Dapré mès é labitid a Tan-la ké ni on dikté an kréyòl avan senn-la.
Sonjé dikté-la sé sèlman on « prétèks » pou (rè)dékouvè makè an nou é senn-la wouvè ba tout moun : kontè, slamè, chantè, poèt, mizisyen… é ba tout jénérasyon !
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ENVITÉ / INVITÉS :
- S’tèl Coezy (Présentation collection Femme – Été 2012)
- Theresia Jakòt
- Z a n d o
- Blaise Bourgeois
- Swaany
- Biloute
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THÈME du 10ème Tan Kréyòl : « FEMME »
Selon le principe habituel, une dictée en créole précèdera la scène ouverte.
Pour rappel, la dictée reste un prétexte pour (re)découvrir nos auteurs et la scène ouverte, un espace d’expression pour tous : conteur, slameur, chanteur, poète, musicien, amateur, anonyme… toutes générations confondues !
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ENTRÉE LIBRE
Restauration sur place
Contact : 06 17 20 61 80
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Ki jou sa ka bay ? => Vendredi 21 Octobre 2011
Ola sa ka fèt ? => Espace Henri Miller, 3 rue du docteur Calmette 92110 Clichy
Ki jan pou vini ? => Métro Porte de Clichy ou mairie de Clichy (ligne 13) // Bus : 54, 66 et 74
Quelques questions à Alexandre Tellim, auteur du roman Trempage Kréyol – Secrets de famille.
Fwiyapin : Bonjour Alexandre, pour ceux qui ne connaissent pas très bien l’art culinaire martiniquais, tu peux expliquer ce qu’est un trempage ?
Alexandre Tellim : Le trempage est un plat traditionnel d’origine martiniquaise. Il se compose de pain mouillé émietté sur des feuilles de bananier sur lequel est étalée une préparation à base de viande, de poisson ou de fruits de mer. Le tout est ensuite dégusté avec les doigts. Il est intéressant de constater comme cette tradition suscite diverses réactions : ancrage culturel, répulsion ou envie de découvrir. Dans l’ouvrage, le trempage image les Antilles dans le maintien des traditions et la confrontation des générations.
Fwi : La Martinique est une terre exceptionnellement prolifique en écrivains, comment t’es venu ta passion pour l’écriture ? Par la lecture de tes pairs tout d’abord ?
AT : J’étais d’abord attiré par la bande dessinée au collège avant de m’intéresser davantage à l’écriture de petites nouvelles au lycée. Ma passion de l’écriture m’est venue naturellement avec mes envies de véhiculer des idées et de faire jouer mon imaginaire.
Fwi : Ton bouquin a comme sous-titre « Secrets de famille ». En 2011, aux Antilles, il y a encore beaucoup de choses cachées dans nos sociétés ?
AT : Il existe partout et de tous temps des secrets. L’ouvrage s’attache à ceux liés aux tabous familiaux, à l’éducation, à l’héritage ou au souci du paraître. Trempage Kréyol comporte une cascade de quiproquos amusants ou dramatiques, des faits de société qui poussent les personnages à devoir panser les cicatrices qui subsistent dans leurs familles parfois terrassées par leur passé ou le rang social qu’elles occupent.
Fwi : Les protagonistes, apparaissant dans ton roman, ont été inspirés de personnages réels que tu as côtoyés ou observés ?
AT : Les personnages de Trempage Kréyol reflètent tous la réalité. Ils s’intègrent dans les familles de l’ouvrage quelles soient recomposées, riches ou campagnardes. Je me suis inspiré de mon entourage pour pouvoir établir leurs psychologies et surtout pour réunir le maximum de points de vue.
Fwi : Tu évoques la caste des mulâtres à travers ton personnage de Maëlle et de sa famille ? Que penser de ces castes mulâtre et béké qui existent toujours à la Martinique ? Comment as-tu réagi aux propos d’Alain Huygues-Despointes dans le documentaire les Maîtres de la Martinique et plus récemment à ceux de Roger De Jaham dans l’heure ultramarine ?
AT : Des faits comme ceux-là ont motivé certaines intrigues de l’ouvrage. Quoi qu’on en pense, ces opinions existent et représentent un aspect du contexte socio-économique de la Martinique. La famille de Maëlle illustre les complications qu’il peut subsister dans le cas du partage de l’héritage familial, cas intéressant où, par exemple, ceux qui se sentent supérieurs font tout pour prendre leurs droits. Trempage Kréyol s’attache à bousculer des tabous liés à l’histoire de l’île.
Fwi : Tu es positif sur l’avenir de la Martinique ?
AT : Je suis de nature optimiste. Je pense que la Martinique a besoin d’être défendue et mise en valeur. Des systèmes politiques se mettent en place et évoluent au gré des mentalités. Des artistes et artisans façonnent des œuvres empreintes des influences caribéennes. Trempage Kréyol se veut être une fenêtre accessible à tous sur les vies de familles antillaises comme les autres, et incite au voyage. C’est ma façon de communiquer positivement sur la Martinique.
Fwi : Etre beau gosse comme toi, ça aide à mieux vendre ses bouquins ?
AT : Lorsque je me retrouve à devoir parler de Trempage Kréyol, j’insiste sur le fait que j’ai tenu à ce que l’ouvrage reflète la population antillaise, qu’elle n’est pas si différente des autres, et que tout un chacun devrait pouvoir y trouver les éléments qui lui ressemblent et pourraient le toucher. Certains se trouvent intrigués par les secrets de familles et les curiosités de voisinage. D’autres souhaitent découvrir une Martinique vue par les jeunes. Les autres détails, en dehors du contexte de l’histoire, qui pourraient influencer l’intérêt suscité pour l’ouvrage, sont indépendants de ma volonté.
Fwi : Tu as envie de renouveler l’essai ? Tu pratiques l’écriture à plein temps ou bien tu as un « job alimentaire » ? D’autres terrains artistiques à explorer ?
AT : J’exerce dans le conseil environnemental. L’écriture est une passion. L’équilibre entre mes deux activités n’est pas toujours évident à gérer mais il me convient.
J’ai récemment été parolier pour une comédie musicale cabaret créole et je m’attelle à l’écriture du second tome de Trempage Kréyol. Quelles que soient mes activités annexes, je tiens à arriver au bout de la saga Trempage Kréyol pour le plaisir de ceux qui attendent la suite des aventures de la bande des quatre amis.
Fwi : Le dernier bouquin que tu as lu ? (ou celui que tu lis actuellement ?)
AT : Je viens de lire Xavier de Tony Delsham. Cet auteur antillais a un style d’écriture qui ne me laisse pas indifférent.
Il y a 50 ans, 9 fonctionnaires en poste en Guadeloupe étaient expulsés en application de l’ordonnance du 15 octobre 1960 prise par le pouvoir gaulliste.
COMBE, LEBORGNE, MATOU, TOLLY… mais aussi BEAUMATIN, BOURGUIGNON, DUMEZ ont été déportés en France avec leur famille.
En Guyane, Martinique et Réunion, le pouvoir frappa aussi.
Quel avait été leur crime ?
Comment ont-ils vécu cette atteinte grave à leur dignité ?
Quelles ont été les réactions ?
Quelle est la signification politique de cette décision ?
Comment situer cette ordonnance dans l’histoire politique de la Guadeloupe ?
Le C.G.H.P.S (Comité Guadeloupéen d’Histoire Politique et Sociale) et le Comité pour la vérité sur l’Ordonnance du 15 octobre 1960 vous invitent :
Samedi 22 octobre 2012
19 H à La Médiathèque du Lamentin
« PAGE OUVERTE SUR L’ORDONNANCE DU 15 OTOBRE 1960 »
Au programme :
- Projection du documentaire « Ordonnance ou Lettre de cachet »
Après LM StrarJee, nouvelle rencontre avec l’un des membres du Karukéra Crew.
Fwiyapin : Qu’est-ce qui t’a poussé à faire du hip-hop ? Quelles sont tes sources d’inspiration musicales et plus globalement artistiques ?
Tysmé : Ce fut une évolution quasiment naturelle du danseur devenu tagueur. Ayant le stylo dans la main, j’ai commencé à écrire sur des morceaux hip-hop vers le milieu des années 90. C’était avant tout un moyen d’expression, sachant que je n’ai jamais aimé écrire ou lire, c’est vraiment la musique qui était et reste le moteur de mon écriture.
En terme d’inspiration, je peux dire également que la Guadeloupe et sa population d’une façon générale m’inspirent beaucoup !
Fwi : (Tu as été un des membres fondateurs de la horde noire et du Karukéra Crew). Sur ta discographie on voit tes premières apparitions dès 1998 sur des compilations. Pas vraiment un nouveau venu donc, comment se fait-il que ton premier album n’arrive que maintenant ?
Tysmé : J’ai fondé la Horde Noire avec Daly, Edinyo, Darkman et Shèwkan alors que nous étions lycéens autour de 95-96, par contre j’ai intégré le KC alors qu’il était déjà créé depuis plusieurs années par Exxòs et LM StarJee notamment.
Il y a plusieurs raisons à ces 12 années entre mes premières apparitions discographiques et la sortie de mon premier projet solo. Je n’ai pris la décision de sortir un projet solo qu’en 2004, après avoir achevé mes études. A l’époque je vivais encore en Europe, et je voyais ce projet plutôt comme un “EP”, c’est à dire un album court de 5- 6 titres.
Rentré en Guadeloupe en 2005, j’ai modifié progressivement le squelette que j’avais dessiné en 2004, en écrivant de nouveaux morceaux, et en achevant certains déjà partiellement écrits. Il a fallu aussi trouver des musiques qui me plaisent et collent à mes textes, que je mette les mains à la pâte pour certains titres.
Au delà de ces aspects artistiques, il y a eu entre 2005 et 2010, année de sortie de l’album, un certain nombre d’événements d’ordre organisationnels, professionnels, sportifs, relationnels, sociaux qui ont fait que le projet a pris un peu de temps pour sortir. J’ai du me concentrer et faire des sacrifices pour que “Zayanntifik (Ziontific)” voit enfin le jour !
Fwi : On sent ton engouement pour la Terre et la nature dans des titres comme Fwesh, léwobiné, le jour du soleil. D’ailleursle titre de ton album est zayanntifik; tu peux en expliquer le concept ?
Tysmé : Le concept est un peu long à expliquer, mais pour faire bref je peux dire que ses bases proviennent de l’idée qu’on se faisait de notre discipline quand on était au lycée, à savoir un mélange de science et d’art. La composition des morceaux par Exxòs était perçue comme telle, la musique Hip Hop étant une musique “cyclique” comme beaucoup de musiques électroniques.
Mon écriture était aussi très “mathématique” à l’époque, je veux dire par là que je comptais beaucoup les syllabes pour coller à la mesure ! Sans compter que dans le KC on était tous plus ou moins dans la filière scientifique.
Aujourd’hui, c’est davantage un état d’esprit centré sur l’idée de mettre la science au service du respect de l’environnement.
Fwi : Fwèsh c’est un hymne à nos rivières et cascades de Basse-Terre, tu n’as pas peur de te fâcher avec les habitants de la Grande-Terre ?
Tysmé : (Sourire!). Non bien au contraire ! Dans la diversité il y a de la richesse ! Je suis né en Grande-Terre, j’ai grandi en Grande-Terre et je vis en Grande-Terre ! A vrai dire je n’y avais pas pensé, j’espère que je n’ai créé aucune jalousie !
Plus sérieusement j’ai toujours aimé être “anba fèy” ! C’est vrai aussi que du côté maternel, ma famille est du Nord Basse-Terre, l’amour pour les rivières doit être inscrit dans mes cellules !
Fwi : Tu fais de la kako mizik, tu fais aussi toi-même ton cacao ? Tu aimes le fruit-à-pain ? Ou pa kay manjé nou kant menm ?!
Tysmé : (Sourire!). Oui il m’est déjà arrivé de faire mon cacao, même si je suis plutôt café le matin ! Je le “grage” de temps à autre, c’est un produit qui se conserve bien ! Le parfum qu’il dégage me replonge dans mon enfance, les multinationales du chocolat ne peuvent pas rivaliser !
Pour ce qui est du fruit à pain, j’en mange sous toutes les formes oui ! En frites, bouilli, au feu de bois, en migan…mais pas sous forme électronique vous avez de la chance !
Fwi : Sur l’album, il y a un extrait du très controversé discours de Dakar (Nicolas Sarkozy, 26 juillet 2007). Pourquoi avoir mis également entre certains morceaux des extraits d’émissions d’Ibo Simon ?!
Tysmé : J’ai voulu consigner certains passages de ce discours pour les générations futures. Je vois la musique et l’art plus généralement comme un témoignage de notre temps, une façon de prendre des photos de notre monde et ainsi de l’archiver…
Pour ce qui est d’Ibo Simon, je pense sincèrement même si beaucoup ne partagent pas mon point de vue qu’il a joué un rôle important au milieu des années 90 en Guadeloupe, dans le sens où il était un des seuls à exercer un sens critique dans les médias locaux. Il a joué le rôle de miroir, ce qui manque bien souvent dans notre société. Il a été condamné pour ses écarts, ce qui a occulté tout son travail de réhabilitation et de mise en valeur de personnages de la Guadeloupe via des émission telles que “Akitala” ou “E lé Pèp”. Il a inventé la télé de proximité et le micro trottoir au niveau local…
Enfin j’aime beaucoup son approche “M.A.O” : Mwen Adan Osi ! Cela m’a beaucoup aidé dans la finalisation de mon album quand je ne voyais pas le bout du tunnel !
Fwi : Le morceau Léwobiné illustre bien l’impasse dans laquelle se trouve la Guadeloupe (économie sous perfusion, auto-suffisance alimentaire loin d’être acquise, surconsommation). Tu te dis pessimiste et sans solution. Il n’y aurait donc aucun moyen de nous sortir de cette ornière ?
Tysmé : J’adore cette question ! Elle devrait être posée à un élu ! Il y a des solutions qui quoiqu’il en soit doivent s’inscrire dans la durée, et reposer notamment sur le bon niveau de formation de la jeunesse guadeloupéenne.
Je pense également qu’il ne faut pas essayer de penser ou décider à la place des autres. Je suis davantage dans l’idée de l’équilibre. Que ceux qui aiment les pâtes alimentaires puissent en manger, que ceux qui aiment les patates douces et les madères n’en soient pas privés ! Et que ces racines puissent puiser leurs minéraux dans le sol de la Guadeloupe !
Fwi : Comme invités on retrouve notamment Exxòs, Star Jee, Neg Madnick, Edson X. Les trois quarts des morceaux sont interprétés en créole, quelle est ta vision du hiphop kréyol ? Il a de l’avenir selon toi ?
Tysmé : Disons que c’est avant tout une question de plaisir et d’esthétique. Le Créole guadeloupéen a sa magie de l’image, les mots et les structures grammaticales sont compacts ce qui le rend intéressant, surtout quand on sait que dans le hip-hop on a presque toujours la contrainte du rythme.
Au delà de ça c’est un héritage, comme ils disent la langue Créole fait partie de notre “patrimoine immatériel”.
Parallèlement, cela fait un petit moment qu’on a analysé la situation, et qu’on a compris que commercialement cette langue nous mettait à l’abri du succès à une large échelle ! Le chant permet de passer la barrière de la langue, nombreux sont les groupes antillais qui ont brillé à l’international. En rap c’est différent, la mélodie passe en second plan, du coup si on n’est pas compris, l’intérêt devient limité ! Le Créole n’est pas l’Anglais, qui lui n’a pas besoin d’être compris pour plaire !
C’est aussi perçu comme une langue comprise sans l’être totalement, comme la langue du “Zouk Acras Boudin” par le Français du continent, avec toutes les connotations qui vont avec !
Je le dis souvent, le Français est un Créole du Latin, nous n’avons pas à rougir !
Nou enmé Kréyòl an nou !
Fwi : Dans An ka soti an sa, bizarrementtu annonces que tu vas raccrocher les gants (musicalement) …Tu as d’autres projets ?
Tysmé : Ce morceau a été écrit à un moment de ma vie ou j’étais dans l’idée d’un premier album qui serait le dernier. Je n’arrivais pas à avancer dans tous mes projets et surtout je considérais que je commençais à me faire vieux pour continuer dans ce domaine.
Effectivement, j’ai d’autres projets qui ne sont pas musicaux, qui sont plutôt en rapport avec la Terre !
Entre temps j’ai fait de nouvelles rencontres qui m’ont fait des propositions, et en quelque sorte m’ont redonné confiance.
Je prépare actuellement en duo avec Jamal Finess du groupe PapaJazz un projet sous la bannière “iShango Sound”, qui devrait faire la part belle aux chants et aux textes soignés, sur des musiques de Kako Phonie, de Pako From TAK et autres…Restez connectés !
Fwi : Le mot de la fin ?
Tysmé :Un Très Grand Merci à Fwiyapin.fr de l’intérêt manifesté, un Grand Bonjour à tous les visiteurs du site également.
N’hésitez pas à passer me saluer sur mon site www.tysme.gp ! 1 Love !
Les éditions Actes Sud viennent de sortir La belle amour humaine le dernier roman de Lyonel Trouillot. Comme au Fwiyapin, nous ne sommes jamais pressés et que les livres sont des objets de consommation sans date de péremption, nous parlerons dans cette chronique littéraire du précédent livre de l’écrivain haïtien Yanvalou pour Charlie.
Dieutor a quitté la campagne pour la capitale, il y a plus de dix ans. Sa province, il l’a oubliée. Hors de question d’y retourner. D’ailleurs, depuis son arrivée en ville, on l’appelle désormais Mathurin. Diplômé de droit, devenu avocat, il a réussi. Enfin presque. La prochaine étape, s’affranchir du chef, devenir son égal, pour enfin être riche. Pour l’instant, dans un pays où la classe moyenne est inexistante, la chute est encore possible pour Mathurin. L’homme qui vient des plaines rêve des montagnes. Les cimes sont visibles, presque palpables. C’est là que Charlie fait son apparition, au risque de tout gâcher.
Charlie est un adolescent avec la peau sur les os. Il a grandi dans un orphelinat de Port-au-Prince. Et il débarque, comme ça sans prévenir dans le cabinet de Mathurin. Il s’est certainement trompé. Pourquoi ce gamin aux vêtements sales est-il rentré dans ces bureaux climatisés fréquentés par l’élite ? Que fabrique donc l’agent de sécurité ?
Charlie demande au juriste s’il est bien le dénommé Dieutor. Mathurin-Dieutor maudit immédiatement ce foutu Charlie qui le contraint de replonger dans son passé et compromet ses perspectives d’avenir.
Elisabeth, Francine et moi, nous sommes des presque riches. Cela veut dire que nous avons un emploi, dans un pays où l’emploi est une denrée très rare. Un diplôme, dans un pays où de vielles dames vous arrêtent dans la rue ou à l’entrée d’une pharmacie en vous demandant gentiment de leur lire une adresse ou une ordonnance, pas parce que leur vue a baissé avec les ans mais parce que la vie ne leur a jamais laissé ni le temps ni les moyens d’apprendre à lire.
Le roman nous emmène dans les deux univers opposés que sont la province et la capitale, ville de tous les espoirs mal papay qui échouent dans la fange des bidonvilles de Port-au-Prince.
Une ruralité, non idéalisée, humble et digne malgré sa modestie. La campagne et ses vieux principes, car pour Charlie, « les gens de la campagne tiennent toujours leurs promesses ». Mathurin fréquente les bourgeois voulant à tout prix vivre le plus loin possible de la plèbe, cette classe qui monte toujours plus haut sur les flancs des collines, ces mulâtres pas forcément dégourdis mais qui s’en sortiront juste parce qu’ils auront le loisir de pantoufler dans un conseil d’administration ou d’hériter d’une entreprise qui marche très bien sans eux.
Charlie, vivant à l’orphelinat, connait la rue. Surtout la nuit, quand il y traine avec ses trois meilleurs amis. Ils savent qu’à seize ans, on les y jettera. Parce que d’autres enfants auront besoin d’un lit et de repas gratuits. Ne voulant pas finir shootés par la drogue ou par les balles, ils préparent leur « après ». Mais un jour, ça foire. Charlie va alors demander de l’aide à Dieutor.
Trouillot raconte avec force des personnages évoluant dans des milieux antinomiques. La haute société est raillée par sa simple description réaliste. N’est pas épargnée au lecteur la plongée dans le taudis, sa puanteur et ses rats même pas effrayés par les humains. La prostitution, la drogue, les armes à feu, ceux qui « construisent des maisons dans la boue, avec de la boue, mangent dans la boue, dorment dans la boue, font des enfants dans la boue au milieu des porcs et des poules qui pataugent aussi dans la boue » , on connait tout ça.
Mais les héros portent en eux de quoi transcender l’horreur. Yandalou pour Charlie se lit d’un trait, tant le récit est captivant. La narration débute avec Dieutor; quand Charlie prend le relai son flot de paroles nous entraîne dans sa folle entreprise, plus que survivre, vivre et rêver. Décrocher son étoile aussi.
[Article de Jean-Luc Porquet paru dans Le Canard Enchaîné (14/09/2011) portant sur la découverte de pétrole au large de la Guyane. Illustration Cabu d'après La naissance de Vénus de Botticelli. Repris par le Fwiyapin SANS leur aimable autorisation]
C’est « historique » . Le gisement a l’air « considérable » . Il y aurait des millions, peut-être des milliards de barils. En forant à 150 km au large de la Guyane, un consortium mené par Shell et Total vient de découvrir un miraculeux gisement de pétrole. Certes, il est très profond – à 5 711 mètres, dont 2 000 mètres d’eau -, donc difficile à exploiter. Mais quelle importance ? On le videra jusqu’à la dernière goutte. Les 240 000 habitants de Guyane espèrent en obtenir des royalties, mais ce n’est pas gagné : rien dans la loi ne prévoit une ristourne pour les gens du coin. Qu’ils s’estiment heureux s’ils décrochent quelques emplois et des oléoducs. Et de la pollution.
Car, s’il y a quelque chose qui va de pair avec l’exploitation pétrolière, c’est bien le saccage de l’environnement. Le scénario est bien rodé. Déjà, les écolos de Guyane s’inquiètent. Ils rappellent que cette zone « compte parmi les 10 écosystèmes les plus productifs en termes de biomasse » et que la Guyane est « site majeur de ponte pour les tortues marines » (« Le Monde », 13/9). Déjà, les ministères promettent que toutes les garanties seront prises… Déjà, on peut douter qu’il faille les croire sur parole.
Voyez le delta du fleuve Niger, qui se trouve au Nigeria, à l’est de Lagos : en 1958, Shell y découvre du pétrole, et se rue, avec d’autres (dont Total, évidemment), sur cette zone, bientôt quadrillée d’oléoducs, de puits et de plates-formes pétrolières, et exploitée jusqu’en 1993. Petit problème, soulevé le mois dernier par un rapport du PNUE, le programme des Nations unies pour l’environnement (publié en août), après quatorze mois d’enquête : le delta est aujourd’hui pollué à mort. S’y joue, le plus grand scandale écologique d »Afrique, qui n’en manque pas. Au fil des années, les compagnies pétrolières ont joyeusement salopé la zone entière. Comment ? En oubliant de colmater les fuites, en refusant même de réparer celles qui furent signalées tout au long de l’exploitation, et, mieux, en affirmant avoir nettoyé les sites mais sans le faire. En un quart de siècle, ce sont pas moins de 6 800 déversements qui ont été signalés. Aujourd’hui, la pollution par hydrocarbures a des effets dévastateurs sur la vie des habitants, l’agriculture, la pêche, l’eau potable (dans un des cas étudiés, l’eau contient une substance cancérigène à des taux 900 fois supérieurs à la limite préconisée par l’OMS). Nettoyer cette poubelle à ciel ouvert qu’est devenu le delta prendra jusqu’à trente années…
Comment Shell et les autres compagnies ont-elles accueilli ce rapport ? En le jugeant « de grande valeur ». En reconnaissant du bout des lèvres leur responsabilité dans deux marées noires ayant eu lieu voilà trois ans. Mais en attribuant toutes les pollutions à des actes de sabotage : vols de brut prélevé directement sur les oléoducs et raffinement clandestin seraient les grands responsables. Elles-mêmes n’y sont pour rien : plus vertueux qu’une compagnie pétrolière, y a pas ! On souhaite bien du plaisir à nos amis de la Guyane. Ils ont déjà l’or des rivières, qui leur vaut une des pires pollutions qui soient, les orpailleurs y déversant du mercure à qui mieux mieux. Avec l’or noir, ils sont servis. Il ne leur manque plus que le gaz de schiste !
En cette année officielle de l’Outre-mer, la journée Outre-mer Développement (JOMD pour les intimes) se serait-elle embourgeoisée ? En tout cas, exit la Porte de la Villette, sise au nord-est de la capitale, voisine du périphérique. Ceux qui faisaient naguère « bouger la Caraïbe » s’étaient donner rendez-vous à deux pas de l’hôtel Crillon et du club du Siècle pour faire « tomber les murs ». On ne se croyait pas vraiment à Berlin en 1989, ni même à la Bastille deux siècles plus tôt, même si le mot révolution était mis à toutes les sauces possibles, numérique notamment.
La première édition ne m’avait pas enthousiasmé. Satyam, un des organisateurs m’avait néanmoins pour l’occasion donné une belle interview. Je n’avais pu assister à la seconde édition mais j’avais voulu faire savoir à nos amis étudiants qui veulent retourner chez eux, ce « là-bas » dans lequel on fourre tout, l’Outre-mer quoi, quelles étaient les raisons principales pour eux de se rendre à la JOMD. Vous trouverez donc mes impressions, confessions et états d’âmes ici.
A la suite de ce papier écrit à l’encre sardonique, « l’administrateur » du site Fwiyapin, un certain Satyam, a trouvé qu’une pierre métaphorique était tombée dans son jardin. Alors il a renvoyé un caillou numérique, que vous pouvez lire là. Voilà un bel exemple du caractère participatif du blog.
Je me permets de rappeler ces faits, en toute digression par rapport au sujet de l’article, car des internautes s’imaginent qu’il existe une ligne éditoriale au Fwiyapin. Pas du tout ! Vous pouvez le constater au fil des articles, la diversité des contributeurs est dangereusement ébranlée, puisque les seuls contributeurs réguliers sont deux dinosaures, le Majeadiplodocus et le Kamillosaure; mais ça c’est un autre problème. C’est même le votre !
Mais revenons à nos kabrit, pour la troisième édition, malgré mon papier sarcastique, aucun problème pour venir jeter un œil. J’ai raté la seconde mais je revois pas mal d’enfoiré(e)s plus ou moins sympathiques, en costard ou plus dépenaillé. Pas de problème pour trouver la JOMD, je suis les basanés en costume qui sortent du métro Concorde. Juste des petites sacoches, pas de mallettes, j’en déduis donc qu’ils ont plus de chance d’aller au pavillon Gabriel qu’à l’Élysée, remettre de l’argent pour le financement de la prochaine campagne présidentielle.
Une fois à l’intérieur, instinct de survie oblige, je repère vite les endroits où on distribue le bwar é le manjé. Penchard n’est même pas là, on a droit à une vidéo où la Secrétaire d’État apparaît sans maquillage. C’est bien Marie-Luce, très développement durable… Claudy Siar, par contre est présent. Discours sans intérêt, qui contraste avec les propos qu’il tenait deux ans auparavant à la première JOMD. (Voir vidéo plus bas). Plus question d’accuser le gouvernement ou l’État, on ne crache pas dans la soupe. Il lui faudra désormais boire le sarkozysme et le racisme de la Droite populaire jusqu’à la lie.
Au niveau des débats, même écueil que la dernière fois. Il arrive très souvent que l’on ne puisse assister à deux interventions puisqu’elles se déroulent en même temps… De plus le temps limité laisse souvent trop peu de places aux questions du public, composé d’esprits affamés qui restent sur leur faim.
Mais personne n’a vu le film Hostel ?
Débat sur le tourisme obligatoire, il n’y a rien d’autre de proposé en même temps. Les protagonistes ont l’estomac dans les talons, la salle a la dalle, je m’endors. Jean-Marc Sylvestre – pouvait-on trouver plus minable ? – joue le rôle de modérateur. Il aurait été intéressant de savoir combien a été payée cette imposture journalistique. En même temps, je voudrais pas que vous rendiez vôtre repas en lisant le Fwiyapin. JMS taquine la représentante du CTM (Comité touristique Martiniquais) qui lui adresse quelques boks. Ça amuse les spectateurs, qui lui donnent raison sur la forme mais pas sur le fond, tant Karine Roy-Camille semble empêtrée dans ses contradictions. Son alter-ego guadeloupéen est là. Plutôt effacé dans le débat, Willy Rosier a dit texto que le tourisme était une industrie dont le produit (la matière première?) était le patrimoine. Si avec ça on est pas sorti de la crise …
Et les autres participants ? Une dame de Pierre & Vacances, un type d’Accor, un mec du Club Med, et un boug d’Air France … Le tourisme ne passerait donc que par ces grandes chaînes hôtelières ? Pas un seul propriétaire de gîtes, pourquoi ? On se serait même contenter d’une modeste connaissance des organisateurs; ces derniers ont, semble-t-il, préféré nous en mettre plein la vue.
Pour introduire un peu de piment dans le débat, Gilles de Bondamanjak envoie des tweets malicieux sur l’écran géant. Ainsi la salle s’ennuie moins. Le sujet du Kalenda, hôtel abandonné dont on aurait même volé l’amiante n’est pas esquivé. Finalement le point de vue de Sylvestre peut nous éclairer. Lui, ne voit aucune différence entre les Maldives, Saint-Domingue ou les Antilles françaises. Si ce n’est le coût du séjour. Pu(n)ta Cana plutôt que Saint-Anne donc. On ne nous a pas expliqué comment on concurrence une dictature où le prix du travail est bien moins élevé que dans les « régions ultra-périphériques de l’Europe » ? Et plus j’entends les clichés sortis de la bouche du journaliste libéral, plus je repense à cette dame, touriste dans un grand complexe, au début du reportage de John-Paul Lepers La Guadeloupe est-elle une colonie française ? …
Si une forme de tourisme vert (gîtes ruraux) semble bien fonctionner sur la côte sous le vent, on voit mal comment l’industrie touristique pourrait à elle seule redresser la situation critique de la Martinique et de la Guadeloupe.
Surtout qu’un indicateur important n’a pas fait réagir grand monde. La part du carburant dans le coût de revient des vols est passé de 10 à 35%. L’euphorie libyenne et la découverte de pétrole en Guyane ne suffiront pas à terme au déclin de l’industrie aéronautique, et donc au tourisme de masse.
Atelier énergie : beaucoup de vent et rien de nouveau sous le soleil
Les intervenants à l’exception de Daniel Chaumet (Région Martinique) ne semblent pas être des ultramarins. On ne veut pas dire par là qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent, mais la désagréable impression qu’aucune solution ne viendra de nous est donnée. La Martinique ne possède pas d’usine bagasse-charbon comme à Maurice, à la Réunion ou à la Guadeloupe. 97 % de la production d’électricité provient des énergies fossiles.
Inutile de parler d’économie d’énergie, de réduction des gaspillages. La consommation électrique a une croissance beaucoup plus forte Outre-mer. Il est exaspérant ce crâne d’œuf d’EDF qui parle toujours « des îles », peu importe l’océan. Je crois qu’il y englobe même la Guyane…
Et paraît-il, il ne faudrait pas donner trop d’importance à l’éolien ou au photovoltaïque. Il est vrai que ce dernier concurrence dangereusement les terres agricoles dont la superficie s’amenuise continument.
La seule innovation qui tient en haleine le public vient de Fred le Lidec. Ce monsieur travaille pour la DCNS. Une boîte qui fabrique des engins de morts et dont le nom est désormais lié aux scandales de la vente des frégates de Taïwan et au « karachigate ». L’énergie renouvelable est aussi un sujet de recherche chez ces gens. D’ailleurs l’hydrolienne, turbine qui utilise les courants marins créés par la marée, a récemment fait parler d’elle dans les grands médias. Cette technique est prometteuse en Bretagne mais dans les endroits où les marées sont beaucoup plus faibles ? Autres sujets de recherche : des éoliennes flottantes sont à l’étude, et la récupération de l’énergie de la houle vaudrait le coup de s’y pencher. Plus surprenant, l’exploitation envisagée du « gradient de la thermocline » (variation de la température des eaux sous-marines). Le meilleur gradient, donnant un coût du Kwh plus rentable, se trouve en Martinique. La piste serait moins intéressante à Tahiti et à la Réunion.
Voilà, à la fin de cet atelier, à part la connaissance de ces nouvelles recherches, on a l’impression d’en sortir appauvri (comme de l’uranium)…
Économie numérique
Un coup d’œil rapide pourrait laisser penser que là encore ça manque de mélanine. Pourtant cette fois, ce sont bien des gens qui vivent sur les territoires concernés, à l’exception de Michel Juvillier et du correspondant parisien de RCI. Avec eux, Nicolas Despointes, boss de Corida, et Philipe Menant (groupe Hersant propriétaire de Fwans Manti) se lancent dans une discussion soporifique sous l’oeil de la pauvre Mélina Seymour-Gradel qui doit rester éveillée.
Juvillier fait remarquer que les prix internet sont tellement chers que les internautes ne s’attardent pas forcément sur la toile autant que les surfers hexagonaux. Effectivement, quand on a un forfait limité qu’on paye la peau du tchou, on va à l’essentiel et on passe à côté de choses extraordinaires (comme le site Fwiyapin par exemple).
Les statistiques données montrent qu’il y a de la marge à ce niveau. Malgré l’ennui du débat, on a l’impression que dans ce domaine, un développement est possible : 62% des Martiniquais vont sur le net. 50% font des achats en ligne. Mais ces achats à 80% ne se font pas sur des sites martiniquais.
Des spectateurs sont excédés que, l’Outre-mer représenté à cet atelier en particulier, et dans la JOMD en général, ne se réduise qu’aux Antilles et à la Guyane. Cette année, la Réunion semble moins délaissée, mais Mayotte, la Polynésie ou la Nouvelle-Calédonie sont les grandes oubliées.
L’odieux-visuel
Lucien Jean-Baptiste avait été annoncé. Il n’est pas là. Camille Mauduech ? Absente. Guy Deslauriers ? Idem. Euzhane Palcy. Pas là non plus. Par contre, on a droit à Thomas N’gijol. Pourquoi ? Là encore, je n’en peux plus tellement Gilles Elie dit Cosaque, Jean-Claude Flamand Barny provoquent une narcose collective et Morphée me récupère sur la route du sommeil. Monsieur BMJ secoue un peu les protagonistes en demandant qui sont les murs que nous devons abattre. Il ne veut pas entendre ce que le mec de France zéro Ô veut lui répondre. Un « retourne dans ta case » plus tard, l’organisation sépare les deux protagonistes pour que ça n’en reste qu’aux paroles.
Cet atelier se déroulait pendant que Paille – qu’on connait surtout comme artiste de dancehall, mais qui est également un enseignant et un formateur – participait à l’atelier intitulé « faut-il avoir peur des jeunes ? », en compagnie entre autres du directeur de pôle emploi Guyane, du vice-président de la région Martinique Daniel Robin. Paille nous a accordé une interview (ci-dessous). Après cela, l’envie n’y était plus tellement de rester écouter les fadaises de Parisot et de Penchard qui n’avaient même pas assisté à la journée. Tant pis pour le cocktail dinatoire, un verre de Kanasao et je prends la tangente. Si vous souhaitez (re)voir les débats, les vidéos sont en ligne.
En Martinique, la veillée funéraire est l’occasion de rire, chanter, conter,car on y célèbre la vie.
Dans cette création originale, le « Vyé Nèg » Alin Légarès prend la parole. Il construit et déconstruit les histoires, et invite au voyage dans les mondes imaginaires.
Le conteur Alin Légarès a officié dans les veillées martiniquaises d’antan. Il chante, danse, mime, et joue de son humour piquant.
La basse de José Marie-Rose (Bwakoré) enveloppe les mots du conteur. Le tambour traditionnel « Bèlè » gronde. Et les créations électroniques de Jeff Baillard entr’ouvrent les portes de l’autre monde.
Fruit d’une recherche autour du rituel de veillée, ce spectacle révèle la parole sacrée , étouffée pendant des siècles. La tradition orale afro-martiniquaise s’exprime alors en toute liberté, et touche à l’universel.
KRIK ? KRAK !
Les artistes :
Alin Légarès : contes et chants
Bago : tambour Bèlè
José Marie-Rose : Guitare Basse
Jeff Baillard : créations sonores électroniques
Vendredi 16 septembre 2011 au théâtre de la Reine Blanche
2 Bis Passage Ruelle, Paris XVIII°
Métro : La Chapelle (ligne 2)
Tarif Réduit : 13 € / Plein Tarif : 18 €
Alejo Carpentier, cubain de père français, écrit Le Siècle des Lumières au moment où Fidel Castro et Ernesto Guévara tentent d’arracher le pays au dictateur pro-américain Batista. Celui qui deviendra par la suite ambassadeur de Cuba en France noircit ses feuillets entre la Guadeloupe, la Barbade et le Venezuela.
Le roman est publié en espagnol et en français (éditions Gallimard) en 1962, année de la crise des missiles et de l‘indépendance de l’Algérie. Il retrace le parcours de Victor Hugues dans la Caraïbe. Ancien boulanger à Saint-Domingue, il amènera en Guadeloupe le décret du 16 pluviôse de l’an II avant d’agir de manière contradictoire quelques années plus tard en Guyane …
La Havane, fin du XVIII° siècle. Trois adolescents, un frère et une sœur, Sofia et Carlos, et leur cousin Esteban, sont sous la tutelle de l’exécuteur testamentaire de leur défunt père (respectivement oncle). Héritiers d’un commerce prospère auquel ils n’entendent rien, ils ne souffrent pas trop de la disparition du chef de famille. Les dernières heures de l’enfance sont vécues dans la joie et la fraternité. Arrive un soir, sous la pluie, un étranger en provenance de Saint-Domingue, voulant rencontrer celui qu’on a déjà enterré depuis fort longtemps. Déçu de ne pouvoir négocier quoi que ce soit, Victor Hugues s’incruste, et au fil des jours se fait accepter par le trio.
Les retirant des mains rapaces de leur tuteur, le marchand emmènera les petits cubains pour un voyage dans la Caraïbe secouée à la fois par les soulèvements d’esclaves et les idéaux de la révolution française traversant cahin-caha l’océan atlantique.
Victor Hughes est né à Marseille. Fils de boulanger, il veut partir pour d’autres continents. Bien qu’il rêve d’Asie, c’est vers l’Amérique qu’il vogue, d’abord en tant que mousse. Installé à Saint-Domingue, sa prospérité est stoppée net par la révolte des Noirs. Carpentier imagine un Victor Hugues, franc-maçon plus par opportunisme que par idéologie, venu répandre les idées de la « philanthropie » à Cuba, avec un médecin mulâtre, nommé Ogé. Frère de Vincent Ogé, membre de la société des Amis des Noirs, qui meurt roué vif en public au Cap-Français pour avoir demandé l’égalité.
De retour, à Saint-Domingue, Ogé constate que son frère (de sang) a été massacré tandis que son frère (maçon) a perdu son commerce. Leurs chemins se séparent, le premier va se battre pour la future nation haïtienne tandis que le second repart pour la France chouboulée par la Révolution. La vérité historique serait plutôt que Hugues ne voulait pas la stricte égalité entre les différentes catégorie de la population de la colonie. Inquiet, il serait rentré en France, sentant que la situation devenait incontrôlable.
Lorsqu’il revient dans la Caraïbe, c’est avec le titre de Commissaire de la révolution. Fort de son expérience outre-atlantique, il a su convaincre la Convention Nationale de l’envoyer reprendre les possessions françaises à l’Angleterre. Les Français, pragmatiques, lui remettent également le décret d’abolition du 16 pluviôse de l’an II (4 février 1794). Si besoin, et ce sera le cas, il pourra ainsi bénéficier des renforts d’esclaves devenus soldats.
Une autre passagère fait le déplacement avec Hugues. La guillotine est installée sur la place de la Victoire à Pointe-à-Pitre (renommée Port-de-la-Liberté). Cet épisode guadeloupéen est certainement le plus connu du personnage. Avec lui, la Terreur arrive dans la Caraïbe. Les riches planteurs monarchistes sont éliminés. Si l’esclavage est aboli, le travail forcé est mis en place. L’armée fait alors office d’ascenseur social chez les anciens asservis. Ces quelques années durant lesquelles l’idéal révolutionnaire aura tant bien que mal été appliqué, expliquent la résistance qui a été faite aux troupes de Napoléon en mai 1802 et à ses émissaires les mois précédents. Cet épisode de l’histoire guadeloupéenne n’est pas évoqué dans le roman
L’exportation des produits de la colonie et la guerre de course vont être à l’origine d’immenses fortunes, dont celle du gouverneur. Carpentier dépeint donc un personnage très intéressé. Mais aussi un admirateur de Maximilien Robespierre. A l’époque, les nouvelles de France prenaient des semaines voire des mois à parvenir aux Antilles. On imagine Hugues régnant sur la Guadeloupe avec un portrait de Robespierre dans son bureau alors que ce dernier n’est plus. Comment donner des gages d’allégeance aux nouveaux maîtres de la France? En leur montrant combien peuvent rapporter les colonies et le pillage des corsaires. Les navires des États-Unis, pourtant allié de la France, ne sont d’ailleurs pas épargnés.
A travers le regard d’Esteban, Carpentier nous montre les désillusions de ceux qui ont crû en une « révolution qui n’a jamais aboli l’exploitation » comme le chante Renaud (Hexagone). Le jeune cubain, persuadé de vivre dans le siècle des Lumières qui sortiront l’humanité de l’âge obscur dans lequel elle est maintenue, a la déception aussi grande que l’espérance qui l’animait lors de son entrée à l’âge adulte.
Rappelé en France, Victor Hugues est envoyé par le Consulat pour rétablir l’esclavage en Guyane. Il y retrouve Billaud-Varenne, ami de Robespierre, condamné au bagne. Son projet de restauration de l’ordre ancien échoue en partie par le marronage dans la vaste forêt d’Amazonie…
Avec des gestes de sacrificateurs aztèques, les hommes noirs poursuivaient leur nocturne labeur d’assemblage, prenant des pièces, des courroies, des charnières, dans des caisses qui ressemblaient à des cercueils. Cercueils trop longs, toutefois, pour être des êtres humains, d’une largeur suffisante, toute fois, pour ceindre leurs flancs, avec ce billot, ce carré destiné à circonscrire un cercle mesuré sur le module courant de tout être humain en ce qui va d’épaule à épaule. Des coups de marteau commencèrent à retentir, faisant planer de sinistres cadences sur l’immense quiétude de la mer où déjà apparaissaient quelques sargasses
Samedi 27 août 2011. Paris XVIII ° arrondissement.
Fin des vacances, fin du mois d’août, fin de semaine, fin de journée. Montmartre, cette jungle urbaine est envahie par des hordes de touristes susceptibles de vous agresser sans aucun avertissement préalable. Un couple, visiblement perdu qui demande son chemin dans un idiome inconnu contenant quelques mots d’anglais, ou alors un monsieur vous ordonnant avec autorité de le prendre en photo avec sa femme dans ce quartier qui leur rappelle tant Amélie Poulain … Passé la synagogue hyper-sécurisée de la rue des Saules, la lumière crépusculaire sur les briques des bâtiments voisins du théâtre Funambule m’évoque avec nostalgie la ville rose de Nougaro.
L’entrée en scène de Frédérick Sigrist se fait sur un morceau de la Compagnie créole, mais c’est pour mieux rire des poncifs et des préjugés. Et c’est partie pour plus d’une heure d’intense poilade. Plié de rire, on en oublie le peu de confort que la chaise propose à notre séant.
Sigrist refait l’actu et il n’oublie aucune des raclures qui nous gâchent le temps, des agences de notation au couple de la rue du faubourg Saint-Honoré. D’ailleurs quand il tape sur les locataires de l’Élysée, une partie des spectateurs rigolent jaune. Pareil quand il dénonce l’islamophobie française et malmène les catholiques. Mais rassurez-vous les sympathisants de mesdames Aubry et Royal en prendront également pour leur grade. Idem pour les fans de Nicolas Hulot, ce balai à chiottes dont même les verts n’ont pas voulu pour leurs toilettes sèches.
Alors qu’il y a de quoi se flinguer trente-douze mille fois en regardant un JT, le comique arrive à nous faire marrer des guerres et des conflits qui secouent la planète, des tsunamis et des catastrophes écologiques, de Fukushima et d’Hiroshima, de la crise économique grecque, étasunienne, française, mondiale.
Rebondissant sur les hilarantes primaires socialiste et écologiste, le cas DSK, les lapsus et les perles d’un gouvernement d’abrutis et d’obsédés, le comédien s’inspire avec brio de l’actualité hexagonale. On a même droit à une petite visite guidée dans la banlieue de Nancy, là où a grandi Frédérick. Mais du côté de son père … sé on tiboug Gwadloup ! Voilà donc une raison de plus pour parler de ce nouveau venu dans l’arène des meilleurs comiques français.
En plus Sigrist fait dans le social et permet à tout un chacun de voir du théatre en vivant et en direct selon ses moyens. A la fin du spectacle, il attend dehors son salaire avec un chapeau et le public donne selon son appréciation.
Frédérick Sigrist possède un humour tordu et intelligent, un mauvais esprit comme nous l’aimons. A voir absolument le mardi 20 septembre au théâtre Traversière (Paris XII°).
Il vaut mieux acheter des livres de Martiniquais et de Guadeloupéens dans toute ville hexagonale possédant une librairie digne de ce nom plutôt qu’à Baie-Mahault ou Lapwent. Pour preuve lire ce qui suit : une analyse simple mais non simpliste de l’existant et le récit d’une tentative échouée d’un rapport « gagnant-gagnant », id est nourrir son esprit affamé tout en permettant à une entreprise guadeloupéenne de prospérer …
Acheter un livre : militantisme ou masochisme ?
On a vu le LKP déployer tout un éventail de propositions afin de lutter contre la vie chère et de nombreuses formes de pwofitasyon, sans oublier pour autant l’importance de la culture. Nous ne reviendrons pas sur la quasi-exhaustivité des revendications, il nous semble pourtant que la question des livres est passée à la trappe. Voici un produit relativement cher, pour lequel nous avons un engouement inversement proportionnel au champagne. Alors qu’en Hexagone, le prix du livre est fixé, ce qui permet la survie de petites structures face à des mastodontes tels que FNAC et Virgin ; en Guadeloupe une surtaxe vient frapper violemment l’acheteur au portefeuille. Qu’ont fait nos élus pour combattre cela ? Considère-t-on que seuls des nantis achètent des livres et qu’ils ne seront donc pas à quelque euros près ? Pourtant on peut s’offrir plus de plaisir et ouvrir davantage son imaginaire avec une caisse de bouquins plutôt qu’un écran plat …
Rentrez dans une librairie de Karukera (je ne sais pas pour la Martinique et la Guyane mais je subodore que la situation est identique …), prenez le livre d’un guadeloupéen, par exemple Mes années de proscrit de l’historien Oruno D. Lara. Le prix Fwans est imprimé sur le bouquin. 29 euros ce n’est pas rien. C’est l’équivalent de quatre places de cinéma au Rex, autant en bouteilles de rhum, plus d’une dizaine de salades locales. Mais si vous voulez repartir avec ce bouquin il vous faudra débourser ENCORE PLUS que la somme indiquée. Une étiquette est présente pour vous rappeler que si vous désirez acquérir en Guadeloupe un ouvrage écrit par un guadeloupéen pour (entre autres) ses compatriotes guadeloupéens il faudra débourser 5 ou 6 euros de plus …
Pour avoir un espoir de payer le même prix qu’en Hexagone, il faut que le livre soit édité localement, par exemple chez Jasor ou Nestor … Pas de bol, les entretiens de Lara sont publiés chez L’Harmattan… Et la douceur des alizés ne fait pas passer ma déception, j’ai subitement mal à la tête comme un paysan occitan soumis dans son champ au vent d’autan en été.
Plus grave encore, certains livres ne sont même plus sur les étals, toujours méconnus des interlocuteurs. C’est par exemple le cas de Nonmkali hommage à Sonny Rupaire de Carlomann Bassette édité aux Éditions Lespwisavann sorti cette année même …
Médaille d’or de l’accueil pour Jasor et la librairie Antillaise
A ce problème de prix, viennent s’additionner d’autres problématiques. Vous savez que vos livres coûtent certainement moins cher ailleurs, pourtant vous vous obstinez bêtement à faire vivre économiquement un lieu qui ne vend pas des produits de consommation ordinaires.
Mais quelques mots échangés avec les salariés de ces entreprises peuvent vite vous faire tourner les talons. Un jour, ne le trouvant pas à côté des journaux locaux, je demande à la L.A de Baie-Mahault où est le magazine Antilla ? « Vous êtes sûr que ça existe monsieur ? » … Bon, passons sur l’ignorance des employés sur les journaux, magazines et livres disponibles dans leur magasin, nous sommes en Guadeloupe et j’ose espérer que si j’avais demandé Le MotPhrasé ou Le Progrès Social la réponse eut été autre.
Mieux ou pire, la désinvolture des employés quand vous avez le malheur de leur poser le début d’un commencement d’une minuscule question. » Voyez avec ma collègue » me dit une dame à Jarry en me montrant un comptoir vide quand je lui demande si elle sait où je peux trouver deux livres, là encore d’auteurs antillais. Woké an ka fèw chyé, an ké aché biten an mwen tou sèl. En levant la tête de temps en temps, je n’ai jamais vu quelqu’un revenir à la dite place pendant ma longue et infructueuse investigation dans les rayons. Pendant ce temps-là, la dame qui m’a envoyé bouler range consciencieusement des ouvrages.
Autre anecdote, antérieure celle-ci, mais toujours au même endroit. Je cherche un livre écrit en créole martiniquais dont j’ai vu les références sur Montray Kréyol. Naïvement, je me dis que si la librairie ne l’a pas en stock elle pourra me le commander. J’ai l’auteur, la maison d’édition (qui n’est pas une inconnue puisque c’est Ibis Rouge) et même son ISBN. En étant aussi exhaustif, je me dis que tout cela suffira et qu’au pire je n’aurais plus qu’à payer les arrhes si le livre n’est pas disponible. Awa insuffisant ! Il manque le code barre … Ki mafouti é sa !!!! Quand on cherche un livre, maintenant il faut le code barre ? Illico je me casse. Point barre.
A Pointe-à-Pitre, toujou aka Jazò, il semble plus facile de pouvoir faire une recherche. Je pense avoir de la chance, ce sont les vacances et des étudiants sont utilisés en renfort. Mais leur connaissance des produits, plus excusable, est aussi sévèrement lacunaire que celle de leurs collègues. Le logiciel de recherche, fort piteux, ne fonctionne que par auteur ou éditeur. N’allez pas là-bas si vous n’avez que le titre du bouquin; de plus une incertitude au niveau de l’orthographe de l’auteur pourrait vous être fatal.
Voilà, alors que j’habite dans « le ventre de la bête », j’ai essayé stupidement de donner la force, prêt à acheter parfois plus cher, pour ne pas repartir du pays avec uniquement des litres de rhum dans mes valises. Mais awa, non, nein, no more. Je commanderai désormais mes livres dans des librairies en France, ou alors sur internet. Et si jamais je remets les pieds dans les commerces susnommés (ce qui est somme toute fort probable), ce sera pour la presse. Et alors là si, par hasard, je tombe sur une petite perle … alors là … ou pa jen sav …
Quelque part en Guadeloupe, un jour de mois d’août sans pluie presque sec. On a plus l’habitude, il fait chaud. Une bouteille d’eau, des kasav, une caméra, LM Starjee. Voici la recette de l’interview d’un des piliers du Karukéra Crew. In creole of course !
An vakans la, sé toujou lé menm son ou ka tann an radyo-la. É si ou sizé douvan an télé sé menm biten.
Mè pou séla ki pa té o Péyi, mi an ti sélèksyon a klip. Ni sa nou pa té pé pa mété yo. Ni sa nou ka pòté, évè ni dé maji nou pa mété davwa nou enmé son ki réyèl, mè pa kon on kolonèl …
Nou ka ouvè tan-la épi P-Square, on awtys ki pa soti Lakarayib, mè son a misyé fè rat an tout radyo :
Alèla nou ka lésé Afwika pou Gwada, Mada é Yana. Sé Saik i ké sèvi zot gid touwistik :
Zot rivé Gwadloup, kité gwandtè pou désann asi Bastè. Sélè pou pwan an Fwesh !
Contrairement aux Antilles où il n’y a pas d’été, les habitants de l’Hexagone sont actuellement en période estivale (théoriquement). C’est donc pour beaucoup de Français le moment propice d’aller se dorer la pilule au soleil, juillettistes et aoutiens se croisent dans des ballets automobilistes idiots. Mais c’est aussi le temps pour ceux qui peuvent se le permettre de visiter les colonies, ces confettis d’un empire décati.
La Guyane permet à la France d’envoyer des fusées (la propulsion est plus aisée quand on décolle à proximité de l’équateur), de se vanter d’une biodiversité époustouflante, et on ne parle même pas de la richesse notamment aurifère que recèle son sol. Les gigantesques gisements miniers de la Nouvelle-Calédonie sont-ils un moteur ou un frein à l’indépendance de la Kanaky ? L’espace maritime gagné grâce à ses dépendances sur le Globe permet à la Gaulle de se donner l’illusion qu’elle est encore une grande puissance dans un monde multipolaire.
Saviez-vous qu’on ne dit plus DOM-TOM puisqu’il n’y a plus de TOM ? Mais géographiquement détachés de la mère patrie, ces départements, pays ou collectivités, collectivement les habitants de la métropole s’en foutent. L’outre-Mer à la française, ce sont pourtant plus de deux millions d’individus. Mais sur France-Inter c’est à peine cinq minutes vers 05h30 du matin durant lesquelles on mélange pèle-mêle des territoires situés à des antipodes. Mais pourquoi se plaindre du service public alors que France O passe à longueur de journée des émissions imbéciles de télénovélas, la télévision d’État déversant dangereusement un contenu idéologique à ses con-citoyens entièrement à part.
Alors quand arrivent les vacances, comme il faut bien meubler et qu’en plus nous sommes l’année de l’outremer (c’est papa Sarko qui l’a dit), chaque soir France-Inter consacre gracieusement une heure d’antenne aux colonies. Souvent, sur les ondes on entend n’importe quoi. Et c’est quelque part plus dérangeant qu’un député racolant l’électeur de Lepen nommé secrétaire général à l’Outre-Mer pour l’UMP. Oui entendre Daniel Maximin confondre Léwoz et Bèlè vaut son pesant de cacahouètes. D’ailleurs sur le site Bondamanjak dont le leitmotiv est de reprocher à l’internaute de confondre pistache et cacahouète, de véhémentes réactions ont eu lieu suite à une émission invitant Roger de Jaham, un triste sire que nous avons déjà évoqué à travers son association Tous Créoles ! .
Pourtant, dans tout ce fumier, au rythme d’une émission par jour, il doit bien y avoir quelques roses qui éclosent et dont la beauté s’extirpe de la fange. Les archives recensent des entretiens avec Maryse Condé, Euzhan Palcy, Christiane Succab-Goldman, Davy Sicard à la découverte de ces pays de l’hémisphère, etc. Alors même critique, n’hésitez pas à y jeter une oreille.
Vous l’aurez compris au titre, le chroniqueur le plus récurrent du Fwiyapin n’a pas été follement enthousiasmé par le film. Mais la voie qu’il ouvre et les débats qu’ils suscitent ne sont pas sans intérêt.
Le scénario est plus mince qu’un mannequin anorexique, mais ce sont parfois ces types de scenarii qui sont la base des meilleures comédies. Voilà donc un premier film, pas forcément raté mais pas réussi non plus.
Éboué prétend faire un film sur l’identité. Alors résumons, pour parler de l’identité en 2011 en France, il faut se placer en Martinique en 1780 ? Pourquoi pas, mais le sujet ne peut pas être traité avec autant de complaisance. Deux mecs racistes, un lèche-cul aliéné et un pauvre type qui cache lâcheté et nullité sous un vernis de rébellion, se verront offrir une rédemption en retournant dans le passé.
Deux frères se retrouvent en Martinique au chevet de leur père mourant qu’ils n’ont jamais connu. Antagonistes dans leurs excès, Joël attribue tous ses malheurs aux Blancs tandis que Régis voudrait voir disparaître pour toujours le phénotype que lui a donné son géniteur. Constatant que l’héritage paternel consiste en la transmission de l’acte d’affranchissement d’un aïeul, ils le déchirent avec mépris et s’assoient allègrement sur un quelconque devoir de mémoire. Pour les punir, leur tante les envoie deux siècles en arrière. Avec des quiproquos et des scènes décalées, qui avouons-le font rire ou sourire.
Les visiteurs revisités avec une morale dégoulinante de bons sentiments
Le problème du film n’est pas de faire rire d’un crime contre l’humanité. Ce sont ses maladresses. Il est vrai que l’humour d’ Éboué est réputé être trash, pourtant il règne sur le film comme une volonté de ne blesser ou de ne choquer personne. Malgré tout, cet objectif est raté.
Le traitement des Nègres marrons est tout bonnement affligeant. Ils sont représentés comme des êtres assoiffés de sang. Le film renvoie leur violence et le système esclavagiste dos à dos. Les frères fuient les rebelles quand Régis refuse de répondre à l’injonction de tuer tous les Blancs lors d’une cérémonie. Les bons Nègres seraient donc ceux qui ne remettent pas en cause l’ordre établi ?
D’ailleurs l’esclavage présenté, hormis les punitions infligées aux protagonistes (fouet, fleur de lys tatouée sur le postérieur), n’a pas l’air si terrible. C’est un des principaux défauts du film. Les spectateurs n’ayant pas la connaissance historique des atrocités pratiquées à l’époque seront-ils capables de se représenter cette période de l’histoire comme l’un des pires moments de l’humanité ?
Régis démystifie avec brio le prêtre en démontrant que les prêches légitimant l’esclavage sont les fruits de l’imagination de l’ecclésiastique; mais la malédiction de Cham, caution religieuse de la traite négrière tirée d’une interprétation biblique n’est pas expliquée. Il ne fallait pas se fâcher avec les spectateurs catholiques ?
L’allusion à Victor Schoelcher est elle aussi regrettable et ridicule. Le seul blanc qui ne soit pas grossièrement raciste, méchant jusqu’aux os et sadique jusqu’à la moelle est un gamin d’environ quatre ans. Il porte le prénom de l’abolitionniste et est décrit comme l’avenir par un des deux héros. Dans ce monde qui n’est pas manichéen, n’oublions pas que le politicien (né à Paris et non en Martinique) ne fut pas tout de suite pour une abolition immédiate et compta parmi les plus ardents défenseurs de la colonisation.
Aujourd’hui Case départ, et demain y aura quoi à l’arrivée ?
Avoir réalisé une comédie se situant dans un tel contexte n’est pas un exploit à saluer. Mais il faut bien reconnaître que Case Départ ouvre la voie à d’autres productions, qui seront peut-être plus réussies. Des Antillais auraient-ils osé faire une comédie se déroulant au temps de l’esclavage ? Si, mais il aurait été alors très difficile de ne pas s’encombrer de considérations historiques. Ce qu’a réussi la bande à Éboué. Mais les scénariste et réalisateur sont « décomplexés » jusqu’à l’excès, ce qui donne ce résultat mitigé. Entre rires et malaise, on rit jaune comme un adolescent avec appareil dentaire dans un mayémen.
Des films historiques existent (1802 l’épopée guadeloupéenne, Sucre amer) mais jamais personne avant n’avait pris le contre-pied de rire de cette page douloureuse de notre histoire. Pourquoi ? Parce que c’est certainement un des exercices les plus difficiles. N’gijol et Éboué ont échoué, cela ne veut pas dire que personne n’y arrivera. Le succès économique incontestable du film contribuera peut-être indirectement à l’émergence de long-métrages sur l’esclavage et la traite. On connaît la frilosité des producteurs sur ces thèmes, et la prétendue absence de stars noires banquables. Surmonter ces obstacles passe par la multiplication de produits industriels et médiocres. Alors soyons patients car la petite perle ne sera pas pour demain avec des réalisateurs comme Lucien Jean-Baptiste ou Jean-Claude Flamand Barny.
Nous n’appelons pas les lecteurs du Fwiyapin à s’abstenir de voir le long métrage de Lionel Steketee et de Fabrice Éboué. Vous vous ferez votre propre idée, mais demandez vous quand même comment serait reçu le film par quelqu’un qui ne connait strictement rien sur le sujet.
L’histoire d’un prétendu boycott n’a fait que gonfler le buzz en faveur du film. Il a été tourné à Cuba, non pas en raison d’un lobbying contre le tournage du film en Martinique mais par le droit de regard demandé par les propriétaires des champs de cannes à sucre en 2011. Une dernière chose : Eric Zemmour, chroniqueur aussi raciste qu’un président de la république française, qui mouille son slip dès qu’il entend le nom de Napoléon, a aimé le film. Vous voilà prévenus !
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