La colonisation aussi est un crime

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La traite négrière et l’esclavage ont été condamnés comme crime contre l’humanité. Qu’en est-il de la colonisation française qui a été édifiée du XVIIe au XIXe siècle sur ces deux piliers : traite négrière et système esclavagiste ?

En effet, 1848 est souvent présentée comme la fin de la barbarie. Dans une démonstration d’une centaine de pages, Oruno D. Lara nous éclaire sur la continuité d’un système et égratigne au passage certaines « grandes figures » trop souvent présentées comme des héros.

Le Fwiyapin vous en parle aujourd’hui, 20 décembre, date de la commémoration de l’abolition de l’esclavage à la Réunion. Ce n’est évidemment pas un choix anodin …

En Métropole, l’année 1848 voit l’évènement d’une nouvelle révolution (fin du règne de Louis-Philippe). Le décret d’abolition est pris le 27 avril 1848, après un processus de réflexion. Des semaines avant, le bruit de la fin imminente de la servitude se répand dans toute les colonies.
En effet dès le 25 février, le gouvernement provisoire décrète l’émancipation des esclaves « dans sa pensée ». Les négociations et discussions s’amorcent sur la manière d’appliquer cette pensée. Dès l’arrivée de François Arago au ministère de la marine et des colonies, le lobby des planteurs est reçu. Et le 4 mars, une commission voit le jour dans le but de « préparer l’acte d’émancipation des esclaves dans les colonies ». Elle est présidée par Victor Schoelcher, qui a pris soin d’en écarter son futur rival électoral, le martiniquais Cyril Bissette. La commission réfléchit sur différents thèmes – la concurrence du sucre de betterave est déjà évoquée, et se pose de drôles de questions notamment « est-ce que les esclaves n’aiment pas leurs maîtres ? « . Surtout, elle réfléchit aux moyens de prévenir désertions d’habitations et vagabondage…

Tout président qu’il est, Schoelcher n’obtient pas gain de cause sur :

  1. l’indemnisation des esclaves
  2. l’attribution  d’un lopin de terre aux nouveaux libres
  3. la garantie que la future main d’œuvre ne vienne plus que d’Europe

Les 15 décrets du 27 avril 1848

En sus de l’abolition de l’esclavage, d’autres décisions annexes sont prises. Y sont inscrites, la répression du vagabondage et la création d’ateliers de discipline.

Les commissaires généraux envoyés pour décréter l’abolition sont :

  • Perrinon pour la Martinique (effet le 23 mai)
  • Gatine pour la Guadeloupe  (27 mai)
  • Pariset pour la Guyane (10 août)
  • Sarda-Garriga pour la Réunion (20 décembre)

C’est à la Martinique que les troubles sont les plus graves. Ceux qui sont toujours esclaves provoquent des incendies et des émeutes à Saint-Pierre, Fort-de-France et à la commune du Prêcheur. Les évènements ne tardent pas à être connus en Guadeloupe, le gouverneur Layrle emboîte le pas à son homologue martiniquais Rostoland. Tous les deux vont s’appuyer sur les municipalités pour lutter contre le vagabondage et surveiller de très près les nouveaux libres. Perrinon veille à installer des systèmes anti-émeutes à Saint-Pierre.

La France a besoin des sucres de ses colonies; un retard dans l’envoi de la récolte est une souffrance pour elle. Répondrez-vous à sa générosité par une ingratitude ? Non, non, vos cœurs s’ouvriront à de plus nobles sentiments ; vous viendrez en aide à la Mère-Patrie, en vous hâtant de fabriquer ces cannes qui languissent inutiles dans les campagnes et que vos bras vont transformer en de riches produits !

Boitel, directeur de l’Intérieur (Mqe)

En 1849, la Guadeloupe s’embrase à propos des élections législatives opposant les partisans de Schoelcher et Bissette. De nombreuses peines sont prononcées. On exécute Isiris dit Sixième, accusé d’avoir brûlé son matelas et provoqué un incendie à Pointe-à-Pitre.

En1850, la commission coloniale refuse le suffrage universel, les conseillers généraux sont élus par les conseillers municipaux et maires, eux-mêmes directement nommés par le gouverneur. Des fonctionnaires et des ecclésiastiques sont accusés de contribuer à l’agitation publique et renvoyés en France.

La loi du 11 juillet 1851 instaure la création de trois banques (Guadeloupe, Martinique, Réunion), d’un capital de 3 millions de francs chacune. Les planteurs en possèdent toutes les actions…

Le gouverneur Fieron (Guadeloupe) crée un impôt sur toute culture autre que le café et la canne à sucre, au détriment des cultures vivrières pouvant assurer l’auto-suffisance. Mais on attache aussi les populations à demeurer dans une activité agricole. Le gouverneur Bonfils décide, en 1854, que l’école sera gratuite pour les seuls enfants qui se destineront à devenir cultivateurs.

En 1864, la France estime que les Nègres (et les Indiens) ne sont toujours pas prêts pour le suffrage universel, décision prise pour « avancer et non reculer ».

Au système esclavagiste s’est substitué le travail obligatoire. Après la traite négrière, se sont des travailleurs sous contrat (Afrique, Asie) qui ont pallié à la main d’œuvre manquante. Les maîtres furent indemnisés, les esclaves et leurs descendants jamais. La colonisation, un crime ? Comment ne pas partager la vision de Lara ?

Descendants de ces féroces croisières négrières
On garde force et courage, en chantant à plusieurs
Il n’y a pas que le salaire, pour creuser nos malheurs
Nos anciens tortionnaires sont nos nouveaux employeurs
Après avoir brûlé les barrières, arraché la lanière du fouet, et levé les paupières vers la lumière
Et venir embrasser le rêve d’une vie meilleure
Ou le nègre hisserait une bannière a ses propres couleurs
On a mangé la poussière de la pire des manières
Peu fiers de retourner dans la plantation d’hier
La mer est une frontière, Comment aller ailleurs
Désormais libres, oui, mais toujours inférieurs

Casey, Sac de sucre

La colonisation aussi est un crime, éditions L’Harmattan, 11.50€

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