Fwiyapin meets Pablo Moses
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Jeudi 23 avril 2009. Paris XX. La Bellevilloise.
A près U-Roy, Le Fwiyapin rencontre Pablo Moses après son big show.
L’occasion pour nous de lui poser quelques questions sur ses inspirations, Obama, la Caraïbe, etc…
Voici la retranscription des propos recueillis de l’interview de Melody accompagnée de Peter Toshiba.
Fwiyapin : Ca faisait combien de temps que t’étais pas venu ici ?
Pablo Moses : Y a deux ans j’étais venu à Paris pour jouer au New Morning.
Fwiyapin : Comment tu trouves le public à Paris ?
Pablo Moses : C’est toujours un plaisir de venir à Paris. Parfois quand on fait une tournée européenne on y passe plusieurs fois. C’est comme une deuxième maison, a musical home.
Fwiyapin :Comment t’as commencé à faire de la musique ?
Pablo Moses : Quand j’allais à l’école, je le faisais toujours en chantant. Un ami m’a offert ma première guitare en 1974. J’ai enregistré en studio pour la première fois en 1975.C’est l’album Revolutionary Dream et les succès I Man Grasshopper, We should be in Angola, Give I fi a name, etc
Fwiyapin :Comment ta musique a évolué avec le temps ?
Pablo Moses : Plus tu écoutes de la musique, plus tu en joues et plus tu es alors capale de developper ta créativité mélodique et musicale. J’aime écouter d’autres artistes, je n’arrête pas d’apprendre. J’écoute du hip-hop, du rock, du blues et du jazz (une de mes musiques favorites), de la samba, de la musique africaine. Il n’y a pas de frontières dans la musique.
J’aime être original, j’ai créé plusieurs groupes qui ont malheureusement périclité parce que leurs membres voulaient faire des reprises et manquer de respect aux morceaux des autres. J’ai toujours dit que j’étais et j’essaie d’être un artiste original. C’est un peu ce que je chante dans Lonely Singer. Après l’album Revolutionairy Dream dans lequel j’ai donné mes visions du monde dans les morceaux, j’ai sorti d’autres opus avec le même état d’esprit. Pave the way parce que tu dois préparer le chemin et In the future où je parle des tensions et des crises. Pour vivre l’amour, tu dois refuser les voies de Babylon qui oppresse le peuple et en tant que rasta pour faire celà tu dois te confesser. D’où l’album Confession of a Rastaman. Un nouvel album est en préparation. Ma musique ce n’est pas pour faire de l’argent. Bien sûr je dois vivre et j’ai des besoins comme tout le monde mais pour être un artiste tu dois avoir tes propres idées. Je ne dis pas aux gens « fais ceci » mais plutôt « qu’est-ce que tu peux faire avec ce que tu as en toi ? »
Fwiyapin :Tu dis que ta musique est révolutionnaire, qui t’a politiquement et musicalement inspiré ?
Pablo Moses : De nombreux artistes m’ont inspiré. Quand j’étais petit, je chantais ce que j’entendais, Ray charles, Nate King Cole, Beenie King, etc. Mais des gens comme les Beatles, les Rolling Stones je les écoutait aussi. De la calypso, ou le guitariste Santana …
Donc tu vois, j’ai été inspiré par plein de courants et d’artistes. Du côté des révolutionnaires, j’ai lu pas mal de Bouquin sur Fidel Castro, Che Guevara, Steeve Biko, Malcolm X. Mais j’ai également lu Aristote. J’essaie d’élargir au maximum mon horizon intellectuel. Je lis aussi des romans. Je regarde des films également et surtout les rencontres avec les gens m’apportent beaucoup.
Fwiyapin : Que penses-tu de l’évolution de la société jamaïquaine ?
Pablo Moses : Beaucoup de choses doivent être faites en Jamaïque mais aussi dans d’autres pays du Tiers-Monde. Je dis Tiers-Monde parce qu’ils ne disent pas encore que nous somme le Second-Monde, eux le Premier-Monde. Mais on vit tous dans le même monde. Financièrement beaucoup reste à faire notamment une solidarité des pays les plus riches envers la Jamaïque et d’autres pays plus modestes. Plutôt qu’une société domestique il faudrait une société internationale dans laquelle chacun pourra croître et exceller sur le plan de la créativité. Ce serait bien plus harmonieux s’il y avait plus d’amour pour son prochain. Il y a eu quand mêmes de bons changements en Jamaïque. L’éducation et les droits aux soins sont plus accessibles qu’il y a 30 ans. Mais les conditions de vie doivent s’améliorer. Il y a toujours des barrières de classes (sociales), ce qui existe partout sur Terre, mais aussi des barrières de couleur. Dans la majorité des pays caribéens, il y a une majorité de descendants d’Africains, alors que ceux qu’on appelle » l’élite « ou « classe supérieure » descendent principalement des anciens propriétaires d’esclaves. S’il n’y avait pas ces barrières je crois que la Jamaïque irait mieux. Une autre entrave à l’épanouïssement des gens est toute la propagande médiatique internationale relayée sur les chaînes NBC,CNN, ABC, BBC, etc. Ils contrôlent la pensée des gens et c’est une manière de faire qu’ils n’accèdent pas à la connaissance par eux-mêmes. Il faudrait aussi arrêter certains comportements idiots dans le Dancehall et le Hip-Hop tels que les chansons contre les homosexuels ou vulgaires envers les femmes. Ils feraient mieux de se battre pour l’égalité et la justice pour tous. Je pense que le monde entier vivrait mieux. Tout le monde ne répond pas à ces clichés en Jamaïque. On n’a pas non plus tous un gun et nous ne sommes pas tous des dealers. Les drogues dures en Jamaïque ne viennent pas de chez nous, les armes non plus. Dans des pays comme le mien, mais aussi au Brésil, au Panama, en Haïti, dans certains endroits d’Afrique, posséder une arme – dans un contexte ou moins tu as d’éducation et plus ignorant tu es – ça te rend puissant et tu ne vois pas que ça détruit ta société et ta propre personne. Mon opinion c’est que beaucoup de ces choses sont dues aux pays du Premier-Monde. Les États-Unis ne peuvent même pas se doter d’un bon système de santé, alors qu’ils dépensent des milliards pour tuer des enfants en Irak et en Afghanistan. Et je te parle pas des complots de la C.I.A en Afrique, sans oublier les services secrets britanniques et français. Alors je le redis il y a des progrès mais beaucoup d’efforts peuvent et doivent être entrepris.
Fwiyapin : Tu connais la Guadeloupe ?
Pablo Moses : Oui, je sais où c’est, mais malheureusement je n’y suis jamais allé. J’aimerais bien pourtant. Tu m’invites ? Les gens de Guadeloupe, Martinique, Haïti, Jamaïque, Trinidad, Barbade, nous sommes de la même famille, tous caribéens, majoritairement descendants d’Africains mais aussi d’autres personnes, colonisés pour certains par les anglais, les espagnols ou les français. Nous sommes un même peuple mais malheureusement il y a une barrière de langues. J’ai rencontré des gens de Guadeloupe et Martinique en Jamaïque. Tout ce que nous avons à faire c’est nous unir pour une même cause: l’émancipation de l’esprit. Nous serions plus forts. One Love pour les Guadeloupéens et Martiniquais. Que Jah les protège eux et le reste de la Caraïbe. Continuez à écouter du Reggae Roots.
Pour revoir l’interview de U-Roy cliquez ici



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