Interview de Jean-Claude Malo

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ITW de Jean-Claude Malo

Maire de Bouillante
Ancien président de l’association des maires de Guadeloupe

 

FWIYAPIN: Nous sommes un jeune média, vous pouvez-nous rappeler vos débuts dans la sphère médiatique ?

Jean-Claude Malo: J’étais enseignant. En 1982, le mouvement patriotique par le biais de l’UPLG m’a demandé si je voulais être animateur d’une radio libre qu’il allait créer. J’ai accepté sans hésitation En juillet 1982, Radyo Tanbou  commença  à émettre. D’animateur je suis devenu très rapidement journaliste de la radio sous le pseudonyme de Tino Marik. Je commençais d’ailleurs à être mal à l’aise dans l’éducation nationale ; j’ai donc pris la décision de devenir journaliste. J’ai pris des cours par correspondance et ai obtenu un certificat. En 1988, j’ai démissionné de Radyo Tanbou et j’ai été recruté par les responsables de la radio créée par Alfred Marie-Jeanne, Radyo Lévé Doubout Matinik (RLDM) en tant que rédacteur en chef formateur. J’ai quitté au mois de décembre. En mars 1989, je fus recruté à Sept Mag.

chaulet_maloFWI: Ça a été facile de déchouker l’ancien maire Philippe Chaulet ?

JCM: En mars 1994, je me présentais pour la première fois à une élection et plus précisément aux élections cantonales. J’ai battu Philippe Chaulet au 2e tour. C’était l’évènement politique de l’année : un journaliste qui bat « un éléphant politique » pour sa première participation. En juin 1995, je fus battu dès le premier tour des élections municipales et j’ai du attendre 2008 pour remporter les municipales. Ce n’est jamais facile de déchouker un maire. Après mon élection les amis de Philippe Chaulet m’ont dit : « Chaulet pa janmé gannyé-w ! »

FWI : Pouvez-vous nous faire un état des lieux de la ville de Bouillante ? Quels sont ses atouts et ses faiblesses ?

JCM:  Bouillante se situe au cœur de la Côte sous le vent et a la particularité d’être un mini pôle administratif vu l’implantation dans le bourg du pôle emploi, de la CGSS, de la CAF, du GRETA et de trois distributeurs de billets. Elle abrite la seule usine géothermique de la Guadeloupe. La commune fait partie du cœur du parc. C’est une future destination touristique : plusieurs clubs de plongée sont présents ; elle peut encore développer des activités nautiques et touristiques. Le chômage des jeunes et des femmes est cependant important, près de 47%. La commune de Bouillante rencontre des difficultés financières importantes. La rigueur est donc de mise.

FWI : Comment étaient les Bouillantais durant le mouvement social initié par le LKP ?

JCM: Durant le mouvement initié par le LKP, la très grande majorité des Bouillantais était très attentive mais ils ne se sont pas vraiment manifestés. Seul le personnel communal s’est mobilisé régulièrement. Une manifestation silencieuse (à laquelle j’ai participé) en mémoire de Jacques Bino a été organisée par les agents ; la population était absente.

FWI: Pendant le mouvement social porté par le LKP, on vous a vu endosser le rôle du président de séance lors des négociations au WTC. Vous n’avez pas eu le succès médiatique de Domota, mais on vous sentait beaucoup plus à l’aise que les deux autres présidents Jacques Gillot et Victorin Lurel. C’est parce que vous n’étiez « que » président de l’Association des Maires de Guadeloupe ?

JCM: J’étais content au fond de moi-même du mouvement social car cela fait 38 ans que je milite pour que mon peuple se responsabilise. J’étais aussi mal à l’aise parce que je supportais très mal d’apparaître comme un élu « ennemi » du peuple d’autant que j’ai toujours affirmé que je viens du peuple, mon patron c’est le peuple et an pa ka obliyé la an soti.

FWI: Vous avez démissionné de l’association des maires pour laisser la place à René Noël, premier édile de la Désirade. Vous ne vouliez plus aller à l’Élysée entendre Sarkozy une fois par an ?

JCM: J’ai démissionné de l’Association des Maires pour être en accord avec ma conscience, pour être en vérité avec moi-même. Le reste n’a pas d’importance. Je ne veux pas paraître, je veux être. Je ne suis pas à la recherche de notoriété. Depuis l’âge de 20 ans, je me suis engagé et me suis mis au service de mon pays, de mon peuple…je veux servir en toute humilité. Je me situe sur les traces de tous ceux qui ont choisi de sacrifier leur vie pour leur peuple (Jésus Christ, Gandhi, Martin Luther King, Mandela et bien d’autres).

FWI: Il aura fallu le LKP pour vous rendre compte que vos divergences avec Lurel étaient trop fortes pour rester dans son giron et qu’il fallait rejoindre votre « famille naturelle » (je crois que ce sont vos mots) ? Lurel et Gillot c’était votre « famille adoptive » ?

JCM: Je suis de la Côte Sous le Vent. Lurel est mon voisin, un frère, un ami. Je me suis solidarisé de lui depuis 1997. Je le connais bien et il sait qui je suis. Il sait que nous ne partageons pas la même vision de la Guadeloupe. Nous travaillons ensemble au Conseil Régional, dans l’intérêt de la Guadeloupe. Quoi de plus logique ! Je me devais de l’accompagner même si nous ne partageons pas tout sur le plan politique. Quelquefois, il faut savoir faire taire ses divergences pour aller à l’essentiel. C’est ce que j’ai fait. Je ne le regrette pas car j’ai pu servir mon pays, mon peuple à travers les responsabilités qu’il m’a confiées. Cependant le mouvement social a fait surgir nos différences. Quoi de plus normal que j’exprime les miennes ! Les intérêts de mon peuple m’invitent à ne pas donner la priorité aux intérêts personnels. Comprenez bien que je ne suis pas contre ou pour Lurel ; je suis pour mon pays. Chaque fois que l’occasion me sera donnée pour exprimer mes différences, je n’hésiterai pas une seconde. Lurel et Gillot sont des frères, des amis, ils le resteront quoi qu’il arrive.

FWI: Que pensez-vous des États Généraux organisés par le gouvernement français ?

JCM:  Je ne participe pas aux Etats Généraux. Le Gouvernement veut récupérer le mouvement social. La faiblesse des partis politiques laisse un vide que le Gouvernement veut s’approprier. Cependant, je pense qu’il est appréciable, qu’en toute liberté, ceux qui veulent participer, le fasse. J’attends les conclusions pour affiner mes propositions.

FWI: Qu’aviez-vous voté le 7 décembre 2003 ? Au niveau du calendrier électoral, vous pensez que les élections régionales de 2010 (ou 2011) vont survivre à l’hypothèse du changement de statut et de l’assemblée unique ? Vous vous présenterez à de futures élections autres que les municipales de Bouillante ?

JCM: Le 7 décembre 2003, j’ai voté non à la réforme parce qu’il n’y avait pas de vrai choix. Madame Girardin, Secrétaire d’Etat à l’outre mer avait déclaré 48 h avant la réforme : « Quel que soit votre vote, cela ne changerait rien !!! ». La question statutaire était éludée. Je suis militant d’un changement statutaire avec un contenu défini par le peuple guadeloupéen lui-même. Je profite pour dire que le Congrès qui sera organisé le 24 juin prochain me convient parfaitement. Il serait souhaitable qu’à partir de maintenant que la Guadeloupe persiste à rester dans une logique de changement statutaire. Les élections régionales nous donneront l’occasion de relancer la question. Les candidats devront dire clairement leurs options. Dans 9 mois, nous aurons des élections, je me ferai un devoir de donner ma vision du pays.

FWI : Quelle est, selon vous la prochaine étape pour la Guadeloupe, afin d’arrêter la pwofitasyon, et que les guadeloupéens puissent décider un peu plus de leur sort ? 

JCM: Arrêter la « pwofitasyon » suppose que nous revoyons le système de fond en comble. En fait, construire autrement la Guadeloupe, sur d’autres bases en tenant compte de ce que nous sommes et de ce que nous voulons être. Il faut rompre les liens coloniaux, sortir de l’hypocrisie qui nous lie à la France pour des relations plus vraies, plus naturelles, plus sincères. Nous voulons être nous-mêmes pour vivre mieux avec les autres, notamment la France, l’Europe et les autres pays de la Caraïbe. Il faut donc persister à dire la vérité au peuple.

2 Commentaires

Ninjah  on juin 17th, 2009

ya pas un slam de Ti-Malo pour conclure??

Pourquoi parlent-ils le créole ? | Fwiyapin  on juillet 8th, 2009

[...] la parole, Elie Domota demande, en créole, au président de séance des négociations au WTC, Jean-ClaudeMalo, s’il a pensé à louer les services d’un interprète. Devant la réponse négative de [...]

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