LES ESTOMACS ESTOMAQUÉS
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : Majead
Le soleil de la misère est incendiaire. Il réduit en cendre de vastes territoires de dignité humaine. La canicule frappe les estomacs, creusés par l’absence cruelle de l’Amour. Dans ces territoires arides et désolés, où la détresse ne descend jamais en dessous de trente degrés, des crèves la dalle sont tapis dans l’ombre, dans une solitude où règne un silence austère. Accroupis dans leur souffrance, ils ont espéré un miracle autrefois, un déluge de Compassion et de Justice. Mais cette pluie là, n’est jamais tombée. Dehors, c’est l’insolation. Des familles s’excitent et pleurent sur leur dénuement, certaines se battent becs et ongles contre le mauvais sort ; d’autres, en transe, frappées par une fièvre torride, s’écroulent sur un sol poussiéreux. L’indifférence enfante des cadavres anonymes chaque année.
Blessés dans leur Humanité, les pouilleux ne transpirent pas. Ils ne laissent rien transparaître. Mais dans la nuit glaciale de leur âme, une voix enrouée crie vengeance. Le mal insondable est intériorisé. L’œil transi est torve et anguleux. Les regards vous donnent des sueurs froides, à vous givrer le sang. Les cœurs pétrifiés par le mépris des Empereurs modernes, sont à l’abri de la sécheresse locale. Dans les fors intérieurs, ils cultivent la Haine, irriguée par les eaux troubles des Empires en vogue. Le cru est bon. Une liqueur âcre et amère, qui écorche le palais et qui procure l’ivresse de la revanche. On ne naît pas méchant, on le devient. La loi du Talion est la seule arme à leur disposition pour répondre aux offenses et aux insultes Majestueuses.
La férocité des rois de ce monde, leur intrigue, leur crime contre les amours-propres, forgent le fer de l’hostilité, et soulèvent le vent de la dissidence. Ils se lèvent et se révoltent. Quand des hommes refusent de se plier à l’imposture… le pouvoir devient toujours insomniaque. Il faut vite étouffer le brame des blâmes avant que cela ne réveille le peuple qui dort tranquillement sous le peuplier de la fatalité. Mais les bourreaux officiels, sur leur trente-et-un, abîment les misérables avec élégance. L’affront est de luxe. Se salir les mains n’est pas digne d’une république. Cela est réservé aux barbares, aux barbus, aux bourbons… nourris et élevés au grain impérialiste. Non ! La civilisation permet des génocides diplomatiques des indignations populaires. On démolit la face des trublions… avec raffinement. On fait couler les larmes plutôt que le sang. On calomnie, on dénigre, on diffame, on diabolise… avec politesse. Tuer avec des mots et des images… est plus décent qu’avec des balles et des bombes !
Les va-nu-pieds s’en retournent donc à leur détresse, accusés de vouloir remettre de l’ordre dans un monde en désordre. La chaleur leur donne des frissons. Cette calamité ambiante est décidément insoutenable. Ils suent, ils suffoquent, ils courent rejoindre l’ombre de leur Disgrâce. Assis dans les ténèbres, ils fulminent. Le soleil se couche. Ils ferment les yeux sur un siècle maudit où règnent l’ego, l’orgueil et l’arrogance dans tout leur éclat ! Splendeur des vices… Merveille des infamies…
Au petit matin, le même jour se lève. Celui des gémissements et des jérémiades, des calvaires et des crampes. Une fois de plus, subir le Celsius. La température d’une âme n’est jamais fixe. Rien n’est acquis, sauf la Faim, la Soif et la Mort, Degrés Absolus.
***
Nota bene d’un poète : Vous déroulerais-je ma carte de la géographie des âmes ? Soit ! Qui ne pipe mot…consent !
DONC…
La tête est au Nord. La raison, cette banquise, n’a jamais froid aux yeux. Elle ne se laisse pas attendrir par la fonte de ses neurones. Impavide, elle subit le réchauffement de son cerveau pollué. Tant que les Hommes s’enorgueilliront d’être les énarques de la bêtise.
Les bras de l’Humanité ne se croisent pas. Chacun son épaule. Pas question de se serrer les coudes ! Encore moins de s’étreindre ! Droitiers ou gauchers, on a toujours un bras plus faible que l’autre !
Les pieds sont au Sud. C’est la canicule dans les chaussures ; le gros orteil meurt de faim et de soif. Les chevilles sont foulées par la famine et la maladie. Le talon d’Afrique, cassé par la barbarie des cordonniers mal chaussés. Question de pointure !
Hommes de toutes espèces et de peu d’espoir dans les fruits divers et variés… Pourquoi cette offense à l’Amour : cœur des quatre points cardinaux, centre de l’univers ?
Majead At-Mahel
Écrivain, poète, chroniqueur littéraire, slameur
Tous droits réservés



Commentaires récents