Faut-il croire les journalistes ?

Cliquer ici pour écrire à l'auteur : Kam

12 novembre 2012. Toulouse. Le journaliste Edwy Plenel est venu présenter devant un public nombreux sa dernière publication co-écrite avec ses confrères Jean-François Kahn et Serge July.

Le livre est un recueil d’entretiens séparés des trois journalistes. L’ancien numéro 2 de la direction du quotidien Le Monde, président du site d’informations en ligne Médiapart, est venu expliquer sa vision du journalisme et les périls qui menacent de manière inextricable la presse libre et la démocratie.

Pour Plenel, si l’information est un véritable pouvoir, le journaliste ne doit pas être vu comme une entité isolée de la citoyenneté ;  idem pour le politique. Pas de doute, un pays à l’information contrôlée, maîtrisée, affaiblie, est un pays qui va mal. Cet avis semble partagé outre-Atlantique. Citant Obama, qui lui-même reprenait des propos de Thomas Jefferson devant la presse américaine (en crise également) qui l’appelait à l’aide, Plenel fait siennes ces paroles présidentielles (pas sarkozystes bien sûr !) :

Je préfère un pays sans gouvernement et avec presse que l’inverse

« A quoi sert un bulletin de vote si l’on est mal informé ? » demande le journaliste qui, décidément très en verve, fait référence à Victor Hugo. Une presse vraiment libre et le suffrage universel doivent être les deux côtés d’une même médaille symbolisant la démocratie.

« Il faut sortir d’une culture de soumission ». Transmis à tous ses confrères qui acceptent hochets et se laissent apater par des os à ronger. Les médias français, ce sont aussi tous ces conflits d’intérêt, tous ces magnats de la presse amis du pouvoir. A des années-lumière de ce qui avait été mis en place par le CNR (Conseil National de la Résistance), on assiste à une concentration de titres dans les mains de clients de l’État : Bouygues, Bolloré, Dassault, Arnault, Lagardère. État dont la présidence organise les États Généraux… de la presse ! Mais une démocratie n’attend pas de sauveur suprême et il eût été préférable que la presse se prenne elle-même en charge.

Un modèle américain ?

On se souvient des mensonges d’État devenus mensonges médiatiques dans les colonnes de titres prestigieux tels que le New-York Times ou le Washington Post. Il s’agissait pour le président Bush de faire croire que Saddam Hussein était impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001. Le secrétaire d’État étasunien, Colin Powell n’en parle-t-il pas comme de la  » honte de [sa] vie » ? Les États-Unis ne sont pas un modèle mais quand ils font une erreur, ils réagissent vite. Des jounalistes ont du quitter leurs quotidiens, les secrets-défense ne sont pas aussi nombreux et restrictifs dans l’investigation. Là-bas, une culture de transparence existe telle que nous ne la connaissons pas.

Le numérique: 3 ème révolution industrielle

Au fil du temps, le citoyen s’est éloigné du journaliste alors que paradoxalement il souhaite toujours plus d’informations. L’interaction entre le journaliste et le lecteur, voilà une des clés du problème selon Plénel. Le numérique est un ébranlement profond. Face ou au côté des journalistes, le citoyen construit son blog, son site qu’il nourrit de ses analyses. L’avantage du journal en ligne : pas de contraintes de longueur, des liens hypertextes permettent de prolonger les articles, etc.

A écouter le patron de Médiapart, plein d’entrain pour ce qu’il qualifie de troisième révolution industrielle après la machine à vapeur et l’électricité, on se demande s’il ne s’emballe pas lorsqu’il prêche pour sa paroisse. Il reconnait néanmoins volontiers que sur internet la course à l’information, le journalisme de flux et le manque de priorité hiérarchique décridibilisent la presse. Et la gratuité ? Un faux concept, une bonne information aura toujours un prix, celui de la qualité et de l’indépendance.

Plenel anti-sarkozyste primaire ?

Le journalisme et la démocratie en danger ? A cause d’un vilain dictateur sans culture complexé par sa taille ? Bien évidemment ce n’est pas le propos de Plenel. Mais les souhaits de certains parlementaires peuvent inquiéter à raison. La violente sortie d’Éric Raoult à propos d’un incongru devoir de réserve de « la » prix Goncourt Marie N’Diaye peut servir d’anecdote. Sous prétexte de temps de crises (économique, écologique, sociale) le pouvoir resserre lentement l’étau. Plenel s’est déjà frité aux deux précédents présidents de la monarchique Vème. Mitterand l’avait mis sur écoute et Chirac l’avait à l’oeil après la révélation de la cassette Méry (ancien collecteur de fonds du RPR). Et avec le pouvoir actuel pas trop de frictions ? C’est différent avec un président qui n’a pas le sens des limites. Que dit un de ses fidèles, Laurent Solly (TF1) :  » La réalité n’a aucune importance, seul compte la perception » (dans L’aube, le soir ou la nuit, Yasmina Reeza). Une véritable déclaration de guerre au journalisme et à la démocratie.

P.S : Majead qui collabore à fwiyapin est membre du club de Médiapart => http://www.mediapart.fr/club/blog/majead

P.S (bis) : Plenel qui a vécu en Martinique dans son enfance s’y rendra prochainement afin de débattre du prochain référendum.

verso Plenel

Un commentaire

Faut-il croire les journalistes ? | Fwiyapin  on décembre 29th, 2009

[...] signe une suite de son plaidoyer Combat pour une presse libre. Nous avions déjà évoqué dans un précédent article l’enthousiasme du président de Médiapart pour internet et ses inquiétudes qui pèsent sur [...]

Laisser un commentaire

« Retour au commentaire texte