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Conduite en état 2 Tristesse

Avant-hier, je me suis fait arrêter pour conduite en état de tristesse.

Le gendarme, un homme guilleret malgré lui,  m’a fait  souffler dans le ballon psychologique. Le résultat ne s’est pas fait attendre :

« Dix kilogrammes de désespoir dans le sang! » affirma le brigadier.  J’ai protesté :

« Mais Monsieur …ça ne vous  arrive jamais de souffrir ?!… »

«  Si ! » me rétorqua-t-il aussitôt, et de continuer avec un sens éclairé du devoir :

« Mais toujours avec modération et jamais avant de prendre  le  volant ! Une carafe de cafard…ça va…deux calvas de calvaire…ok…mais trois pichets de chagrin pur ?…bonjour le désarroi ! »

- Écoutez…c’est vrai…j’ai un peu forcé sur la bibine de la déprime…vous avez raison, mais je traverse une épreuve douloureuse et difficile…ma  femme m’a quitté avec les enfants, j’ai perdu mon job, et de surcroît, je suis interdit bancaire…et tout ça en 24 heures !  Avouez qu’il y a de quoi péter un câble quand même !

- Certes !… Mais en prenant la route alors que vous êtes bourré de soucis, vous vous mettez en danger, ainsi que les  usagers par la même occasion ! Les autres ne sont pas responsables de vos malheurs ! Il faut prendre soin de vous et épargner autrui !

- M’enfin !  Vous ne pouvez pas me forcer à être heureux tout de même !…surtout quand j’ai de bonnes raisons de ne pas l’être !

- C’est pour votre bien vous savez…tout le monde court après le Bonheur et le bien-être !

- Mais espèce de sale connard de joyeux luron en képi ! Qu’est-ce que vous connaissez de mon bien ?!! m’emportais-je, excédé par ce dogmatisme de bons sentiments … Le Bonheur, c’est s’accepter tels que nous sommes, avec nos tristesses et nos joies ! Je revendique mon droit aux larmes sans pour autant me prendre des amendes pour excès de détresse !

Tranquillement, en sifflant l’air d’une chanson insipide, il m’embarqua pour outrage à la bonne humeur nationale, et m’enferma dans la cellule de « désouffrance ».

Le lendemain matin, il  me relâcha avec une convocation au tribunal des sans-soucis, mais je ne me souvenais de rien de la veille ! Et surtout, j’avais une putain de migraine ! J’ai récupéré ma voiture depuis, et me suis promis de  rentrer dans le droit chemin de l’optimisme poliment correct !  Enfin…j’vais essayer…

Comment « penser le Pays nôtre » dans une « colonie départementalisée » ?

Le titre de cet article n’est pas une énième provocation du Fwiyapin. Simplement la juxtaposition dérangeante de deux concepts majeurs du philosophe guadeloupéen Cyril Serva (1950-2001). La revue Études Guadeloupéennes a rendu un hommage à celui qui aimait se faire appeler Raoul et à sa pensée les 14 et 15 janvier 2012 au Lamentin.

Il sera, comme beaucoup de Guadeloupéens nationalistes, marqué à son entrée dans l’âge adulte par la brutalité des évènements de mai 1967. Excellent en philosophie, c’est dans cette discipline qu’il poursuit ses études à Aix-en-Provence puis à la Sorbonne. Devenu enseignant, il exerce en Martinique à l’IME (Institut martiniquais d’études dirigé par Édouard Glissant) puis en Guadeloupe. Serva devient docteur en philosophie en présentant une thèse (mention très bien) sur la « Révolution Nationale Démocratique » en 1980.

Très engagé dans le milieu de l’éducation et de la formation, il avait à cœur de faire émerger un « espace public guadeloupéen ».

Le philosophe participe à la rédaction du Journal Guadeloupéen (Jougwa) apparu en 1979 et est un des membres fondateurs de la revue Études Guadeloupéennes en 1987. C’est donc tout naturellement que cette dernière  a tenu à  honorer un guadeloupéen trop peu connu des siens.

Nonm ka mò men lèspri a nonm pa ka mò

La fille du philosophe, Angela, raconte succinctement son père. « Il aimait échanger » nous dit-elle en insistant sur sa volonté de nous exhorter à « penser le Pays nôtre ».

Michel Rovelas, peintre et plasticien, explique ainsi la possibilité de leur collaboration, du liyannaj de leurs disciplines:  « nous avions deux points communs, nous étions guadeloupéens et anticolonialistes ». D’autres artistes rendront hommage au philosophe. Le martiniquais Edmond Mondesir interprète quelques morceaux de Bèlè. Également membre du CNCP (Conseil national des comités populaires), il a étudié la philosophie en même temps que Serva dans le sud-est de la France. Marie-Line Dahomay, Kamodjaka, Marcel Magnan (Toumblak) rendent hommage au penseur à travers de petites prestations, intermèdes bienvenus entre des débats de haute volée.

Car pour le public, la grande difficulté de ce colloque consistait à ne pas être décontenancé et largué par les argumentations et démonstrations des philosophes. Les professeurs, collègues et amis de Raoul,  Nicole Rauzduel et Michel Hippon ont manqué quelque peu d’empathie pour les néophytes de l’assistance. Non pas que leurs discours n’étaient qu’esbroufe et art de la rhétorique, mais leur propos aurait incontestablement gagné à être plus clair (moins savant) et moins chargé en références grecques, kantiennes, hégéliennes, etc, pour que l’auditoire ne décroche pas.  Serva s’exprimait-il ainsi ?

Cet écueil ne peut être reproché à Georges Combé, même s’il reconnaît la difficulté de cerner la pensée de son ami défunt. Serva est passé d’ « une posture nationaliste à une posture qu’on aurait du mal à définir ». C’est pourtant là un des aspects les plus intéressants de l’homme. Il a admis la réussite de la colonisation en Guadeloupe mais n’a pas pour autant stoppé son engagement.

Alex Lollia – encore un professeur de philo! dit de lui:  « Il a le mérite d’initier une réflexion prospective sur le devenir de la société guadeloupéenne plutôt que de s’enfermer dans la rumination des occasions perdues et la régurgitation de slogans passablement usés. »
Il y aurait ainsi deux grands moments à distinguer dans la pensée de Serva. Premièrement, la période militante et agissante pour une orientation politique, en l’occurrence l’indépendance de la Guadeloupe, puis, un second moment, le temps de « la philosophie politique où Raoul Serva analyse ce qu’il appelle l’effondrement de notre société ». Le philosophe se débarrasse alors d’un vocabulaire marxiste et s’oriente vers autre chose.

Serva n’a jamais été tendre ni avec ses confrères philosophes et intellectuels, ni avec la classe politique, indépendantistes inclus. Il fut très critique avec le PCG en mettant en exergue des faits peu glorieux (électoralisme, conquête des mairies comme seul but en soi) au détriment des idéaux prônés (responsabilité et indépendance).

Il ne parle plus de la « lutte de la libération nationale sous la direction idéologique de la classe ouvrière et des paysans pauvres », il écrit plutôt: « pour un pays le souci de la préservation de ses bases morales, culturelles, économiques devrait constituer une éminence première, une préoccupation fondamentale de la société civile comme des élites. »

Jean-Claude Courbain

L’extériorité de l’État, son impact sur la société et la nécessité d’un Espace public guadeloupéen

En Guadeloupe, l’État vient de l’extérieur et nuit à la société. D’où, pour Serva la nécessaire élaboration d’un espace public guadeloupéen dans un but de « pacification ».

L’espace public est synonyme de délibération, d’échange d’arguments, de recherche par la communication du convenable non dans le but de parvenir nécessairement à un consensus mais au moins de parvenir à mettre à jour les désaccords et les moyens d’y remédier sans que la communauté soit mise en péril.

Cyril Serva

Le constat sur l’impact négatif de l’extériorité de l’État (et donc de l’autorité) est partagé par Georges Tresor dans un essai paru aux Éditions Nestor en 2011 et intitulé La résistance au changement politique en Guadeloupe :

La loi est revendiquée quand elle sert des intérêts individuels ou corporatistes, mais elle est souvent vilipendée, contournée ou transgressée dans le cas contraire. Cette attitude d’extériorité vis-à-vis de la loi, tient en grande partie du fait que, structurellement, les institutions de l’État en Guadeloupe n’avaient pas pour finalité la protection de nos droits civils: elles servaient avant tout de relais à l’État dans son entreprise d’encadrement politique de la société guadeloupéenne à des fins de domination. Dans ce rôle, la police et la justice par exemple se donnaient à voir surtout sous l’angle de l’arbitraire et de l’autoritarisme.

Georges Trésor

Colonie départementalisée

Colonie départementalisée. Ce concept de Serva pour caractériser la Guadeloupe dans le texte Le sens du Pays est la réponse que donne l’intellectuelle Patricia Braflan-Trobo à ses élèves quand ils lui demandent pourquoi les cadres sont toujours blancs. « Depuis je ne peux écrire sans employer cette expression, elle est présente dans tous mes ouvrages ».

Un de ses anciens élèves apporte un témoignage sur son professeur, à une période où il doit déjà être dans le deuxième moment de sa pensée défini plus haut. « Il faut rompre avec l’assimilationnisme » . Assimilationnisme français bien sûr mais aussi assimilationnisme  de celui qui le combat au nom précisément d’un assimilationnisme chinois, albanais, ou autre.

Les contributions de ce mémorial alimenteront certainement le prochain numéro des Études Guadeloupéennes. Y seront peut-être ainsi développées la notion de révolution apocalyptique LKP (révolution au sens latin de revolvere retour, rétrocession et apocalyptique au sens de « dévoiler » la pwofitasyon) chère à Gauthier Tancons et la contribution de l’historien Jean-Pierre Sainton, l’une des plus riches du colloque mais malheureusement contrainte par le temps imparti et donnée sous une forme trop magistrale. Ce numéro à venir sera certainement l’occasion de mieux comprendre la pensée de Serva. On espère qu’il sera accompagné de la réédition de ses écrits les plus connus Deuil d’une joie, Le sens du Pays, Sauvagerie interstitielle, …

Il est bel et bien révolu, le temps des modèles (chinois, cambodgien, etc.), le temps des livres appris par cœur et rejetés en chœur. Nous voilà en face de notre vie, de notre destin, d’un peuple guadeloupéen en fin de compte si spécial, quoique aspirant, comme les autres peuples, à la liberté, au mieux-être, à la dignité.

Il faut donc réfléchir par soi-même et trouver le moyen, avec notre propre expérience et celle indirecte des autres pays, d’apporter une contribution originale à la civilisation mondiale, sur le plan de l’organisation sociale, du développement et de la culture.

Cyril « Raoul » Serva, Jougwa n°3 (décembre 1979)

Vidéos du colloque


Conte des Joyeux Loufoks

Merlin le chelou était en pleine dépression. Son entreprise de prêt-à-enchanter…venait d’accuser une cuisante faillite. Merlin le chelou avait tout perdu. Sa femme, une sorcière de luxe, qui ne croyait plus à la magie de son charlatan de mari et les dollars qu’elle engendrait, n’avait pas demandé son reste et l’avait quitté sans pitié. Merlin le chelou, faisait les cent pas devant le seuil de sa porte, cherchant une solution pour rebondir et sortir de la crise qui touchait le monde merveilleux, n’épargnant personne, quand un lutin, une petite « racaille » de la forêt d’à côté, un ghetto-bosquet, passa devant sa demeure. Merlin le chelou, qui avait besoin d’envoyer un colis illico à la poste, se dit que ce lascar des bois pourrait bien lui rendre ce service. Tout de go, il lui demanda :

- Excusez-moi petite pourriture en putréfaction…est-ce que vous auriez le temps de … ?

- Wesh le chelou…dégage !… Tu m’as pris pour D.H.L ou koi ?!!… Pas qu’ça à faire !… Le temps…c’est de l’argent !…

- Ah wé !…et ma baguette magique dans ta gueule…c’est gratuit !!!

***

La femme de Merlin le Chelou travaillait comme par hasard chez DHL! D’où la réaction violente de Merlin à l’évocation de ce qui lui rappelait celle qui venait de le larguer comme un malpropre. Elle y effectuait les expéditions les plus prestigieuses (Chanel, Dior, Hugo Boss, …). Son attachement au paraître et au luxe était de notoriété féerique. La sorcière, malgré ses furoncles et ses verrues sur le nez, son faciès chiffonné et sa langue bifide…avait un goût prononcé par tout ce qui avait attrait à la mode, les tendances, et les endroits huppés où tout le Gotha de la jet set chimérique se réunissait.

***

Merlin cracha sur le Troll putride. « SPLASH ! »

- »Fils de p…. » s’étouffa le Lutin sali. Sans d’autres mots ; il sauta à la gorge de Merlin !!

Mais Merlin, qui malgré son âge légendaire pratiquait le street-fight une fois par semaine histoire de se maintenir, lui décrocha une batterie de coups d’une violence inouïe : coups de pieds, coups de genoux, coups de coude, coups de poing, coups de tête… « Au choix ! Tout doit disparaître !!! » Hurlait Merlin devenu incontrôlable. Sans l’intervention miraculeuse d’Alice l’opportuniste et ses courtisans de la haute société, les quatre nains carriéristes…nul doute…le lutin aurait rendu l’âme…

***

Alice releva le lascar et lui dit :

- T’as pas honte !!!

-Wesh !… T’es ki toi pétasse ?!!

-Huumm…ça te dirait un coup de talon aiguille dans la jugulaire !!!

-Ma parole ! C’est quoi votre monde ?!! C’est moi qui me fait agresser et c’est vous les victimes !!!

- »Bienvenue en Sarkoland ! » reprirent en cœur les quatre nains.

***

Le lutin s’en alla en jurant de revenir avec ses potes. Les médias les décrivaient comme faisant partie d’un gang, « le gang des farfadets », des morveux, précisaient les rumeurs journalistiques, des affreux ultra violents de la communauté des feux follets…

***

- En fait !… Pourquoi on vous appelle Merlin le Chelou ? demanda Alice tout en lui faisant les poches…

-Cherchez pas ! Ya plus rien à gratter ! Chui à sec !

-Ah ! Autant pour moi ! Je comptais vous dépouiller en douceur…mais…

-Y a plus rien à gratter j’v’dis !!! Chui ruiné ! La concurrence est trop rude !… Comment voulez-vous que je fasse moi…avec l’arrivée de la 3G+, le câble numérique, internet, l’iphone… c’est la nouvelle magie moderne ! J’ai des siècles de retard !!! Les gens ne savent plus s’émerveiller !…anesthésiés qu’ils sont par la dictature de l’image !

-Ne vous inquiétez pas…je vais vous arranger ça… dit Alice en lui mettant la bague au doigt.

-Mais ! J’n’veux pas me marier ! Voyons ! Une jeune ado pubère comme vous, pure et immaculée comme une feuille A4 vierge !… C’est indécent !!!

-Ne vous en faites pas…c’est juste par intérêt !… En formant un couple, nous serons plus forts ! C’est bon pour le bizness…

-Vous êtes sur ?!

-Faites-moi confiance ! Je connais quelqu’un qui peut nous créer un buzz d’enfer !!!

***

Elle emmena Merlin, main dans la main, voir son ami.

***

-Voilà…je te présente « Buzzy »…alias Pinocchio…multi casquette, multifonction… Avocat, spécialisé dans le droit de cuissage, expert dans les relations inhumaines, consultant en communication avec l’au-delà, journaliste durant les jours fériés à la radio« Air-Thé-Elle », et accessoirement…éboueur… Ah oui…j’allais oublier…c’est aussi lui qui gère les portefeuilles de tous les gnomes du bocage. Il travaille exclusivement sur lettre de recommandation…

-Mais j’ai pas les moyens de me payer ses services moi !

-C’est kool Merlin !…t’inkiète !  Pour toi…j’te fais ça à l’œil…en souvenir du passé !…le rassura Pinocchio

-Quel passé ?

-Le passé composé voyons ! C’était l’époque des attentats à la pudeur… Mais si…rappelle-toi…Cendrillon avec son petit copain de l’époque, un certain Debouzze, tous les deux agressés sexuellement par une bande de fans en rut… Tu étais là avec ton ex…tu fêtais tes cent trente ans d’ impiété…j’étais présent aussi, je gardais le corps de la star de l’époque…Candy…tu t’en rappelles ? Une rappeuse végétarienne qui détestait la nature…et même que…

-OK OK OK !!! …Bref…! Venons-en au fait ! Comment tu peux m’aider ? … Concrètement ?!!!

-Tu as déjà entendu parler de délocalisation ?

-De délo…quoi ?

-Dé-Lo-Ca-Li-Sa-Tion !… C’est la clé mon pote !

-Éclaire mon obscurité veux-tu ? Car je comprends que dalle à ton charabia de dégénéré…

-Il faut que tu trouves de la main d’œuvre à bon marché…et pour ça…faut que t’ailles voir ailleurs si t’y est comme dirait mon ami N… L’idée est toute bête : faire un maximum de profits à moindre coûts !

-Concrètement ?! Comment tu peux m’aider bordel ?!!!

-Mais !…c’est pas possible…il est vraiment teubé ton lascar… s’irrita Pinocchio en s’adressant à Alice.

-Eho…je te prierais de baisser d’un ton s’il te plaît…primo…on a pas gardé les trolls ensemble…deusio…je pourrais être ton arrière-arrière-arrière-arrière grand pè…

-C’est bon ! Je jette l’éponge…j’ai pas qu’ça à faire…j’ai d’autres gueux à fouetter ! Le temps…c’est de l’argent putain !!!

-Et ma baguette magique dans ta gueule…c’est…

-Je sais…c’est gratuit !

***

Alice demanda le divorce avec dommage et intérêts sur le champ et reprit la bague. Dépité, Merlin rebroussa chemin, s’en retourna seul dans sa hutte et reprit sa dépression, là où il l’avait laissée. Lorsqu’il rentra dans sa cabane…elle était sans dessus dessous…un vrai capharnaüm… Sur le plancher, il ramassa une lettre qui disait :

« Le vengeance d’une « pourriture en putréfaction » est un tagine qui se mange avec le doigt d’honneur ! »

C’était trop. Vaincu, Merlin le dépressif décida de commencé une thérapie. Actuellement, il est suivi par un expert douteux et scabreux, mais réputé, un pacha de la psychologie humaine, un certain Robin des bois.

***

M-At avec l’exécrable participation d’Alee -

Pas d’ordre, pas de morale, que de la haine ?

Voilà un film qui n’est pas resté longtemps dans les salles des multiplex. Le succès d’Intouchables, film que certains critiques américains ont trouvé raciste, a-t-il éclipsé le nouveau long métrage de Mathieu Kassovitz, L’ordre et la morale ? Les films qui traitent de l’histoire coloniale française sont plutôt rares. Rachid Bouchareb a été le premier a démontré que le succès commercial pouvait aussi être assuré à ce genre de productions.

L’ordre et la morale, qui a fini par pouvoir être vu en Kanaky, remplira-t-il les salles autant que Case départ ? Du point de vue de la réalisation, parait-il que Kassovitz a assuré. Il n’a pas démérité même si certaines scènes sont mal jouées. Mais quelque soit son excellence cinématographique, c’est le retour sur un épisode trop peu connu en France et dans son reliquat colonial appelé Outre-mer qui nous intéresse ici.

Bloody May

Mathieu Kassovitz a donc choisi dans son dernier film de revenir sur les évènements dramatiques qui ont ensanglanté la Nouvelle-Calédonie il y a un peu plus de vingt ans. Les faits sont réels, les images brutales et guerrières, la violence coloniale, raciste et impitoyable.

Mai 1988. Nous sommes entre les deux tours de l’élection présidentielle française. François Mitterrand veut conserver son trône, Jacques Chirac, premier ministre d’un gouvernement de cohabitation, le convoite. Les concurrents ne se font pas de cadeaux et chacun entend bien arriver à sortir victorieux de cette joute par tous les moyens …

Sur le Caillou, la tension est forte depuis des années. En 1984, des militants indépendantistes ont été tués et leurs meurtriers acquittés trois ans plus tard. Goutte d’eau qui fera le vase déborder, les Kanaks sont très hostiles à de nouvelles lois, portant le nom du ministre de l’Outre-mer de l’époque Bernard Pons, qui chambouleront leurs mès é labitid en ne reconnaissant aucune valeur officielle à leur système de vie (chefferie, coutumes, etc).

C’est ainsi qu’à Ouvéa (appartenant à l’archipel des Iles Loyauté)  une occupation pacifique de gendarmerie se solde dans la panique par la mort de quatre gendarmes. Les manblo survivants sont pris en otage et cachés dans une grotte. Leurs ravisseurs se retrouvent débordés par la tournure dramatique de leur action et coupés des directives du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS). Leur chef s’appelle Alphonse Dianou (interprété par Iabe Lapacas).

Arrivent de France plusieurs centaines de soldats, dont le capitaine du GIGN Philippe Legorjus. Il va tenter de négocier une sortie de crise par le haut, la moins violente possible et sans morts supplémentaires. Le film montre son échec inexorable à l’aide de procédés simples et efficaces (le décompte implacable des jours avant l’assaut par exemple).

 

La république, elle passe ces week-end en régate
puis se prostitue de toutes parts pour un Airbus ou une frégate,
elle exécute dans une grotte des opposants kanak
et mange à table avec des gars style Giancana

Akhenaton, IAM, La fin de leur monde

 

 

Film de guerre ? Anticolonialiste ? Réconciliateur ?

Kassovitz semble embrasser totalement la version des faits de Legorjus. Ce n’est pas la meilleure approche pour faire un film historique. Mais ce n’est pas là le souci du réalisateur de La haine. Il exploite une ficelle universelle, la rencontre entre deux héros malheureux, lâchés par leurs supérieurs. Dianou et Legorjus voulaient tous les deux rentrer dans les ordres ! Le premier a voulu être prêtre, le second moine. Le déchirement de Legorjus, amené à trahir et à ne pas honorer sa parole donnée, est du pain béni pour un scénariste.

Le beau rôle est donné au capitaine du GIGN pendant quasiment tout le film. On le voit empêcher des exactions sur des habitants d’un village, inciter un kanak à se plaindre du comportement de militaires, etc. Bref Legorjus grand pourfendeur de l’injustice et de la pwofitasyon, venu sauver la veuve et l’orphelin … Mais par la suite, ses états d’âme, de courte durée mais intenses, bien rendus par la caméra de Kassovitz, le font paraître plus proche de ce qu’il fut: un bon petit soldat (du Christ de surcroît) qui obéit le petit doigt sur la couture du pantalon.

Reconnaissons lui quand même un certain courage. Avoir démissionné et écrit un livre sur les évènements. Si le film n’en fait ni un héros ni un lâche, et veut démontrer qu’il fût impossible pour lui d’agir autrement, c’est le spectateur qui se fera son idée.

Les à-côtés du tournage sont révélateurs de tensions existant toujours en Kanaky, mais aussi de choses à peine croyables. En raison de l’opposition du fils de Dianou notamment, il a été impossible de tourner sur les lieux du drame. La grotte dans le film se situe en Polynésie et cette « délocalisation » a eu un impact néfaste sur le budget.

Kassovitz se rend en Nouvelle-Calédonie depuis 2001, le dialogue avec la population kanak a pu être constructif même si nombreux sont ceux qui considèrent Legorjus comme un traître. Magistral tour de force, l’ancien militaire, familles de gendarmes et de kanaks ont pu se rencontrer et s’expliquer.

Si les provinces de Nouvelle-Calédonie ont participé au financement, l’armée française a refusé toute coopération (prêt de matériel) bien que « des militaires défendaient le film »  selon le producteur Christophe Rossignon.

Lors des larmes on râle

Tout film traitant de la colonisation, genre cinématographique peu exploité en France, est le bienvenu. C’est donc le cas de L’ordre et la morale. Mais un film, aussi bien fait soit-il, ne peut résumer l’histoire de ce peuple. Le spectateur attentif entendra les évocations des enjeux de colonisation et les raisons de la résistance kanak. Le grand chef Ataï, dont la tête n’a jamais été remise aux siens, le nickel bénédiction-malédiction, les crimes contre les Kanaks jamais punis. Mais les « grands méchants » du film, ce sont les hommes politiques, Chirac, Mitterrand, Pons et les dirigeants du FLNKS. Chirac veut faire acte de fermeté pour récupérer des voix à droite et à l’extrême-droite, Mitterrand est plutôt du côté du FLNKS mais donnera l’ordre de l’assaut. Le parti indépendantiste enfin ne se démènera pas pour sauver ses hommes…  Pour ne pas avoir à assumer les gendarmes tués ou pour mieux négocier ce qui débouchera sur les accords de Matignon ?

Parler de cet épisode, c’est parler d’une histoire qui est polémique, qui a fait couler beaucoup d’encre mais sans que l’on ait jamais vraiment pu donner notre version de l’histoire puisque l’une des conditions des accords de Matignon, c’était l’amnistie et qu’elle était voulue par tout le monde dans les deux camps, et chez nous aussi bien par les loyalistes que les indépendantistes. Sauf qu’amnistie, c’est la même racine grecque qu’amnésie… Décider l’amnistie pour éviter tout recours devant la justice, finalement c’était aussi couper la mémoire.

Iabe Lapacas

Au-delà du cinéma, Kassovitz parvient à créer la curiosité chez le spectateur et lui donne envie d’aller plus loin. Souhaitons que dans les autres confettis de l’empire français, ce film puisse trouver un écho. N’oublions pas que vingt années avant la grotte d’Ouvéa, la police et les gendarmes français tiraient sur des manifestants non armés en Guadeloupe. C’était en mai 1967, et ce n’était pas du cinéma non plus.

Lire également:  l’article de Théo Lacase sur Perspektives

Zayanntifik

[Article publié sur le site Tropicalizer]

Ce néologisme créole, hybride de Zayann (Sion) et de scientifique, nous le devons à Tysmé, un des piliers du Karukéra Crew, groupe guadeloupéen de hip-hop. Il s’agit d’un concept, mélange de science et d’art, qui s’est concrétisé en un album éponyme.

Sur ce premier opus, on retrouve onze morceaux de bonne facture. Interprétés majoritairement en créole, certains titres sont rappés en français, d’autres contiennent des couplets où les deux langues se côtoient.

Porté par de solides compositions d’Exxòs et de DJ Phonie, Tysmé aborde des thématiques « conscious », telles le devoir de mémoire (sur Sonjé Yo), la folie criminelle des hommes (Mad dingues), ou un hommage à la Femme (L’origine du Monde[1]).

L’artiste se fait plus orginal dans sa dédicace à l’astre solaire (Le jour du soleil), et lorsqu’il consacre un hymne aux rivières et cascades guadeloupéennes ; ça donne le très réussi Fwèsh, dont le clip a été réalisé en partie à la cascade de Bradfort. Le morceau Si a pa nou menm[2], sur un riddim dancehall, invite sans « endoctrinement » à la prise de conscience et à la nécessité de l’émergence du Pays Guadeloupe: « An Péyi, an Pèp, an Dèstyné ». Léwobiné exprime très bien l’impasse dans laquelle la Guadeloupe est plongée: production locale exsangue, financements européens utilisés à mauvais escient, importation massive, auto-suffisance alimentaire perçue comme une utopie. Mais que fera-t-on quand le robinet à euros sera fermé ? Le titre Ra n’est pas une seconde inspiration dédiée à l’étoile qui nous réchauffe, mais une démonstration magistrale de technicité en compagnie d’un des meilleurs rappeurs de Guadeloupe Edson X et Dr Mounza Shabaka.

 

 

Sur l’album les combinaisons sont nombreuses, on y entend les chanteuses Inès, Meemee Nelzy et Gwadness, ainsi que leur comparses masculins Nèg Madnick, Edinyo, Exxòs et LM StarJee. Les conques de lambi résonnent sur Sé pou, et le saxophone de Philippe Sadikalay (Soft) accompagne le duo martinico-guadeloupéen le long de Sonjé Yo. Ziontifik est un travail abouti jusqu’au packaging. Comme pour rappeller l’amour que porte l’artiste pour la nature, la pochette de l’album représente dans un cadre vert un arbre majestueux, certainement un acomat boucan, au pied duquel coule une rivière. Au dos, la Guadeloupe, avec incrustés dans la Basse-Terre et la Grande-Terre des paysages respectifs des deux ailes du Papillon. Le titre Lalyans fait pont entre les deux parties de Karukera.

Les non-créolophones pourront être séduits par la qualité des instrumentales et la technicité du MC. Mais pour tous voici un album aux sonorités très Fwèsh, et quand sa musique coule, on a pas envie d’éteindre le robinet.

http://www.tysme.gp

 


[1] En référence au tableau de Gustave Courbet ?

[2] Littéralement « Si ce n’est pas nous » , sous-entendu « qui le fera? »

 

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Piètre liberté Canine !

 

 

Hommes de peu de dignité !

 

Vous avez sali l’humain- amour-propre

Pour jouir du confort que vous

Avez édifié en Majestueuses  prisons intérieures.

 

 Vos aboiements sont éloquents.

 

Échos de vos infatigables désirs.

Générations de  plaisirs et de jouissances

Putréfiées par l’excès à temps plein.

 

Vos soulagements permanents dans la

 promiscuité viciée de vos niches dorées.

 

 La consommation outrancière

Vous tient en laisse

Et vous

Promène à sa guise.

 

Vénération de l’Avoir

Et Fuite de l’être

…au nom de la Modernité !

 

Piètre liberté Canine !

Le Spleen de Pointe à Pitre

J’ai mille et une choses à régler avec moi-même. Avec les autres.

Mon divorce était prévisible, inéluctable.  J’ai été marié avec une écorchée vive, comme moi. Elle aussi, avait mille et une raisons de maudire l’humanité, le monde. Une flopée de rancunes contre la Vie… Notre intention était louable, noble. L’idée, c’était de mettre nos enfers en commun. Dans le bordel de nos calamités, on a essayé de réunir nos affres dans un coin, de rassembler nos obscurités et de mutualiser nos calvaires… On voulait organiser nos peines, trier nos tourments sur le volet… On pensait que cette collégialité affective nous rendrait plus forts.  Que dalle ! La promiscuité de nos douleurs, devenue insupportable, la proximité de nos tourments, nous ramenait à chaque fois au clash. Le choc des afflictions. Nos démons respectifs ne s’entendaient pas. On a bien essayé de hurler en silence, histoire de ne plus déranger les voisins qui se plaignaient du tapage nocturne. Mais nous n’étions pas de cette trempe à rugir en catimini.

Mes ressentiments envers mes semblables sont nombreux. Mon meilleur ami, mon pote d’enfance, mon frère, m’a abandonné durant la période du mouvement social. Le LKP nous a divisés. Drôle d’amitié quand celle-ci ne souffre d’aucune contradiction ! Je pensais qu’un ami, était celui qui savait vous écouter sans vous juger.  À quoi sert un confident, un alter ego,   quand il refuse d’entendre une vérité qui n’est pas la sienne ! Je suis en colère ! Une grosse et grasse colère ! Contre mes parents, ma famille, mes amis…contre toute la Guadeloupe ! Tellement de choses qui ne vont pas dans ce pays ; cette île est un gros sorbet coco qui dégouline d’injustices ! Tellement de séquelles ! Chaque habitant est un collectionneur de stigmates ! Je me souviens de cette parole d’une amie : « C’est une thérapie de pays qu’il faut ! Un traitement psychologique collectif ! »  … Je n’arrive pas à faire la part des choses entre mes souffrances personnelles et les afflictions de cette île. Dans quelle mesure, les unes étant réciproquement la conséquence des autres ?  Elle coule ma colère. Un coulis visqueux qui donne à mon âme une couleur kaki.

Putain ! Toutes ces années à souffrir ! Mettrais-je autant de temps à guérir ? Ce qui aiguise ma tristesse, et donne toute l’acuité à mes tourments, c’est que je n’arrive pas à crever  l’abcès de mon désespoir… Et pourtant, je sais que chacun est responsable du feu qui brûle dans ses entrailles, de son incendie intérieur, et personne ne peut l’éteindre à notre place… Mais malgré cette conscience, je n’y arrive pas !

Je regarde ma montre. Huit heures vingt et une. Comme tous les matins, un besoin viscéral me prend de marcher dans les rues de Pointe à pitre. Je marche, je marche,  je marche…au passage j’en bouscule un ou deux sans prendre le soin de m’excuser en espérant que ça parte en couilles ! Je marche je marche je marche…mes pieds sont des abeilles urbaines. Elles butinent le bitume. Le béton est un nectar. Parfums de l’asphalte. Ma vie est un pétale de ciment…tout est dur : mon cœur, mon regard, mon esprit. Je marche je marche je marche…et je sens les regards effrayés des badauds se poser sur moi comme si j’étais un sékélé ! C’est vrai que je suis sale et que je ne dois pas être beau à voir !  Mais je ne suis pas fou. Du moins, pas encore.

Pourquoi  j’ai le sentiment de porter le fardeau des hommes comme si  j’étais le responsable du malheur de l’humanité ! Pourquoi ces remises en question permanentes, intempestives, ces peurs et ces craintes dignes d’un octogénaire à la veille de sa mort…à mon âge de jeune adulte, ce n’est pas l’heure des bilans, des comptes à rendre et encore moins des regrets, mais plutôt le droit à l’erreur et à l’ivresse…

Depuis toujours je suis coincé entre un passé douteux, un présent incertain et la certitude d’un avenir calamiteux. J’en ai pleuré jusqu’à noyer mes yeux. La Rue, l’asile, la Prison ou la Mort. J’ai longtemps hésité. J’ai choisi. Désormais, j’erre !

Le fruit de notre époque

Nous sommes le fruit de notre époque. Un fruit candi, d’aspect juteux, mais rongé de l’intérieur par le ver de la Solitude. Nous n’avons qu’un seul désir. Qu’on nous cueille et qu’on nous croque. Qu’importe la main et la bouche, tant que l’on trouve preneurs et mangeurs.

Nous sommes le fruit de notre époque. Un fruit mûr, d’aspect fondant, mais rongé de l’intérieur par le ver de l’Ennui. Nous n’avons qu’un seul désir. Qu’on nous jette en l’air et qu’on nous  fasse rouler. Qu’importe le clown et le comique, tant que l’on  trouve joueurs et amuseurs.

Nous sommes le fruit de notre époque. Un fruit confit, d’aspect succulent, mais rongé de l’intérieur par le ver de l’Ego. Nous n’avons qu’un seul désir. Qu’on boive notre liqueur. Qu’importe l’ivrogne et l’alcoolique, tant que l’on trouve saouleurs et  zingueurs.

Déshydratés. Affamés. De l’intérieur

Étanchés. Repus. De l’extérieur

Nous sommes le fruit de notre époque cueilli par les mains fourchues du Vice et croqué par les dents acérées du Désespoir !

Les fruits de la passion ou les fruits de la raison ? « Les Deux Chef ! »

Pléonasme de cette époque amorale: « le vers est dans le fruit ! ».

C’est la graine qu’il faut changer, pas la marque de l’insecticide !

Le pourrissement des âmes et des cœurs précède l’avènement de leurs renaissances ! Mais la graine…la graine…c’est elle qu’il faut remplacer !

Le 21 énième siècle  sera fruitier …ou pas !

Le cochon de Gaza : qui vivra verrat

On m’avait conseillé d’aller voir ce film. « On » avait bien raison.

Jafaar – ne pas confondre avec l’ennemi de l’Aladin de Disney, est un pêcheur palestinien de la bande de Gaza. Les bonnes prises sont rares et les eaux pélagiques de la Méditerranée lui sont interdites par les autorités israéliennes. Ne trouvant dans ses filets que des tongs dépareillées, notre héros fauché doit s’endetter auprès de son lolo. A la maison ce n’est pas la joie non plus, les soldats de Tsahal squattent sa demeure pour y monter la garde. Cerise sur le ghetto, la femme de Jafaar lui tire logiquement la tronche à cause des difficultés financières et de l’humiliation permanente des militaires. A la suite d’une violente tempête, le gazaouis remonte de ses filets une inédite cochonnerie. La pêche miraculeuse est en l’occurrence un cochon vietnamien…

Porc no à Gaza

Comme nous vous conseillons de voir ce film, vous ne lirez pas ici les tribulations hilarantes de l’animal considéré comme impur tant par les Musulmans que les Juifs.  Le film a beau être tout public, sans effusion de sang ou de scènes choquantes, la brutalité de l’armée israélienne n’est pas éludée. Les brimades des soldats sont terribles : manque du plus élémentaire respect, terreur, corruption, oliviers coupés (fondamentaux pour la survie des Palestiniens), etc. Côté palestinien, sont raillés ces lâches qui envoient et incitent les martyrs à se faire exploser pour « la cause ».

Dans le film ce qui unit les deux camps, c’est le rejet commun du cochon. Le cochon devient alors le passeur, le lien entre les deux communautés, et de ce plus petit dénominateur commun va naître un début d’entente. Ce cochon vietnamien, c’est en quelque sorte ma colombe de la paix…

Sylvain Estibal

Rire de la Gazastrophe

Cette jolie comédie nous interroge. Le cochon de Gaza, malgré une fin un chouia déroutante est un film à soutenir. L’humour étant une forme de résistance, voir ce film est dans une certaine mesure un acte militant. Il révèle au passage le porc qui sommeille en l’homme. Pas sûr que le plus cochon soit l’animal…

 

Exposition Mascarades et Carnavals au musée Dapper

L’exposition Mascarades et Carnavals du musée Dapper entreprend de montrer les résonances existant entre les univers africains et antillais.

La manifestation s’ouvre sur des photographies saisissantes prises lors du carnaval de Port of Spain de l’artiste anglo-trinidanien Zak Ové et sur un film présentant un Dekatman mas du groupe guadeloupéen Voukoum. Cette entrée en matière souligne déjà les liens avec l’Afrique, car maquillage corporel, danses, mouvements et sens du sacré, spiritualité se retrouvent plus loin, dans la salle consacrée aux masques et costumes traditionnels africains. Ces objets souvent entiers proviennent de grands musées (Musée royal d’Afrique centrale de Tervuren, Musée du carnaval et du Masque de Binche, Museum Rietberg de Zurich, Musée d’ethnographie de Lisbonne), du fonds propre du musée Dapper ou de collections particulières et surprennent le visiteur.

Matériaux naturels, présences animales, incarnation des esprits tels sont les similitudes évidentes entre sorties de masques africains et carnavals antillais.

Si les mascarades africaines s’observent dans des contextes qui ne sont pas forcément de fêtes, dans les deux cas il s’agit d’un jeu sur l’identité et de mouvement qui ont tendance à rapprocher et unir le groupe.

La salle consacrée aux œuvres caribéennes présente des pièces du groupe Voukoum, des photographies prises en Guyane et, entre autres, de superbes masques de Diables rouges. Rappelons que le poète Aimé Césaire lors d’un séjour en Casamance (Sénégal) avait été surpris des rapports entre le masque ejumba des Jola et le Diable rouge.

Un extrait du film Carnaval Antan Lontan de Geneviève Wiels où la parole est donnée à Mme Psyché (Martinique) et à différents spécialistes des carnavals caribéens vient souligner la proximité entre les rites africains et les pratiques carnavalesques antillaises.

Une exposition à découvrir.

Cette manifestation est accompagnée d’une programmation dans la salle de spectacle du musée.

Le site du musée : www.dapper.fr

Musée Dapper
35 bis, rue Paul Valéry
75116 Paris
M° Victor Hugho (L.2) et Étoile (L. 1,6 & RER A)
Tél. : 01 45 00 91 75
De 11 h à 19 h
Fermé le mardi et le jeudi

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