Chronique cinéma: Louise Michel, Parisot la sortie
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : KamLouise Michel était cette institutrice bien connue qui participa à la Commune de Paris en 1871. Cette révolutionnaire, tout comme Paschal Grousset, fut exilée en Nouvelle-Calédonie et sympathisa avec les Kanaks. En attendant que Sylvie Testud interprète la Vierge rouge du 18 ème arrondissement dans une biopic héroïque à la Che Guevara, les grolandais Benoît Delépine et Gustave De Kerven nous proposent leur Louise Michel.
Louise + Michel = Louise Michel
Bienvenue chez les ch’tis!
Loin de Paris et de sa Commune réprimée dans le sang par les Versaillais, le film des deux zigues grolandais se situe à notre époque dans le nord industriel de la France. Louise est une ouvrière dans une usine de textile. Après son travail, elle essaie d’apprendre à lire – elle connaît bien les voyelles – grâce à un marmot qui lui donne des cours du soir et se nourrit des pigeons qu’elle se procure grâce à un attrape-souris. Michel est chef d’une société de sécurité. Son dernier contrat a consisté à descendre un chien qui empêchait le commanditaire de dormir. Un jour, l’usine où travaille Michelle ferme subitement, sans préavis, sans explications, avec comme cadeau d’adieu des blouses neuves gracieusement fournies la veille comme si de rien n’était. Les ouvrières, dépitées, dégoûtées, enragées, décident alors de rassembler leurs économie afin de supprimer le porc qui exploitaient leurs forces de travail. Louise rencontrera alors Michel qui se révèlera plus ou moins en homme de la situation…
Bonne poilade
L’humour du film nous fait forcément penser à J-E Moustic et son émission hebdomadaire, mais il y a également cette touche absurde et suréaliste que l’on retrouve dans les comédies belges. A voir les films produits de l’autre côté de la frontière, j’ai de plus en plus de mal à rire des histoires belges… D’ailleurs Bouli Lanners qui interprète Michel excellait dans Eldorado, road-trip tragi-comique qu’il a lui même réalisé et dans lequel il tient le rôle principal. On retrouve aussi l’esprit Canal avec Yolande Moreau (Les Deschiens) qui campe une Louise forte comme un buffle et loquace comme un gardien de la tour de Londres. Entre la rusticité de Louise et la gouaille à deux balles de Michel, on ne s’ennuie pas avec ces deux-là, trimballés que nous sommes de la Picardie au paradis fiscal de Jersey en passant par Bruxelles.
Un sacré casting de cinglés nous permet de nous amuser des apparitions de personnalités plus ou moins connues et amies de Groland. Évidemment, Francis Kuntz et Christophe Salengro (le président grolandais) sont de la partie. On peut y apercevoir également Aurelia Petit (Oubliez Cheyenne) Siné, le dessinateur viré par Philippe Val de Charlie-Hebdo l’an dernier, Albert Dupontel (Bernie), Benoit Poelvoorde (le Mr Manhattan de Canal Plus) et Matthieu Kassovitz. Autres petits détails qui prouvent que le film est de bonne qualité: il est “né sous une bonne étoile”(ARTE) et il a été sélectionné au festival de Sundance dans la catégorie film de fiction étranger.
“La tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation,
est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter”
Parachute coré : rions patro(n)s!
Franchement, sérieusement, sincèrement, qui n’a jamais envisagé de flinguer son patron, d’étrangler son supérieur hiérarchique, de noyer dans les chiottes son taulier après qu’il se soit enfariné les naseaux? Et bien chers lecteurs aux pensées si bien attentionnées, sachez que certains de ces oligarques sont si peu partageux qu’ils ne nous laissent même pas le plaisir de cette euthanasie patronale. Ils s’ôtent eux même la vie. Couic, Hara-Kiri, un seppuku après un dernier sudoku. Si l’hebdomadaire Marianne du 3 janvier revient sur l’arnaque de Madoff, le scandale Enron et son président crapuleux Kenneth Lay; (et tu l’as vu ce point-virgule que je viens de marquer pour séparer cette phrase tellement longue que tu ne sauras plus où elle a commencé? T’as vu ce style, cette dextérité? Fin de la parenthèse mais relis ce qu’il y a avant cette digression pour bien comprendre, si si je t’assure tous ces mots l’un derrière l’autre veulent dire quelque chose) Le Parisien / Aujourd’hui en France, journal qui appartient à Lagardère le “frère” de notre roi pas fainéant, annonçait en une de son édition du 10 janvier – ô grand malheur sortez les mouchoirs! – cette nouvelle économique et nécrologique: “Ces patrons que la crise a poussés au suicide”.
Le quotidien détaille ainsi la triste fin de trois capitalistes ruinés par le système qui les avait comblés et dans lequel ils avaient foi. L’ex cinquième fortune allemande s’est jetée sous un train dans sa ville. Mr Merkle ne s’est pas jeté sous une voiture sûrement parce qu’il avait été ruiné en plaçant son magot chez Volkswagen (le peuple ne peut même plus s’acheter la voiture qui lui est dédiée). Steeve Good, un homme d’affaires américain qui portait mal son nom, a choisi de se tirer une bastos dans le ciboulot . Il a été retrouvé dans sa Jaguar sur le parking d’une réserve naturelle… et voilà comment la bio-diversité s’appauvrit avec la disparition de tels prédateurs! Enfin, last but not least, pour conclure en beauté (fatale) ce trio morbide, Thierry De La Villehuchet vient ajouter la French Touch si caractéristique de la Gaule, et plus particulièrement de l’Armorique. Les ancêtres de l’aristocrate prêtaient de l’oseille à Louis XIV, notre homme lui a été ruiné par Madoff et ses offres de rentabilité vertigineuses. Pire, il a même incité certains de ses amis à faire de même… Les poulets de NYC l’ont retrouvé dans son bureau, vidé de son sang (bleu) après s’être entaillé les poignets. Quelle noblesse dans le geste!
Immondialisation
Bien sûr, la toute petite partie de l’humanité qui s’accapare les richesses à ne plus savoir qu’en faire ne vas pas s’auto-supprimer par votre bon vouloir. Mais ce film apporte une bouffée d’air frais dans notre atmosphère viciée par le néo-libéralisme et la mondialisation. Mission réussie par les grolandais: nous faire rire et nous montrer que dans notre monde qui ne tourne pas rond,tout le monde n’a pas de ronds. Si vous ne deviez voir qu’un film en 2009, ce serait celui-là!
“Maintenant que nous savons que les riches sont des larrons
Si notre père, notre mère n’en peuvent purger la Terre
Nous quans nous aurons grandi, nous en ferons du hachis”



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