VAE : Voie vers l’Abolition des Etudes
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : Isabelle« Ah bon ? Tu prends des cours du soir ? Mais ça fait des années que tu bosses dans le domaine, pourquoi tu ne valides pas ton diplôme via la VAE ? »
C’est l’argument massue que l’on peut entendre depuis quelques années, depuis que la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) a fait son apparition dans le droit du travail. En effet, depuis 2002, ce dispositif permet l’obtention de tout ou partie d’une certification (diplôme, titre à finalité professionnelle ou certificat de qualification professionnelle) sur la base d’une expérience professionnelle salariée, non salariée et/ou bénévole et/ou volontaire. Cette expérience, en lien avec la certification visée, est validée par un jury. Les certifications, enregistrées au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP), sont accessibles par la VAE.
Sont prises en compte les activités exercées de manière continue ou discontinue, à temps plein ou à temps partiel, en France ou à l’étranger. Leur durée totale est calculée par cumul.
Ne sont pas prise en compte les périodes de formation initiale ou continue, quel que soit le statut de la personne, ainsi que les stages et les périodes de formation en milieu professionnel, effectués pour la préparation d’un diplôme ou d’un titre de l’enseignement professionnel.
Source : site du Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé
Cette mesure autorise donc la reconnaissance de compétences à ceux qui n’ont pas eu l’occasion ou l’opportunité de suivre une formation diplômante.
Mais finalement, à quoi bon s’engager dans des études si l’expérience professionnelle suffit pour valider un certificat ou diplôme ? Car de plus en plus de personnes ayant obtenu un baccalauréat se retrouvent avec un Master sans avoir mis ne serait-ce qu’un orteil à l’université.
Comment ne pas croire que passer, 2, 3, 5 ans, voire plus à l’université ou en formation ne relèverait pas d’un subterfuge destiné à occuper des personnes, avec le but inavouable de diminuer les statistiques du chômage ?
Car pendant que certains investissent du temps et de l’argent pour acquérir un diplôme qu’ils considèrent (souvent à tort) comme un sésame, d’autres cotisent pour leur retraite, puis passent le plus naturellement du monde par la VAE qui est un droit pour tout salarié. En fin de compte, cette mesure permet de faire d’une pierre deux coups : le lauréat VAE gagne du temps en validant dans le même temps des années d’expérience et un diplôme. Et lorsque le jeune fou qui a usé ses sous-vêtements sur les bancs de l’école se retrouve avec lui face à un employeur, le choix est vite fait. « A diplôme égal », on préfère engager celui qui a le plus d’expérience. Logique !
Que va-t-on dire à ce jeune diplômé ? Qu’il n’avait qu’à aller bosser au lieu de se remplir l’esprit de concepts théoriques ? Que ses dizaines d’Unités d’Enseignement sanctionnées par un examen, ses stages en entreprise, son mémoire de 100 pages ne valent rien ? Comment leur faire comprendre que des gens se retrouveront avec le même diplôme qu’eux sans avoir fourni le même investissement pour l’obtenir ?
Quid de ces personnes qui sacrifient des années de leur vie « pour la bonne cause » ? Quid de celles qui reprennent des études à 40, voire 50 ans, parfois au détriment de leur vie de famille ? Un quinquagénaire, marié et père de deux enfants, préparant son Master en Insertion Sociale et actuellement en stage d’immersion a donné son avis sur la question : « Certains de mes collègues ont opté pour la facilité, moi j’ai préféré reprendre mes études, histoire de faire retravailler mes méninges. Je trouve ça enrichissant de se replonger dans des concepts, de mieux comprendre certains faits. Maintenant je me sens capable de mieux comprendre certaines problématiques sociales et d’apporter une réponse plus professionnelle aux usagers. Même si ça prend du temps, j’irai jusqu’au bout. »
Tout le monde n’a pas cette patience, et au fond ils ont bien raison : pourquoi renoncer à un droit inscrit dans le Code du Travail ? Pourquoi se mobiliser tous les soirs de 18h à 21h pendant deux ans alors qu’on peut en finir en quelques mois, avec en sus un accompagnement le plus souvent gratuit ?
On peut donc se demander à quoi servent les universités sinon à occuper des gens inutilement, puisqu’elles octroient des diplômes par la VAE. Car on aura beau dire, un livret d’une trentaine de pages et un passage devant un jury ne vaudront jamais des années de cours, de dépenses de logement, de transport et de nourriture, de révisions, de fatigue et de stress.
Alors que l’on soit clair : qu’on supprime les universités et autres centres de formation et que tout le monde passe par la VAE, ça évitera des pertes de temps. Ou alors, qu’on valide les trimestres de retraite pour ceux qui n’auront pas eu l’opportunité de cotiser durant leurs années d’études (en gros qu’ils n’aient pas à les racheter une fortune).
Autrement, exception faite des professions réglementées (expert-comptable, médecin, avocat…), il n’y a guère d’intérêt à s’engager sur les bancs de la fac.
2 Commentaires
isabelle on octobre 21st, 2011
Bonjour Roro972.
Tu dis que la démarche relève du parcours du combattant, encore heureux, il ne manquerait plus que ça soit facile. Et si les universités refusent de plus en plus de « distribuer des titres et diplômes à tout va », c’est bien qu’elles en ont conclu que ça pose un problème.
Et je ne résume pas la VAE à une vision estudiantine, bien au contraire, je pense surtout aux personnes ayant déjà un certain âge et qui reprennent des études alors que d’autres se ruent sur la VAE qui évite bien des contraintes au niveau du temps hebdomadaire notamment.
Merci pour ton lien. Que la plupart des diplômes soient de niveau V, le problème reste le même. Un CAP ou un BEP, ça se prépare, c’est du temps plein sur au moins 2 ans. Donc la personne qui valide son CAP par VAE gagne toujours du temps par rapport à celle qui aura choisi la voie classique.




Roro972 on octobre 14th, 2011
Je ne suis pas vraiment d’accord avec ton analyse. On pourrait penser, en lisant ton article, que la VAE est une simple procédure. Or, selon la formation et le niveau du diplôme recherché, cette démarche relève souvent du parcours du combattant où nombreux sont ceux qui abandonnent en cours de route. En réalité, ce mode de validation est en désuétude à l’heure actuelle, en particulier pour les hautes qualifications. Les universités refusent de plus en plus à « distribuer » des titres & diplômes à tout-va, question de crédibilité. A mon sens, on ne peut pas résumer toute la problématique de la VAE à la seule vision estudiantine. Etudiants qui n’ont d’ailleurs rien à craindre, ils seront toujours moins chers (expérience et salaire) et donc plus attractifs… D’ailleurs, à ce sujet, le gros des troupes « VAE » cherche à obtenir un diplôme de niveau V, c’est à dire niveau BAC…. Enfin, pour approfondir le sujet, voici le lien d’un article de la DARES, experte en la matière : http://www.emploi.gouv.fr/_pdf/dares2010_083.pdf