Faut-il croire les journalistes ?

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[Chronique du livre Faut-il croire les journalistes ? co-écrit par Serge July, Jean-François Kahn et Edwy Plenel. Éditions Mordicus]

Est-ce-là un titre provocateur ou ironique pour un bouquin de trois journalistes reconnus dans leur milieu et par certains de leurs lecteurs ? L’ouvrage collectif est en réalité l’enchainement de trois entretiens séparés menés par Philippe Gavi. Au regard du nombre de pages et du prix (13,50 €) on pourrait penser que c’est de la carotte, et conclure que pour ces trois journaleux-là effectivement il n’y a aucun crédit à leur donner. Non, reconnaissons-le, il y a du contenu qui saura retenir l’attention du lecteur préoccupé par l’état déplorable de la presse française et la récupération politique de cette situation. Mais ces questions aussi futiles intéressent-elles les citoyens ?

Les États Généraux de la presse, organisés par la présidence française pour des entreprises privés, ne sont pas une œuvre caritative. Une manière pour l’Élysée d’avoir la main mise sur les journaux tout en martelant le respect de leur sacro-sainte indépendance ? C’est en substance le point de vue partagé par les trois confrères qui reconnaissent qu’en ayant voté oui au référendum de 2005, ils n’étaient pas en adéquation avec les électeurs français. Les comparaisons avec la presse anglo-saxonne davantage factuelle qu’idéologique pointent les faiblesses de la presse française quand il s’agit de reconnaitre ses erreurs et égarements. Est-ce pour autant ce qui explique la chute des ventes ? Serge July en profite pour se congratuler sur l’état dans lequel il a laissé Libération. Quand on voit la déchéance continue du quotidien d’Édouard de Rotschild, on se demande pourtant de quoi il peut se vanter. Peut-être de la belle aventure du Libé des débuts.

JFK, ancien de Marianne et passé depuis au MODEM de Bayrou répond à la question du livre avec deux anecdotes. A ses débuts dans la profession (il était anciennement enseignant), il couvre pour Paris-Presse les massacres d’octobre 1961 et aux évènements de Charonne en 1962. Après transmission à la rédaction, pas une ligne ne paraitra.  Le Figaro ira même jusqu’à « rend[re] grâce à la vigilance, à la prompte action de la police »… Le pourfendeur de la pensée unique continue la charge contre les journalistes qui ont le même parcours et pensent tous la même chose. Un réquisitoire plutôt pertinent sur le formatage et la normalisation de la profession mais toujours avec le brin de populisme et de vulgarité indissociable du personnage.

Edwy Plenel, fils d’un ancien haut-fonctionnaire qui a vu griller sa carrière pour avoir compris les Martiniquais lors des évènements de 1959, signe une suite de son plaidoyer Combat pour une presse libre. Nous avions déjà évoqué dans un précédent article l’enthousiasme du président de Médiapart pour internet et ses inquiétudes qui pèsent sur la démocratie.

Un bouquin recommandé aux mordus de la presse et à quiconque se posera la légitime question: Faut-il croire les journalistes ?

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