Le bonheur d’Elza ne fait pas le nôtre
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : Kam
« Il faut soutenir ce film, c’est celui d’une guadeloupéenne ». Voilà en substance ce qui m’a été dit avant que je réponde : « Mè si an nou alé ». On m’avait pourtant prévenu d’éventuelles cruelles désillusions à venir. Awa, il me fallait me faire ma propre idée, et ce même après après avoir entendu la terrible chronique du site Madinin’Art. Alors, en ce samedi Gloria, direction Lapwent au Rex pour voir le film de Mariette Monpierre, le bonheur d’Elza.
Sitôt les premières bandes-annonces commencées, un message s’affiche sur l’écran. Pas vraiment destiné au public, il indique au projectionniste qu’il est certainement tant de changer le filtre… Puis nous avons droit à la bande-annonce du film que nous sommes venus voir, ce qui jette un doute parmi les spectateurs qui se demandent s’ils ne se sont pas trompés de salle.
Un clip insipide de 80 minutes
Enfin débute le film. Elza vient d’être diplômée (CAPES ?) et pour la remercier sa mère lui fait un chèque pour qu’elle continue sur les chemins de l’agrégation. Avec l’argent de sa récompense, la jeune nègzagonale part pour la Guadeloupe dans une quête identitaire à la recherche de son daron.
Elle réussit à se faire passer pour une baby-sitter et travaille dans la famille de son père. Elle y découvre alors quelques secrets pas très jolis. Son géniteur est un homme d’affaires, volage et voleur, aliéné et obsédé par la couleur de la peau, ce qui ne l’empêche toutefois pas de prendre une négresse en deuxième bureau.
On a souvent entendu que Nèg maron voulait aborder trop de problématiques à la fois. Ce même écueil peut être reproché au Bonheur d’Elza.
On ne comprend pas bien pourquoi les demi-sœurs d’Elza sont aussi dérangées. Les grévistes manquent de persuasion et auraient gagné à faire un stage à l’UGTG. Passons sur le fait que la plage de Clugny – Elza s’y baigne tout habillée – soit sur le chemin entre Pôle Caraïbes et Pointe-à-Pitre. Mettons ça sur le compte de la liberté du réalisateur, Jean-Claude Flamand Barny faisait Daly passer par Grosse-Montagne pour rallier la Pointe des Châteaux à l’agglomération pointoise…
Quel beau message au niveau de la sécurité routière : l’héroïne se balade en scooter sans casque ! Superbe message dans un département où les deux-roues paient chaque année un trop lourd tribut. Le premier rôle est une très belle femme, sur laquelle la caméra insiste pour nous montrer à quel point elle est « bonne ». Elza a ainsi subitement très chaud quand elle danse du Gwoka sur la plage et une subite envie de retirer ses fripes étouffantes. Lorsque la maîtresse de son père attend son amant, elle le fait jan-ti-man en patientant au milieu de champs de canne à sucre adossée à sa Porsche… Un type censé être un guadeloupéen natif-natal dit à Elza que ça se voit qu’elle n’est pas de Gwada. Lui non plus avec son accent qui n’a rien de local et sa manière mollassonne de taper le domino ! On se croirait en plein dans la « Plaie des flamboyants », avec des comédiens qu’on a du mal à imaginer comme représentatifs de la Guadeloupe, même de la Guadeloupe d’en haut.
Le film s’ouvre sur le très bon Revolucìon karibeana de Victor O. La musique de Soft, de Steevy Mahy ou de Ka Koustik est agréable, mais quand elle arrive comme un cheveu sur la soup a Kongo et phagocyte toute la séquence, on a la désagréable impression d’assister à une succession de clips sous le haut patronage de l’office du tourisme. Voilà donc résumé tout le savoir-faire de la réalisatrice, publicité et clips musicaux ? N’a-t-elle pas naguère réalisé un documentaire sur Gerty Archimède ? Une erreur de parcours certainement.
On reproche souvent avec raison à des gens qui ne sont pas Guadeloupéens de poser sur le Papillon clichés et stéréotypes. La vérité, c’est que c’est pire encore quand nous sommes les propres acteurs de cette bouffonnerie. Le jeu de Stana Roumillac tout comme celui de Vincent Byrd Le Sage n’a rien de ridicule. Cela n’est pas suffisant pour en faire un film visible. Même avec de petits rôles, que viennent faire Darkman et Michel Reinette dans cette galère ? Ce film, sponsorisé par les collectivités locales et une compagnie aérienne – alors que c’est une concurrente qui apparait dans le film – est la démonstration qu’on peut avoir des moyens pour faire un bon film, sans pour autant y arriver. CQFD.
5 Commentaires
isabelle on avril 27th, 2011
ô ô ki jan kam tu es en gpe? moi qui te croyais perdu à tt jamais ds un pays lointain et hostile
J’espère pouvoir voir ce film, mais tu me casses déjà les bras
.
carib on mai 5th, 2011
Le film est mauvais, c’est clair. Mais comment se fait-il que de l’argent public finance cette galère ? Comment se fait-il que la critique à part celle de fwiyapin de madininart soit si complaisante, c’est ça l’un des soucis de la Guadeloupe, quand c guadeloupéen – encore que le realisateur ne vit pas dans l’île et en a perdu la réalité – faut pas critiquer, faut fermer les yeux, dire c bien
isabelle on mai 6th, 2011
Etant donné la manière dont l’article s’est déchaîné sur le film, g été faire ma macrelle. Franchement je ne l’ai pas trouvé si mauvais que ça ce film, bien sûr c’est un peu amateur, mais ça se laisse regarder (en gros faut pas tro réfléchir au pkoi du comment). Les acteurs se débrouillent plutôt bien, la bande son est magnifique. quant aux paysages! Epoustoufflants!
Après, la réalisatrice n’a pas bcp insisté sur les dialogues, mais c pas plus mal, certaines scènes se passent de commentaire, la bande son suffit largement.
La seule chose qui m’a choqué c’est le coup de la plage, la nana se met à danser un gwo ka kolé séré avec un quidam et les voilà se baignant à poils. Ki jan? Sa ka fèt konsa alô? C’est même pas un cliché ça!
C’est vrai aussi qu’il ya des éléments dont on ne voit pas vraiment l’intérêt dans le film (les grévistes) mais disons qu’on a voulu nous laisser le soin d’imaginer. ![]()
Contrairement à Nèg Mawon qui m’avait déçue (et presque fait « wont ») à tous points de vue, Le bonheur d’Elza ne m’a pas fait mauvaise impression. Gageons que plus il y aura de films de réalisateurs guadeloupéens, plus la qualité s’améliorera ![]()
Au passage le problème de bande annonce n’a tjs pas été réglé, et me voilà glissant à mon interlocutrice « On est bien en salle 2 là? »
O.Meaty on mai 9th, 2011
J’aurais voulu trouver qq chose pr te contredire ms tous les commentaires que je pourrais faire iraient en défaveur de ce film.
Néanmoins laissons a Monpierre la chance de faire mieux pour un 2ème.




thierry on avril 24th, 2011
wesh, vu le nombre de nanar qui sort partout dans le monde, ya pas mort d’homme. Mais ce film doit avoir sa cible et apparemment certains l’aime chaud. Marylin Monroe n’a pas toujours été bonne.
Ce que je remarque c’est que les critiques sont variées.
Plus sérieusement, le parcours pour monter un film oblige à certaines concessions. Il en ressort un point de vue plutôt blanc qui oublie celui de la majorité locale. Si ce film est financé par le Conseil général au lieu de l’être par l’Etat via le CNC, le groupe Canal (qui possède les chaines de télé et radio les plus écoutées en local), c’est une bonne chose. En gros ce film serait le James Bond du pauvre, j’irai vérifier ça. Il manque peut-être « régine » et sa C3 de mighty killa.