François Piquet, un sculpteur du fond et de la forme

Cliquer ici pour écrire à l'auteur : Original Meaty

Jusqu’au 26 mars François Piquet présente au pavillon de la ville de Pointe-à-Pitre son exposition « Le Fer et La Peau ». L’exposition confronte donc deux séries de sculptures, deux types de création, les grandes sculptures en lames de fer tressées et la série des Mounpapyé.

Qu’as-tu voulu montrer à travers la mise en parallèle de tes sculptures en lame et de tes personnages de papier?

L’expo s’appelle « LE FER & LA PEAU – figures ancrées de la société antillaise à l’horizon des frontières de l’autre ». Elle veut croiser la verticale de l’ancrage historique, de l’héritage – avec ces lames de fer qui sont un matériel symbolique puisqu’elles servaient au cerclage des tonneaux de rhum à Darboussier – avec l’horizontale de la diversité humaine, de la notion d’étranger, de l’autre.

Les matériaux que tu utilises sont toujours des matériaux sensés?

J’utilise des matériaux d’ici, de la corde, du corail, du fer, des choses qui ont vécu. J’essaye de tendre vers une démarche idéale, que les éléments employés, la manière dont je les travaille et le résultat final soient un tout, fassent sens, et de ne pas utiliser d’artifice. Ce qui n’est pas toujours simple puisqu’il faut que les structures tiennent debout ! Chaque élément parle dans cet idéal artistique. Il y a aussi le principe de faire à partir de rien un tout. C’est le paradoxe de la vie humaine. On est un bifteck qui pense ! C’est cette magie qui m’intéresse.

Comment t’es venue l’idée d’utiliser les lames servant à confectionner les tonneaux?

En fait, en 2007, je participais à un collectif de collage, Collactif. On récupérait des affiches de publicité qui nous servaient de base à la réalisation de créations qui étaient collées dans les rues afin d’apporter l’art dans la ville. C’était éphémère, ouvert à qui voulait venir. La Maison de l’Architecture a organisé à Darboussier une manifestation sur les espaces délaissés de la ville. Dans ce cadre, ils nous ont proposé de réaliser une session Collactif deux trois mois avant la manifestation afin de laisser les affiches vieillir. C’est comme ça que j’ai découvert le lieu, et que j’ai rejoint l’équipe d’intervenants. J’ai fait alors ma première sculpture, bèf chapé lizin, une carcasse de bœuf avec les lames de Darboussier.

C’est un matériau dur. Mais c’est un peu, à mes yeux, le prix à payer pour avoir le droit de l’utiliser. Je paye physiquement le prix. Je verse ma part.

Le processus de création est une part entière de l’œuvre?

Pour moi, le procédé fait parti de l’œuvre. Les gens ne s’en rendent pas forcement compte. C’est pour cela que je ne coupe pas les lames, même celles qui dépassent ! Je préfère garder leur intégrité. De plus, il y a la symbolique du tressage, de l’enchevêtrement des vies. Elles sont toutes différentes, pas rouillées, pas vieillies de la même manière. J’essaye de les traiter comme des individus, des êtres.

J’ai lu que l’utilisation du papier dans tes structures vient de ta présence au Musée L’Herminier?

Oui je fais partie de Awtis 4 chimen et comme là-bas je ne pouvais travailler le fer ou le corail, j’ai pensé que le papier pouvait être intéressant. Dans l’exposition, j’ai envisagé la peau comme la frontière de tout ce qui est extérieur à toi. La frontière de l’autre. La peau est marquée de tout un contexte. Si j’aborde la question de couleur de peau c’est toujours de manière latérale, ça découle de mon propos. C’est en fait la peau comme interface au reste du monde. La difformité y a également sa place. On est tous le difforme de quelqu’un.

Une grande famille - janvier 2011

Par exemple, le dos de la structure « Une grande famille » est peint d’une foule de gens qui te regardent, comme pour une grande photo de famille. Tu ne peux pas vraiment dire leur couleur de peau, c’est en noir et blanc. Et puis ils sont si différents, que font-ils là tous ensemble ? De quelle famille parle-t-on au juste ? Si tu choisis de faire de l’art tu ne fais pas de la communication. Je n’ai pas envie de faire passer un message spécifique du genre : il ne faut pas … ou il faut… Pour moi la notion de choix dans l’art est importante. Il faut que les gens aient le choix devant une œuvre. Ça permet de se poser des questions…


Sur l’affiche de l’exposition on peut voir un personnage appelé TiMalle, pourquoi Malle avec deux L?

Il y a l’homme et l’homme rendu à l’état de mobilier. « Le fer et la peau », c’est pas un thème anodin ici. C’est à la fois faire un rappel historique et parler des stigmates de l’histoire de la Guadeloupe sur la société actuelle, qui est vraiment marquée par l’esclavage et ses suites. Donc Timalle, TiMal l’homme et ti-Malle l’objet. Il m’importait également de montrer le passage de l’un à l’autre d’où la réalisation du film sur cette transformation. D’ailleurs, un blanc pays est venu me dire qu’il sentait le poids de la culpabilité en regardant la vidéo. Je suis sur que ce n’est pas le seul. En fait, tout cela appartient à la mémoire collective, mais ces images sont aussi fantasmées. Les images du film peuvent paraitre trash mais elles font partie également du mécanisme de transformation des émotions en parole et de la parole en possibilité.

J’ai voulu me servir de la force d’évocation de la mémoire collective concernant l’esclavage, pour parler de l’actualité. Je me sers du passé pour parler du présent, et aborder l’avenir.

J’ai mis des « lunettes » à Timalle pour l’inscrire dans le présent, et mettre en avant le formatage intellectuel, publicitaire par exemple, car ces lunettes sont totalement opaques. Ne nous laissons pas aveugler.

De Timal à Timalle  l’histoire d’une transformation



Contact :  www.francoispiquet.com

Laisser un commentaire

« Retour au commentaire texte