Aliker
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : KamMercredi 3 juin 2009. Le nouveau film du martiniquais Guy Deslauriers crève les écrans des (bons) cinémas.
Nous avions déjà insisté bien avant cette sortie sur le soutien qu’il fallait apporter aux productions cinématographiques antillaises. Sans aller jusqu’à parler de militantisme, cet appui économique est nécessaire et vital pour la pérennité du cinéma caribéen. L’année 2009 fut un bon crû. Après le documentaire de Camille Mauduech Les 16 de Basse-Pointe, le succès commercial de La première Étoile de Lucien Jean-Baptiste (qui joue également dans Aliker), le documentaire Le Pays à l’envers de la guadeloupéenne Sylvaine Dampierre, voilà qu’arrive le long-métrage consacré au père du journalisme martiniquais comme le définit Patrick Chamoiseau.
André Aliker nait en 1894 au Lamentin. Il n’est pas vraiment un prolétaire, puisque son père est un commerçant. Mais, alors même qu’il est exempté, il participe à la boucherie qui déchire l’Europe. Un passage dans les tranchées de la Grande Guerre lui ouvrira les yeux à la fois sur le capitalisme et le racisme dont sont sujets les non-blancs dans l’armée comme dans toute la société française. Il peut constater de visu la justesse de la citation de Jaurès: le capitalisme porte en lui la guerre comme les nuées portent l’orage. Nourri idéologiquement et intellectuellement par L’Humanité et le Canard Enchaîné, à son retour en Martinique, il fonde en 1920 le groupe Jean Jaurès avec Bissol, Monnerot et Linval ainsi que son organe de presse Justice. Les mêmes qui seront à l’origine de la création du parti communiste martiniquais poussent Aliker à devenir rédacteur en chef du journal quand celui-ci est sur le point de péricliter. Il écrira à la fois avec talent et humour et en changeant le mode de diffusion du journal il élargira le lectorat en faisant appel à des vendeurs ambulants. Plus que de la propagande marxiste, Aliker fait du journalisme. Pas de solutions à apporter mais des éclairs de lucidité espère-t-il. Des dissensions apparaissent avec ses camarades, notamment sur la publication de documents impliquant un puissant usinier, Eugène Aubéry, dit » Le Dragon « . La révélation de ce scandale fiscal causera la perte du journaliste. Après avoir été intimidé et molesté, dix jours après une première tentative d’assassinat, son corps ligoté est retrouvé sans vie sur la plage de Fonds Bourlet le 12 janvier 1934.
La tragique histoire du journaliste communiste martiniquais André Aliker (1894-1934), qui dans son journal « Justice » dénonça une gigantesque fraude fiscale et fut assassiné sur ordre d’un grand planteur et usinier béké.
Sur un scénario de Patrick Chamoiseau, ce film de Guy Deslauriers est certes édifiant, à la limite de l’hagiographie. Mais le frère aîné de Pierre Aliker (l’ex adjoint centenaire de Césaire, toujours vêtu de blanc en signe de deuil depuis 1934 …) était un vrai héros: croix de guerre en 1914-1918, lecteur du « Canard Enchaîné » et inspiré par Jean Jaurès, il mena un combat déterminé pour la vérité contre sa peur, jusqu’au sacrifice. Le chanteur Stomy Bugsy a la prestance qui convient au rôle.David Fontaine, Le Canard Enchaîné 03/06/09
Un débat entre Guy Deslauriers et le public s’est tenu au cinéma L’Espace Saint-Michel. Le réalisateur a alors expliqué les difficultés de financement qu’il a rencontrées. Comme on pouvait s’en douter aucun béké n’a voulu participer mais pire est la lâcheté de certains qui ne voulaient pas froisser la susceptibilité de leurs éventuels partenaires commerciaux … Certains spectateurs voulaient eux absolument voir un complot béké dans le refus de la société de distribution et d’exploitation UGC de passer le film dans son réseau de salles. La raison, a expliqué Deslauriers, est tout simplement que le poids lourd du cinéma français n’y a pas trouvé d’ intérêt commercial. Nous réitérons donc notre appel au risque d’être péniblement répétitif. Soutenez ce film !
Aliker nous ouvre ainsi à nous-mêmes pour nous ouvrir au monde.
Il est cette conscience qui nous manque.
Cette clairvoyance qui nous fait défaut.
Et ce courage aussi.
Il sait que la vie est faite de mort, et que toute mort nourrit la vie.
Que la lumière la plus vive gît parfois dans ce que l’ombre a de plus intense.Guy Deslauriers
2 Commentaires
Fwiyapin » Aliker & Deslauriers au Magic Cinéma on septembre 2nd, 2009
[...] Relire la chronique du fwiyapin consacrée au film en cliquant ici [...]





Fwiyapin » Après l’océan: tsunami cinématographique on août 14th, 2009
[...] réalisateur et acteur principal de la Première étoile et interprète de Bissol dans Aliker, dans un rôle d’escroc aussi sympathique que malhonnête. Kad Merad, Agnès Soral viennent [...]