Le Spleen de Pointe à Pitre

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J’ai mille et une choses à régler avec moi-même. Avec les autres.

Mon divorce était prévisible, inéluctable.  J’ai été marié avec une écorchée vive, comme moi. Elle aussi, avait mille et une raisons de maudire l’humanité, le monde. Une flopée de rancunes contre la Vie… Notre intention était louable, noble. L’idée, c’était de mettre nos enfers en commun. Dans le bordel de nos calamités, on a essayé de réunir nos affres dans un coin, de rassembler nos obscurités et de mutualiser nos calvaires… On voulait organiser nos peines, trier nos tourments sur le volet… On pensait que cette collégialité affective nous rendrait plus forts.  Que dalle ! La promiscuité de nos douleurs, devenue insupportable, la proximité de nos tourments, nous ramenait à chaque fois au clash. Le choc des afflictions. Nos démons respectifs ne s’entendaient pas. On a bien essayé de hurler en silence, histoire de ne plus déranger les voisins qui se plaignaient du tapage nocturne. Mais nous n’étions pas de cette trempe à rugir en catimini.

Mes ressentiments envers mes semblables sont nombreux. Mon meilleur ami, mon pote d’enfance, mon frère, m’a abandonné durant la période du mouvement social. Le LKP nous a divisés. Drôle d’amitié quand celle-ci ne souffre d’aucune contradiction ! Je pensais qu’un ami, était celui qui savait vous écouter sans vous juger.  À quoi sert un confident, un alter ego,   quand il refuse d’entendre une vérité qui n’est pas la sienne ! Je suis en colère ! Une grosse et grasse colère ! Contre mes parents, ma famille, mes amis…contre toute la Guadeloupe ! Tellement de choses qui ne vont pas dans ce pays ; cette île est un gros sorbet coco qui dégouline d’injustices ! Tellement de séquelles ! Chaque habitant est un collectionneur de stigmates ! Je me souviens de cette parole d’une amie : « C’est une thérapie de pays qu’il faut ! Un traitement psychologique collectif ! »  … Je n’arrive pas à faire la part des choses entre mes souffrances personnelles et les afflictions de cette île. Dans quelle mesure, les unes étant réciproquement la conséquence des autres ?  Elle coule ma colère. Un coulis visqueux qui donne à mon âme une couleur kaki.

Putain ! Toutes ces années à souffrir ! Mettrais-je autant de temps à guérir ? Ce qui aiguise ma tristesse, et donne toute l’acuité à mes tourments, c’est que je n’arrive pas à crever  l’abcès de mon désespoir… Et pourtant, je sais que chacun est responsable du feu qui brûle dans ses entrailles, de son incendie intérieur, et personne ne peut l’éteindre à notre place… Mais malgré cette conscience, je n’y arrive pas !

Je regarde ma montre. Huit heures vingt et une. Comme tous les matins, un besoin viscéral me prend de marcher dans les rues de Pointe à pitre. Je marche, je marche,  je marche…au passage j’en bouscule un ou deux sans prendre le soin de m’excuser en espérant que ça parte en couilles ! Je marche je marche je marche…mes pieds sont des abeilles urbaines. Elles butinent le bitume. Le béton est un nectar. Parfums de l’asphalte. Ma vie est un pétale de ciment…tout est dur : mon cœur, mon regard, mon esprit. Je marche je marche je marche…et je sens les regards effrayés des badauds se poser sur moi comme si j’étais un sékélé ! C’est vrai que je suis sale et que je ne dois pas être beau à voir !  Mais je ne suis pas fou. Du moins, pas encore.

Pourquoi  j’ai le sentiment de porter le fardeau des hommes comme si  j’étais le responsable du malheur de l’humanité ! Pourquoi ces remises en question permanentes, intempestives, ces peurs et ces craintes dignes d’un octogénaire à la veille de sa mort…à mon âge de jeune adulte, ce n’est pas l’heure des bilans, des comptes à rendre et encore moins des regrets, mais plutôt le droit à l’erreur et à l’ivresse…

Depuis toujours je suis coincé entre un passé douteux, un présent incertain et la certitude d’un avenir calamiteux. J’en ai pleuré jusqu’à noyer mes yeux. La Rue, l’asile, la Prison ou la Mort. J’ai longtemps hésité. J’ai choisi. Désormais, j’erre !

6 Commentaires

nez au vent  on décembre 7th, 2011

l’errance calme, un peu.

Seule la projection dans des actions et de envies de futur peuvent te sortir de l’errance.

On choisit de quoi on souffre, donc tu peux aussi décider de ne plus souffrir.

les gens qui te quitte et qui t’ont trahi, compagne et LKP, ne saurait remettre ton droit au bonheur et à l’espoir sous cloche.

La liberté de pensée, et d’agir permet d’élever son niveau de conscience individuelle. les echecs ne sont que des expériences.

tu passeras bientôt du « j’ére » à j’éspère de nouveau un autre chemin.

bon courage

Majead  on décembre 7th, 2011

Merci à toi pour ces sages paroles, mais cette histoire n’est pas une autobiographie, mais est une fiction inspirée néanmoins de faits réels et de sentiments vécus…

D’accord avec toi en tout point. La liberté de l’homme consiste à subir ou agir… Nous avons toujours le choix, quoi qu’en disent les cyniques et les fatalistes…

Bien à toi…

M-At

thierry  on décembre 9th, 2011

droit à l’ivresse peut-être, mais tu t’es vu quand t’as bu ? Un vers (c’est satanique…) et tu (toi ou ton personnage) te(se) prend(s) pour un fruit putride. Pointe à Pitre n’est pas la seule ville de Guadeloupe, ni sa Capitale.

La guadeloupe c’est les siens, ou et d’où qu’ils soient. Un peuple à la fois saint et vicieux. Mais surtout pas visqueux. L’idée de changer les guadeloupéens donc la Guadeloupe avec des paroles, des écrits est une utopie. La tradition séculaire fait que les graines doivent s’intégrer à la plantation, sinon elles en seront écartées.

Cette histoire de graine, me fait penser à [La graine et le mulet, de Abdellatif Kechiche (aussi, directeur de la vénus noire) ]

Mais entre-nous, je m’imagine mal, errant dans les rues du Maroc (par exemple) groggy de n’avoir pu changer les marocains et leur pays.

Certains Français d’aujourd’hui considèrent que la Guadeloupe est une propriété sauvage de la France et que les « zulus » qui la peuplent seront malléables, comme disait Zouk Machine, il y a Maldonne.

La guadeloupe d’en haut n’est pas celle d’en bas…

Ce petit lopin de terre de près de 400.000 « sauvages » marque rien que de par son nom, sa marque, une identité forte et particulière.

Et toi Majead tu ne sera Guadeloupéen que lorsque tu feras du zouk, du gizomba, mais surtout pas du hip hop de France.

Majead  on décembre 11th, 2011

Une fois n’est pas coutume… Tes commentaires abscons n’ont d’égales que leurs profondes incohérences… Apprends à structurer tes pensées, à ordonner tes arguments…ensuite…peut-être…je daignerais d’apporter une contradiction…

De plus, au regard de tes commentaires postés ici et là, je me dis que le virtuel est un formidable révélateur de frustrations…il est vrai que caché derrière son écran et son clavier, un sentiment de puissance illusoire peut vite gagner les esprits… Tu cherches une raison d’exister, c’est bien, encore faut-il ne pas se tromper de voie…

Aussi, je n’ai pas le souvenir qu’on ait garder les cabris ensembles…autrement dit, tu ne me connais pas…et tu es a des années lumières de savoir ce qui motive mon art et mon écriture…

Pour terminer, je t’invite à faire preuve de plus de réflexion avant de poster tes avis, car parfois, ils frisent l’irrespect et l’insulte…

Si j’étais l’administrateur de ce site, nul doute, que je t’aurais rappeler à l’ordre dès le début !

A bon entendeur…

M-At

thierry  on décembre 11th, 2011

l’Art doit-il être structuré et ordonné, voire codifié selon une norme, c’est une bonne question qui mérite réflexion. Tout comme une oeuvre, (la mienne), peut provoquer une réflexion, mais comment savoir que l’on frise l’irrespect ou une susceptibilité lorsque l’on est dans « l’anonymat » du « virtuel » ? Je n’ai jamais gardé de cabrit mais j’aime le fromage de chèvre.

Sois certain que si j’avais voulu être désobligeant j’aurais su comment faire.

Chaque fois que je lis un commentaire ou un article qui fleure bon une imbibation de culture de France et que le propos semble trahir l’auteur que je peux trouver un peu trop colonialiste. Je me dis que des colons de la Noblesse à ceux d’aujourd’hui il y a une perte de qualité et donc il m’arrive d’essayer de réagir. Sans plus de prétention que cela.

Il y a colonisation (pour moi) lorsque l’on prétend changer, intégrer une culture par le haut, ((avant d’avoir grimpé l’échelle par le bas )) et qul’on cherche en plus, dans l’erreur à « formater » les jeunes esprits crédules et surtout sentimentaux.

Mais faut pas se prendre la tête, ne soyons pas vénère, ce n’est ici qu’un (bon) Webzine.

Majead  on décembre 11th, 2011

Tu te trompes de cible… Ta promptitude à juger ce que tu ne connais pas t’égare dans des allégations qui n’ont aucun fondement, si ce ne sont tes propres ignorances sur la réalité de mes intentions… Il en résulte une incompréhension cultivée de ta part qui débouche fatalement sur des procès d’intentions… Désolé, mais je ne mange pas de ce pain… J’aime le débat contradictoire à la condition siné qua non que les interlocuteurs sachent faire preuve de respect et d’honnêteté intellectuelle…qualités, visiblement, qui te font cruellement défauts…

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