Sarkozy & les DOM: Un présidentiel foutage de gueule ?

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Un mois de manifestations sans débordements suivi de graves troubles et d’un mort. Ce n’est qu’après ce bilan tragique (espérons le définitif) que le Président a dédaigné s’adresser aux négrillons outre-atlantique et aux coloniaux des confettis de l’empire. Le chef de l’État, toujours pressé de se prononcer sur des sujets d’une importance capitale, celui qui vole aux secours des victimes anonymes de crimes, viols et autres horribles ignominies aura attendu le 19 février pour donner une réponse au mouvement social historique mené par le collectif LKP et commencé le… 20 janvier 2009 !

Le silence c’est le plus grand des mépris

La veille de son allocution sur France Zéro Ô (et pourquoi uniquement sur cette chaîne ?), les grandes centrales syndicales hexagonales avaient exigé sans succès que Sarkozy aborde ce point lors de son intervention sur les grandes chaînes nationales. La semaine précédente, Sarkozy s’était rendu en Irak le 10 février alors que la Guadeloupe amorçait déjà sa quatrième semaine de grève. Pointe-à-Pitre était-elle plus dangereuse que Bagdad pour sa sécurité ?! Le  5 février dans son grand rendez-vous  médiatique avec les Français, il n’avait pas eu un  seul mot sur les évènements en Guadeloupe. Il ne devrait pas craindre autant l’archipel de Gwada, oublie-t-il qu’il y est arrivé premier au premier tour des élections présidentielles avec un score écrasant de plus de 40% des suffrages exprimés ? C’est vrai, on peut douter que Domota, Nomertin ou Flemin du LKP aient voté pour lui. De même, notre Président, Victorin Lurel, dans un live téléphonique depuis l’Élysée avec la télévision locale Canal 10 a tenu à rappeler qu’il n’avait pas voté non plus pour Nicolas Sarkozy ! Cette précision était-elle nécessaire ? Surement à l’attention de ceux qui se souviennent d’anciennes rumeurs de clins d’œil réciproques entre le président socialiste de la collectivité et le président tout court ( y voir une éventuelle mesquinerie relative à la taille du personnage serait révélateur du mépris des lecteurs envers le locataire du palais de l’Élysée…)

La grille de lecture raciale des RG  dans le Canard Enchaîné

Le Canard Enchaîné du 18 février n’apprendra pas grand chose aux observateurs avertis de la situation explosive des Antilles françaises et de la profitation (osons ce néologisme !) qui s’y exerce. Néanmoins, on peut y lire ce qui amène enfin les autorités à s’y intéresser sérieusement. C’est une note d’un haut-fonctionnaire basé en Guadeloupe destinée à Biancarelli, le conseiller à l’Outre-Mer de Sarkozy, qui a sonné l’alarme en hauts lieux. Dans cette note croustillante, on y fait référence aux propos d’Élie Domota (toujours sur Canal 10, décidément devenue incontournable !) sur la possibilité d’une guerre civile si le patronat et l’État, en persistant dans leur stratégie du pourrissement, étaient responsables de blessés dans le camp du LKP. Cerise sur le ghetto, une synthèse des ex-RG évoque une « hostilité envers les Blancs, non seulement dans les manifestations, mais aussi dans la vie courante. » Objectons quand même à ces fonctionnaires un brin paranos, que les manifestations rassemblent des personnes de toutes les couleurs…

Les petits malheurs du préfet de Martinique sont aussi relatés dans l’hebdomadaire satirique. Ange Mancianni après avoir vu le toit de sa résidence prendre la tangente lors d’un cyclone, louait sa nouvelle habitation coloniale qu’il a depuis abandonnée à Alain-Huygues Despointes ; ce monsieur qui tenait de sympathiques propos sur la prétendue pureté raciale de sa caste béké dans le documentaire qui a enflammé (les esprits de) la Martinique et la Guadeloupe.

Un mois, un mort, un discours

Pourquoi, alors que c’est la seule Guadeloupe endeuillée qui vit des scènes d’insurrections, Sarkozy invite tous les élus des départements d’Outre-Mer ? Ce type de réunion est légitime mais la présence des politiques guadeloupéens n’était-elle pas la plus importante ? Ils se retrouvent noyés dans la masse  domienne ultramarine. Que peut-il ressortir de ce type de rencontre avec autant d’interlocuteurs ? La priorité n’était-elle pas la situation en Guadeloupe, ensuite la Martinique, et dans une moindre mesure les autres départements et collectivités Outre-Mer ? Difficile d’y voir un dialogue ou une concertation, plutôt une mise en scène pour annoncer les mesures présidentielles. Ce discours annonce des mesures fortes. Toutefois, et nos confrères de CaribCreoleOne le font remarquer, les mots prononcés lors de l’allocution du Président présentent plus d’écarts qu’à l’accoutumée avec la préparation écrite. Seul le prononcé fait foi…

Après un mois, le chef de l’État rompt son silence. Ses premiers mots vont à la famille de Jacques Bino (qu’il ne cite même pas) : « C’est bien d’un assassinat qu’il s’agit » C’est exactement ce que pensent plusieurs membres du LKP et d’autres guadeloupéens. M. Bino travaillait aux impôts et aurait mené des enquêtes fiscales sensibles sur des personnalités fortunées. L’hypothèse de jeunes excités incontrôlables prêts à tirer sur le premier venu qui désire passer un barrage n’est pas à exclure contrairement à celle de la balle perdue avancée par les autorités peu de temps après la mort du syndicaliste. S’agit-il alors d’un contrat ou d’un meurtre non prémédité ? Dans l’attente de nouveaux éléments restons circonspects.

Le président poursuit avec son toupet habituel : « On peut se faire entendre, manifester sans avoir recours à la violence » Alors récapitulons : une grève commencée le 20 janvier, des manifestations historiques, dont une rassemblant jusqu’à 65 000 personnes (un habitant sur six !), un préfet discrédité par sa hiérarchie parce que trop conciliant, un secrétaire d’État à l’Outre-Mer  rappelé à Paris par son chef de gouvernement parce qu’il était sur le point de trouver un accord sur les 200 euros ; Tout ça sans violence ! Rappelons aussi que ce sont les forces de l’ordre qui, en attaquant les militants du LKP, ont mis le feu à la poudrière. C’est à croire qu’avant le 18 mars, Sarkozy n’était pas au courant de ce qui se passait en Gwada ! Il ne lit pas les journaux ? Les conseillers et les ministres qui l’entourent ne sont-ils donc que des nuls ? Non, tout simplement l’exécutif hexagonal s’en fout. Une fois de plus, le mépris, le paternalisme, les mentalités  post-coloniales du gouvernement et de l’État français auront été fatals à l’Outre-Mer et à la Guadeloupe en l’occurrence. Et l’hypocrite président de faire comme s’il venait d’apprendre les maux qui frappent les Antilles françaises (« monopoles, rentes de profit, formes d’exploitation qui ne devraient pas exister »). Cela fera bientôt deux ans qu’il est élu, et il n’avait pas le temps de s’intéresser à la question avant ?

Les mesures annoncées par « Papa Sarko » semblent sonnantes et trébuchantes. L’augmentation des bas salaires (tiens il ne définit pas où s’arrêtent les bas salaires…) de l’ordre de 200 € sera assurée à la fois par les exonérations des cotisations sociales patronales  (ce qu’on ne voulait pas que signe Jégo  ?) et par l’adaptation du RSA (revenu de solidarité active) aux 110 000 foyers concernés dans les DOM. La grande distribution s’engagera sur une liste de produits (de première nécessité ?) dont les prix devront être les plus proches possibles de ceux de l’hexagone. C’est promis, désormais quand le cours du pétrole baissera, il y aura une répercussion plus rapide sur le prix à la pompe. Ensuite une palanquée de petites aides, en veux-tu en voilà, sur les loyers, les productions locales, la restauration scolaire, le service militaire adapté, etc. L’addition pour les quatre départements s’élève à 580 millions d’euros, dont 280 millions pour le RSA. Ne riez pas, celui qui vient d’annoncer ces mesures et veut moraliser le capitalisme souhaite un plus juste partage des richesses…

Le journal de France 2, ce soir là, rappelait quel trou noir financier les DOM représentaient. Chaque année selon ces fins limiers de l’information, l’État dépenserait 1,9 € milliards dans l’aide aux entreprises, 3,3 € milliards dans la défiscalisation et les niches fiscales et 1,5 milliards à payer des suppléments aux fonctionnaires. Pendant ce temps là en Gwada, le LKP qui précisait n’avoir mandaté personne pour parler en son nom était en négociation avec les médiateurs…

5 Commentaires

Gilles  on février 20th, 2009

Je ne comprends pas comment personne n’a encore réagi de façon virulente aux propos de Sarkozy concernant sa solution miracle pour les augmentations de salaire en Martinique et en Guadeloupe. Les élus de gauche, les syndicalistes, les membres du collectif restent muets. Sans doute n’ont-ils pas pris la mesure de ce qui a été annoncé, ou plutôt de ce qui n’a pas été annoncé.

Ce que Jégo avait promis, c’est un allègement de charges sur les bas salaires pour financer l’augmentation de 200€ demandée par le collectif. C’était simple : au lieu des 400€ de charges que les patrons doivent payer quand ils versent 1000€ de salaire à leurs employés, l’état fait une réduction de 200€. Le coût pour le patron n’est donc plus que de 1200€, et il peut donc reverser les 200€ de gagnés au salarié. Et tout est à la charge de l’état.

Sauf que Fillon a dit non. Vous comprenez, c’est la crise, les caisses sont vides, la république est une et indivisible, bla-bla-bla…

Et là, miracle, hier soir, tout le monde a cru que Sarko proposait un système identique, puisque qu’il a évoqué le mot magique : « suppression de charges ». Sauf que sa solution N’A RIEN A VOIR avec la promesse initiale de Jégo. Ce qu’il dit vraiment, c’est que l’état supprimera les charges sur les primes payées par les patrons. Donc, ça ne coute rien à l’état, et tout est à la charge des patrons.

Tout le monde a parlé d’« avancée significative », mais au final, c’est un retour à la case départ. Tout cela noyé dans la diarrhée de rhétorique foireuse de ce cher président, si prompt à aider les plus pauvres, si décidé à mettre un terme à ce capitalisme incontrôlé, irresponsable et amoral.

Il est temps de faire passer le message et de faire comprendre la teneur exacte des solutions-miracles de Sarko – Zorro.

Adama  on février 22nd, 2009

URGENCE AVANT MASSACRE EN GUADELOUPE
C’est un appel de soutien que je lance. 17 Airbus ont débarqué en Guadeloupe depuis début janvier, avec près de 4000 militaires/gendarmes/CRS, armés jusqu’aux dents. Des chars d’assauts, des minutions, des cercueils en plastique, des vivres ont également été acheminés en même temps que ces forces de répression.Ce tel dispositif de guerre coûte 3 millions d’euros par jour au contribuable français.Les guadeloupéens auraient préféré que cet argent serve à résoudre quelques uns des 146 points de la plateforme de revendications.L’Etat français a tiré sur la foule à plusieurs reprises en Guadeloupe : 1910 – 1925 – 1952 – 1967.En 1967, suite à un fort mouvement de grève, messieurs MESSMER, MARCELIN et DE GAULLE ont fait tirer sur la foule et tuer plus de 170 personnes .Officiellement seuls 8 morts ont été déclarés par l’Etat.Le gouvernement vient de décider de transférer les rédactions de RFO television à Paris, les émissions locales ne seront plus produites localement.Sarkosy se fabrique sa dictature par ses exactions, voilà que l’Outre-Mer revient 40 ans en arrière avec les pratiques coloniales.

Lil'Dye  on février 23rd, 2009

Foutage de gueule, je sais je radote, mais quoi dire de plus. Je sans dans ces propos que le retu au calme n’est toujours pas une priorité. La grève doit s’arrêter, l’économie ne va pas s’en relever si ça continue, mas j’a l’étrange sentment que le gourvenement n’a pas percuté cela. A quand une solution viable et respectable, c’est sur que l’on aura sans doute pas le mouton a 5 pates, mais un geste de bonne foi de la part de c messieurs Sarkozy et Fillon est-ce trop demandé? j’ai ce sntiment qui habite enmoi depuis toujours et qui s’est dangereusement developpé depuis deux mois, ce sentiment c’est LA RAGE.

guga  on février 23rd, 2009

Autant KAM je reconnais bien volontiers que SARKOZY a été catastrophique sur la gestion de ce dossier des DOM et que une partie l’etat de la situation actielle lui incombe….
Mais sortir « Rappelons aussi que ce sont les forces de l’ordre qui, en attaquant les militants du LKP, ont mis le feu à la poudrière » ce genre de phrases est tout aussi médiocre et faux que la prestation de SAKORZY sur les DOM.
Les forces de l’ordre sont la pour faire respecté l’ordre….quand tu oblige des entreprises à fermer ou que tu menaces des salariées si il vont travaillé (aussi bien du coté des patrons qui menacent des salariés) c’est un entrave à la liberté d’expression (du droit de faire grève ou pas , ou de libre circulation,….) donc quand tu dit qu’il n’y pas eu de violence tout es relatif….
Et ces ce genre de discours qui jette un discrédit sur les forces de l’ordres et entraine la haine de certains envers ceux-ci ….

Nattynanou  on février 23rd, 2009

A quoi bon une RSA, quand les prix vont monter de toutes les facons. Une veritable aide aux PME (ex, leur permettre de se developper de facon efficace sur internet …) et une volonte de la population a consommer dans ces meme pme, serait pour moi un grand pas en avant.

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