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Conduite en état 2 Tristesse

Avant-hier, je me suis fait arrêter pour conduite en état de tristesse.

Le gendarme, un homme guilleret malgré lui,  m’a fait  souffler dans le ballon psychologique. Le résultat ne s’est pas fait attendre :

« Dix kilogrammes de désespoir dans le sang! » affirma le brigadier.  J’ai protesté :

« Mais Monsieur …ça ne vous  arrive jamais de souffrir ?!… »

«  Si ! » me rétorqua-t-il aussitôt, et de continuer avec un sens éclairé du devoir :

« Mais toujours avec modération et jamais avant de prendre  le  volant ! Une carafe de cafard…ça va…deux calvas de calvaire…ok…mais trois pichets de chagrin pur ?…bonjour le désarroi ! »

- Écoutez…c’est vrai…j’ai un peu forcé sur la bibine de la déprime…vous avez raison, mais je traverse une épreuve douloureuse et difficile…ma  femme m’a quitté avec les enfants, j’ai perdu mon job, et de surcroît, je suis interdit bancaire…et tout ça en 24 heures !  Avouez qu’il y a de quoi péter un câble quand même !

- Certes !… Mais en prenant la route alors que vous êtes bourré de soucis, vous vous mettez en danger, ainsi que les  usagers par la même occasion ! Les autres ne sont pas responsables de vos malheurs ! Il faut prendre soin de vous et épargner autrui !

- M’enfin !  Vous ne pouvez pas me forcer à être heureux tout de même !…surtout quand j’ai de bonnes raisons de ne pas l’être !

- C’est pour votre bien vous savez…tout le monde court après le Bonheur et le bien-être !

- Mais espèce de sale connard de joyeux luron en képi ! Qu’est-ce que vous connaissez de mon bien ?!! m’emportais-je, excédé par ce dogmatisme de bons sentiments … Le Bonheur, c’est s’accepter tels que nous sommes, avec nos tristesses et nos joies ! Je revendique mon droit aux larmes sans pour autant me prendre des amendes pour excès de détresse !

Tranquillement, en sifflant l’air d’une chanson insipide, il m’embarqua pour outrage à la bonne humeur nationale, et m’enferma dans la cellule de « désouffrance ».

Le lendemain matin, il  me relâcha avec une convocation au tribunal des sans-soucis, mais je ne me souvenais de rien de la veille ! Et surtout, j’avais une putain de migraine ! J’ai récupéré ma voiture depuis, et me suis promis de  rentrer dans le droit chemin de l’optimisme poliment correct !  Enfin…j’vais essayer…

Conte des Joyeux Loufoks

Merlin le chelou était en pleine dépression. Son entreprise de prêt-à-enchanter…venait d’accuser une cuisante faillite. Merlin le chelou avait tout perdu. Sa femme, une sorcière de luxe, qui ne croyait plus à la magie de son charlatan de mari et les dollars qu’elle engendrait, n’avait pas demandé son reste et l’avait quitté sans pitié. Merlin le chelou, faisait les cent pas devant le seuil de sa porte, cherchant une solution pour rebondir et sortir de la crise qui touchait le monde merveilleux, n’épargnant personne, quand un lutin, une petite « racaille » de la forêt d’à côté, un ghetto-bosquet, passa devant sa demeure. Merlin le chelou, qui avait besoin d’envoyer un colis illico à la poste, se dit que ce lascar des bois pourrait bien lui rendre ce service. Tout de go, il lui demanda :

- Excusez-moi petite pourriture en putréfaction…est-ce que vous auriez le temps de … ?

- Wesh le chelou…dégage !… Tu m’as pris pour D.H.L ou koi ?!!… Pas qu’ça à faire !… Le temps…c’est de l’argent !…

- Ah wé !…et ma baguette magique dans ta gueule…c’est gratuit !!!

***

La femme de Merlin le Chelou travaillait comme par hasard chez DHL! D’où la réaction violente de Merlin à l’évocation de ce qui lui rappelait celle qui venait de le larguer comme un malpropre. Elle y effectuait les expéditions les plus prestigieuses (Chanel, Dior, Hugo Boss, …). Son attachement au paraître et au luxe était de notoriété féerique. La sorcière, malgré ses furoncles et ses verrues sur le nez, son faciès chiffonné et sa langue bifide…avait un goût prononcé par tout ce qui avait attrait à la mode, les tendances, et les endroits huppés où tout le Gotha de la jet set chimérique se réunissait.

***

Merlin cracha sur le Troll putride. « SPLASH ! »

- »Fils de p…. » s’étouffa le Lutin sali. Sans d’autres mots ; il sauta à la gorge de Merlin !!

Mais Merlin, qui malgré son âge légendaire pratiquait le street-fight une fois par semaine histoire de se maintenir, lui décrocha une batterie de coups d’une violence inouïe : coups de pieds, coups de genoux, coups de coude, coups de poing, coups de tête… « Au choix ! Tout doit disparaître !!! » Hurlait Merlin devenu incontrôlable. Sans l’intervention miraculeuse d’Alice l’opportuniste et ses courtisans de la haute société, les quatre nains carriéristes…nul doute…le lutin aurait rendu l’âme…

***

Alice releva le lascar et lui dit :

- T’as pas honte !!!

-Wesh !… T’es ki toi pétasse ?!!

-Huumm…ça te dirait un coup de talon aiguille dans la jugulaire !!!

-Ma parole ! C’est quoi votre monde ?!! C’est moi qui me fait agresser et c’est vous les victimes !!!

- »Bienvenue en Sarkoland ! » reprirent en cœur les quatre nains.

***

Le lutin s’en alla en jurant de revenir avec ses potes. Les médias les décrivaient comme faisant partie d’un gang, « le gang des farfadets », des morveux, précisaient les rumeurs journalistiques, des affreux ultra violents de la communauté des feux follets…

***

- En fait !… Pourquoi on vous appelle Merlin le Chelou ? demanda Alice tout en lui faisant les poches…

-Cherchez pas ! Ya plus rien à gratter ! Chui à sec !

-Ah ! Autant pour moi ! Je comptais vous dépouiller en douceur…mais…

-Y a plus rien à gratter j’v’dis !!! Chui ruiné ! La concurrence est trop rude !… Comment voulez-vous que je fasse moi…avec l’arrivée de la 3G+, le câble numérique, internet, l’iphone… c’est la nouvelle magie moderne ! J’ai des siècles de retard !!! Les gens ne savent plus s’émerveiller !…anesthésiés qu’ils sont par la dictature de l’image !

-Ne vous inquiétez pas…je vais vous arranger ça… dit Alice en lui mettant la bague au doigt.

-Mais ! J’n’veux pas me marier ! Voyons ! Une jeune ado pubère comme vous, pure et immaculée comme une feuille A4 vierge !… C’est indécent !!!

-Ne vous en faites pas…c’est juste par intérêt !… En formant un couple, nous serons plus forts ! C’est bon pour le bizness…

-Vous êtes sur ?!

-Faites-moi confiance ! Je connais quelqu’un qui peut nous créer un buzz d’enfer !!!

***

Elle emmena Merlin, main dans la main, voir son ami.

***

-Voilà…je te présente « Buzzy »…alias Pinocchio…multi casquette, multifonction… Avocat, spécialisé dans le droit de cuissage, expert dans les relations inhumaines, consultant en communication avec l’au-delà, journaliste durant les jours fériés à la radio« Air-Thé-Elle », et accessoirement…éboueur… Ah oui…j’allais oublier…c’est aussi lui qui gère les portefeuilles de tous les gnomes du bocage. Il travaille exclusivement sur lettre de recommandation…

-Mais j’ai pas les moyens de me payer ses services moi !

-C’est kool Merlin !…t’inkiète !  Pour toi…j’te fais ça à l’œil…en souvenir du passé !…le rassura Pinocchio

-Quel passé ?

-Le passé composé voyons ! C’était l’époque des attentats à la pudeur… Mais si…rappelle-toi…Cendrillon avec son petit copain de l’époque, un certain Debouzze, tous les deux agressés sexuellement par une bande de fans en rut… Tu étais là avec ton ex…tu fêtais tes cent trente ans d’ impiété…j’étais présent aussi, je gardais le corps de la star de l’époque…Candy…tu t’en rappelles ? Une rappeuse végétarienne qui détestait la nature…et même que…

-OK OK OK !!! …Bref…! Venons-en au fait ! Comment tu peux m’aider ? … Concrètement ?!!!

-Tu as déjà entendu parler de délocalisation ?

-De délo…quoi ?

-Dé-Lo-Ca-Li-Sa-Tion !… C’est la clé mon pote !

-Éclaire mon obscurité veux-tu ? Car je comprends que dalle à ton charabia de dégénéré…

-Il faut que tu trouves de la main d’œuvre à bon marché…et pour ça…faut que t’ailles voir ailleurs si t’y est comme dirait mon ami N… L’idée est toute bête : faire un maximum de profits à moindre coûts !

-Concrètement ?! Comment tu peux m’aider bordel ?!!!

-Mais !…c’est pas possible…il est vraiment teubé ton lascar… s’irrita Pinocchio en s’adressant à Alice.

-Eho…je te prierais de baisser d’un ton s’il te plaît…primo…on a pas gardé les trolls ensemble…deusio…je pourrais être ton arrière-arrière-arrière-arrière grand pè…

-C’est bon ! Je jette l’éponge…j’ai pas qu’ça à faire…j’ai d’autres gueux à fouetter ! Le temps…c’est de l’argent putain !!!

-Et ma baguette magique dans ta gueule…c’est…

-Je sais…c’est gratuit !

***

Alice demanda le divorce avec dommage et intérêts sur le champ et reprit la bague. Dépité, Merlin rebroussa chemin, s’en retourna seul dans sa hutte et reprit sa dépression, là où il l’avait laissée. Lorsqu’il rentra dans sa cabane…elle était sans dessus dessous…un vrai capharnaüm… Sur le plancher, il ramassa une lettre qui disait :

« Le vengeance d’une « pourriture en putréfaction » est un tagine qui se mange avec le doigt d’honneur ! »

C’était trop. Vaincu, Merlin le dépressif décida de commencé une thérapie. Actuellement, il est suivi par un expert douteux et scabreux, mais réputé, un pacha de la psychologie humaine, un certain Robin des bois.

***

M-At avec l’exécrable participation d’Alee -

Piètre liberté Canine !

 

 

Hommes de peu de dignité !

 

Vous avez sali l’humain- amour-propre

Pour jouir du confort que vous

Avez édifié en Majestueuses  prisons intérieures.

 

 Vos aboiements sont éloquents.

 

Échos de vos infatigables désirs.

Générations de  plaisirs et de jouissances

Putréfiées par l’excès à temps plein.

 

Vos soulagements permanents dans la

 promiscuité viciée de vos niches dorées.

 

 La consommation outrancière

Vous tient en laisse

Et vous

Promène à sa guise.

 

Vénération de l’Avoir

Et Fuite de l’être

…au nom de la Modernité !

 

Piètre liberté Canine !

Le Spleen de Pointe à Pitre

J’ai mille et une choses à régler avec moi-même. Avec les autres.

Mon divorce était prévisible, inéluctable.  J’ai été marié avec une écorchée vive, comme moi. Elle aussi, avait mille et une raisons de maudire l’humanité, le monde. Une flopée de rancunes contre la Vie… Notre intention était louable, noble. L’idée, c’était de mettre nos enfers en commun. Dans le bordel de nos calamités, on a essayé de réunir nos affres dans un coin, de rassembler nos obscurités et de mutualiser nos calvaires… On voulait organiser nos peines, trier nos tourments sur le volet… On pensait que cette collégialité affective nous rendrait plus forts.  Que dalle ! La promiscuité de nos douleurs, devenue insupportable, la proximité de nos tourments, nous ramenait à chaque fois au clash. Le choc des afflictions. Nos démons respectifs ne s’entendaient pas. On a bien essayé de hurler en silence, histoire de ne plus déranger les voisins qui se plaignaient du tapage nocturne. Mais nous n’étions pas de cette trempe à rugir en catimini.

Mes ressentiments envers mes semblables sont nombreux. Mon meilleur ami, mon pote d’enfance, mon frère, m’a abandonné durant la période du mouvement social. Le LKP nous a divisés. Drôle d’amitié quand celle-ci ne souffre d’aucune contradiction ! Je pensais qu’un ami, était celui qui savait vous écouter sans vous juger.  À quoi sert un confident, un alter ego,   quand il refuse d’entendre une vérité qui n’est pas la sienne ! Je suis en colère ! Une grosse et grasse colère ! Contre mes parents, ma famille, mes amis…contre toute la Guadeloupe ! Tellement de choses qui ne vont pas dans ce pays ; cette île est un gros sorbet coco qui dégouline d’injustices ! Tellement de séquelles ! Chaque habitant est un collectionneur de stigmates ! Je me souviens de cette parole d’une amie : « C’est une thérapie de pays qu’il faut ! Un traitement psychologique collectif ! »  … Je n’arrive pas à faire la part des choses entre mes souffrances personnelles et les afflictions de cette île. Dans quelle mesure, les unes étant réciproquement la conséquence des autres ?  Elle coule ma colère. Un coulis visqueux qui donne à mon âme une couleur kaki.

Putain ! Toutes ces années à souffrir ! Mettrais-je autant de temps à guérir ? Ce qui aiguise ma tristesse, et donne toute l’acuité à mes tourments, c’est que je n’arrive pas à crever  l’abcès de mon désespoir… Et pourtant, je sais que chacun est responsable du feu qui brûle dans ses entrailles, de son incendie intérieur, et personne ne peut l’éteindre à notre place… Mais malgré cette conscience, je n’y arrive pas !

Je regarde ma montre. Huit heures vingt et une. Comme tous les matins, un besoin viscéral me prend de marcher dans les rues de Pointe à pitre. Je marche, je marche,  je marche…au passage j’en bouscule un ou deux sans prendre le soin de m’excuser en espérant que ça parte en couilles ! Je marche je marche je marche…mes pieds sont des abeilles urbaines. Elles butinent le bitume. Le béton est un nectar. Parfums de l’asphalte. Ma vie est un pétale de ciment…tout est dur : mon cœur, mon regard, mon esprit. Je marche je marche je marche…et je sens les regards effrayés des badauds se poser sur moi comme si j’étais un sékélé ! C’est vrai que je suis sale et que je ne dois pas être beau à voir !  Mais je ne suis pas fou. Du moins, pas encore.

Pourquoi  j’ai le sentiment de porter le fardeau des hommes comme si  j’étais le responsable du malheur de l’humanité ! Pourquoi ces remises en question permanentes, intempestives, ces peurs et ces craintes dignes d’un octogénaire à la veille de sa mort…à mon âge de jeune adulte, ce n’est pas l’heure des bilans, des comptes à rendre et encore moins des regrets, mais plutôt le droit à l’erreur et à l’ivresse…

Depuis toujours je suis coincé entre un passé douteux, un présent incertain et la certitude d’un avenir calamiteux. J’en ai pleuré jusqu’à noyer mes yeux. La Rue, l’asile, la Prison ou la Mort. J’ai longtemps hésité. J’ai choisi. Désormais, j’erre !

Le fruit de notre époque

Nous sommes le fruit de notre époque. Un fruit candi, d’aspect juteux, mais rongé de l’intérieur par le ver de la Solitude. Nous n’avons qu’un seul désir. Qu’on nous cueille et qu’on nous croque. Qu’importe la main et la bouche, tant que l’on trouve preneurs et mangeurs.

Nous sommes le fruit de notre époque. Un fruit mûr, d’aspect fondant, mais rongé de l’intérieur par le ver de l’Ennui. Nous n’avons qu’un seul désir. Qu’on nous jette en l’air et qu’on nous  fasse rouler. Qu’importe le clown et le comique, tant que l’on  trouve joueurs et amuseurs.

Nous sommes le fruit de notre époque. Un fruit confit, d’aspect succulent, mais rongé de l’intérieur par le ver de l’Ego. Nous n’avons qu’un seul désir. Qu’on boive notre liqueur. Qu’importe l’ivrogne et l’alcoolique, tant que l’on trouve saouleurs et  zingueurs.

Déshydratés. Affamés. De l’intérieur

Étanchés. Repus. De l’extérieur

Nous sommes le fruit de notre époque cueilli par les mains fourchues du Vice et croqué par les dents acérées du Désespoir !

Les fruits de la passion ou les fruits de la raison ? « Les Deux Chef ! »

Pléonasme de cette époque amorale: « le vers est dans le fruit ! ».

C’est la graine qu’il faut changer, pas la marque de l’insecticide !

Le pourrissement des âmes et des cœurs précède l’avènement de leurs renaissances ! Mais la graine…la graine…c’est elle qu’il faut remplacer !

Le 21 énième siècle  sera fruitier …ou pas !

De cet indicible accord

Elle n’avait pourtant pas bougée et m’observait, impassible, au même endroit.

Pas un air de reproche dans son attitude.

Dans cet immense calme qui nous entourait, j’avais  la certitude, qu’une fois posée sur elle, je saurais lui faire prononcer les sons que je souhaiterais entendre.

Certes pas dès le début, mais lentement, à force de rythmes réguliers, doux puis de plus en plus vite et de plus en plus forts, elle serait de nouveau mienne. Son toucher se réhabituerait à mes doigts et mes doigts à ses lignes.

Elle comprendrait, sans autres détails, que ce retrait fut nécessaire voire salvateur dans mon dessein de la maîtriser.

Je n’aurais pas besoin de lui dire que le manque causé par mon absence n’avait d’égal que celui que je ressentais. Aucun mot ne saurait décrire le regret d’en être la seule responsable.

Pour autant, ses silences me criaient de la rejoindre.

Il eut été facile de céder, l’espace d’un plaisir éphémère, accéder à son désir…au mien. Mais, elle ne pouvait souffrir d’une simple mélodie rapidement exécutée.

Elle devrait se montrer patiente en ne sachant ni quand ni comment j’allais revenir à elle.

Elle devrait se montrer compréhensive quand, de mes mains, par peur de la douleur, je la saisirais avec maladresse.

Elle devrait se montrer obéissante quand, à force d’assiduité, je voudrais la soumettre.

Elle devrait et elle ferait car c’est pour cela que, parmi toutes, je l’avais choisie.

Désirable et désirée, je la cherchai une nouvelle fois du regard à travers une grille qui il y a peu nous réunissait.

Mes yeux s’attardèrent sur ses courbes où s’accrochait la lumière.

Je m’approchai lentement et l’espace d’un soupir elle fut à portée de jeu. Soudainement, de cet indicible accord suspendu…

SWARÉ GLORIYÉ KRÉYÒL : SONJÉ SONI

 

 

SWARÉ GLORIYÉ KRÉYÒL

Jédi 27 òktòb 2011

7è oswa pou 10zè oswa

Sal George TARER, Lorisis, LAPWENT

“SONJÉ SONI”

Apatoudi répété kon léko
« sa ki la pou-w dlo pa’a chayé-y… »

Krèy pédagojik a SPEG ka di-zòt vin pawtajé on ti moman avè SONI RUPAIRE

· Lokans

· Bokantaj pawòl alantou

Poétik kréyòl

· Chatouyé bouch

Bal fini vyolon an sak !

Oh Non ! De la Patrie !

Tu planteras le drapeau de ton pays dans ton cerveau.

Tu l’aimeras comme ta mère et tu lui obéiras comme ton père !

***

Du talent dans les talons tu as, sa patrie lui dit
Il est temps de faire la guerre aux pieds grecs

Achille a détalé avec son talent dans les talons
BOUM ! Il a marché sur une mine
Fini le talent, fini le talon

Estropié, il retourne dans ses pénates
Du talent tu avais dans les talons, sa patrie lui dit
Oui… j’avais…

De l’or dans les mains tu as, sa patrie lui dit
Il est temps de faire la guerre aux pieds-bots

Achille est parti avec son or dans les mains
TARATATA !
Il reçoit une rafale de balles dans les deux bras
Finies les mains, fini l’or

Amputé, il rentre au bercail
De l’or dans les mains tu avais, sa patrie lui dit
Oui… j’avais…

Du plomb dans la cervelle tu as, sa patrie lui dit
Il est temps de faire la guerre aux pieds plats

Achille est parti, avec son plomb dans la cervelle
WIZZZ ! Il reçoit un coup de canon en pleine figure
Finie la tête, fini le plomb

Il revient dans un cercueil au cimetière des « Talents Gâchés »

Éloges funéraires
Du talent tu avais dans les talons, de l’or dans les mains, du plomb dans la cervelle

Échos d’outre-tombe
Oui… j’avais… j’avais… j’avais…

Trempage kréyol

Quelques questions à Alexandre Tellim, auteur du roman Trempage Kréyol – Secrets de famille.

couverture_livre

Fwiyapin : Bonjour Alexandre, pour ceux qui ne connaissent pas très bien l’art culinaire martiniquais, tu peux expliquer ce qu’est un trempage ?

Alexandre Tellim : Le trempage est un plat traditionnel d’origine martiniquaise. Il se compose de pain mouillé émietté sur des feuilles de bananier sur lequel est étalée une préparation à base de viande, de poisson ou de fruits de mer. Le tout est ensuite dégusté avec les doigts. Il est intéressant de constater comme cette tradition suscite diverses réactions : ancrage culturel, répulsion ou envie de découvrir. Dans l’ouvrage, le trempage image les Antilles dans le maintien des traditions et la confrontation des générations.

Fwi : La Martinique est une terre exceptionnellement prolifique en écrivains, comment t’es venu ta passion pour l’écriture ? Par la lecture de tes pairs tout d’abord ?

AT : J’étais d’abord attiré par la bande dessinée au collège avant de m’intéresser davantage à l’écriture de petites nouvelles au lycée. Ma passion de l’écriture m’est venue naturellement avec mes envies de véhiculer des idées et de faire jouer mon imaginaire.

Fwi : Ton bouquin a comme sous-titre « Secrets de famille ». En 2011, aux Antilles, il y a encore beaucoup de choses cachées dans nos sociétés ?

AT : Il existe partout et de tous temps des secrets. L’ouvrage s’attache à ceux liés aux tabous familiaux, à l’éducation, à l’héritage ou au souci du paraître. Trempage Kréyol comporte une cascade de quiproquos amusants ou dramatiques, des faits de société qui poussent les personnages à devoir panser les cicatrices qui subsistent dans leurs familles parfois terrassées par leur passé ou le rang social qu’elles occupent.

Fwi : Les protagonistes, apparaissant dans ton roman, ont été inspirés de personnages réels que tu as côtoyés ou observés ?

AT : Les personnages de Trempage Kréyol reflètent tous la réalité. Ils s’intègrent dans les familles de l’ouvrage quelles soient recomposées, riches ou campagnardes. Je me suis inspiré de mon entourage pour pouvoir établir leurs psychologies et surtout pour réunir le maximum de points de vue.

Fwi : Tu évoques la caste des mulâtres à travers ton personnage de Maëlle et de sa famille ? Que penser de ces castes mulâtre et béké qui existent toujours à la Martinique ? Comment as-tu réagi aux propos d’Alain Huygues-Despointes dans le documentaire les Maîtres de la Martinique et plus récemment à ceux de Roger De Jaham dans l’heure ultramarine ?

AT : Des faits comme ceux-là ont motivé certaines intrigues de l’ouvrage. Quoi qu’on en pense, ces opinions existent et représentent un aspect du contexte socio-économique de la Martinique. La famille de Maëlle illustre les complications qu’il peut subsister dans le cas du partage de l’héritage familial, cas intéressant où, par exemple, ceux qui se sentent supérieurs font tout pour prendre leurs droits. Trempage Kréyol s’attache à bousculer des tabous liés à l’histoire de l’île.

Fwi : Tu es positif sur l’avenir de la Martinique ?

AT : Je suis de nature optimiste. Je pense que la Martinique a besoin d’être défendue et mise en valeur. Des systèmes politiques se mettent en place et évoluent au gré des mentalités. Des artistes et artisans façonnent des œuvres empreintes des influences caribéennes. Trempage Kréyol se veut être une fenêtre accessible à tous sur les vies de familles antillaises comme les autres, et incite au voyage. C’est ma façon de communiquer positivement sur la Martinique.

Fwi : Etre beau gosse comme toi, ça aide à mieux vendre ses bouquins ?

AT : Lorsque je me retrouve à devoir parler de Trempage Kréyol, j’insiste sur le fait que j’ai tenu à ce que l’ouvrage reflète la population antillaise, qu’elle n’est pas si différente des autres, et que tout un chacun devrait pouvoir y trouver les éléments qui lui ressemblent et pourraient le toucher. Certains se trouvent intrigués par les secrets de familles et les curiosités de voisinage. D’autres souhaitent découvrir une Martinique vue par les jeunes. Les autres détails, en dehors du contexte de l’histoire, qui pourraient influencer l’intérêt suscité pour l’ouvrage, sont indépendants de ma volonté.

Fwi : Tu as envie de renouveler l’essai ? Tu pratiques l’écriture à plein temps ou bien tu as un « job alimentaire » ? D’autres terrains artistiques à explorer ?

AT : J’exerce dans le conseil environnemental. L’écriture est une passion. L’équilibre entre mes deux activités n’est pas toujours évident à gérer mais il me convient.

J’ai récemment été parolier pour une comédie musicale cabaret créole et je m’attelle à l’écriture du second tome de Trempage Kréyol. Quelles que soient mes activités annexes, je tiens à arriver au bout de la saga Trempage Kréyol pour le plaisir de ceux qui attendent la suite des aventures de la bande des quatre amis.

Fwi : Le dernier bouquin que tu as lu ? (ou celui que tu lis actuellement ?)

AT : Je viens de lire Xavier de Tony Delsham. Cet auteur antillais a un style d’écriture qui ne me laisse pas indifférent.

« Tofou, Foutu pour Foutu »

Nouveau Resto : « Tofou, Foutu pour Foutu »

Plat du jour : Ragoût d’Ego / Fricassé de Solitude / Darne d’Ennui /

Boisson : Un mousseux de morve

Dessert : Un gâteau au fiel

Tarif : À la tête basse du client !

C ‘est un nouveau resto où l’on sabre les crânes comme on sabre les bouteilles de champagnes. Le sang doit gicler ! Le directeur (un type obscur) s’en fait un point d’horreur ! Les observateurs et les critiques parlent de cette nouvelle tendance culinaire du moment : « Un lieu inquiétant où l’on mange les tripes du désespoir et les intestins de la Tristesse ». Il paraît que ça rendrait plus ombrageux !…

Inutile de réserver, le resto est plein à craquer jusqu’en 2012, année de la Faim Du Monde selon le propriétaire qui a flairé la bonne affaire !

À suivre…

couk