Errance: Qui sont ces ombres qui hantent nos rues?
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : KamPointe-à-Pitre, ville hantée d’ombres hirsutes, sans histoire, ni visage, qui pour la plupart, délirent, mendient, errent sans but, bousculées par nos pas empressés. Ces ombres mi hommes-mi fantômes vagabondent au gré de leurs humeurs, seuls, sillonnant rues et ruelles à la recherche de quelque argent. La rue est devenue abri, maison, lieu de survie, de violence, de précarité, de misère sociale…
Mais qui sont ces ombres, qui sont ses hommes ? Comment et pourquoi ont-ils sombré dans l’anonymat de la rue ?
On estime la population des SDF (sans domicile fixe) de l’agglomération pointoise, à environ une centaine d’hommes et de femmes. Beaucoup d’entre eux passent inaperçus et se fondent dans la masse des passants. Cependant on ne cesse de voir apparaître de nouveaux visages parmi ceux que l’on remarque, ceux qui dépérissent sous nos yeux. Ceux-là sont de plus en plus nombreux, de plus en plus jeunes, de plus en plus en souffrance… Cette faune des exclus est complexe, et loin d’être homogène.
D’abord, il y a ceux qui sont ostensiblement malades, déconnectés de la réalité, souvent atteints de psychoses et toxicomanes. Ils sont généralement schizophrènes c’est-à-dire qu’ils souffrent d’une distorsion de la réalité très invalidante (idées délirantes, comportement désorganisé qui peut parfois être violent, dissociation, repli sur soi…). 15% d’entre nous, sommes prédisposés à la schizophrénie, mais seul 1% déclenche la maladie entre 15 et 30 ans, soit à cause d’un terrain génétique favorable, soit à cause de facteurs psycho-environnementaux (choc, souffrance affective, prise de drogue…). C’est dire que la consommation de plus en plus précoce de drogue (cannabis, cocaïne, crack) augmente d’autant plus les risques de schizophrénie.
Dans la rue les schizophrènes représentent environ 90% des SDF visibles, un chiffre qui en dit long… L’apparition de la schizophrénie au sein des familles peut rapidement se transformer en drame (violence, comportements incohérents du malade). En Guadeloupe l’environnement familial est souvent solidaire, mais les familles se retrouvent vite dépassées, démunies, mal renseignées, et elles finissent en général traumatisées par les exactions du malade. Ceux qui se retrouvent à la rue ont souvent la même histoire qui se répète : les rapports avec la famille se dégradent au point que le malade quitte le domicile familial et se retrouve rapidement à la rue.
Souvent enfermés dans un cercle vicieux ravageur, ces SDF sont à la fois sous l’emprise d’une maladie mentale qui nécessiterait une prise en charge psychiatrique et à la fois sous l’emprise du crack. Ce crack qui permet le temps d’un trip, d’échapper à la maladie, de côtoyer des paradis instantanés dans lesquels plus rien ne compte. Mais la drogue renforce la maladie et entretient la spirale infernale de l’inexorable déchéance psycho-sociale.
Une stabilisation de l’état psychique puis une cure de désintoxication constituent des portes de sortie absolument indispensables à une réinsertion éventuelle. Mais la réalité du terrain est si difficile, que face au tandem de choc maladie mentale et toxicomanie, c’est souvent une mission quasi-impossible pour les soignants.
Ensuite, beaucoup mois nombreux, il y a ceux qui ont lâché prise avec la réalité sociale, mais qui gardent une certaine lucidité sur leur situation. Fragiles, démotivés, inadaptés, ils ont du mal à trouver la force de reprendre la main. Ils peuvent être sous l’emprise de drogue, mais leur fêlure à eux, c’est la perte de la motivation, ils se laissent voguer de déchéances en déchéances. Il faut pouvoir recoller les morceaux et refaire partir l’envie d’essayer : travail de longue haleine…
Enfin, encore moins nombreux, il y a ceux qui sont plus autonomes, qui arrivent à jongler entre jobs, RMI, et autres prestations sociales, tout en étant à la rue. Ils ont généralement les capacités de s’assumer, mais ils ne sont pas prêts à sauter le pas, désabusés, perdus dans un système qui les enferme. Avec eux, c’est un projet de vie qu’il faut construire autour de leurs atouts, compétences et aptitudes, afin qu’ils trouvent leur place dans notre société.
Et les femmes, dans tout ça ? De plus en plus nombreuses, elles se cachent le jour dans des squats et se transforment en oiseaux de nuit. Elles sont pour la plupart toxicomanes (addiction au crack), souvent se prostituant afin de financer leur consommation, et généralement souffrant de pathologies mentales. Elles doivent se confronter à un monde de la rue profondément misogyne, violent et sans concessions.
Elles sont aussi au confluent des tréfonds l’envers du décor de la vie d’errance : comment gérer sa sexualité dans la rue, comment limiter les grossesses, comment avoir accès à des contraceptifs ? Les petites mains qui travaillent sur le terrain auprès des femmes sont confrontées à ces questions sensibles… et doivent y trouver des réponses.
Pour eux tous, quels qu’ils soient, fractures, échecs, carences, chocs affectifs, ruptures, les ont transformés en ces ombres qui hantent les rues de Pointe-à-Pitre. Tous ont besoin de retourner dans le monde des vivants, et cet exploit ne peut se réaliser sans aide. Alors au fur et à mesure, une interrogation lancinante nous travaille : comment améliorer le sort de tous ces hommes et femmes, exclus, malades, toxicomanes, en errance dans les rue de Pointe-à-Pitre ?
Gladys Democrite



fifidoli45 on décembre 2nd, 2009
C’est difficile comme situation, donc pas de solution miracle! Peut-être qu’on pourrait les enfermer dans des centres, les forcer à se soigner, les forcer à parler, à mettre des mots sur leur douleur, à se reprendre en main. Peut-être que ça fonctionnerait avec certain.
Peut-être qu’il faut les laisser dans la rue, en les identifiant (minimum un prénom, voire un surnom), en les dénombrant, en les localisant (savoir dans quel squatte on peut les trouver). En créant pour eux des lieux ou ils peuvent manger, boire, souffler un peu. Des lieux ou ils peuvent se laver, trouver des vêtements, trouver de quoi laver leur vêtements. Ou ils peuvent trouver une assistance médical, psychologique, administrative.
Mais je pense que tout ça existe déjà. Les associations font ce travail là.
Comment améliorer leurs sorts? Peut-être en faisant comprendre à la population pointoise, la population guadeloupéenne dans son ensemble que ces « SDF » sont des gens qui sont perdus, qui sont dans une détresse moral, psychologique, spirituelle profonde et qu’ils ont vraiment besoin de cette légendaire solidarité antillaise.
Je ne sais pas.