La prise de la Bastille par TiMalo

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timalo-wouj

Samedi 14 mars 2009. Paris. La Scène Bastille.
TiMalo é Érik Kosak jambé dlo pou vinn vwè karibéyen ki an vant a bèt la !

Les artistes seront sur scène pour une représentation unique.  TiMalo était venu il y a quelques mois présenter son recueil de slam Pawol a lom vo lom. Il nous revient avec un album rempli de big tunes, Pawol funk kè, sur lequel nous reviendrons prochainement. En attendant, vous pouvez relire l’interview que l’artiste avait accordé au Fwiyapin l’an dernier. Back in the days:

[interview 2008]

Après l’interview de Majead, on vous ressert une bonne daube avec Timalo qui est de passage à Paris.

FWIYAPIN: Sa ou fè? Tu nous arrives par le gulf stream, tu n’as pas trop froid an vant a bèt la?
TIMALO: Lè an rive té ka fè 2 dègré ! 2 dègré timaaaaal ! Mais les compatriotes m’ont très rapidement communiqué leur chaleur. D’abord le vendredi soir avec Sòmnanbil à la Chapelle des Lombards et puis le lendemain avec Dominik Coco. Té ni bon chalè sanmdi !

FWIYAPIN: Thierry, TiMalo, Tito Malo, ki jan pou nou krié’w?
TIMALO: Fow kriyé mwen Monsieur TiMalo, an pa ka kanmarad aw ! KMKR ! Plus sérieusement, Tito c’est un surnom que j’ai adopté au moment ou j’arrivais à Paris il y a plus de quinze ans et il est plutôt lié a cet époque. TiMalo est le pseudonyme sous lequel je suis connu du grand public et Thierry c’est mon prénom. J’ai bien d’autres surnoms et sobriquets… un surnom pour chaque vie.

FWIYAPIN: Tu dis t’être lancé dans le slam par hasard, tu ferais quoi en ce moment si tu ne t’étais pas investi dans cet art?
TIMALO: Probablement de la musique ou de la vidéo. Ce sont deux activités artistiques qui me parlent beaucoup mais que j’ai mis un peu en retrait pour mon projet « Pawol a lom vo lom ». Mais cela dit, cela me permet d’avoir une vision, de mieux exprimer mes aspirations quand je discute avec les artistes avec lesquels je collabore.

FWIYAPIN: T’as écrit un bouquin illustré par Luk Gama dont le nom est Pawol a lom vo lom. Mais on dit aussi Pawol an bouch pa chaj, n’y a-t-il pas là une contradiction?
TIMALO: “Pawol ki pa chaj, sé pawol flo, flo, flo ! E moun a pawol flo, flo, kon pawol a yo”. C’est précisément ce que je dis dans “Pawol” le texte duquel est tiré le titre du recueil. Je préfère défendre une image du Guadeloupéen rigoureux et honnête, celui en qui on peut avoir confiance. Sans la confiance entre nous, on ne peut rien faire ensemble. C’est valable pour les Guadeloupéens, mais c’est valable pour tout le monde, tous les peuples.

FWIYAPIN: Tu essaies de faire rire, au Fwiyapin on sait bien que c’est pas facile; ça t’est déjà arrivé de te prendre des bides sur scène?
TIMALO: Tous les textes qui sont dans mon show ont été dûment éprouvés en slam session. Et là, vu que tu n’as droit qu’à trois minutes, si tu fais un bide ça ne dure pas longtemps. Et puis le public est compréhensif, il sait que lui comme toi participez à une expérience. Cela dit, le spectacle ne fonctionne pas toujours de la même manière suivant les publics. Il y a des salles qui rigolent plus que d’autres. Il faut savoir l’accepter : faire rire ne dépend pas que de moi. Il faut aussi que le public soit confortablement installé, que la sono soit bonne, que leur commande arrive a temps. L’important c’est de faire de son mieux. Quand on fait de son mieux, le public y est toujours sensible.

FWIYAPIN: Pour être un bon poète et un bon slameur il faut souffrir ou avoir souffert?
TIMALO: Après mes contacts avec la scène slam de France, je constate une chose : ça n’a rien à voir avec la scène slam de Guadeloupe ou de Martinique. Chez nous, il y a beaucoup moins de mélancolie dans les textes, tant dans la forme que dans la manière de dire. Pourtant, on parle de choses graves et on n’hésite pas à aborder des sujets lourds comme le racisme, les ravages de la drogue, la situation sociale ! Mais même si tout le monde ne le fait pas avec humour, les slameurs expriment tantôt de la colère, de la frustration, parfois de la sérénité, certains arrivent même a proposer une alternative (faut le faire, en trois minutes !). Il y a parfois de la tristesse, mais c’est loin d’être la règle générale comme il semble être le cas ici. Souffrir n’est absolument pas une nécessité pour écrire de la bonne poésie. Et même si tu as beaucoup souffert, ou que tu es issu d’un peuple qui ne veut plus souffrir, tu n’es pas obligé de le mettre dans tes textes pour qu’ils soient bons. Le slam, la poésie, c’est aussi un lieu ou l’on peut s’échapper de ses souffrances quotidiennes justement.

FWIYAPIN: Tu écoutes des musiques particulières pour ton inspiration?
TIMALO: J’aime beaucoup la musique et j’en écoute tout le temps. Il y a des groupes qui sont des inspirations directes de mes délires les plus intenses, comme Fishbone ou les Nonnes Troppo. Il y en a d’autres qui sont des ouvertures sur des mondes différents, et pour ça je traîne souvent sur MySpace ou CdBaby. La plupart du temps, j’écoute de la musique intelligente pour mon bon plaisir, ça donne envie de faire des choses intelligentes.

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FWIYAPIN : Depuis que tu slames, et que tu as une petite notoriété, est-ce que c’est plus facile avec les chères ? Sinon, peux-tu donner quelques belles paroles au Fwiyapin pour séduire les donzelles ?
TIMALO : Ben bizarrement, depuis que j’ai une petite notoriété, les chères croient que je suis forcément avec quelqu’un. Surtout que la plupart des gens qui s’impliquent pour que mon projet avance sont des femmes. Donc je profite de Fwiyapin pour passer une petite annonce : guadeloupéen, drôle, sensible et attaché a son pays cherche une femme qui a le goût de l’excellence et le sens de l’humour pour faire un bout de chemin ensemble. Laisser un message sur http://www.timalo.com

FWIYAPIN: Tu es politiquement engagé? Que penses-tu du statut de Région mono-départementale?
TIMALO: Je suis assez d’accord avec Glissant quand il dit ce que qu’il faut c’est l’indépendance de la pensée. Certains pensent que la forme, le statut, conditionne le fond, d’autres pensent que rien ne peut arrêter une idée une fois que son heure est venue de la mettre en œuvre, pas même un statut inadéquat. Pour ma part, je pense que la priorité c’est de s’attacher au concret plus qu’aux symboles. Ça signifie plus de pouvoir au peuple guadeloupéen – soit direct, soit via ses élus. Tu te rends compte que bien que plus de 40% d’une classe d’âge de Guadeloupe sortent de l’école sans aucun diplôme, les guadeloupéens n’ont aucun moyen de remettre en cause la façon dont l’école est faite ? Exiger un droit de regard sur la façon dont l’école est faite chez nous me paraît bien plus important qu’un drapeau.

FWIYAPIN: Quel tableau de la Guadeloupe dresses-tu à l’heure actuelle ? On est sur la bonne voie ou byen nou ka fouté bowdèl ?
TIMALO: En Guadeloupe, il y a des gens qui se bougent. La génération qui précède la mienne a structuré des associations culturelles solides qui apportent des choses concrètes et très structurantes par rapport à notre culture. La mienne est plutôt en train de remettre en cause la façon de voir la politique, ce qu’on est en droit d’en attendre. Il y a des réflexions, certains se posent la question d’une éventuelle candidature, d’autres font un travail d’investigation et de vigilance. Mais pour moi, le fait le plus emblématique, ce sont les statues : celle de Vélo, de Delgrès, de Solitude, de Gerty Archimède… Quand un peuple fait des statues en mémoire de ses membres qui se sont illustrés d’une façon ou d’une autre, c’est qu’il a conscience qu’il y avait des gens avant lui à qui il doit quelque chose, et on peut parler alors de civilisation. Bien sûr, il y a toujours des réactionnaires qui continuent de prétendre que « kreyol sé biten a vyé neg », « pep-la sa ké toujou dèyè » et autres billevesées, mais aujourd’hui ils sont marginalisés, alors qu’il y a 20 ans, ce sont ceux qui prétendaient le contraire qui l’étaient.

FWIYAPIN: Finalement les Antillais en hexagone ne sont-ils pas plus réceptifs à ton message? Au fait que tu t’exprimes en créole? Paradoxalement, l’impact de tes mots n’est-il pas plus puissant ici qu’en Gwada?
TIMALO: Ben pour l’instant j’ai trouvé une sensibilité au delà de mes espérances. Mais lorsque je ferai le show le mercredi 22 Octobre au Café de Paris, je serai vraiment en mesure de te dire si le message est passé. Pour l’instant mes interventions ont été plutôt courtes. Après une heure et quart de TiMalo, an ké vwè si zo ka dako épi mwen toujou !

FWIYAPIN: Des collaborations slam ou autres à venir? Un album?
TIMALO: J’ai déjà commencé a collaboré avec des artistes pour leurs projets respectifs. De mon coté, j’ai un projet qui est en phase de finalisation. Promis, dès que c’est près, on en parle.

FWIYAPIN: Lis-tu Fwiyapin? Notre site est-il origénial ou excrémement merdique?
TIMALO: Justement, je voulais vous dire : en créole, « in » se prononce « ine » comme dans grenadine, ou maline. Le fruit de l’arbre à pain, en créole ça s’écrit « Fouyapen ». Donc si j’avais un commentaire à faire, je dirais : Fwiyapin, sa è-seks-ionel !

http://www.timalo.com/

Timalo filmé par Fwiyapin TV:

malocosak

Un commentaire

Battle (pas) Royale | Fwiyapin  on mars 25th, 2009

[...] Battle  doit rester cet espace de promotion pour les artistes (pas uniquement Dancehall puisque TiMalo y était également reçu) tout en s’ agrémentant d’un bon contenu [...]

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