LKP: Lèkti Kont Pwofitasyon
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : Kam
Ce mercredi 25 février, comme chaque mercredi je me rends chez mon marchand de journaux. Qu’est-ce que c’est un marchand de journaux diront les plus geeks des fwiyapinautes? Mais oui ces types dans des kiosques qui échangent du papier contre des pièces, ne me dites pas que ça vous dit rien. Ils affichent bien en évidence leurs revues pour adultes et on peut y acheter des gazettes hautement subversives telles que Entrevue, Gala, Voici, VSD, People, etc.
Malgré mon immaturité notoire j’ai dépassé le stade anal. Je délaisse donc les magazines cités juste avant et demande chaque semaine le Canard Enchaîné. Aujourd’hui j’ai entendu à la radio – quoi en plus j’écoute le transistor comme le font les papys au Pays! – que Libération publiait un petit scoop sur un petit mensonge présidentiel et que l’Humanité s’intéressait à la fortune du groupe Hayot (un journaliste de France Inter, certainement un peu trop down on [his] knees prononce le nom de la 119 ème fortune française comme s’il était un homonyme de la célèbre chanteuse Ayo). Un petit déjeuner pour esprit affamé à 3,80€… Ce n’est pas rien en temps de crise, mais surement le prix d’un repas intellectuel correct. Les grincheux du Fwiyapin (toujours les mêmes!) objecteront que le plat n’est pas assez équilibré, peut-être même carencé. Effectivement avec ce régime, peu de risques d’être pris des flatulences de l’esprit que peuvent occasionner la lecture du journal de Serge Dassault, fils de son père, marchand de canon comme l’était son daron.
Le soleil ne se couche jamais sur l’empire de la pwofitasyon
L’Humanité du jour titre sur « la piste de la fortune békée ». Dans la page 2 du quotidien, un article de Rosa Moussaoui apprend aux lecteurs l’importance du GBH (groupe Bernard Hayot). Un petit graphique qui montre la fulgurante progression de la richesse des Hayot (250 millions d’euros en 2005, 100 millions de plus 3 ans plus tard) accompagne le récit du « réseau tentaculaire » et la politique discriminante de l’entreprise vis-à-vis des employés qui n’auraient pas la bonne couleur. La famille Hayot est si bien implantée dans le temps que la chanson « Misyé Michèl pa lé bay dé fran » qui relate la grève meurtrière de février 1900 a traversé le millénaire. Inutile de rappeler ici, les abominations et les crimes contre l’Humanité qui firent la richesse des grandes familles de la caste békée. Aujourd’hui l’empire économique GBH s’étend dans la Caraïbe (Martinique, Guadeloupe, Santo-Dominguo, Trinidad, Cuba) en Amérique du sud (Guyane), au Maghreb (Algérie, Maroc), en France hexagonale et à la Réunion et en Nouvelle-Calédonie pour l’hémisphère sud. Ça fait beaucoup d’anciennes colonies, non? Côté grande distribution (un peu moins de 15% des parts de marché en Guadeloupe et en Martinique), GBH pèse 5 Carrefour et un Euromarché, il est l’unique importateur de Renault dans les DOM et vend plus de 25 000 bagnoles par an grâce à ses concessions. A cela, s’ajoute la fabrication de yaourts estampillés Danone, les rhums JB & Clément, etc. Impossible de dresser en quelques lignes une liste exhaustive des filiales de ce groupe tentaculaire conclut la journaliste qui explique qu’il est difficile de ne pas le pointer du doigt quand on parle de la vie chère et la pwofitasyon. Puis de rappeler que Bernard Hayot n’est qu’un symbole:
« Il y a certes GBH ou le groupe Alain Huygues-Despointes, mais il y a aussi Air France Cargo, Vinci, Veolia, Bouygues, But, Connexion, BNP Paribas, la Bred, Total, etc. N’ayons garde de l’oublier. «
Rome ça soule toujours un peu
C’est un autre style de profitation et même un cas de grosse menterie que l’on peut voir dans l’autre quotidien de « gauche » (le vrai Libé est mort il y a longtemps mais il doit bien y avoir dedans des journalistes qui essaient de résister à l’offensive libérale et aux joffrinades de leur directeur). La nomination de François Pérol à la tête de la fusion des banques Caisse d’ Épargne et Banque Populaire peut poser problème. Mais pas un gros, un minuscule problème qui porte l’affreux nom de déontologie. Quand on est fonctionnaire, c’est le cas de Pérol, secrétaire général adjoint de l’ Élysée qui quitte son emploi public pour aller dans le privé, une commission grossièrement appelée de déontologie donne son avis sur des possibles conflits d’intérêts (que ces gens ont peu confiance en l’élite de la Nation!) C’est depuis la capitale italienne que Sarkozy a déclaré que la commission avait déjà tranché – positivement cela va de soit – sur le cas Pérol. En fait les membres de la (grosse) commission sont bien emmerdés puisqu’ils n’ont jamais étudié le dossier du pote à Sarko… Et puis lundi, Luc Chatel, pour qui l’éthique n’est pas du toc, avait déclaré tout à trac à propos de celui qui dirigerait la fusion des deux banques: « Naturellement, la commission de déontologie se réunirait et émettrait un avis sur cette nomination. » Et pris de déontologie dégoulinante, d’ajouter: « Naturellement le gouvernement respectera cet avis » Naturellement, c’était pas un des mots préférés de Chirac? Déontologiquement, éthiquement parlant, l’avis ne peut être que négatif puisque Pérol a négocié les aides de l’État au futur établissement bancaire.
Dans le Canard Enchaîné du jour, il est mentionné que Pérol a par le passé été gérant chez Rothschild (après avoir quitté un emploi public, décidément c’est une manie!) Cette information n’est pas reprise dans Libération… parce que son principal actionnaire s’appelle Edouard de Rothschild?
On en apprend toujours de belles dans le Canard Enchaîné (*)
Sous la plume du Canard, revenons à nos brebis galeuses antillaises du LKP et du collectif du 5 Février. Le parcours des produits de première nécessité et leurs surcouts sont détaillés. D’abord nous dit le Canard, vu que le produit est destiné à un marché restreint (400 000 environ pour Gwada), difficile de négocier un bon prix. S’additionnent ensuite les frais de transport jusqu’au port, la part du transitaire, le coût du transport par cargo, puis l’arrivée à Pointe-à-Pitre avec toute la chaîne à l’envers. A cela s’ajoute la TVA, moins forte qu’en Hexagone mais à laquelle viennent s’ajouter octroi de mer et taxe additionnelle dont les taux sont fixés par les collectivités locales.
L’hebdomadaire satirique se demande pourquoi l’octroi de mer est à 28% sur les pâtes et à 20% sur le champagne en Martinique…Le prix du kilo de riz entre 2007 et 2008 a augmenté de 42% toujours en Martinique alors que le SMIC lui a pris 3 petits malheureux pour cents. Pwofitasyon vous avez dit?
Il n’y a pas que l’envoi des gendarmes mobiles qui va relancer la production agricole de rhum. L’arrivée de leurs petits copains des renseignements – des flics antillais en plus! – va incontestablement redresser les ventes médiocres du mois dernier. On y apprend que Domota n’est plus vu par les poulets comme un « révolutionnaire » mais comme un « réformiste ». Il fallait bien la présence de keufs créolophones pour le savoir… Plus anecdotique mais marrant quand même, il paraît que la mère de Domota est une amie à Michaux-Chevry! Qui a entendu Domota vilipender LMC comme Lurel et Gillot ?
Pwofitasyon tout koté
Jean-Luc Porquet a aimé le Manifeste pour les produits de haute nécessité, le texte de Gerthy Dambury ( publié dans l’Huma du lundi 23) et il le dit dans son article intitulé… Pwofitasyon! Ce mot qui parle à tous sauf à Sarkozy (quand il y a une grève, elle ne se voit pas, etc). Les prix scandaleux, la discrimination raciale à l’embauche, l’explosion du foncier , 1% de la population qui contrôle 40% de l’économie, ça ne lui fait pas penser qu’à la Guadeloupe. Extrait:
Il suffit de lire le magnifique Manifeste pour les produits de haute nécessité, écrit par une dizaine d’écrivains, d’artistes et de professeurs Guadeloupéens [et Martiniquais, note du Fwiyapin], pour s’en apercevoir: ce qui se passe à la Guadeloupe n’est pas qu’une affaire locale, exotique. Elle déborde de l’île, elle a du souffle de l’ampleur, de l’énergie, une détermination, et un vocabulaire: « Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme »
Y a-t-il une amende à lire?
Où voulais-je donc en venir cher lecteur? L’importance de lire! Nous ne sommes pas moralisateurs pour un sou au Fwiyapin mais voilà une activité importante que nous délaissons trop souvent. Et quand c’est le cas, quel contenu offrons-nous à notre intelligence? Merci de nous fréquenter et de vous informer sur des sites ouèb de qualité (nous nous répétons car vous les connaissez déjà : CC1, Bondamanjak, Bakchich, Rue 89, etc). Mais ne délaissez pas les (bons) journaux, n’ayez pas peur de les acheter parfois et ne vous contentez pas des cochonneries gratuites distribuées; ils étaient là avant internet et qui sait, ils lui survivront peut-être.
(*) Nous ne pouvons nous empêcher d’adresser deux pans sur le bec au Canard:
Dans son article non signé la Guadeloupe à la loupe de l’Elysée, le Canard désigne par macaque le fameux vin blanc liquoreux mélangé à de l’essence! Que les fans de la bouteille à la tête de lion n’aillent pas jeter de l’essence sur les plumes du Canard pour autant. Cabu, l’un des dessinateurs les plus prolixes de l’hebdomadaire aime représenter Sarkozy avec un collier de fleurs dès qu’il s’agit de l’Outre-Mer. Cette pratique polynésienne n’a pas cours au Antilles mais on veut bien croire que par là il caricature à merveille le mépris et la totale ignorance de Sarkozy du monde ultramarin!
3 Commentaires
Royal Zissou on février 27th, 2009
comment s’appelle, alors, ce mélange vin blanc essence qui laisse rêveur ??
Domota: Domotage de son discours ? | Fwiyapin on mars 10th, 2009
[...] petits entrepreneurs. L’attaque vise particulièrement les symboles de la pwofitasyon dont Bernard Hayot. Les appels au boycott lancés par E.D le même soir ont-ils un lien avec ses ennuis judiciaires? [...]



Nattynanou on février 26th, 2009
FOUTE FE!