Mika-Fwiyapin connection (2/2)

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La connexion entre le Mika Déchaîné et le Fwiyapin a commencé par deux articles publiés sur l’incontournable mensuel guadeloupéen. Suite et fin de ces liaisons dangereuses. Un article signé Eddie Aspora.

Gwada, vue de là-bas: un exil ou une ex-île ?

Guadeloupe_NASADans le Mika Déchaîné du mois dernier [nov.2008 NDF], le billet pertinent d’Afreekaribean a montré la vacuité de certaines mentalités. Mais si rester sur son île ne veut pas dire nécessairement l’aimer et la respecter, partir ne signifie nullement la fuir ou la haïr. Voici un bref récit de la multitude de jeunes exilés.

Oui, nous sommes ridicules avec nos Dagwa autour du cou retombant sur nos sweat identitaires. Oui, nous sommes ridicules à idolâtrer un grand poète récemment décédé alors que lire deux de ses phrases nous file une céphalée et que certains de nos aînés ruminent qu’il ne se serait jamais déplacé pour venir se faire mousser chez eux aussi. Oui, nous sommes parfois grotesques mais nous aimons nôtre île. Si parfois nous revenons avec prétention et distance; elles s’émoussent avec le temps, pris que nous sommes dans la nostalgie. La première année sur le sol hexagonal, on est persuadé que cet exil ne sera que temporaire. Surtout si l’être aimé est resté au Pays natal. Pis, parfois on s’en va rejoindre celui avec qui le beau sentier de l’amour va se terminer en grand cul-de-sac ultramarin.

Le péi lòtbò nous travaille au corps. Malgré sa froidure qui nous ronge les mains, nous lacère les lèvres et nous attrape à la gorge à la première imprudence venue, malgré l’acceuil peu chaleureux que connaissent certains d’entre nous; nous lui trouvons de bons côtés. Surtout si nous sommes de jeunes femmes enfin libérées de trop de protections parentales étouffantes et aliénantes. Nous avons beau maudire ce pays qui ne nous veut pas grand bien, nous lui trouvons quelques attraits: anonymat, accroissement des dimensions (géographiques), moins de difficultés à vivre sans voitures, possibilités professionnelles et d’épanouïssement accrues (fantasmées ou réelles ?). De nos pérégrinations au mieux, nous découvrons de nouvelles cultures, d’autres manières de voir le monde. Au pire, nous tombons dans le communautarisme le plus obtus, avec la prétention imbécile d’être le meilleur peuple au monde. Et quand les mois puis les années s’écoulent, nous nous sentons en décalage avec notre pays. Quelle mentalité d’arriérés ou de ploucs disons-nous du haut de notre morgue. Ayen pé pa fèt évè sé moun la sa ! Pourtant il y a peu nous en étions encore …

Chaque retour est une joie, on recharge les batteries. On se ressource. Ainsi, on se déjoue de l’éloignement en y retournant le plus souvent possible. Le billet payé pour les étudiants est le bienvenu, les congés bonifiés, bientôt liquidés tout du moins dans leur version actuelle, redonnent aux fonctionnaires et à leurs familles un nouveau souffle tous les trois ans. Parfois la fierté empêche de rentrer. Les études n’ont pas marché comme on voulait, on ne trouve pas de travail en hexagone, ce n’est pas de notre ombre-île que le job va sortir. Alors on fait croire aux parents que tout va bien sous le ciel gris. On leur cache ces consommations de narcotiques, ces expériences sexuelles indicibles, ces promenades au bord du gouffre. Certain(e)s se vendent bien sûr. Cela ne date certes pas d’hier et le phénomène existe des deux côtés de l’Atlantique; une prostitution plus ou moins camouflée se pratique sur les campus de Fouillole et de Schoelcher.

En Gwada, on y reviendra… ou pas. Méfions-nous de ceux qui veulent faire « évoluer », « progresser », « développer » leur Guadeloupe-chérie. Si vous croisez quelqu’un qui veut vous rendre heureux, changez de trottoir. Inutile de se gonfler de prétentions irréalistes pour exploser comme un crapaud fumeur, cela amène à avoir la tête dans le brouillard. Ils veulent s’investir en politique, en gestion entrepreneuriale et marketing. Tout ça pour le bien du bon peuple … Mon oeil a parfois du mal à s’ouvrir mais il ne peut être que mauvais envers ces individus. Pas à cause de leur ambition- je n’ai pas la prétention de dire si elle est légitime ou pas – mais du fait de leur hypocrisie. Se cacher derrière l’intérêt général pour assouvir ses désirs privés, nous les voyons venir avec leurs grosses sandales. Sé grenn diri ka fè sak diri, que chacun apporte sa modeste pierre à l’édifice au lieu d’aller dégommer la carrière. Encore faut-il s’entendre sur ce qui sera bénéfique au pays et à ses habitants …

Voyager, c’est aussi le moyen de se rendre compte que la France n’est nullement indépendante. Les produits chinois se déversent sur le marché européen comme les égouts sur la plage de Saint-anne autrefois. Quelle est l’indépendance de la France avec son uranium nigérien, son pétrole étranger et même le blé importé de sa baguette? Quand la mondialisation aura fait basculer le rapport de force en sa faveur, le sort de l’outre-mer sera le cadet de ses soucis … En France comme en Guadeloupe, les mauvais moments présents et à venir ne nous laisseront pas beaucoup d’alternatives. La civilisation ou la barbarie.

Eddie Aspora

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Un commentaire

Noug  on août 22nd, 2009

Awa, ce ne sont pas des « grosses sandales », mais des mikas enchaînés, chromés de surcroît parce qu’évidemment il faut que ça brille… ;-)

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