Démocratie versus Dictature
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La guerre des dogmes !
Tout le monde s’accorde à penser et à dire spontanément que « nous sommes et vivons en démocratie ! », une déclaration logique, naturelle, un acquis inébranlable, mieux, un label, une sorte de produit bio idéologique à consommer les yeux fermés. Mais combien d’entre nous, prenons le temps de s’interroger sur ce que c’est une démocratie, ses fondements, son origine et ce qu’elle est aujourd’hui. On se contente de voir qu’il y a pire ailleurs, pour se satisfaire et se convaincre qu’en effet, nous sommes bien en démocratie ! Qui osera affirmer le contraire ? C’est précisément là où le bât blesse. On la définit par rapport à ce qu’elle n’est pas (une dictature), et non pas rapport à ce qu’elle est ou ce qu’elle devrait être. Partant de ce principe, on ferme les yeux (consciemment ou inconsciemment) sur tout ce qui cloche, tout ce qui parait louche, toutes les anguilles sous roches qui se cachent dans les eaux troubles d’une Démocratie. Et comble de l’Absurde, on espère quand même du changement, un monde meilleur. Einstein disait que « la folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent ».
Quelle est donc la différence entre une tyrannie et une démocratie ?
La première impose son autorité avec le bâton ; la seconde avec de la propagande, (« Plus une société est libre, plus il est nécessaire de distiller la peur » Noam Chomsky). Dans le premier cas, elle utilise la torture et la violence ; dans le second, le mensonge et la manipulation. Dans les deux cas de figure, on reçoit des coups qui n’ont pas le même impact, la même portée. Les blessures sont infligées de part et d’autre, les larmes coulent, mais elles n’ont pas la même saveur : le goût du sang d’un côté, le goût du sel de l’autre.
Notons au passage qu’une démocratie peut faire la guerre au nom de cette même démocratie, et au passage, utiliser accessoirement des instruments de torture si elle le juge nécessaire (prison d’Abu Ghraib, Guantanamo, guerre d’Algérie – Sétif 1945 -…) Notons aussi, que pour préserver ou faire fructifier ses intérêts, une démocratie peut fermer les yeux le temps de signer des contrats juteux avec des dictateurs… notons … notons …
Les deux systèmes n’impliquent pas les mêmes victimes. La première sait qu’elle en esclavage, privée de sa liberté fondamentale. La seconde l’ignore, car on lui a dit qu’elle était libre par rapport à l’esclave. La première est esclave d’un bourreau. La seconde est son propre bourreau (la prison dont on ne voit pas les barreaux). L’une souffre dans son cœur ; l’autre souffre dans sa tête : speed, stressé, lunatique, égocentrique, crispé, déprimé, obsédé, dépressive, impatiente, agressive, arrogante, acharné à satisfaire tous ses instincts, ses désirs et ses besoins sur le champ ! Presto cogno !
Les deux régimes n’offrent pas les mêmes perspectives de révolte. L’esclave peut se rebeller contre son maître, car il le côtoie, il le connaît jusqu’en dans les moindres détails : ses habitudes, son parfum, ses manies….voire ses faiblesses. A partager de si bons moments de mise à tabac, forcément ça rapproche, ça crée des liens. Toujours est-il, il sait à qui il a affaire, il sait où le trouver pour lui faire mordre la poussière le cas échéant. Même s’il sait qu’il finira sûrement en prison dans le meilleur des cas, ou sur le peloton d’exécution, dans le pire.
A contrario, celui qui se croit libre, va se rebeller contre qui ? Des Multinationales ? Des Politiques ? Des Capitalistes ? Des Médias ? Sachant que les quatre entités se rendent service mutuellement et constamment. « Les trois journaux de référence sont maintenant peu ou prou tenus par de grands industriels, de grands capitalistes (Bouygues, Dassault, Lagardère) qui n’ont naturellement pas investis dans ses journaux pour qu’ils -les médias- nuisent à leur intérêt (…) Les médias français se proclament « contre-pouvoir ». Mais la presse écrite et audiovisuelle est dominée par un journalisme de révérence, par des groupes industriels et financiers, par une pensée de marché, par des réseaux de connivence »Serge Alimi
Pour s’assurer que le peuple ne doute pas d’être en démocratie, on lui donne à écouter les analyses des cerveaux-prêt-à-penser, des intellectuels, des écrivains, des pensants, des philosophes et autres gourous de la matière grise, en mal d’amour et de reconnaissance, omniprésents médiatiquement, à la solde des pouvoirs pour prêcher la bonne parole qui est censée être d’or et d’évangile. Paroles d’experts équivalent à une garantie à vie (satisfait et non remboursé !). A savoir, qui sont les ennemis de la démocratie et où se cachent-ils ? (Comme par hasard, ils sont tous à l’extérieur !) Qui sont les amis de la Démocratie et où crèchent-ils ? (Comme par hasard, ils tous à l’intérieur !) Alléluia ! La boucle est bouclée ! Avec ou contre nous ! « La France, aimez la ou quittez la ! »…Au diable la nuance et la demi-mesure ! Que les ‘esprit-critique’ se chargent de critiquer les adversaires qu’on lui désigne ! Pourquoi faire son autocritique, quand on estime que son voisin à plus de choses à se reprocher que soi ?
On n’a rien inventé de mieux que le micro-onde de la pensée unique. C’est rapide, efficace et ça dispense à la masse animale (le peuple) de se court-circuiter la cervelle pour avoir à réfléchir par elle-même. C’est tellement réconfortant, tellement rassurant que d’avoir des têtes bien remplies qui pensent à notre place. C’est qu’elles ont étudiées et qu’elles savent de quoi elles parlent ! N’allez surtout pas les contredire, on vous accuserait de réactionnaire, d’anarchiste ou pire, d’antisémite ! En fait, le peuple doit les remercier, car ils font une œuvre de charité publique, et lui rend un immense service. Plus ils se prennent la tête pour nous, et plus on dispose de temps pour s’amuser, acheter, s’oublier et se foutre en l’air…
Pour s’assurer que le peuple ne cherche pas à se révolter contre son tyran, on lui coupe les vivres alimentaires et culturels. Dans une dictature, l’absence de loisirs fait cruellement défaut. Ce vide ludique est vital pour maintenir l’individu dans la préoccupation permanente de son estomac. « Ventre vide n’a pas d’oreille ! » et n’a qu’un seul désir : chercher sa pitance.
Dans une démocratie dite « moderne », le divertissement est une règle d’or, un principe de base. Ventre repu n’a qu’une envie : se reposer ou se distraire. Tant que l’individu s’occupe de suivre les saisons de foot, de voter dans les télés réalités, de ne jamais rater ses séries favorites, et de consommer tout azimut… (tout ce que j’appelle le vacarme nécessaire), il ne s’occupe pas des affaires politiques. Détourner l’attention des gens de l’essentiel, dans ce cas, est primordial.
Le Démocrate moderne déteste les imprévus, aussi minimes soient-il. De la discipline que diable ! De la rigueur dans la gestion de nos émotions. C’est pourquoi il organise, il prévoit, il anticipe en invitant ses troupes militaires à une ratonnade planétaire officielle avec la bénédiction de quelques pays belliqueux en mal d’agressivité. C’est ce qu’on appelle la guerre préventive ou l’art de se défendre en attaquant le premier. (Mais en fait, où est Ben Laden ?)
L’une des meilleures actions dont la France peut s’honorer, est celle d’avoir refuser de prêter main forte au saccage de l’Irak et de sa population, quelques qu’en furent ses motivations.
La démocratie libérale produit un maximum de richesses, donc un maximum de pouvoirs et de puissances, donc un maximum de domination et de contrôle de l’information, au bénéfice de groupuscules crapuleux obsédés par l’appât du gain, avec du pétrole pleins les yeux, du bénef plein la tête. Les conséquences sont désastreuses, elles génèrent de l’inégalité, des discriminations, des restrictions de liberté phénoménales, une recrudescence de la misère, de l’insécurité, de la précarité, de la violence…des drames humains.
Logique par conséquent, qu’un homme comme Bush, se fasse élire deux fois de suite grâce à une politique basée exclusivement sur l’insécurité et la terreur, et qu’un Sarkozy se fasse élire sur la base d’un pouvoir d’achat douteux et de la peur de l’Autre (immigration choisie, le discours de Dakar, et autre inepties en tout genre). L’équation est parfaite ! Le pouvoir de consommer plus et la peur que l’Autre, « l’étranger », « le barbare », vienne me ravir ce pouvoir. « Plus une société est libre, plus il est nécessaire de distiller la peur » Noam Chomsky
La méthode est la même : on indigne la population (sous de faux prétextes) pour obtenir son aval et sa bénédiction. Ah ! Emotion…quand tu nous tiens !
De mon point de vue, la démocratie est prise en otage et bafouée dans sa noble conception. Elle est séquestrée par des intérêts financiers colossaux. Faire la guerre, c’est faire du bizness ! Donc, il faut des ennemis. Pas de problème, les V.R.P de la violence organisée en ont une ribambelle sous le coude ! Et s’ils n’existent pas, on les fabrique de toute pièce pardi ! Merci la technologie et le progrès !
La politique n’est plus une affaire de convictions profondes ou de vrais projets réfléchis et débattus pour de meilleures sociétés, mais une affaire de communication, de relations publiques et médiatiques, de manipulation émotionnelle, et de contrôle de l’opinion des peuples, (« fabriquer leur consentement » disait W.Lippman), dans une démarche populiste et d’une démagogie sans nom !
Cette nouvelle élite « moderne » ne gouverne plus de manière brutale et violente sur le peuple, mais grâce à l’illusion nécessaire. « Le peuple est un troupeau égaré, bien trop émotif, incapable de s’occuper de ses propres affaires, et qui doit être encadré, contrôlé et conduit par une avant-garde, une élite de décideurs éclairés. Les gens doivent être détournés vers des buts inoffensifs. Il faut les noyer, les assommer sous une masse d’informations qui ne leur laisse pas le temps de réfléchir. Il faut les persuader qu’ils sont incapables de provoquer des changements, il faut les convaincre que la révolte entraîne toujours le pire, il faut les faire voter de temps à autre, leur donner l’illusion de décider, en résumé il s’agit de l’illusion nécessaire »(Walter Lippmann, journaliste Américain (1889-1974))
Références :
Les nouveaux chiens de garde, Serge Halimi, Ed. Raisons d’agir, 2008
« La pensée de marché, c’est la prédisposition des journalistes à accompagner les choix économiques et sociaux de la classe dominante »
Le public fantôme, Walter Lippman, Ed. Demopolis, 2008
« Obtenir l’adhésion et la soumission de l’opinion en créant des illusions nécessaires, qui peuvent être la création de besoins artificiels, ou au contraire, la création de peur, d’insécurité ou de terreur »
De la propagande médiatique en démocratie, N.Chomsky & E.Herman, Ed. Contre feux /Agone
« Les mêmes qui leur ont ôté les yeux reprochent au peuple d’être aveugle »



gloria on février 18th, 2010
est.ce bien cete article que tu as lu ?
Anne