Métropole d’Outremer – Sked Skwad

Cliquer ici pour écrire à l'auteur : Marwane

Certains se demanderont ce que vient faire une chanson sur Fwiyapin… Et bien, nous ne vous présentons pas une chanson (bien que musicalement nous adhérons totalement), mais un texte… Pourquoi réécrire ce que d’autres ont déjà si bien dit.

Pour plus d’information sur le groupe Sked Skwad, visitez leur myspace : http://www.myspace.com/skedskwad

Métropole d’Outremer

Texte de EDS.

Moi je vais t’apprendre ce que c’est

D’être Antillais, Nègre, élevé à l’école française fin du XXe siècle

Ce que c’est d’apprendre dans ton propre pays

A être insensible à ce que tu es ou ce qu’ont fait tes ancêtres

Apprendre à penser que c’est normal de n’être

Qu’une moitié de page hors programme de ton livre d’histoire

Climat océanique, continental

Pleine région tropicale, voilà de quoi on te parle

Et tous en chœur on le chantait, chaque Noël

Des histoires de neige et de beau sapin

Au point d’être choqué l’année où la maîtresse

A lu un extrait de texte écrit par un Nègre

Moi c’est une prof du lycée Schoelcher qui m’a forcé à lire Césaire

Et ça faisait chier à toute la classe, « à quoi ça sert frère ?

C’est pas au programme du bac » voilà ce qu’on pensait en fait

Et on le lisait en diagonale !

Pas de raison qu’on se crève plus que les élèves

De France hexagonale, on rouspétait, croyant qu’on y gagnait

C’est ça le secret, l’Egalité à la française :

Réfléchir à l’envers pour loger à même enseigne

As-tu idée de ce que c’est ?

Apprendre à ignorer ses héros, vénérer ses bourreaux,

Montrer comme on est Français… et dans les récits

Se mettre du côté du colon, les De Gaulle et Napoléon

Là le processus rentre en scène

Quand tu défends toi-même ceux qui tronquent l’info qu’on t’enseigne

Quand tu réponds « Amen » et sans procès

Au verdict qui incrimine les rares Nègres qui ont protesté

Quand on sait, mais qu’on s’écrase

Quand on dresse une statue pour une maîtresse d’esclaves

Et qu’on traite de « mauvaise race » ceux qui d’un scalp l’ont fait tomber

De son piédestal… et qu’au final on la laisse là

Et dans chaque débat, la peur de faire des vagues

Pour quelques droits de base dont on se croit redevable

On résiste, dans les livres et dans l’art contre ceux qui nous méprisent

Et puis on dresse la patte à chaque miette qu’on reçoit

Pour une date, un 10 mai, un 4*4 à crédit

Et un accès privilégié à la fonction publique

Il faudrait dire merci !

Tandis que les rênes du business, elles, nous sont interdites

Alors les plus diplômés partent et souvent ne reviennent pas

Suivent le conseil des parents : « Plus rien à faire ici

De toute façon, et aucune chance que ça change »

Comme au temps béni du BUMIDOM dans les années 60

As-tu idée de ce que c’est, petit, de trouver ça normal

Que la peau s’éclaircisse en grimpant l’échelle sociale ?

Et d’être traité de raciste lorsqu’on le remarque

Comme si toutes ces histoires faisaient partie du passé

Alors nous voilà, tous, petits garçons

A nous moquer du plus foncé et le traiter de « charbon »

A discuter sur qui est plus ou moins marron

Sachant que plus le marron est clair et plus la fille est canon

Donc les chabines sont en vogue et les hommes ne disent pas non

Plus la propagande du métissage

Qui se traduit par une pratique massive du défrisage

Et Depuis « B.E.T. » sache bien que la liste s’allonge

Comment saurais-tu ce que c’est ?

Quand tous ces critères font qu’au naturel ta race ne peut être que laide

Et qu’à force de ne pas se poser de question

On finit par se l’expliquer de façon rationnelle

Et ce qui te reste comme salut, c’est le changement de statut

Qui passe par ta tenue, ta maison et ta voiture

Mais pour ça faut travailler à l’école

Bien apprendre le français, sert à rien de parler créole

Comme si deux langues maternelles, c’était au-dessus de nos forces…

On le réserve pour les insultes

Ne le parle pas avec les parents, donc des expressions se perdent

Et tout un sens de la formule… pendant que nos élus

A la télé se ridiculisent à force de sur-articuler,

Que nos élites, si fières de leur confort

Se félicitent, entre autres choses

D’une économie sous l’emprise des mêmes monopoles

Dont les bénéfices ne rentrent guère dans notre poche

Prennent pour faiblesse tout ce qui en fait fait notre force

Etrangers à notre propre sort

Selon le modèle conçu dans l’intérêt de l’autre pôle.

La Métropole d’Outremer réveille les mémoires d’outre-tombe

Renverse l’Histoire, recherche notre amour dans le mensonge

« De tes livres j’ai appris une histoire

Qui fait passer pour un rêve anodin notre pire cauchemar »

La Métropole d’Outremer réveille les mémoires d’outre-tombe

Vue des tropiques l’Histoire se lit dans l’autre sens

Quand s’expriment les incompris du Vieux Continent

Ma réponse quand on me méprise ne laisse pas de place aux sentiments

Je n’ai pas grandi « outre-mer », j’ai grandi chez moi

Et ça il faudra t’y faire : avant les Temps Modernes,

Tu ne faisais pas partie de mon histoire… et je viens d’Amérique Latine

La France n’est pas le centre de mon planisphère.

C’est l’art de grandir hors de soi-même

De se projeter dans un mythe, et d’y croire

Jusqu’à croiser un miroir, et d’y voir

Qu’à vouloir fuir le passé, on s’y enferme à jamais

Qu’à nier à un peuple son droit d’être, on se l’aliène

Qu’à viser l’amour forcé, c’est à l’extrême inverse qu’on l’amène

Et ne me parle pas de sentiments

Je respecte qui me respecte, rien que là la distance est immense

Et ne me parle pas de patience, je n’ai pas la tolérance de mes parents

Et je n’ai pas les illusions des parents de mes parents

Et qui te parle de repentance ?

Cela fait bien longtemps que je n’attends rien de la France.

5 Commentaires

MB  on octobre 28th, 2009

Voir aussi : « M’appelle pas Black » sur Antilles Politique
http://www.antillespolitique.com/2009/10/m%E2%80%99appelle-pas-black-sked-skwad/

fifidoli45  on octobre 28th, 2009

Du déjà entendu, du déjà vu!

Je vais juste porter un léger commentaire!

Chez moi je parlais créole librement avec ma grand-mère, mes parents, mes oncles, mes tantes, mes frères soeurs, mes cousins.

A l’école les cours étaient en français, mais dans la cour de récréation je parlais créole avec mes camarades et aucun instit ou prof ne nous a jamais fait de remontrance pour ça.

A l’ècole pour noël on dessinait pas de sapins mais des filaos, et on savait qu’il neigeait pas en guadeloupe, ou peut-être alors qu’il neigeait de la poussière noire rejeté par l’usine sucrière.

Moi les histoires dont je me souviens qui ont bercé mon enfance sont ceux de compè lapin, compè zanma,ti-jean, les histoires sur les « ladiablesse, les volants, les soucougnans, les hommes qui se transformaient en chien etc.

Et ce que je dis là c’est vrai pour la grande majorité des enfants qui ont grandi avec moi.

Mes c’est vrai que nos parents n’étaient pas des fontionnaires mais des « ti maléré ».

Tout ça pour dire que quand on est « antillais, nègre, élevé à l’école française du XXe siècle » on n’est pas forccément comme ce que décrit l’auteur du texte.

Une dernière chose dans Amériques Latines,il y a latin. Quand on se cherche, c’est pas en reniant une partie de ce qu’on est qu’on arrive à se trouver, l’empire coloniale française à beaucoup de tort mais la France fait partie de notre metissage qu’on le veuille ou non!

Laurence Neeya  on octobre 28th, 2009

Fifidoli, le traitement de la France envers ses colonies est exemplaire alors?
Je me reconnais totalement dans ce texte de EDS. Mes parents ne m’ont jamais imposé de ne pas parler créole « mais ça ne se fait pas », et comme beaucoup je leur parle en Français même si en grandissant nous et eux avons pris conscience de cette limite « inconsciente ».
J’ai rouspété aaaah ça oui! au lycée contre les programmes qui nous apprennent 2 ou fois où se situe l’Oural ou la géographie des USA comme si nous sommes totalement déconnectés de toute réalité. Je me suis fait renvoyé d’un cour de français ne comprenant qu’on nous impose 2 fois de suite Rousseau quand on a des auteurs comme Condé, Césaire ou autre qui ont tellement plus à nous apprendre!
L’histoire des Antilles est celle de le France aussi, ce n’est pas un folklore. Une nation se construit autour d’une histoire commune… Alors étant donné que nous faisons encore partie de cette nation, il est temps je crois de relever la tête et de mettre un point d’équilibre!

L’éducation telle qu’elle est pensé fait de nous de véritable schizophrène… FRançais oui mais moins francais que d’autres… en perpétuelle position de justification.

EDS.  on octobre 28th, 2009

Bonjour,
Je suis l’auteur du texte.

Je voudrais préciser que je ne prétends pas, en dépit de la phrase d’accroche, m’exprimer au nom de TOUS les « Antillais, Nègres, élevés à l’école française à la fin des années 90″.
C’est d’ailleurs pour cela que je conclus sur un « Je », et que je ne pense pas à aucun moment employer le « Nous ».
Ne me prétendant pas représentant de mon peuple ou de ma génération, je fais part ici de mon expérience et mes sentiments propres, en espérant toucher ceux qui partagent cette expérience, ou qui souhaitent, Antillais ou non, découvrir le vécu de ceux qui ont eu cette trajectoire.

Fort heureusement, nous n’étions pas tous dans ce cas, et je suis content de savoir que vous n’en faisiez pas partie.

Ce texte se veut le reflet pour moi du moment charnière où j’arrête de me définir en fonction de l’autre, d’être extérieur à moi-même. En gros une prise de conscience, et je termine sur la phrase qui coïncide avec le début d’un nouveau travail pour moi : « je n’attends rien de la France », je dois le faire moi-même, quand beaucoup ont eu tendance à tout attendre de la France.
Que cette prise de conscience arrive plus tôt chez certains, voire ne soit pas nécessaire pour d’autres, tant mieux.

Quand à cette accusation de renier l’héritage français de la Martinique et de la Guadeloupe, je suis un peu surpris.
Si j’emploie le terme « Amérique Latine », c’est bien justement pour rappeler ce que certains oublient : géographiquement américains, latins de part notre héritage français.
« La France n’est pas le centre de mon planisphère » : je ne peux pas regarder le monde depuis la France, oublier que je suis dans la Caraïbe. Dire cela n’équivaut pas à un rejet de ma francité.

Enfin, la dernière partie du texte invite à sortir du domaine de l’affectif sur ce genre de question, et de la rhétorique des sentiments (« j’aime ou pas la France »), mais à mettre les choses posément sur la table sans « parler de sentiments ». D’abord passer par un respect mutuel. « Qu’à nier à un peuple son droit d’être, on se l’aliène » : un peuple, la Martinique pour celui que je connais, peut exister en tant que tel au sein de la France. Le problème survient (pour moi) si la France considère qu’il y a opposition ou un choix à faire.

Il est dommage qu’en disant cela, on se voit justement accusé de « renier » l’héritage français.

isabelle  on octobre 28th, 2009

d’accord avec ce texte ds l’ensemble.
Concernant les cours d’histoire et de géo par exemple je trouve cela quand même aberrant qu’on nous ait présenté De Gaulle, Bonaparte, Shoelcher etc… de la même façon qu’aux petits hexagonaux. Je suis sûre que la période coloniale en Algérie, en Indochine ou ds d’autres pays anciennement colonisés n’est pas enseignée de la mm manière qu’en France. Enfin bref, l’assimilation porte bien son nom. Et il ne s’agit pas de rejeter la France mais de faire un constat.
Pareillement, il serait plus logique de commencer par apprendre l’histoire et la culture de notre zone géographique avant d’aborder l’Asie ou l’Europe. Encore une fois on retient plus vite le nom des capitales européennes que celles de nos voisins, aucun autre pays ne fonctionne aussi à l’envers que ceux d’outre-mer (à ma connaissance en tt cas).

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