Bèt a misyé Hybè

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Paris, jardin du Luxembourg.

Certains visiteurs des jardins du Sénat se demandent parfois ce qu’est cette chose étrange :

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2Il s’agit de l’oeuvre de M. Fabrice Hyber, artiste plasticien, inaugurée  le 10 mai 2007 par le Président de la République Jacques Chirac. 4 jours auparavant les Français ont choisi d’élire le candidat du discours de Dakar, l’homme dont Césaire avait refusé de serrer la main parce qu’il trouvait un rôle positif à la colonisation. Sarkozy est là aussi ce jour-là. Que pense-t-il donc en écoutant Jacques Martial déclamer la proclamation de Dèlgres du “dernier cri de l’innocence et du désespoir” ?
A l’époque, des associations antillaises font du lobbying pour obtenir une journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage, un jour de mémoire dédié au souvenir de la traite négrière et à ce pan de l’histoire française insuffisamment étudié et enseigné. Un collectif demande la date du 23 mai. En effet ce jour de 1998, des milliers de personnes avaient marché dans les rues de la capitale afin d’arracher à l’état français un jour de commémoration. Ce sera finalement la date du 10 mai qui sera retenue, jour de cette année de 2001 où fut voté la loi dite Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité. Le calendrier des jours fériés étant déjà bien rempli dans le pays des faignasses qui doivent travailler plus pour gagner plus, cette date de commémoration ne sera évidemment pas chômée comme les 22 et 27 mai, respectivement en Martinique et en Guadeloupe.

Le cri, l’écrit, l’aigri… Yékri !

Revenons à notre « sculpture », cette  « œuvre-dard » qui troue le  fondement du badaud innocent qui chemine nonchalamment dans l’ancien jardin de la Médicis. L’ « artiste » (les guillemets prennent ici tout leurs sens) représente trois maillons d’une chaîne d’esclave. On peut ainsi comprendre grâce  au présentoir annexe, le travail d’orfèvre du saigneur des anneaux  :

L’abolition de l’esclavage, c’est l’anneau de chaîne ouvert, l’anneau fermé c’est que tout peut recommencer, et le piétement [sic] c’est le retour aux racines, c’est aussi la Terre qui est un boulet …

Certaines mauvaises langues avaient voulu faire siffler les oreilles de l’ancien président. Elles avaient comparé le dernier anneau à un sonotone, indispensable à l’ouïe faiblissante de Chirac lors de ses derniers mois à l’Élysée. En hommage aux victimes des crimes contre l’humanité de la traite et de l’esclavage, une autre œuvre, en bambou celle-ci, avait été installée provisoirement en 2006: La forêt des Mânes. Cette dernière avait ,semble-t-il, récolté plus d’approbation que la bête de Misyé Hybè que nous avons autopsiée …
Mais pourquoi tant d’acharnement sur ce bidule loin d’être sensationnel et transcendant mais assez bien caché pour que seul un visiteur sur 50 000 tombe dessus ?  Précisément parce que la machin artistique se fait discret. Soit on ne fait rien et on continue à ignorer l’histoire coloniale et esclavagiste de notre pays en laissant dire que c’est du passé, soit on met en exergue beaucoup plus qualitativement et quantitativement les symboles et commémorations du passé. Au final, ne faut-il pas prendre cette chose pour ce qu’elle est – les Français descendants d’anciennes colonies ou de territoires d’Outre-Mer en ont l’habitude – un énième foutage de gueule  ?

Un ministère de la culture iresponsable ?

Un extrait de Cahier d’un retour au Pays natal est visible à proximité des anneaux. Pourquoi ne pas avoir plutôt choisi une citation de la pièce de théâtre  de Césaire Les chiens se taisaient ? Sûrement pour être dans l’esprit consensuel et apaisé du Sénat, chambre la plus conservatrice qui refusa jusqu’au bout le droit de vote aux femmes. La plus grosse indignation devant ce bronze polychrome de 3, 70 m de haut, ce sont les mots des maux inscrits sur les anneaux de la maudition. Ce type qui a été proclammé  Lyon d’or 1997 lors de la Biennale de Venise, a recouvert sa chaîne de vocables évoquant l’exploitation et la pwofitasyon. Avec malheureusement un français approximatif comme dans « génaologie amputer » et « veines circuler » .  Quelques photos ci-jointes, âmes sensibles s’abstenir :

Non ce n'est pa las multresse, il y a un "s" à la fin ...

Non ce n'est pas la mulâtresse, il y a un "s" à la fin ...

Déterminé le Fabrice !

Déterminé le Fabrice !

Un vrai travail de sévice public !

Un vrai travail de sévices publics !

Le mot "Indépendance" est tabou au Sénat ?

Le mot "Indépendance" est tabou au Sénat ?

Les lettres étouffent ça manque d'R ...

Les lettres étouffent ça manque d'R ...

Pas de veine, il  n'a pas la sève de l'orthographe dans les veines ...

Pas de veine, il n'a pas la sève de l'orthographe dans les veines ...

Heureusement, c’est écrit en bas de la stèle, chers contribuables, vous avez participé à cet hommage aux descendants des négrillons analphabètes de la République:

culture

crédit photos : Kam’ R’ A

3 Commentaires

isabelle  on septembre 4th, 2009

eh ben, on n’est pas couché…

nattynanou  on septembre 21st, 2009

hmmm…. le TCHIP fondamental monte en moi.
 » Bete a Man Ibe,Brile yo rache yo, san pitche yo pa bon » – Henri Debs-

Cent Noms  on septembre 22nd, 2009

Le symbolisme et les symboles sont toujours lourds de conséquences. Ceux qui en connaissent la portée tentent toujours de minimiser l’impact des symboles aux yeux des néophytes et pourtant.

Alors en tant que descendant et en l’honneur de leur fierté, nous pouvons désormais écrire : Indépendance
Alors que certains voudraient nous faire croire que c’était un mot trop compliqué à écrire pour eux à l’époque, je dis que c’est un mot trop compliqué pour ceux qui n’ont pas subit le joug ou qui ne s’en souvienne plus, parce qu’ils se vautrent dans les parures et la luxure.
Indépendance,
Non pas de rompre des liens que nous pouvons rendre fructueux,mais de sortir de cet état de dépendance psychologique.
Sinon peut toujours aller en cure de désintoxication, il parait que ça aide…

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