Errance (suite): Quels remèdes pour cette pathologie sociale ?
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L’errance est devenue une pathologie sociale qui stigmatise les faiblesses de notre société moderne face à la maladie mentale. Que faire de nos exclus ? Que faire de nos malades mentaux ? Car lorsque l’on pousse la question de l’errance et des SDF dans ses retranchements, on comprend vite que la rue est devenue un moyen de gérer la folie…
Ainsi la fermeture des asiles psychiatrique a réglé bien des atteintes aux libertés individuelles des malades, mais n’a pas réglé la question du traitement de la maladie mentale. Or la gestion des malades nécessitant une prise en charge sur un longue période n’est purement et simplement plus assurée. L’hospitalisation psychiatrique, est devenue une hospitalisation d’urgence (hospitalisation libre, d’office ou à la demande d’un tiers), et pour tous ceux qui auraient besoin de plus : circulez, il n’y a rien à voir !
Alors que fait-on de ceux dont la famille se sent débordée, prise en étaux par une maladie ingérable ? Rien ! Rien n’a été prévu, et ils finissent bien souvent dans l’engrenage de la rue ! Voilà ce qui explique que la faune des SDF se compose à 90% de malades mentaux.
Alors qu’existe t-il pour aider et soigner ces malades devenus SDF par la force des choses ? Ils ont besoin d’être pris en charge sur le plan psychiatrique, médical et social, autant en urgence que sur le long terme. Et en Guadeloupe, pour faire face la demande grandissante, s’est tissé tout un réseau consacré à ses problématiques.
Le suivi psychiatrique
En 2007, au sein du CHU (Centre Hospitalier Universitaire), une équipe mobile de psychiatrie a vu le jour. Elle a eu pour mission de permettre l’accès aux soins et la prise en charge psycho-sociale des malades mentaux en grande précarité dans la région pointoise (il en existe une aussi à Basse-Terre). Sur le terrain, un psychiatre, 3 infirmiers, une assistante sociale et un éducateur spécialisé se relaient dans des maraudes quotidiennes afin de tisser des liens avec les SDF malades et leur permettre de suivre le traitement dont ils ont besoin.
Autour des soins, un suivi social personnalisé est mis en place. En fonction des besoins du patient, l’équipe fait les démarches administratives utiles, par ex : démarches pour avoir une pièce d’identité (c’est un acte d’intégration hautement symbolique, qui sort le patient de l’anonymat et la non-existence administrative) ou les démarches d’accès aux prestations sociales (Allocation Adulte Handicapé, RMI, CMU…). L’équipe peut aussi tenter de restaurer les liens familiaux et de proximité, initier des rapprochements avec des partenaires sociaux afin d’améliorer les conditions de vie (accueil de nuit, repas, activités, reprise de jobs…), travailler avec le patient à un projet de sédentarisation. Vastes chantiers…
Malgré ce travail de terrain, qui commence à porter ses fruits, l’équipe mobile se retrouve, aujourd’hui, confrontée à un véritable obstacle. Le Penfluridol seul traitement soignant la schizophrénie, tout en étant adapté aux contraintes de la rue (permet une prise facile par vois orale, et non contraignante : une fois par semaine), a été retiré du marché pour des raisons de rentabilité. Ici en Guadeloupe, ce médicament a permis une amélioration substantielle de l’état clinique des SDF suivis par l’équipe mobile, il s’avère donc absolument indispensable à leur travail de terrain. Aussi le Dr Scheider, le psychiatre de l’équipe, a du partir en croisade, avec d’autres soignants, contre la disparition de ce médicament : tractations en hauts lieux, pétitions, soutiens de toutes parts, le combat est lancé ! Aujourd’hui l’équipe fonctionne sur ses stocks, mais qu’adviendra t-il quand ils seront épuisés ?
En attendant l’équipe mobile, fidèle au poste, fait front. Dans l’adversité de la rue, elle se bat au quotidien, auprès des malades précaires, et constitue bien souvent le seul rempart accessible face à la maladie mentale des plus démunis.
L’hébergement et le suivi médico-social
Saint Vincent de Paul (CHRS : Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale), situé dans le quartier de l’Assainissement, accueille tous les jours les précaires, les exclus qui se présentent. Les SDF peuvent s’y restaurer, se doucher, avoir des vêtements propres, avoir accès à un hébergement de nuit, tout en étant encadré par une équipe dynamique de médecins, de psychologues et de travailleurs sociaux qui proposent un suivi médico-social personnalisé. C’est un peu le dernier refuge.
Mais ses moyens sont limités : Saint Vincent de Paul ne dispose que de 35 lits pour une population de SDF estimée à une centaine dans l’agglomération pontoise. Autant dire que les places sont chères.
Pourtant Saint-Vincent tente de mettre en place de nouveaux projets pour améliorer l’accueil de ces populations : un projet de « Lits Halte Santé » a été initié pour permettre un lieu de convalescence décent après une hospitalisation des SDF. Le projet était bien avancé : les fonds avaient été alloués, le local acheté (un bâtiment à proximité), mais c’était sans compter avec l’opposition farouche des habitants du quartiers. Ils estiment qu’ils ont déjà suffisamment donné aux précaires, en supportant les nuisances liées à la population qui fréquente Saint Vincent de Paul, et ne veulent plus supporter de nouvelles nuisances avec l’implantation de ces « Lits Halte Santé ». La situation est à ce jour bloquée et les SDF n’ont d’autre lieu que la rue pour se rétablir après une hospitalisation. Le combat au quotidien contre toutes les exclusions continue pour l’équipe de Saint Vincent de Paul…
Bientôt un SAMU social
Une équipe mobile d’intervention sociale (composée de soignants et de travailleurs sociaux) verra le jour, dès le mois d’Octobre, sous la responsabilité de la Croix-Rouge.
Deux soirs par semaine (le week-end), cette équipe circulera en camion estampillé Croix-Rouge, dans l’agglomération pointoise, afin de rencontrer la population errante. Il s’agira de tisser des les liens avec les SDF, de leur offrir de la nourriture et des produits de première nécessité, de les orienter vers des partenaires pouvant répondre à leurs besoins, leur proposer un accompagnement pour certaines démarches… Ainsi les SDF qui n’ont plus la force de fréquenter Saint Vincent de Paul, trouveront avec ce SAMU social un ultime secours permettant de conserver un minimum de dignité.
A ces institutions s’ajoutent des associations plus ou moins spécialisées dans le suivi des précaires (ex : STOP qui s’occupe du suivi des toxicomanes, « Cyber Gwada » de Leïla Cassubi qui s’occupe des jeunes précaires, etc). Toutes ces institutions, associations et services travaillent en étroite collaboration pour apporter leur soutien à cette population errante. C’est un combat quotidien contre l’exclusion sociale qu’ils mènent avec force et conviction…
Ce combat, chacun de nous, pouvons et devons le porter à notre niveau, en ayant un autre regard, en témoignant un peu d’empathie, en donnant un visage humain à ces ombres qui nous hantent les rue de Pointe-à-Pitre…
Gladys Democrite



siaka coulibaly on décembre 7th, 2009
je pense de plus en plus le concept de psychiatre de rue deviendra une réalité
en effet ya t’il plus de malades mentaux dans les institutions formelles de prise en charge des malades mentaux c’est à dire les structures psychiatriques que dans la rue
je suis en tout cas convaicu que la prise en charge des malades mentaux dans la rue devra être valorisée par les états mais aussi les institutions de l’OMS doivent penser à sa valorisation
je suis Docteur Siaka COULIBALY psychiatre de rue Dakar SENEGAL apportant une modeste contribution auprés des organismes de lutte contre l’errance des enfants en difficulté au Sénégal