Motherfoccart (1/3)
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : KamNe pas avoir de télévision est une hygiène de vie. Il n’empêche, parfois, le petit écran diffuse de véritables perles en matière de documentaire. Ce fut le cas les 9 et 16 décembre 2010 dans l’émission Infrarouge (France 2) consacrée à la Françafrique. Le réalisateur Patrick Benquet signe un doc exceptionnel qui fera date s’il n’est pas oublié tel un secret défense au fond d’un carton. Après lecture d’articles parus notamment dans Backchich et le Canard enchaîné, nous avons réussi à voir ces images édifiantes sur la cyber-toile.
Raison d’État, réseaux Foccart
De Gaulle revient au pouvoir en 1958, à la faveur des évènements qui secouent l’Algérie. C’est l’avènement de la cinquième République française. Le général ne peut empêcher le cours de l’histoire et la vague d’indépendances à venir. Un référendum est proposé aux colonies pour l’indépendance en 1960. Mais la Métropole souhaite garder la main mise sur les ressources et les matières premières de ses anciennes colonies, fondamentales pour sa politique économique et énergétique.
En 1962, les gigantesques richesses du sous-sol saharien échappent à l’entreprise publique qui deviendra ELF. Il faut aller les chercher ailleurs, au Gabon, au Congo-Brazzaville, etc. Les compagnies pétrolières ont besoin de stabilité pour l’exploitation de l’or noir. La France veut donc des régimes stables, peu importe leur attachement à la démocratie et aux droits de l’homme. Pour aider un pouvoir en place à se maintenir en échange de ses gisements, la France bénéficie de la complicité occidentale au prétexte d’empêcher le bloc communiste d’étendre son influence en Afrique. Des accords secrets sont passés: Protection d’un régime contre ses ennemis extérieurs et surtout intérieurs en échange de priorités pour les ressources premières (manganèse, uranium, pétrole).
Afin de réaliser ses desseins, De Gaulle place deux affidés à la tête des réseaux de ce qu’on appellera la Françafrique (l’expression est de Félix Houphouët-Boigny). Pierre Guillaumat est le président-fondateur d’ELF. Cette entreprise nationale française aura ses propres services secrets et s’acoquinera avec des dirigeants peu regardants en matière de liberté et de démocratie. Né d’une mère guadeloupéenne (békée), Jacques Foccart devient le Monsieur Afrique de De Gaulle. Le secrétaire général de l’Élysée chargé des affaires africaines et malgaches est en étroite collaboration avec les services de contre-espionnage, le SDECE. A la tête d’un puissant réseau de gaullistes, francs-maçons et barbouzes qui lui sont fidèles, Foccart court-circuite les voies hiérarchiques, fait et défait les gouvernements du continent.
En 1974, Giscard est élu et prône la modernisation. Foccart est remercié. Parce qu’il incarne une époque révolue ? Dans les faits pas vraiment, il est remplacé par un de ses adjoints René Journiac. Et quand ce dernier périt dans un accident d’avion, son remplaçant se nomme Martin Kirch, un homme des réseaux… Foccart.
La gauche l’emporte et Mitterrand s’installe à l’Élysée, en 1981. L’hypocrisie également, mais pour une courte durée. D’un côté, le ministre de la coopération Jean-Pierre Cotte est exigeant en matière de respect des droits de l’homme (il sera vite évincé au bout d’un an). De l’autre, Guy Penne, un franc-maçon, devient le Monsieur Afrique de Tonton. La plupart des chefs d’Etat africains appartiennent à une loge maçonnique et Penne appartient aux réseaux… Foccart. Le ménage commence néanmoins à être fait mais il sera brutalement stoppé après la défaite aux législatives de 1983. Maurice Robert, l’ambassadeur au Gabon, est viré. Pierre Marion, à la tête du SDECE, et de la DGSE jusqu’en 1982, demande à la compagnie pétrolière d’en finir avec son propre réseau de barbouzes. En vain.
Lors de la cohabitation en 1986, Chirac rappelle Foccart à Matignon. Guy Penne, devenu sénateur, Mitterrand nomme son propre fils Jean-Christophe à sa place. Un schisme apparait alors dans la diplomatie française en Afrique. D’un côté le clan de «Papa m’a dit» et de l’autre celui de Foccart.
Un an après la réélection de 1988, le mur de Berlin s’écroule. Plus de raisons pour les pays européens et les USA de tolérer aussi facilement les manigances et l’ingérence de la France. A cette perte d’influence vient s’ajouter l’affaire ELF. Peu de peines de prison mais un scandale retentissant avec pour conséquence la privatisation de la compagnie, phagocytée par Total. Foccart s’éteint en 1997.
Sous la présidence Chirac, les conseillers à l’Afrique sont Michel Dupuch (1995-2002) et Michel de Bonnecorse (2002-2007). Mais quand Sarkozy accède à la magistrature suprême, il choisit Robert Bourgi, un avocat d’affaires. “Mon père et lui se connaissaient depuis 1946. Aussi loin que je remonte dans ma mémoire, je vois M. Foccart qui me considérait comme un des membres de sa famille et pour lequel j’avais une affection plus que filiale” lâche-t-il devant la caméra de Patrick Benquet, la mine visiblement satisfaite de se revendiquer du vieux gaulliste. Pourtant, si les deux hommes ne s’embarrassent pas de scrupules, une différence non négligeable les sépare. Le premier servait prioritairement l’État, le second a pour riches clients Omar Bongo, Sassou N’guesso, Laurent Gbagbo.
La Françafrique a pris un coup de vieux, pourtant la France a toujours autant besoin des richesses du continent. Mais le terrain de jeu a changé. Nous vivons aujourd’hui dans un monde multipolaire où les ressources se font de plus en plus rares et convoitées. L’uranium du Niger par exemple. Quand le directeur d’AREVA se fait virer du pays en 2007, c’est Sarkozy en personne qui vient signer un accord qui coutera deux fois plus cher à l’entreprise. La France n’aurait donc plus les moyens de mettre des présidents fantoches à sa botte et devra négocier à l’avenir autrement que par la force ? Et pour l’Afrique, ce qui aurait du être une bonne nouvelle, est vite oublié par les attaques des autres prédateurs.
Il m’est arrivé de dire à un chef d’État: “ Là vous avez autour de vous un gars qui vaut pas un clou ben il faut l’éliminer et je vous conseille de prendre celui-là.” C’est vrai que là nous étions très directifs.
Si [De Gaulle] ne disait pas non, c’est qu’ il laissait faire
Maurice Robert, successivement chef de secteur Afrique au SDECE, employé chez ELF et ambassadeur au Gabon
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deor on février 20th, 2012
Avec quelques réserves, quand même
http://survie.org/francafrique/article/francafrique-un-documentaire-qui