Hors-la-loi… tout lalwa sé menm lalwa, lalwa fransé ki pli kouyon !

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Il suffit d’arpenter les boulevards des grandes villes d’Hexagone, de lire les plaques de nombreux monuments aux morts pour se rendre compte de l’hommage fait aux victimes françaises des guerres coloniales. Guerres sales, illégitimes et injustes menées par une République qui refuse trop souvent encore de reconnaître ses crimes. Les morts, torturés et mutilés outre-mer ont droit à quoi ? Quel hommage la France donne-t-elle aux hommes et aux femmes qui résistaient contre l’arbitraire, l’injustice et l’occupation coloniale? En France ou en Algérie, des deux côtés de la Méditerranée, les douloureuses plaies ne se sont pas encore refermées. D’un côté le déni, de l’autre une récupération de l’histoire pour faire oublier les égarements sanglants et anti-démocratique du pouvoir.

Dans un pays où la représentation nationale était prête en 2005 à voter une loi mentionnant le «rôle positif de la colonisation» comment évoquer ces évènements déchirants ? En France, des lobbys appuyés par les relais politiques des associations de pieds-noirs ont voulu empêcher la diffusion du dernier film de Rachid Bouchareb lors du dernier festival de Cannes. Georges Frêche  l’étudiant farouchement anticolonialiste comprit vite le profit qu’il pouvait tirer de cette communauté pour asseoir son pouvoir en Septimanie. Le dernier ouvrage de Benjamin Stora est consacré à François Mitterrand, du temps où il fut ministre de l’intérieur pendant la guerre d’Algérie. Le futur abolitionniste, ne retenait pas souvent le couperet de la guillotine pour les condamnés à mort en ce temps-là. Même le parti communiste – beaucoup de ses membres étaient sympathisants des résistants algériens– avait voté les pouvoirs spéciaux au gouvernement Guy Mollet le 12 mars 1956.

Le cinéma comme catharsis ? Les américains savent très bien le faire. En France, on commence timidement. Bouchareb a déjà ouvert la voie avec Indigènes. Alors pourquoi vouloir interrompre le dialogue méditerranéen auquel ce film participe; il compte parmi ses soutiens les audiovisuels publics français et algérien.

Indigénat + Sétif + pwofitasyon= insurrection

Pas la peine d’être historien, inutile de s’appeler Pascal Blanchard ou Jacques Adélaïde-Merlande pour comprendre que l’histoire de ces trois frères n’est qu’une fiction. Le récit d’une fratrie amochée par le colonialisme qui se soulève contre la pwofitasyon en métropole, sur le territoire de l’occupant. Le film s’ouvre sur l’expulsion d’une famille de paysans algériens en 1925. Leur terre donnée à leur voisin blanc, l’exode rural les conduit à Sétif. Le 8 mai 1945, pendant que Paris, outragée mais libérée célèbre la capitulation des nazis, un massacre réprime des manifestants demandant pêle-mêle l’indépendance ou simplement l’égalité.

Abdelkader, le militant, se retrouve dans les geôles parisiennes. Au contact d’autres prisonniers politiques, il deviendra un cadre du FLN à sa libération. Saïd traverse la Méditerranée avec sa mère pour rejoindre le bidonville de Nanterre. Messaoud part guerroyer en Indochine. Devenu borgne, il ouvre quand même les yeux, il combat du mauvais côté. La famille se ressoude alors en France, entre collectes pour le FLN, lutte fratricide avec le MNA, coups d’éclats couillus et héroïques.

Le film ne tombe pas pour autant dans le manichéisme. Un écart aux règles de discrétion et de secret, indispensables en temps de guerre, et c’est l’impitoyable «discipline» du FLN qui s’abat sur vous. Un membre coupable d’avoir détourné de l’argent pour offrir  un frigo à sa famille se fait ainsi froidement liquider. A contrario Bouchareb réalise même l’exploit de montrer une barbouze française montrant du respect et de l’admiration pour ceux qu’il n’aura cesse de traquer.

Hors-La-Loi est à voir comme un polar construit sur un pan de l’histoire de France insuffisamment exploré par le cinéma. Voilà un film qui peut donner envie d’aller plus loin, de feuilleter les pages ensanglantées de l’épopée coloniale française. Qui donne à comprendre également que si un camp incarne le mal, ce dernier n’a jamais été unilatéralement présent.

Une leçon de cinéma pour frileux

Si les Yankees avaient fait ce film, les images auraient été certainement plus spectaculaires. On n’atteint pas les moyens d’une production comme Un long dimanche de fiançailles mais le résultat est plus que correct dans les reconstitutions d’époque. La présence de l’acteur «bankable» Jamel Debbouze, d’origine marocaine et non algérienne, a du peser dans la balance pour convaincre les producteurs.

Dans Hors-la-loi, ce qui frappe (positivement) ce sont tous ces dialogues en arabe. Sous-titrés en français, ils ne causent aucun problème à celui qui n’entend rien à la langue d’Averroès. Il est grand temps de ne plus prendre le spectateur pour un demeuré incapable de lire un sous-titre et de suivre l’action simultanément. Un film avec des acteurs français où pendant la moitié du film on parle arabe, voilà qui devrait encourager les réalisateurs antillais frileux.

Prenez un long-métrage comme Nèg Maron, regardez le jeu d’Admiral T, de Daly ou de Jocelyn Beroard. Pourquoi ne s’expriment-ils pas dans leur idiome natif-natal (sauf parfois comme par hasard au summum de leur énervement) ? Cela les rendrait des milliers de fois plus convaincants. Qu’est-ce-qui empêcherait d’émerger des nouvelles productions antillaises un film en créole VOST ? Pourtant peu de chance que ce soit le cas du prochain film de Lucien Jean-Baptiste si on se réfère à sa première étoile. Et pour en revenir à l’Algérie en passant par la Martinique, si un jour et souhaitons-le un film est fait sur Frantz Fanon, qui en sera le réalisateur ?

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