JOMD # 3: IMHO

Cliquer ici pour écrire à l'auteur : Kam

En cette année officielle de l’Outre-mer, la journée Outre-mer Développement (JOMD pour les intimes) se serait-elle embourgeoisée ? En tout cas, exit la Porte de la Villette, sise au nord-est de la capitale, voisine du périphérique. Ceux qui faisaient naguère « bouger la Caraïbe » s’étaient donner rendez-vous à deux pas de l’hôtel Crillon et du club du Siècle pour faire « tomber les murs ». On ne se croyait pas vraiment à Berlin en 1989, ni même à la Bastille deux siècles plus tôt, même si le mot révolution était mis à toutes les sauces possibles, numérique notamment.

La première édition ne m’avait pas enthousiasmé. Satyam, un des organisateurs m’avait néanmoins pour l’occasion donné une belle interview. Je n’avais pu assister à la seconde édition mais j’avais voulu faire savoir à nos amis étudiants qui veulent retourner chez eux, ce « là-bas » dans lequel on fourre tout, l’Outre-mer quoi, quelles étaient les raisons principales pour eux de se rendre à la JOMD. Vous trouverez donc mes impressions, confessions et états d’âmes ici.

A la suite de ce papier écrit à l’encre sardonique, « l’administrateur » du site Fwiyapin, un certain Satyam, a trouvé qu’une pierre métaphorique était tombée dans son jardin. Alors il a renvoyé un caillou numérique, que vous pouvez lire . Voilà un bel exemple du caractère participatif du blog.

Je me permets de rappeler ces faits, en toute digression par rapport au sujet de l’article, car des internautes s’imaginent qu’il existe une ligne éditoriale au Fwiyapin. Pas du tout ! Vous pouvez le constater au fil des articles, la diversité des contributeurs est dangereusement ébranlée, puisque les seuls contributeurs réguliers sont deux dinosaures, le Majeadiplodocus et le Kamillosaure; mais ça c’est un autre problème. C’est même le votre !

Mais revenons à nos kabrit, pour la troisième édition, malgré mon papier sarcastique, aucun problème pour venir jeter un œil. J’ai raté la seconde mais je revois pas mal d’enfoiré(e)s plus ou moins sympathiques, en costard ou plus dépenaillé. Pas de problème pour trouver la JOMD, je suis les basanés en costume qui sortent du métro Concorde. Juste des petites sacoches, pas de mallettes, j’en déduis donc qu’ils ont plus de chance d’aller au pavillon Gabriel qu’à l’Élysée, remettre de l’argent pour le financement de la prochaine campagne présidentielle.

Une fois à l’intérieur, instinct de survie oblige, je repère vite les endroits où on distribue le bwar é le manjé. Penchard n’est même pas là, on a droit à une vidéo où la Secrétaire d’État apparaît sans maquillage. C’est bien Marie-Luce, très développement durable… Claudy Siar, par contre est présent. Discours sans intérêt, qui contraste avec les propos qu’il tenait deux ans auparavant à la première JOMD. (Voir vidéo plus bas). Plus question d’accuser le gouvernement ou l’État, on ne crache pas dans la soupe. Il lui faudra désormais boire le sarkozysme et le racisme de la Droite populaire jusqu’à la lie.

Au niveau des débats, même écueil que la dernière fois. Il arrive très souvent que l’on ne puisse assister à deux interventions puisqu’elles se déroulent en même temps… De plus le temps limité laisse souvent trop peu de places aux questions du public, composé d’esprits affamés qui restent sur leur faim.

Mais personne n’a vu le film Hostel ?

Débat sur le tourisme obligatoire, il n’y a rien d’autre de proposé en même temps. Les protagonistes ont l’estomac dans les talons, la salle a la dalle, je m’endors. Jean-Marc Sylvestre – pouvait-on trouver plus minable ? – joue le rôle de modérateur. Il aurait été intéressant de savoir combien a été payée cette imposture journalistique. En même temps, je voudrais pas que vous rendiez vôtre repas en lisant le Fwiyapin. JMS taquine la représentante du CTM (Comité touristique Martiniquais) qui lui adresse quelques boks. Ça amuse les spectateurs, qui lui donnent raison sur la forme mais pas sur le fond, tant Karine Roy-Camille semble empêtrée dans ses contradictions. Son alter-ego guadeloupéen est là. Plutôt effacé dans le débat, Willy Rosier a dit texto que le tourisme était une industrie dont le produit (la matière première?) était le patrimoine. Si avec ça on est pas sorti de la crise …

Et les autres participants ? Une dame de Pierre & Vacances, un type d’Accor, un mec du Club Med, et un boug d’Air France … Le tourisme ne passerait donc que par ces grandes chaînes hôtelières ? Pas un seul propriétaire de gîtes, pourquoi ? On se serait même contenter d’une modeste connaissance des organisateurs; ces derniers ont, semble-t-il, préféré nous en mettre plein la vue.

Pour introduire un peu de piment dans le débat, Gilles de Bondamanjak envoie des tweets malicieux sur l’écran géant. Ainsi la salle s’ennuie moins. Le sujet du Kalenda, hôtel abandonné dont on aurait même volé l’amiante n’est pas esquivé. Finalement le point de vue de Sylvestre peut nous éclairer. Lui, ne voit aucune différence entre les Maldives, Saint-Domingue ou les Antilles françaises. Si ce n’est le coût du séjour. Pu(n)ta Cana plutôt que Saint-Anne donc. On ne nous a pas expliqué comment on concurrence une dictature où le prix du travail est bien moins élevé que dans les « régions ultra-périphériques de l’Europe » ? Et plus j’entends les clichés sortis de la bouche du journaliste libéral, plus je repense à cette dame, touriste dans un grand complexe, au début du reportage de John-Paul Lepers La Guadeloupe est-elle une colonie française ?

Si une forme de tourisme vert (gîtes ruraux) semble bien fonctionner sur la côte sous le vent, on voit mal comment l’industrie touristique pourrait à elle seule redresser la situation critique de la Martinique et de la Guadeloupe.

Surtout qu’un indicateur important n’a pas fait réagir grand monde. La part du carburant dans le coût de revient des vols est passé de 10 à 35%. L’euphorie libyenne et la découverte de pétrole en Guyane ne suffiront pas à terme au déclin de l’industrie aéronautique, et donc au tourisme de masse.

Alors la « dimension archipélagique » de la Guadeloupe ou la création d’une marque Martinique© n’y changeront pas grand chose …

Atelier énergie : beaucoup de vent et rien de nouveau sous le soleil

Les intervenants à l’exception de Daniel Chaumet (Région Martinique) ne semblent pas être des ultramarins. On ne veut pas dire par là qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent, mais la désagréable impression qu’aucune solution ne viendra de nous est donnée. La Martinique ne possède pas d’usine bagasse-charbon comme à Maurice, à la Réunion ou à la Guadeloupe. 97 % de la production d’électricité provient des énergies fossiles.

Inutile de parler d’économie d’énergie, de réduction des gaspillages. La consommation électrique a une croissance beaucoup plus forte Outre-mer. Il est exaspérant ce crâne d’œuf d’EDF qui parle toujours « des îles », peu importe l’océan. Je crois qu’il y englobe même la Guyane…

Et paraît-il, il ne faudrait pas donner trop d’importance à l’éolien ou au photovoltaïque. Il est vrai que ce dernier concurrence dangereusement les terres agricoles dont la superficie s’amenuise continument.

La seule innovation qui tient en haleine le public vient de Fred le Lidec. Ce monsieur travaille pour la DCNS. Une boîte qui fabrique des engins de morts et dont le nom est désormais lié aux scandales de la vente des frégates de Taïwan et au « karachigate ». L’énergie renouvelable est aussi un sujet de recherche chez ces gens. D’ailleurs l’hydrolienne, turbine qui utilise les courants marins créés par la marée, a récemment fait parler d’elle dans les grands médias. Cette technique est prometteuse en Bretagne mais dans les endroits où les marées sont beaucoup plus faibles ? Autres sujets de recherche : des éoliennes flottantes sont à l’étude, et la récupération de l’énergie de la houle vaudrait le coup de s’y pencher. Plus surprenant, l’exploitation envisagée du « gradient de la thermocline » (variation de la température des eaux sous-marines). Le meilleur gradient, donnant un coût du Kwh plus rentable, se trouve en Martinique. La piste serait moins intéressante à Tahiti et à la Réunion.

Voilà, à la fin de cet atelier, à part la connaissance de ces nouvelles recherches, on a l’impression d’en sortir appauvri (comme de l’uranium)…

Économie numérique

Un coup d’œil rapide pourrait laisser penser que là encore ça manque de mélanine. Pourtant cette fois, ce sont bien des gens qui vivent sur les territoires concernés, à l’exception de Michel Juvillier et du correspondant parisien de RCI. Avec eux, Nicolas Despointes, boss de Corida, et Philipe Menant (groupe Hersant propriétaire de Fwans Manti) se lancent dans une discussion soporifique sous l’oeil de la pauvre Mélina Seymour-Gradel qui doit rester éveillée.

Juvillier fait remarquer que les prix internet sont tellement chers que les internautes ne s’attardent pas forcément sur la toile autant que les surfers hexagonaux. Effectivement, quand on a un forfait limité qu’on paye la peau du tchou, on va à l’essentiel et on passe à côté de choses extraordinaires (comme le site Fwiyapin par exemple).

Les statistiques données montrent qu’il y a de la marge à ce niveau. Malgré l’ennui du débat, on a l’impression que dans ce domaine, un développement est possible : 62% des Martiniquais vont sur le net. 50% font des achats en ligne. Mais ces achats à 80% ne se font pas sur des sites martiniquais.

Des spectateurs sont excédés que, l’Outre-mer représenté à cet atelier en particulier, et dans la JOMD en général, ne se réduise qu’aux Antilles et à la Guyane. Cette année, la Réunion semble moins délaissée, mais Mayotte, la Polynésie ou la Nouvelle-Calédonie sont les grandes oubliées.

L’odieux-visuel

Lucien Jean-Baptiste avait été annoncé. Il n’est pas là. Camille Mauduech ? Absente. Guy Deslauriers ? Idem. Euzhane Palcy. Pas là non plus. Par contre, on a droit à Thomas N’gijol. Pourquoi ? Là encore, je n’en peux plus tellement Gilles Elie dit Cosaque, Jean-Claude Flamand Barny provoquent une narcose collective et Morphée me récupère sur la route du sommeil. Monsieur BMJ secoue un peu les protagonistes en demandant qui sont les murs que nous devons abattre. Il ne veut pas entendre ce que le mec de France zéro Ô veut lui répondre. Un « retourne dans ta case » plus tard, l’organisation sépare les deux protagonistes pour que ça n’en reste qu’aux paroles.

Cet atelier se déroulait pendant que Paille – qu’on connait surtout comme artiste de dancehall, mais qui est également un enseignant et un formateur – participait à l’atelier intitulé « faut-il avoir peur des jeunes ? », en compagnie entre autres du directeur de pôle emploi Guyane, du vice-président de la région Martinique Daniel Robin. Paille nous a accordé une interview (ci-dessous). Après cela, l’envie n’y était plus tellement de rester écouter les fadaises de Parisot et de Penchard qui n’avaient même pas assisté à la journée. Tant pis pour le cocktail dinatoire, un verre de Kanasao et je prends la tangente. Si vous souhaitez (re)voir les débats, les vidéos sont en ligne.

 

Articles lus ailleurs :

Bondamanjak

FXG

 

L’interview de Paille :

 

Claudy Siar il y a deux ans à la JOMD #1 :

 

4 Commentaires

thierry  on septembre 22nd, 2011

au moins Satyam a organisé ou co-organisé un salon. L’avis du LKP ne s’y est pas exprimé. Encore faut-il différencier UGTG et LKP, ce dernier a permis peut-être involontairement aux vers d’entrer davantage dans le fruit à certains endroits. Mais le fruit tout entier n’est pas pou rri. sans alex sans drin. Rien qu’avec du doigté.

Dans ces temps de désir de communautariser pour mieux « régner » cela prend mal sur la communauté antillaise en métropole hexagonale.

Claudy Siar parle de 1 point d’audience et quelques, c’est à peu près ce que faisait son prédécesseur. Cependant il a contribué à tuer Média tropical et s’est fait virer de la direction de la nouvelle radio, avant d’être reclassé dans l’administration ministérielle.

Les ultramarins de Paris ne sont pas communautarisables. Ceux qui veulent rassembler affirment cela pour travailler, c’est tout, il ne sont pas moins bête que la communauté.

Si Njijol est là (et pourquoi pas lui ???) il finira peut-être par s’installer aux Antilles, Coluche l’avait bien fait. Ne payant pas son gardien antillais se prenant pour un aristo de la grande époque.

Les enfants de ceux qui ont le pouvoir ont peut-être été gâtés et font moins bien aujourd’hui que leurs parents.

Le rêve ou fantasme social antillais a encore de beaux jours devant lui. POur les uns comme pour les autres.

Ceux qui parlent tourisme savent bien (je crois) que mieux ne sera pas possible, sinon ce serait entrer en guerre avec le bien populaire de l’outremer tel qu’il le conçoit.

A part faire des building de vacanciers avec rotation de boeing ou d’airbus à l’américaine cela restera tel quel ou à peu près.

La métropole a les moyens d’entretenir et d’indemniser le bien qu’elle a voulu se procurer.

La population outremer est indéboulon(n)able et celle de métropole « impalpable ».

les caribéens en ont vu d’autres.

Kam  on septembre 22nd, 2011

thierry ou maké : « métropole hexagonale »

Pour enrichir ton dictionnaire des expressions que tu dois sortir à chaque fois que tu donnes ton indispensable avis sur Fwiyapin, je te propose  » l’hexagone métropolitain  » et la « France gallo-gauloise ».

Pour le reste, tes commentaires sont toujours aussi bien structurés, précis, argumentés, pédagogiques, clairs.

fifidoli45  on septembre 23rd, 2011

Donc si je comprend bien tu t’es fais grave chier à ce salon quoi?
En même temps l’originalité et l’intéret vient beaucoup plus des nèg en Mika et short rouge que de jeunes noirs issus de la diversité en costard cravate qui savent bien réciter leur leçons apprises mais dès qu’il s’agit de créer d’innover. Y a plus personne.

Sinon Paille me fait rire « jaune » (Paille- Jaune humour) quand il dit que le seul référent actuel c’est encore et toujours Aimé Césaire. Donc depuis Aimé Césaire aucun Martiniquais n’a rien fait. Quand on a peur de l’avenir on regarde le passé.

Et pour répondre à Claudy Siar sur ses un point et quelques pour les radios communautaires antillais et les zéro point et quelques des radios juives on va dire que la quantité ne fait pas la qualité. Il faut dire aussi que beaucoup de ses hommes politiques dont il parle sont juifs et donc ils répondent favorablement à leur communauté. Mais c’est vrai que la communauté juive à beaucoup plus de facilité que la communauté antillaise…et j’espère bien décrocher un poste au gouvernement après avoir exposé ces virulentes critiques!!!

Marc  on octobre 20th, 2011

Pour y avoir assisté je confirme que d’années en années la JOMD s’embourgeoise au point de s’éloigner inexorablement de l’objectif initialement fixé et finalement jamais atteint. Seul intérêt y aller pour rencontrer facilement entrepreneurs et décideurs politiques en s’affranchissant de toute barrière administrative ou protocolaire. Concernant l’atelier sur le numérique il n’y avait pas forcément une bonne connaissance du terrain et au final qu’en a t’on sorti ? Même Yohan chargé de faire la synthèse en a perdu son latin devant se contenter d’une reprise stricto sensu des propos des intervenants tant ils n’avaient RIEN dit. J’ai pour ma part toujours encouragé les initiatives mettant en lumière les actions des ultramarins de Paris ou d’ailleurs mais force est de constater que la 4è édition se fera sans moi et bien d’autres encore. Messieurs les organisateurs pensez-y et arrêter de nous servir une grand messe medef/ump et remettez les ultramarins au centre des débats et des préoccupations !!

Laisser un commentaire

« Retour au commentaire texte