Déb’Akoustik : LE CRÉOLE ET Vous …

Cliquer ici pour écrire à l'auteur : otodidakt

« Ti moun an pa zanmi aw! »
« Pa palé ban mwen kon sa ti moun »
« On se connait à peine et il me parle créole… »
« Arrête de faire ta vieille négresse… »

Ce sont ces types de réactions qui ont amené OTODIDAKT à se poser la question de la place du créole dans la société antillaise. En effet, bien que parlé par une frange importante de la population, le créole est aujourd’hui encore l’objet d’un « tabou »: tantôt taxé d’être « trop familier », tantôt de « vulgaire » ou d’irrévérencieux.

Il faut préciser à ce stade que le rapport au créole dans notre société est fonction du milieu social. Il n’est pas rare de croiser dans les campagnes des individus (à condition de vie modeste) s’exprimant exclusivement en créole et dont la première langue parlée dans le foyer est le créole.
En revanche plus on monte dans l’échelle sociale et/ou hiérarchique, plus l’usage du créole est implicitement proscrit.

Un enfant ne s’adresse pas à un adulte en créole, encore moins à un inconnu. Les élèves ne s’adressent pas à leur professeur en créole (l’inverse serait toléré), tandis qu’à la récréation les mots de créole fusent…

Il apparait clairement une notion de respect et de contexte lié à l’usage du créole. Le créole OUI, mais pas n’importe où et surtout pas avec n’importe qui!
D’ailleurs, comme on doit le respect aux femmes, il ne viendrait pas à l’esprit d’un homme de s’ adresser à une belle inconnue en créole: quel manque de tact, et surtout quelle offense! (certaines le perçoivent ainsi).
Pourtant la « Belle Inconnue » de Pascal Valot est bel et bien chantée en créole… Et les zouk rétro love qui ont accompagné nos jeunes années, étaient pour la plupart des textes regorgeant de magnifiques déclarations d’amour en langue créole…
Une fois de plus, certains diraient: « le créole OUI, mais au service de l’art, pas avec ma doudou entre deux câlins! » Un complexe…???

Débattons ici … puis ensemble lors de la 6ème édition du DEB’AKOUSTIK sur le thème du créole, le dimanche 13 décembre 2009, au Caylus Café aux Halles, de 17h30 à 20h.

Oto Didakt

creole Oto

18 Commentaires

Samuel_Otdk  on novembre 23rd, 2009

Débattons en …
Quel est votre rapport avec le créole ?
Le parlez vous facilement ?

Kam  on novembre 24th, 2009

É ou pa menm maké sa an kréyol ! :p

Jerome_otdk  on novembre 24th, 2009

Sa ki pa ka li é palé kréyol invité osi…
Il y a beaucoup de jeunes antillais nés aux Antilles qui ne sont pas à l’aise avec le créole. Plus qu’on ne l’imagine…

samuel_otdk  on novembre 24th, 2009

Eh oui Kam, faire un débat sur le créole oui mais ouvert à tous, donc en français LOL…
On a voulu recruter un traducteur officiel mais bon …
Sinon pour donner mon avis sur le sujet, j’ai appris le créole en faisant du foot …
Je l’entendais un peu chez moi mais très rarement ou alors pour me babié (mot qui n’existe pas en français lol) => pour me gronder lol…
Au foot, la première chose que j’ai entendu c’était « kou…  » une insulte …
C’est peut-être pour cela que je l’utilise pour ma part souvent (essentiellement) que pour injurier …
Ah non je l’utilise aussi avec mes amis proches
J’avoue aussi que je ne parle pas non plus le meilleur des créoles et les antillais qui le maitrisent aiment te montrer que tu as fait UNE faute, alors je me dis et je le comprends, que si je ne le parlais pas bien du tout, qu’est ce que j’aurai fait ? j’aurai sans doute fait comme beaucoup d’antillais, le ranger…

Tawo  on novembre 24th, 2009

Sujet très intéressant qu’est celui-ci…
En effet, le jeune créolophile que je suis est peiné de constater que la langue créole est -malgré ce que l’on peut penser- une langue en voie de disparition! Remarquez d’abord que le créole est passé en une quarantaine d’année de langue principale aux antilles à langue secondaire ; il suffit pour s’en rendre compte d’observer nos aînés et nos jeunes dans le rapport qu’ils entretiennent avec le créole : les premiers utilisent spontanément le créole pr s’exprimer (dans la vie de tous les jours et quelque soit le domaine)tandis que les seconds n’oseront pas le faire aussi naturellement et réserveront l’usage de cette langue aux conversations entre amis ou à des domaines bien particuliers(le sport par ex,Samuel disait justement qu’il avait appris en jouant au foot). Ce phénomène n’est d’ailleurs pas propres seulement aux antilles puisque à l’heure de la mondialisation, pratiquement toutes les langues régionales du monde sont menacées… En France par exemple, les langues régionales snt déjà bien plus en péril que notre créole puisque elles ne sont presque plus parlées couramment par les populations concernées (par exemple ma mère est savoyarde et seul mon grand-père agé de 82 ans parle encore le patois savoyard dans la famille!)
Ensuite je suis persuadé que malgré les enrichissements contemporains de la langue créole -venant notamment de l’anglais (« yes i », « dial », « brenew », etc)- le français s’est trop largement francisé… Ici en Martinique, on dira désormais « Lisiol’ » plutôt que « Bèt-a-fé » par exemple, ‘bannan’ » plutot que « figue », etc. L’autre jour je m’amusais à remarquer cela et je me suis aperçu qu’une amie, pour me dire qu’elle avait été sur le marché chercher des ignames mais qu’ils étaient trop noirs m’a dit : « mwen alé anlè maRché-a pou mwen chèché IGNAME (yanm) mé yo té tRo NOIR (nwè)… ça parait peu de chose pt-etre mais cette francisation du créole antillais est aussi sa dénaturation finalement ; c’est pour cela que je ne suis pas tout à fait d’accord avec Samuel : à mon avis, il faut nous reprendre nous les jeunes lorqu’on fait des fautes pour nous permettre de mieux intégrer la langue créole ; et nous n’avons surtout pas à le prendre mal, au contraire puisque c’est pour notre apprentissage. Si je vais en Espagne et qu’en parlant je fais des fautes, il est normal qu’un espagnol me reprenne je pense…
Pour conclure, efforçons nous de (ré)apprendre notre bon vieux créole, quitte à faire des fautes, à se tromper, c’est pas grave!! Parlons-le sans complexes le plus souvent que possible. Mettons enfin au placard ce complexe d’infériorité archaïque qui nous a valu parfois des coups lorsque nous parlions créole étant enfants!! (Ah! Ce complexe d’infériorité qui nous a toujours fait croire que la langue et la culture du maître -et maintenant du Blanc tout simplement- était supérieure à la notre…). Apprenons auprès des anciens avant que le « vrai » créole ne disparaisse, sauf des livres (les spécialistes du créole estiment qu’à l’horizon 2050 il ne sera pratiquement plus parlé par la population en Martinique..!) Apprenons-le à nos enfants! N’ayons plus peur de le parler dignement!Bref, réapproprions nous notre langue régionale et soyons en fiers, il y a urgence!

Kam  on novembre 25th, 2009

@ Samiyèl

Malérèzman sa vré sa ou ka di la. Mè tout koté, toujou ni dé moun pou di’w kè yo plis ki vou menm … fo nou fè évè yo !

Sinon vu sur le site de l’académie française:

BABILLAGE n. m. XVIe siècle, attestation isolée ; de nouveau au XIXe siècle. Dérivé de babiller.
Action de babiller ; sons émis par un tout petit enfant. Un joyeux babillage. Cet enfant nous charme de son babillage. Par anal. Le babillage des oiseaux. Fig. et péj. Tout cela n’est que futile babillage, bavardage sans importance.

BABILLER v. intr. XIIe siècle, au sens de « bégayer » ; XVIIe siècle, au sens 2. Dérivé du radical expressif bab-.
1. Émettre des sons mal articulés mais qui peuvent être agréables ou harmonieux. Dès son réveil, le bébé babillait dans son berceau. Par anal. Le merle, la grive babillent. 2. Parler beaucoup, non sans charme, à propos de choses futiles. Les fillettes babillaient en sortant de l’école.

Jerome_otdk  on novembre 25th, 2009

Une chose est sûre c’est que l’antillais français est un être complexe, c’est le moins que l’on puisse dire…

En effet les antillais qui ne métrisent pas le créole, ou qui tentent de le parler avec un « accent de France » sont sujets à des moqueries de la part de leurs confrères. Alors qu’il serait préférable de les encourager dans leur processus d’apprentissage.

Mais là où ça se complique c’est que ce sont les même qui vous feraient remarquer que vous leur avez donné un « kou de wôch » (faute de français, souvent par un processus de créolisation)

samuel_otdk  on novembre 25th, 2009

Bonjour Tawo,
Très bonne réponse.
Moi vis-à-vis de la langue, je me dis, si je pars et que je suis bilingue.
J’aurai toujours un accent français même en parlant anglais.
Quand un anglais parle français on le sent.
Donc, si je dis « yo té two nwè » ou « yo té trrrrrrro nwè » si le créole est une langue, il ne doit pas être sensible à l’accent…
donc effectivement, je suis pour qu’on me reprenne en me disant on dit pas « abr la » mais « pié bwa la » mais pas pour qu’on me dise que je parle un créole en roulant… par exemple
du coup, ce n’est pas mon cas, si je suis né en france et que j’ai toujours entendu que du français, que j’apprends le créole et qu’on me dit quand j’essaie de le parler que je le parle à la « française » ben moi ça me coupe … du coup je ne le parle pas tout court…

fifidoli45  on novembre 25th, 2009

Mon rapport au créole est très simple. En tant qu’ »individu issu de la campagne à condition de vie modeste »(mort de rire), c’est ma langue maternelle, la langue dans laquelle on me chantait des berçeuses, on me racontait des histoires, dans laquelle je me faisais gronder quand j’étais petit. C’elle que je parlais avec mes copains de l’école ou de la rue, celle dans laquelle je les insultais et je me faisais insulter.

C’est aussi celle du mépris ou quand t’allais à la mairie ou dans n’importe quelle administration, la personne qui t’accueillait:secrétaire, ou je sais pas qui (fonctionnaire avec une condition sociale tellement…tellement plus élevée que la tienne) t’accueuillait en te dévisageant de la tête( chivé grinné)au pied (mika blan) et te parlait dans un créole arrogant, méprisant,dans le but de te faire comprendre à quel point à ses yeux t’étais une m…T’étais accueulli dans le même créole chez beaucoup de docteurs, et d’infirmères.

Ce que je trouve extraordinnaire c’est qu’aujourd’hui les enfants des ses fonctionnaires, de ses infirmières, de ses docteurs, en mal de repère culturel et en lutte contre tout et contre rien récupérent cette langue, la codifient, la reformatent ou essayent tout simplement de l’apprendre.

samuel_otdk  on novembre 25th, 2009

ben n’est ce pas là justement un moyen de faire du créole une langue à part entière plutôt qu’un langage réservé aux gens de la campagne ?
j’ai l’impression qu’il y a beaucoup de contradiction sur cette langue :
une langue doit pouvoir servir à tout un chacun dans toutes les situations pour exprimer toutes les humeurs etc…
or certain ne veulent pas la partager, d’autre oui
certain ne l’utilise que pour injurier etc… d’autre l’utilise couramment
certain veulent la codifier d’autre non
etc …

isabelle  on novembre 25th, 2009

Une fois j’ai été surprise de lire ds une pièce de Molière (ça doit être L’école des Femmes) une phrase avec « se gourmer » et les notes de bas de page disant « se gourmer = se battre avec les poings ». et des exemples comme celui-ci il y en a des tonnes, comme quoi avec notre « goumé » nous sommes plus hexagonaux que nous ne voulons l’admettre lol

Jerome_otdk  on novembre 26th, 2009

Oui notre rapport au créole est très complexe, à l’image de notre identité…
Cela mériterait un vrai débat, voire même une thérapie de groupe afin de mettre à plat toutes ces questions.
Car comme tu le fais remarquer samuel la vraie question de fond c’est: aujourd’hui peut-on réellement parler la langue créole en toute situation et avec n’importe qui (sous-entendu qui le parle et le comprend) ?

Jerome_otdk  on novembre 29th, 2009

Bande annonce: http://www.youtube.com/watch?v=Kg-yh0BIWRs

GZ  on décembre 9th, 2009

kozé kwéyol

mwen apwenn’ palé kwéyol lè mwen té an « terminale »épi kanmarad’ lécol’. man pa té sa kolé dé mo kwèyol. Lè man té ka paléy yo té ka mô wi. kon yo ka di a kwéyol mwen té ka monté mônn’.
lè man té jenn’ man pa té ka palé kwéyol kay manman mwen pa abitid’ man ka pensé. manman mwen pa té ni dwa palé kréyol lè i té jenn’ i pa jin palé kwéyol ba lé pli gwan. alow pa abitid’ i fè minm bagay épi ich li !
kwéyol sé an bel lang’ ! nou pè paléy pass yo toujou fè nou konprenn’ ki sa pa té byen di paléy.
lè man pati fè létid’ mwen an fwans chak lè man té ka joinn’ an moun matinik, gwadloup’ou guyann’ man té ka palé kwéol épi yo pass sa té ka fè mwen plézi paléy, sa té ka fè mwen ni an « connection » épi matinik, sa té ka chofé tjè mwen (« surtt » jou fwédi té ka bat’ fô LOL), épi sa té ka fè mwen ni an ti « exclusivité » antiyèz adan an région ou patwa a « d’occitanie ».
man éséyé tou achté yun dé liv’ jan piè pinalie.
Dè jou an jou man ka djoubaté kwéyol.
Man pa wont’ di ki man pa enmen lè an moun ka rété la ka an ni palé kwéyol épi mwen. Ba mwen, pétèt pass man pa té ni dwa paléy lè man té jenn’! pou mwen kwéyol sé chalè, sé an lang soley…
Épi kweyol ou pé fè wè sa ki adan tjèw. ( twistès, la jwa, kôlè)

Version française

J’ai appris à parler le créole en terminale avec des camarades de classe. Je ne savais pas m’exprimer en créole. Lorsque je m’exprimais en créole ils rigolaient. Mon créole était quelque peu tortueux.
Chez moi en Martinique je ne parlais pas le créole par habitude peut-être. Je pense aussi que l’éducation de ma mère a été la cause de ce « non apprentissage », lorsqu’elle était jeune elle n’avait pas le droit de parler le créole. Par habitude elle a fait de même avec ses enfants.
Le créole est une belle langue, nous avons peur de le parler car on nous a toujours fait comprendre que cela n’était pas bien de le parle ou bien c’est inné.
Durant mes études, à chaque fois que je rencontrais des personnes de la Martinique, de la Guadeloupe, et la guyane je parlais le créole avec eux car cela me faisait plaisir. Cela me permettais d’avoir 1 certaine proximité avec mes racines, je trouvais cela chaleureux ( surtt les jours de grand froid LOL), c’était une certaine exclusivité antillaise dans la ville rose, région où le patois est l’occitan.
J’ai aussi acheté quelques livres de jean-pierre Pinalie pour m’aider.
De jour en jour j’essaie de m’exprimer en créole quand je peux.
Je n’ai pas honte de dire que je n’aime pas que des personnes que je ne connais pas me parle en créole, (quand il n’y a pas de feeling). Certainement parce que je me suis exprimée en créole que tardivement.
Pour moi le créole c’est chaleureux, c’est une langue que l’on peut représenter par un soleil.
Quand c’est la joie, l’amour, la bonne humeur ce soleil est doux, quand c’est la tristesse il n’est pas éclatant et quand c’est la colère il est brûlant.

cybersouris  on décembre 14th, 2009

Je voudrais savoir parler créole, j’ai habité en Martinique et c’est ce qui m’a le plus manqué. J’aurais voulu comprendre ce que disaient les gens autour de moi et parler avec eux.
Maintenant je vis en métropole mais j’aimerais quand même apprendre pour le jour où je retournerai m’installer là-bas.

samuel_otdk  on décembre 16th, 2009

ahhhh
il fallait venir à notre déb’akoustik dimanche
il était super
on a parlé du créole, de sa place dans la société, on a eu des artistes créoles fantastiques dont Inès (chanteuse soul créole) !!!
Merci à tous ceux qui nous ont aidé à mettre en place cet évènement, fwiyapin, mika, etc…

Noug  on décembre 17th, 2009

I té fèt é byen fèt menm !

Laisser un commentaire

« Retour au commentaire texte