L’affaire de l’esclave Furcy
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : KamAprès une vente aux enchères chez Drouot, le journaliste Mohammed Aïssaoui prend connaissance de l’existence d’ une procédure judiciaire mettant en cause un esclave au XIX° siècle. Son nom est Furcy, il mena un combat acharné pour sa liberté pendant plus d’un quart de siècle. A partir d’un carton d’archives, c’est son parcours et sa vie qu’a retracés, souvent avec imagination, le journaliste du Figaro.
De ces archives vendues à l’État pour 2 100 euros est né un livre. On sait peu de chose sur cet homme prénommé Furcy. Sa mère Madeleine serait née en 1759 en Inde à Chandernagor. Vendue dès l’enfance à une religieuse qui l’emmène en France. Après des années à Lorient, le retour en Inde est envisagé, mais une escale à l’île Bourbon (ancien nom de la Réunion) va tout changer. Elle se retrouve au service d’une certaine Marie-Thérèse Routier qui l’exploite comme esclave. En 1776, elle donne naissance à Clémence puis dix ans plus tard à Furcy. Le père de Furcy est inconnu. Concernant Clémence, il s’agirait d’un homme blanc qui aurait racheté sa fille pour lui donner la liberté.
A la mort de Routier, son neveu Joseph Lory hérite de ses biens meubles, donc de Madeleine et de Furcy. A la mort de Madeleine, une petite malle de papiers est remise à sa fille. Clémence tombe alors sur l’acte d’affranchissement de Madeleine …
En 1817, le combat judiciaire de Furcy débute. Après une notification à son maître, ce dernier fait envoyer son esclave en prison. Au procès, le plaignant perd. Sur sa route l’assoiffé de liberté trouvera des alliés précieux, le procureur général Gilbert Boucher et son substitut Jacques Sully-Brunet. Mais les adversaires de Furcy et de toute forme de progrès, notamment Lory et Desbassayns auront raison d’eux et les obligeront à quitter la Réunion. Après une année dans les geôles, Furcy est envoyé à l’île Maurice (à l’époque île de France) fin 1818 chez un frère de Lory. Pendant toutes ces années il entretient des correspondances avec Boucher, grâce à un réseau de soutien.
Pendant de longues années, on ne sait pas très bien ce que Furcy est devenu ou a enduré. Après un renvoi en cours de cassation, Furcy est finalement déclaré libre le 23 décembre 1843, cinq ans avant l’arrivée de Sarda-Garriga.
L’idée de départ est évidemment bonne, et il y avait là matière à faire un bouquin réussi. On regrette grandement que le journaliste se soit entêté à imaginer des scènes dont il ne pouvait manifestement pas appréhender les tenants et aboutissants sociaux et historiques. Il eut été beaucoup plus préférable pour le lecteur qu’il s’adjoigne davantage de conseils et services d’historiens spécialistes de la période esclavagiste et coloniale française. Les faits historiques et les pièces d’archives sont noyées dans les élucubrations romanesques, naïves et agaçantes d’Aïssaoui. C’est bien dommage.
L’affaire de l’esclave Furcy, Mohammed Aïssaoui, Éditions Gallimard
3 Commentaires
Kam on décembre 22nd, 2011
thierry, fort heureusement les commentaires n’engagent que ceux qui les écrivent.
Tu réagis sur un autre article, relatif au livre de Lara. L’as-tu bien lu ? Le bouquin parle de la période qui a suivi l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe, Martinique, Réunion, Guyane. L’étude se cantonne à ces colonies.
Quant à monsieur Aïssaoui, si je n’est pas été tendre avec lui, je ne vois pas pourquoi il faudrait absolument qu’il nous parle de « colonisation post-révolutionnaire ». Il a été intéressé par l’histoire de Furcy, il n’y a rien d’illégitime là-dedans.
C’est sa méthode de narration et toutes ses réflexions personnelles qui parsèment le livre qui m’ont irrité.
thierry on décembre 22nd, 2011
j’avoue que bien que le connaissant (en tant qu’hauteur depuis longtemps, même si je n’ai pas fait paris VIII) je n’ai pas lu Monsieur Oruno LARA…Mais je constate que beaucoup, sans plus de mémoire que les descendants d’esclaves eux-mêmes, s’emparent d’extraits de la longue histoire de cet esclavage français pour s’en faire les témoins a posteriori.
Ces histoires de « les noirs et les arabes » ou « l’esclavage est égal à la colonisation »
sont beaucoup moins anodines qu’il n’y paraît, dans leur intention politique cachée, mais si évidente. Que cela soit fait consciemment ou non.
Il serait certainement difficile de trouver un auteur antillais donner une dimension politique aux ratonnades en France qui sont encore récentes ou à une exégèse de la psychologie sociale des descendants de déportés d’allemagne ou d’ailleurs.
Avoir un emprire et des armés c’est bien pour les contes de fées de la Presse, mais tout le monde ou presque (chinois y compris) marchent au pas des USA et la colonisation par l’Internet a des mérites certains, elle est d’effet positif. Quant aux autres diverses colonisations On ne nous dit pas tout. Quand bien même ce serait le cas sans être défaitiste que pourrions nous y faire,si on le devait, à part écrire et parler.



thierry on décembre 21st, 2011
Il y aura toujours le la question du pourquoi nous et pas eux. Oui pourquoi les antilles n’ont-elles jamais eu l’indépendance comme au maghreb et en afrique « noires ».
Une des réactions est souvent, en méthode coué de se forcer à ne voir chez un antillais que l’esclave.
En ce qui me concerne, je regarde certains maghrébins dont les parents étaient plutôt de gauche et plutôt humbles, rêver de devenir des intellectuels français.
il est plus facile de s’occuper des esclaves et il y en a eu tellement, que de se retrouver en France après avoir (soi-disant) demandé, pris l’indépendance au nom d’une « dignité ».
Le sieur Aïssaoui aurait pu nous parler de la colonisation post-révolutionaire en Afrique, mais s’y serait-il senti impliqué ? même pas sûr…
l’esclavage n’a rien à voir avec la colonisation dont on parle conventionnellement. Il n’y a pas de comparaison sérieuse, possible.
Ceux qui veulent faire ce parallèle aurait surtout aimé qu’on ne les abandonnent pas en les lâchant avec l’indépendance pour qu’il aient à venir plus tard avec carte de séjour et Cie.
Ce qu est raciste c’est que ces journalistes, écrivains etc maghrébins, sont vus par les français qui ne leur disent pas en face, comme des « suceuses » ce qui explique un déficit de journalistes antillais qi font ce qu’il faut pour intégrer des rédaction comme le Figaro çì Figaro là, ou la rédaction d’un Barbier à l’Ex presse.
C’est