobre 29th, 2008
Lol je me rends compte en fait que la politique m’emmerde LOL …
Non mais sans blague, je suis conscient qu’il en faut, mais plus je lis, plus j’ai l’impression que personne ne sait ce qu’est la politique, pas même les politiciens …
On lit gauche, on lit droit, les mêmes arguments mais des conclusions différentes (verre à moitié vide ou verre à moitié pleins = même chose)
Vous parliez de battage de douce … ben pour moi la politique c’est ça !
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Nouveau site OTODIDAKT : http://www.otodidakt.com
samuel_otdk on octobre 29th, 2008
PS : j’aime bien le post « Test -> Abc » LOL
Majead on octobre 29th, 2008
Je comprends ton ras-le bol Samuel (il y a de quoi!)… Mais tu sais ce qu’on dit… Si tu ne t’occupes pas de la politique, elle s’occupera de toi !
Il faut essayer de s’en occuper, dans la limite de ses capacités intellectuelles, voire démencielles (lol) … Qu’importe la forme (artistique, sociale,…) L’essentiel étant, à mon humble avis, de ne pas tomber dans l’indifférence totale… Mais ce n’est que mon point de vue.
samuel_otdk on octobre 30th, 2008
Ben je suis apolitique (pour le moment?) mais j’ai parlé avec une personne très active dans le milieu des associations qui m’a fait bien comprendre qu’un moment on est obligé (même dans le cadre associatif) de tomber dans la politique pour se faire entendre …
Non je suis pas indifférent (justement c’est pour ça que ça m’emmerde lol) mais je me rends juste compte que rare sont les gens qui savent de quoi il parle… de nos jours tout est mis dans la politique et j’ai l’impression que les gens utilisent le flous politique comme prétexte pour expliquer leur manque d’envie ou de solution pour pallier à des problèmes réels, alors on parle, on dit des beaux mots, des phrases bien tournée … pour au final … rien en 2 lignes tout peut être synthétiser et malheureusement à coté de ça des choses sont à faire et on les fait pas …
moi je m’en fous de sarko ou de ségo, encore plus de lurel and co, ce qui compte c’est les actions sur le terrain et là gauche droite milieu etc …c’est pareil …
Ninjah on octobre 30th, 2008
dans « Gouvernement » il y a « Gouverne » et « Ment »…
samuel_otdk on octobre 30th, 2008
Ouai, voilà … ton jeu de mot dit long …
Mais ce n’est pas qu’un coup de jol, c’est aussi pour dire à Fwiyapin (en tant que plus ou moins lecteur habitué) que je trouve qu’il est fortement en train de se politiser et avec la confusion qu’il y a aujourd’hui dans le monde politique je pense ça n’aide pas … bon quand c’est comique ça passe mais sinon voilà … bon ct juste pour donner mon avis de consommateur de Fwiyapin lol …je sors
Ninjah on octobre 31st, 2008
Passer du rire aux larmes, l’arme au poing, est ce un point d’interrogation? ou une interrogation écrite, et critique, est la situation, si tu as ton idée, lis des articles incisifs, ainsi vif est l’impact des mots, démo des maux de notre société, tu pourras dire que la sauce y était…
Banana Res Publica | Fwiyapin on mai 10th, 2009
[...] Tous les présidents de la V ème, passés sous les ors de cette république taillée sur mesure par le Général De Gaulle en prennent pour leur grade. De Mitterand qui utilisait les moyens de l’État pour sonder la profondeur de la relation entre Carole Bouquet et Jacques Attali ou abriter sa famille cachée, en passant par Chirac et ses innombrables casseroles suite à son passage à la mairie de Paris. Actualité oblige Sarkozy n’en ressort pas épargné. Toscer démontre comment le président de la République, quel qu’il soit, verrouille les postes de hauts fonctionnaires dans l’administration policière et judiciaire, envoie pantoufler ou nomme à des fonctions prestigieuses (Conseil d’État, Conseil Constitutionnel, Cour des comptes, CES, etc) et ministérielles les proches qui ont rendu service et sont restés fidèles. Un inacceptable que connaissent déjà ceux qui s’intéressent à ces questions mais dont il n’est pas mauvais de se remémorer. Tant que cette république perdurera, le régime sera toujours aussi pourri. Nous en avions déjà parlé ici [...]



test on octobre 28th, 2008
abc