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Tan Kréyol # 10 – Fanm

[communiqué du Tan Kréyòl]

ÉDISYON ISPÉSYAL : TAN KRÉYÒL 10èm ÉDISYON

TÈM a 10èm Tan Kréyòl-la : FANM

Dapré mès é labitid a Tan-la ké ni on dikté an kréyòl avan senn-la.

Sonjé dikté-la sé sèlman on « prétèks » pou (rè)dékouvè makè an nou é senn-la wouvè ba tout moun : kontè, slamè, chantè, poèt, mizisyen… é ba tout jénérasyon !

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ENVITÉ / INVITÉS :

- S’tèl Coezy (Présentation collection Femme – Été 2012)
- Theresia Jakòt
- Z a n d o
- Blaise Bourgeois
- Swaany
- Biloute

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THÈME du 10ème Tan Kréyòl : « FEMME »

Selon le principe habituel, une dictée en créole précèdera la scène ouverte.

Pour rappel, la dictée reste un prétexte pour (re)découvrir nos auteurs et la scène ouverte, un espace d’expression pour tous : conteur, slameur, chanteur, poète, musicien, amateur, anonyme… toutes générations confondues !

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ENTRÉE LIBRE
Restauration sur place
Contact : 06 17 20 61 80

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Ki jou sa ka bay ? => Vendredi 21 Octobre 2011

Ola sa ka fèt ? => Espace Henri Miller, 3 rue du docteur Calmette 92110 Clichy

Ki jan pou vini ? => Métro Porte de Clichy ou mairie de Clichy (ligne 13) // Bus : 54, 66  et 74

 

Affiche TK # 10

Oh Non ! De la Patrie !

Tu planteras le drapeau de ton pays dans ton cerveau.

Tu l’aimeras comme ta mère et tu lui obéiras comme ton père !

***

Du talent dans les talons tu as, sa patrie lui dit
Il est temps de faire la guerre aux pieds grecs

Achille a détalé avec son talent dans les talons
BOUM ! Il a marché sur une mine
Fini le talent, fini le talon

Estropié, il retourne dans ses pénates
Du talent tu avais dans les talons, sa patrie lui dit
Oui… j’avais…

De l’or dans les mains tu as, sa patrie lui dit
Il est temps de faire la guerre aux pieds-bots

Achille est parti avec son or dans les mains
TARATATA !
Il reçoit une rafale de balles dans les deux bras
Finies les mains, fini l’or

Amputé, il rentre au bercail
De l’or dans les mains tu avais, sa patrie lui dit
Oui… j’avais…

Du plomb dans la cervelle tu as, sa patrie lui dit
Il est temps de faire la guerre aux pieds plats

Achille est parti, avec son plomb dans la cervelle
WIZZZ ! Il reçoit un coup de canon en pleine figure
Finie la tête, fini le plomb

Il revient dans un cercueil au cimetière des « Talents Gâchés »

Éloges funéraires
Du talent tu avais dans les talons, de l’or dans les mains, du plomb dans la cervelle

Échos d’outre-tombe
Oui… j’avais… j’avais… j’avais…

Trempage kréyol

Quelques questions à Alexandre Tellim, auteur du roman Trempage Kréyol – Secrets de famille.

couverture_livre

Fwiyapin : Bonjour Alexandre, pour ceux qui ne connaissent pas très bien l’art culinaire martiniquais, tu peux expliquer ce qu’est un trempage ?

Alexandre Tellim : Le trempage est un plat traditionnel d’origine martiniquaise. Il se compose de pain mouillé émietté sur des feuilles de bananier sur lequel est étalée une préparation à base de viande, de poisson ou de fruits de mer. Le tout est ensuite dégusté avec les doigts. Il est intéressant de constater comme cette tradition suscite diverses réactions : ancrage culturel, répulsion ou envie de découvrir. Dans l’ouvrage, le trempage image les Antilles dans le maintien des traditions et la confrontation des générations.

Fwi : La Martinique est une terre exceptionnellement prolifique en écrivains, comment t’es venu ta passion pour l’écriture ? Par la lecture de tes pairs tout d’abord ?

AT : J’étais d’abord attiré par la bande dessinée au collège avant de m’intéresser davantage à l’écriture de petites nouvelles au lycée. Ma passion de l’écriture m’est venue naturellement avec mes envies de véhiculer des idées et de faire jouer mon imaginaire.

Fwi : Ton bouquin a comme sous-titre « Secrets de famille ». En 2011, aux Antilles, il y a encore beaucoup de choses cachées dans nos sociétés ?

AT : Il existe partout et de tous temps des secrets. L’ouvrage s’attache à ceux liés aux tabous familiaux, à l’éducation, à l’héritage ou au souci du paraître. Trempage Kréyol comporte une cascade de quiproquos amusants ou dramatiques, des faits de société qui poussent les personnages à devoir panser les cicatrices qui subsistent dans leurs familles parfois terrassées par leur passé ou le rang social qu’elles occupent.

Fwi : Les protagonistes, apparaissant dans ton roman, ont été inspirés de personnages réels que tu as côtoyés ou observés ?

AT : Les personnages de Trempage Kréyol reflètent tous la réalité. Ils s’intègrent dans les familles de l’ouvrage quelles soient recomposées, riches ou campagnardes. Je me suis inspiré de mon entourage pour pouvoir établir leurs psychologies et surtout pour réunir le maximum de points de vue.

Fwi : Tu évoques la caste des mulâtres à travers ton personnage de Maëlle et de sa famille ? Que penser de ces castes mulâtre et béké qui existent toujours à la Martinique ? Comment as-tu réagi aux propos d’Alain Huygues-Despointes dans le documentaire les Maîtres de la Martinique et plus récemment à ceux de Roger De Jaham dans l’heure ultramarine ?

AT : Des faits comme ceux-là ont motivé certaines intrigues de l’ouvrage. Quoi qu’on en pense, ces opinions existent et représentent un aspect du contexte socio-économique de la Martinique. La famille de Maëlle illustre les complications qu’il peut subsister dans le cas du partage de l’héritage familial, cas intéressant où, par exemple, ceux qui se sentent supérieurs font tout pour prendre leurs droits. Trempage Kréyol s’attache à bousculer des tabous liés à l’histoire de l’île.

Fwi : Tu es positif sur l’avenir de la Martinique ?

AT : Je suis de nature optimiste. Je pense que la Martinique a besoin d’être défendue et mise en valeur. Des systèmes politiques se mettent en place et évoluent au gré des mentalités. Des artistes et artisans façonnent des œuvres empreintes des influences caribéennes. Trempage Kréyol se veut être une fenêtre accessible à tous sur les vies de familles antillaises comme les autres, et incite au voyage. C’est ma façon de communiquer positivement sur la Martinique.

Fwi : Etre beau gosse comme toi, ça aide à mieux vendre ses bouquins ?

AT : Lorsque je me retrouve à devoir parler de Trempage Kréyol, j’insiste sur le fait que j’ai tenu à ce que l’ouvrage reflète la population antillaise, qu’elle n’est pas si différente des autres, et que tout un chacun devrait pouvoir y trouver les éléments qui lui ressemblent et pourraient le toucher. Certains se trouvent intrigués par les secrets de familles et les curiosités de voisinage. D’autres souhaitent découvrir une Martinique vue par les jeunes. Les autres détails, en dehors du contexte de l’histoire, qui pourraient influencer l’intérêt suscité pour l’ouvrage, sont indépendants de ma volonté.

Fwi : Tu as envie de renouveler l’essai ? Tu pratiques l’écriture à plein temps ou bien tu as un « job alimentaire » ? D’autres terrains artistiques à explorer ?

AT : J’exerce dans le conseil environnemental. L’écriture est une passion. L’équilibre entre mes deux activités n’est pas toujours évident à gérer mais il me convient.

J’ai récemment été parolier pour une comédie musicale cabaret créole et je m’attelle à l’écriture du second tome de Trempage Kréyol. Quelles que soient mes activités annexes, je tiens à arriver au bout de la saga Trempage Kréyol pour le plaisir de ceux qui attendent la suite des aventures de la bande des quatre amis.

Fwi : Le dernier bouquin que tu as lu ? (ou celui que tu lis actuellement ?)

AT : Je viens de lire Xavier de Tony Delsham. Cet auteur antillais a un style d’écriture qui ne me laisse pas indifférent.

 



« Tofou, Foutu pour Foutu »

Nouveau Resto : « Tofou, Foutu pour Foutu »

Plat du jour : Ragoût d’Ego / Fricassé de Solitude / Darne d’Ennui /

Boisson : Un mousseux de morve

Dessert : Un gâteau au fiel

Tarif : À la tête basse du client !

C ‘est un nouveau resto où l’on sabre les crânes comme on sabre les bouteilles de champagnes. Le sang doit gicler ! Le directeur (un type obscur) s’en fait un point d’horreur ! Les observateurs et les critiques parlent de cette nouvelle tendance culinaire du moment : « Un lieu inquiétant où l’on mange les tripes du désespoir et les intestins de la Tristesse ». Il paraît que ça rendrait plus ombrageux !…

Inutile de réserver, le resto est plein à craquer jusqu’en 2012, année de la Faim Du Monde selon le propriétaire qui a flairé la bonne affaire !

À suivre…

Contrepètrie créole

Contrepèterie :
nom féminin (moyen français contrepéter, imiter, de péter, rendre un son)

Inversion de l’ordre des syllabes, des lettres ou des mots qui, modifiant le sens, produit des phrases burlesques ou grivoises. 

(Définition Larousse)

Le dictionnaire susnommé ainsi que celui de l’Académie française donnent le même exemple sans intérêt,  c’est à dire dépourvu de sens comique et d’aspect égrillard.

Paraît-il, c’est au grand Rabelais et à ses « femmes folles de la messe » que nous devons l’origine de ces jeux de mots bien marrants.

Un ancien ministre se serait même amusé à glisser dans son discours :

« Ce cas de Corée me turlupine »

La France, toujours prompte à railler ses voisins, a méchamment attribué aux Belges la contrepèterie suivante : « il fait beau et chaud »

Plus que d’autres langues, le français se prête magnifiquement à l’art de la contrepèterie. Chaque mercredi, Le Canard Enchaîné nous en donne l’illustration avec de nouveaux jeux en lien avec l’actualité. L’album de la comtesse, tenu par Joël Martin, régale les amateurs chaque semaine.

Bon, et la langue créole alors ? Elle aussi, à n’en pas douter, peut se prêter à d’exquises contrepèteries. A notre connaissance, elles sont absentes des Jeux Créoles de Jo Clémence . Idem dans le petit livre rouge d’Hector Poullet intitulé Kòkòlò.

En espérant que vous vous amuserez, nous lançons la première contrepèterie en créole d ‘une série que nous espérons longue et jouissive ! N’hésitez pas à nous envoyer vos contributions. Même si le plus tôt serait le mieux, nous vous laissons le choix dans la date …

Kéti cho, i mandé Filip koka

Lettre d’une païenne

[Courrier d'une fidèle lectrice reçu dans notre boîte-aux-lettres. Digne d'intérêt donc publié]

En cette journée internationale de la non-violence [2 octobre,  jour de la naissance de Gandhi NDF], je suis tentée de me demander pourquoi tant d’acrimonie et d’ostracisme dans certaines religions dites « universelles » ?

Nous représentons à peine une poussière dans un univers dont nous ne connaissons pas grand-chose, comment une partie de la population peut-elle d’une part promulguer qu’ils « savent » et que les autres sont des ignares (niant par la même occasion leur dimension spirituelle et leur capacité à réfléchir propres aux êtres humains), d’autre part se permettre de les traiter de tous les noms ?
Car il me semble que prétendre que certaines croyances détiennent la vérité et que d’autres ne sont qu’ignorance relève d’une méconnaissance totale et d’un mépris inadmissible. Et dire que les membres de ces « clubs » sont les premiers à se plaindre et se poser en victimes en se disant « stigmatisés et incompris »…

Lorsqu’on lit les textes qui leur servent de référence spirituelle (et donc censés organiser leur vie entière), on y retrouve un florilège d’injures toutes plus originales les unes que les autres. Voici que ceux arbitrairement appelés infidèles, païens, mécréants (comme s’ils étaient inaptes à croire en quoi que ce soit) sont régulièrement qualifiés de « réprouvés », « pervers », « méchants », « injustes », « menteurs », « criminels », « idolâtres », « imposteurs », « égarés », « hypocrites » et bien d’autres adjectifs tous plus imaginatifs et innovants les uns que les autres. La gent féminine quant à elle ne serait constituée que d’ « associatrices invitant au feu ». (J’aurais bien aimé savoir qui j’ai déjà invité à quoi que ce soit…)

La question à 100 000 euros qui découlerait de tout ceci : qu’ont fait ces « infidèles » pour mériter tant de menaces ? Qu’ont-ils donc bien pu faire aux « élus » et autres « qui savent » pour être insultés et menacés de la sorte ?

Car il faudrait rappeler que chez ces « mécréants », le mot « infidèle » n’existe pas. Ils ne se demandent pas qui a tort ou raison, ils vivent leur spiritualité point barre. « Ceux qui savent » ont tendance à oublier que les « païens » ne les ont pas attendus pour connaître la spiritualité, le mariage, les rites funéraires, l’amour et le respect d’autrui, qu’ils aient une ou plusieurs divinités. Jamais ils ne se sont mis à l’esprit de pondre des livres dans lesquels leur divinité s’en prendrait continuellement (telle une obsession) à ces « autres » qui ne partageraient pas la même foi car ils sont à mille lieues de se soucier d’eux, et donc de n’exister qu’à travers la comparaison à « l’autre ». Certains devraient en prendre de la graine.

Lorsqu’on se permet de promettre le feu comme demeure, une « peine ignominieuse », un « châtiment cruel » et les souffrances les plus atroces à des gens sous prétexte qu’ils ne font pas partie du club et que l’on a une vision aussi binaire, il ne faut pas s’étonner des dérives qui peuvent en découler. Leur plus belle invention a d’ailleurs été la « guerre sainte », l’un des meilleurs oxymores au monde.
Lorsque des appels au meurtre sont proférés plusieurs fois dans des livres considérés comme la base d’une religion, il ne faut pas se moquer du monde et déclamer avec des trémolos dans la voix qu’elle prône la paix, la tolérance et l’amour.
Ils diront qu’ils n’ont pas à se justifier, et pour cause, comment justifier l’injustifiable ? Comment expliquer les raisons d’un tel déchaînement verbal dans des livres dits « saints »? Ils devraient pourtant le savoir : l’insulte engendre l’insulte, la violence engendre la violence, la haine engendre la haine.

Le message de base aurait pu être pacifique s’il n’était pollué par des injures et des menaces de mort auxquelles il n’est même pas possible de répondre, car les livres qui les contiennent sont considérés comme intouchables et universellement acceptés. Que ces livres soient la référence pour des milliards de personnes, très bien. Mais que ces personnes assument leurs textes transpirant la condescendance et le mépris en totalité et cessent l’hypocrisie une bonne fois pour toutes. Faire systématiquement semblant de ne pas voir les mots qui blessent des êtres humains sans raison relève de la malhonnêteté intellectuelle, car les soi-disant « mécréants » ont beau être des « porcs », des « singes », des « chiens », des « impies » et des « incrédules », ils savent encore lire.

Bonne journée de la non-violence à tous.

Lire aussi :

Un regard critique sur la violence des religions

Zayanntifik Tysmeeting

Après LM StrarJee, nouvelle rencontre avec l’un des membres du Karukéra Crew.

Fwiyapin : Qu’est-ce qui t’a poussé à faire du hip-hop ? Quelles sont tes sources d’inspiration musicales et plus globalement artistiques ?
Tysmé :
Ce fut une évolution quasiment naturelle du danseur devenu tagueur. Ayant le stylo dans la main, j’ai commencé à écrire sur des morceaux hip-hop vers le milieu des années 90. C’était avant tout un moyen d’expression, sachant que je n’ai jamais aimé écrire ou lire, c’est vraiment la musique qui était et reste le moteur de mon écriture.
En terme d’inspiration, je peux dire également que la Guadeloupe et sa population d’une façon générale m’inspirent beaucoup !

Fwi : (Tu as été un des membres fondateurs de la horde noire et du Karukéra Crew). Sur ta discographie on  voit tes premières apparitions dès 1998 sur des compilations. Pas vraiment un nouveau venu donc, comment se fait-il que ton premier album n’arrive que maintenant ?
Tysmé :
J’ai fondé la Horde Noire avec Daly, Edinyo, Darkman et Shèwkan alors que nous étions lycéens autour de 95-96, par contre j’ai intégré le KC alors qu’il était déjà créé depuis plusieurs années par Exxòs et LM StarJee notamment.
Il y a plusieurs raisons à ces 12 années entre mes premières apparitions discographiques et la sortie de mon premier projet solo. Je n’ai pris la décision de sortir un projet solo qu’en 2004, après avoir achevé mes études. A l’époque je vivais encore en Europe, et je voyais ce projet plutôt comme un “EP”, c’est à dire un album court de 5- 6 titres.
Rentré en Guadeloupe en 2005, j’ai modifié progressivement le squelette que j’avais dessiné en 2004, en écrivant de nouveaux morceaux, et en achevant certains déjà partiellement écrits. Il a fallu aussi trouver des musiques qui me plaisent et collent à mes textes, que je mette les mains à la pâte pour certains titres.
Au delà de ces aspects artistiques,  il y a eu entre 2005 et 2010, année de sortie de l’album, un certain nombre d’événements d’ordre organisationnels, professionnels, sportifs, relationnels, sociaux qui ont fait que le projet a pris un peu de temps pour sortir. J’ai du me concentrer et faire des sacrifices pour que “Zayanntifik (Ziontific)” voit enfin le jour !

Fwi : On sent ton engouement pour la Terre et la nature dans des titres comme Fwesh, léwobiné, le jour du soleil. D’ailleurs le titre de ton album est zayanntifik;  tu peux en expliquer le concept ?
Tysmé :
Le concept est un peu long à expliquer, mais pour faire bref je peux dire que ses bases proviennent de l’idée qu’on se faisait de notre discipline quand on était au lycée, à savoir un mélange de science et d’art. La composition des morceaux par Exxòs était perçue comme telle, la musique Hip Hop étant une musique “cyclique” comme beaucoup de musiques électroniques.
Mon écriture était aussi très “mathématique” à l’époque, je veux dire par là que je comptais beaucoup les syllabes pour coller à la mesure !  Sans compter que dans le KC on était tous plus ou moins dans la filière scientifique.
Aujourd’hui, c’est davantage un état d’esprit centré sur l’idée de mettre la science au service du respect de l’environnement.

Fwi : Fwèsh c’est un hymne à nos rivières et cascades de Basse-Terre, tu n’as pas peur de te fâcher avec les habitants de  la Grande-Terre ?
Tysmé :
(Sourire!). Non bien au contraire ! Dans la diversité il y a de la richesse ! Je suis né en Grande-Terre, j’ai grandi en Grande-Terre et je vis en Grande-Terre ! A vrai dire je n’y avais pas pensé, j’espère que je n’ai créé aucune jalousie !
Plus sérieusement j’ai toujours aimé être “anba fèy” ! C’est vrai aussi que du côté maternel, ma famille est du Nord Basse-Terre, l’amour pour les rivières doit être inscrit dans mes cellules !

Fwi : Tu fais de la kako mizik, tu fais aussi toi-même ton cacao ? Tu aimes le fruit-à-pain ? Ou pa kay manjé nou kant menm ?!
Tysmé :
(Sourire!). Oui il m’est déjà arrivé de faire mon cacao, même si  je suis plutôt café le matin ! Je le “grage” de temps à autre, c’est un produit qui se conserve bien ! Le parfum qu’il dégage me replonge dans mon enfance, les multinationales du chocolat ne peuvent pas rivaliser !
Pour ce qui est du fruit à pain, j’en mange sous toutes les formes oui ! En frites, bouilli, au feu de bois, en migan…mais pas sous forme électronique vous avez de la chance !

Fwi : Sur l’album, il y a un extrait du très controversé discours de Dakar (Nicolas Sarkozy, 26 juillet 2007). Pourquoi avoir mis également entre certains morceaux des extraits d’émissions d’Ibo Simon ?!
Tysmé :
J’ai voulu consigner certains passages de ce discours pour les générations futures. Je vois la musique et l’art plus généralement comme un témoignage de notre temps, une façon de prendre des photos de notre monde et ainsi de l’archiver…
Pour ce qui est d’Ibo Simon, je pense sincèrement même si beaucoup ne partagent pas mon point de vue qu’il a joué un rôle important au milieu des années 90 en Guadeloupe, dans le sens où il était un des seuls à exercer un sens critique dans les médias locaux. Il a joué le rôle de miroir, ce qui manque bien souvent dans notre société. Il a été condamné pour ses écarts, ce qui a occulté tout son travail de réhabilitation et de mise en valeur de personnages de la Guadeloupe via des émission telles que “Akitala” ou “E lé Pèp”. Il a inventé la télé de proximité et le micro trottoir au niveau local…
Enfin j’aime beaucoup son approche “M.A.O” : Mwen Adan Osi ! Cela m’a beaucoup aidé dans la finalisation de mon album quand je ne voyais pas le bout du tunnel !

Fwi : Le morceau Léwobiné illustre bien l’impasse dans laquelle se trouve la Guadeloupe (économie sous perfusion, auto-suffisance alimentaire loin d’être acquise, surconsommation). Tu te dis pessimiste et sans solution. Il n’y aurait donc aucun moyen de nous sortir de cette ornière ?
Tysmé :
J’adore cette question ! Elle devrait être posée à un élu ! Il y a des solutions qui quoiqu’il en soit doivent s’inscrire dans la durée, et reposer notamment sur le bon niveau de formation de la jeunesse guadeloupéenne.
Je pense également qu’il ne faut pas essayer de penser ou décider à la place des autres. Je suis davantage dans l’idée de l’équilibre. Que ceux qui aiment les pâtes alimentaires puissent en manger, que ceux qui aiment les patates douces et les madères n’en soient pas privés ! Et que ces racines puissent puiser leurs minéraux dans le sol de la Guadeloupe !

Fwi : Comme invités on retrouve notamment Exxòs, Star Jee, Neg Madnick, Edson X. Les trois quarts des morceaux sont interprétés en créole, quelle est ta vision du hiphop kréyol ? Il a de l’avenir selon toi ?
Tysmé :
Disons que c’est avant tout une question de plaisir et d’esthétique. Le Créole guadeloupéen a sa magie de l’image, les mots et les structures grammaticales sont compacts ce qui le rend intéressant, surtout quand on sait que dans le hip-hop on a presque toujours la contrainte du rythme.
Au delà de ça c’est un héritage, comme ils disent la langue Créole fait partie de notre “patrimoine immatériel”.
Parallèlement, cela fait un petit moment qu’on a analysé la situation, et qu’on a compris que commercialement cette langue nous mettait à l’abri du succès à une large échelle ! Le chant permet de passer la barrière de la langue, nombreux sont les groupes antillais qui ont brillé à l’international. En rap c’est différent, la mélodie passe en second plan, du coup si on n’est pas compris, l’intérêt devient limité ! Le Créole n’est pas l’Anglais, qui lui n’a pas besoin d’être compris pour plaire !
C’est aussi perçu comme une langue comprise sans l’être totalement, comme la langue du “Zouk Acras Boudin” par le Français du continent, avec toutes les connotations qui vont avec !
Je le dis souvent, le Français est un Créole du Latin, nous n’avons pas à rougir !
Nou enmé Kréyòl an nou !

Fwi : Dans An ka soti an sa, bizarrement tu annonces que tu vas raccrocher les gants  (musicalement) … Tu as d’autres projets ?
Tysmé :
Ce morceau a été écrit à un moment de ma vie ou j’étais dans l’idée d’un premier album qui serait le dernier. Je n’arrivais pas à avancer dans tous mes projets et surtout je considérais que je commençais à me faire vieux pour continuer dans ce domaine.
Effectivement, j’ai d’autres projets qui ne sont pas musicaux, qui sont plutôt en rapport avec la Terre !
Entre temps j’ai fait de nouvelles rencontres qui m’ont fait des propositions, et en quelque sorte m’ont redonné confiance.
Je prépare actuellement en duo avec Jamal Finess du groupe PapaJazz un projet sous la bannière “iShango Sound”, qui devrait faire la part belle aux chants et aux textes soignés, sur des musiques de Kako Phonie, de Pako From TAK et autres…Restez connectés !

Fwi : Le mot de la fin ?
Tysmé :
Un Très Grand Merci à Fwiyapin.fr de l’intérêt manifesté, un Grand Bonjour à tous les visiteurs du site également.
N’hésitez pas à passer me saluer sur mon site www.tysme.gp ! 1 Love !

 

 

Yanvalou pour Charlie

Les éditions Actes Sud viennent de sortir La belle amour humaine le dernier roman de Lyonel Trouillot. Comme au Fwiyapin, nous ne sommes jamais pressés et que les livres sont des objets de consommation sans date de péremption, nous parlerons dans cette chronique littéraire du précédent livre de l’écrivain haïtien Yanvalou pour Charlie.

Dieutor a quitté la campagne pour la capitale, il y a plus de dix ans. Sa province, il l’a oubliée. Hors de question d’y retourner. D’ailleurs, depuis son arrivée en ville, on l’appelle désormais Mathurin. Diplômé de droit, devenu avocat, il a réussi. Enfin presque. La prochaine étape, s’affranchir du chef, devenir son égal, pour enfin être riche. Pour l’instant, dans un pays où la classe moyenne est inexistante, la chute est encore possible pour Mathurin. L’homme qui vient des plaines rêve des montagnes. Les cimes sont visibles, presque palpables. C’est là que Charlie fait son apparition, au risque de tout gâcher.

Charlie est un adolescent avec la peau sur les os. Il a grandi dans un orphelinat de Port-au-Prince. Et il débarque, comme ça sans prévenir dans le cabinet de Mathurin. Il s’est certainement trompé. Pourquoi ce gamin aux vêtements sales est-il rentré dans ces bureaux climatisés fréquentés par l’élite ? Que fabrique donc l’agent de sécurité ?
Charlie demande au juriste s’il est bien le dénommé Dieutor. Mathurin-Dieutor maudit immédiatement ce foutu Charlie qui le contraint de replonger dans son passé et compromet ses perspectives d’avenir.

Elisabeth, Francine et moi, nous sommes des presque riches. Cela veut dire que nous avons un emploi, dans un pays où l’emploi est une denrée très rare. Un diplôme, dans un pays où de vielles dames vous arrêtent dans la rue ou à l’entrée d’une pharmacie en vous demandant gentiment de leur lire une adresse ou une ordonnance, pas parce que leur vue a baissé avec les ans mais parce que la vie ne leur a jamais laissé ni le temps ni les moyens d’apprendre à lire.

Le roman nous emmène dans les deux univers opposés que sont la province et la capitale, ville de tous les espoirs mal papay qui échouent dans la fange des bidonvilles de Port-au-Prince.

Une ruralité, non idéalisée, humble et digne malgré sa modestie. La campagne et ses vieux principes, car pour Charlie, « les gens de la campagne tiennent toujours leurs promesses ». Mathurin fréquente les bourgeois voulant à tout prix vivre le plus loin possible de la plèbe, cette classe qui monte toujours plus haut sur les flancs des collines, ces mulâtres pas forcément dégourdis mais qui s’en sortiront juste parce qu’ils auront le loisir de pantoufler dans un conseil d’administration ou d’hériter d’une entreprise qui marche très bien sans eux.

Charlie, vivant à l’orphelinat, connait la rue. Surtout la nuit, quand il y traine avec ses trois meilleurs amis. Ils savent qu’à seize ans, on les y jettera. Parce que d’autres enfants auront besoin d’un lit et de repas gratuits. Ne voulant pas finir shootés par la drogue ou par les balles, ils préparent leur « après ». Mais un jour, ça foire. Charlie va alors demander de l’aide à Dieutor.

Trouillot raconte avec force des personnages évoluant dans des milieux antinomiques. La haute société est raillée par sa simple description réaliste. N’est pas épargnée au lecteur la plongée dans le taudis, sa puanteur et ses rats même pas effrayés par les humains. La prostitution, la drogue, les armes à feu, ceux qui « construisent des maisons dans la boue, avec de la boue, mangent dans la boue, dorment dans la boue, font des enfants dans la boue au milieu des porcs et des poules qui pataugent aussi dans la boue » , on connait tout ça.

Mais les héros portent en eux de quoi transcender l’horreur. Yandalou pour Charlie se lit d’un trait, tant le récit est captivant. La narration débute avec Dieutor; quand Charlie prend le relai son flot de paroles nous entraîne dans sa folle entreprise, plus que survivre, vivre et rêver. Décrocher son étoile aussi.

Yandalou pour Charlie, Lyonel Trouillot, Éditions Actes Sud, 7,50€ (poche)

Veillée pour une Parole

[Communiqué]

KRIK ? KRAK !

En Martinique, la veillée funéraire est l’occasion de rire, chanter, conter,car on y célèbre la vie.

Dans cette création originale, le « Vyé Nèg » Alin Légarès prend la parole. Il construit et déconstruit les histoires, et invite au voyage dans les mondes imaginaires.

Le conteur Alin Légarès a officié dans les veillées martiniquaises d’antan. Il chante, danse, mime, et joue de son humour piquant.

La basse de José Marie-Rose (Bwakoré) enveloppe les mots du conteur. Le tambour traditionnel « Bèlè » gronde. Et les créations électroniques de Jeff Baillard entr’ouvrent les portes de l’autre monde.

Fruit d’une recherche autour du rituel de veillée, ce spectacle révèle la parole sacrée , étouffée pendant des siècles. La tradition orale afro-martiniquaise s’exprime alors en toute liberté, et touche à l’universel.

KRIK ? KRAK !

Les artistes :

Alin Légarès : contes et chants
Bago : tambour Bèlè
José Marie-Rose : Guitare Basse
Jeff Baillard : créations sonores électroniques

Vendredi 16 septembre 2011 au théâtre de la Reine Blanche
2 Bis Passage Ruelle, Paris XVIII°
Métro : La Chapelle (ligne 2)
Tarif Réduit : 13 € / Plein Tarif : 18 €

 

Spleen, Slam, Scratch & Groove

Entre quinze et trente ans. C’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui. Les chutes et les relèves se sont succédées à intervalles réguliers, rythmées par le métronome des affres en cadence, scandées par le tic tac des dépressions jazzy. Entre tristesses soul, et mélancolies groovy, il a dansé avec ses souffrances sur la musique de ses spleens…

Auteur, Compositeur et Interprète de son mal-être.

Toutes ces années de music-hall l’ont rendu expert dans l’art du mouvement affecté. Il a le  rythme and blues dans la peau, capable de souffrir sur n’importe quelles mélodies…

Un aspirant poète. Un artiste de la tristesse, seul et silencieux.

***

-Elle-

Entre dix-huit ans et vingt-cinq ans. C’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui. Les réussites et les victoires se sont samplé sur la platine de sa vie, scratchées par le DJ du Destin. Entre Soul sérénité et douces folies funky, elle a dansé avec ses gaietés sur la musique de ses vinyles : 33 tours et 45 tours de pure allégresse assumée ! Estime de soi sur la Face A. Confiance en soi sur la Face B.

Le Bonheur lui ayant mis l’opus à l’oreille, très tôt, elle avait fait le choix d’être heureuse envers et contre tout. Ne se sont toujours pas relevés les joueurs de flûtes à la mélodie synthétique qui ont cherché à l’instrumentaliser pour faire d’elle leur boîte à musique attitré. Mourir, plutôt que d’être victime du tempo de la barbarie des orgues !

Breakeuze, Rapeuze, Slameuze… Artiste et autodidacte de l’euphorie nécessaire.

***

Ils étaient destinés à se rencontrer pour un duo de choc, un featuring légendaire qui donna lieu à un remix de leurs personnalités pour le moins original. Lui avec sa danse macabre et son lyrisme. Elle avec sa danse saccadée et son américanisme. Elle avec sa coupe Afro et son verlan. Lui avec son mal Affreux et son Verlaine.

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-Elle & Lui-

Elle lui a appris que l’existence est une grande scène, où chacun fait son Show-case, et qu’après ces concerts en fanfare, la plupart retourne en catimini dans les coulisses de leur quotidien pour pleurer et souffrir en Freestyle. L’avenir, lui expliqua-t-elle, appartient à ceux et celles qui assument leur cacophonie intérieure, la transcendent et la transforment en une création artistique magistrale, digitalement audible.

Mélomane, il lui enseigna l’art d’apprécier les grands auteurs de la musique classique, à enrichir son écoute par les œuvres des grands jazz men, à se laisser envahir l’âme par le pouvoir et la puissance du blues.

Dès lors, elle le forma aux arts urbains. Smurfer ses angoisses sans relâche. Rapper son désarroi avec verve. Slamer son désespoir en jouant avec les maux. Taguer ses larmes sur le mur des braves. De ses frasques intimes, élaborer des fresques sublimes.

Il la sensibilisa aux diverses techniques de composition musicale, à l’esthétique des compositeurs ; lui apprit le solfège et à jouer de plusieurs instruments : saxo, trompette, piano, harmonica…

Elle devint une fine mélodiste, sachant orchestrer avec maestria ces nouvelles vibes acquises !

« Hip-hop-malant »…il finit par réussir à mettre ses démons en sourdine !

Dix ans plus tard, ils rentrèrent dans Le top 50 underground des cash-flows, avec leur album intitulé « Spleen, Slam, Scratch & Groove », un disque en demi-teinte, tout en clair-obscur.

Désormais, il kiffe la vie ! Dorénavant, elle ne quitte jamais son harmonica !

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-Eux-

Après un mariage à la mode Old School et une lune de miel dans le ghetto de leur rêve (le Bronx), elle tomba enceinte jusqu’aux enceintes !

Le medley de leur étreinte donna un best of de quatre kilos et deux cents grammes. Un single de bonne facture qu’ils ont appelé MC Dolby. Octave en guise de second prénom. Pour l’occasion, ils construisirent leur Home-Sweet-Home-studio afin de jouir de leur joie en a’ capela, loin du brouhaha de la mode et des tendances artistiques.

Les premières nuits furent difficiles, certes, puisque le bébé s’était fait un point d’honneur à leur chanter la même rengaine, poussant des décibels infernaux en live de son berceau. Alors, pour avoir un peu de paix analogique, ils lui apprirent à crier en playback. Fini le larsen.

Ils s’aimèrent d’un Amour acoustique, sans bémol. D’une simplicité harmonieuse. Ils moururent un jour d’été, le jour de la fête de la musique.

L’éloge funèbre fut mixé et mastérisé par MC Dolby lui-même, devenu Beatmaker célèbre,  reconnu pour ses mixtapes « Blues-Jazz-Rap-Classik ».

« OFF » en guise d’épitaphe sur leur pierre tombale.

Majead

Lasc’ART & Compagnie

« Urbainement » vôtre

http://www.facebook.com/majead

Sur la trace de Victor Hugues

Alejo Carpentier, cubain de père français, écrit Le Siècle des Lumières au moment où Fidel Castro et Ernesto Guévara tentent d’arracher le pays au dictateur pro-américain Batista. Celui qui deviendra par la suite ambassadeur de Cuba en France noircit ses feuillets entre la Guadeloupe, la Barbade et le Venezuela.

Le roman est publié en espagnol et en français (éditions Gallimard) en 1962, année de la crise des missiles et de l‘indépendance de l’Algérie. Il retrace le parcours de Victor Hugues dans la Caraïbe. Ancien boulanger à Saint-Domingue, il amènera en Guadeloupe le décret du 16 pluviôse de l’an II avant d’agir de manière contradictoire quelques années plus tard en Guyane …

La Havane, fin du XVIII° siècle. Trois adolescents, un frère et une sœur, Sofia et Carlos, et leur cousin Esteban, sont sous la tutelle de l’exécuteur testamentaire de leur défunt père (respectivement oncle). Héritiers d’un commerce prospère auquel ils n’entendent rien, ils ne souffrent pas trop de la disparition du chef de famille. Les dernières heures de l’enfance sont vécues dans la joie et la fraternité. Arrive un soir, sous la pluie, un étranger en provenance de Saint-Domingue, voulant rencontrer celui qu’on a déjà enterré depuis fort longtemps. Déçu de ne pouvoir négocier quoi que ce soit, Victor Hugues s’incruste, et au fil des jours se fait accepter par le trio.

Les retirant des mains rapaces de leur tuteur, le marchand emmènera les petits cubains pour un voyage dans la Caraïbe secouée à la fois par les soulèvements d’esclaves et les idéaux de la révolution française traversant cahin-caha l’océan atlantique.

Victor Hughes est né à Marseille. Fils de boulanger, il veut partir pour d’autres continents. Bien qu’il rêve d’Asie, c’est vers l’Amérique qu’il vogue, d’abord en tant que mousse. Installé à Saint-Domingue, sa prospérité est stoppée net par la révolte des Noirs. Carpentier imagine un Victor Hugues, franc-maçon plus par opportunisme que par idéologie, venu répandre les idées de la « philanthropie » à Cuba, avec un médecin mulâtre, nommé Ogé. Frère de Vincent Ogé, membre de la société des Amis des Noirs, qui meurt roué vif en public au Cap-Français pour avoir demandé l’égalité.

De retour, à Saint-Domingue, Ogé constate que son frère (de sang) a été massacré tandis que son frère (maçon) a perdu son commerce. Leurs chemins se séparent, le premier va se battre pour la future nation haïtienne tandis que le second repart pour la France chouboulée par la Révolution. La vérité historique serait plutôt que Hugues ne voulait pas la stricte égalité entre les différentes catégorie de la population de la colonie. Inquiet, il serait rentré en France, sentant que la situation devenait incontrôlable.

Lorsqu’il revient dans la Caraïbe, c’est avec le titre de Commissaire de la révolution. Fort de son expérience outre-atlantique, il a su convaincre la Convention Nationale de l’envoyer reprendre les possessions françaises à l’Angleterre. Les Français, pragmatiques, lui remettent également le décret d’abolition du 16 pluviôse de l’an II (4 février 1794). Si besoin, et ce sera le cas, il pourra ainsi bénéficier des renforts d’esclaves devenus soldats.

Une autre passagère fait le déplacement avec Hugues. La guillotine est installée sur la place de la Victoire à Pointe-à-Pitre (renommée Port-de-la-Liberté). Cet épisode guadeloupéen est certainement le plus connu du personnage. Avec lui, la Terreur arrive dans la Caraïbe. Les riches planteurs monarchistes sont éliminés. Si l’esclavage est aboli, le travail forcé est mis en place. L’armée fait alors office d’ascenseur social chez les anciens asservis. Ces quelques années durant lesquelles l’idéal révolutionnaire aura tant bien que mal été appliqué, expliquent la résistance qui a été faite aux troupes de Napoléon en mai 1802 et à ses émissaires les mois précédents. Cet épisode de l’histoire guadeloupéenne n’est pas évoqué dans le roman

L’exportation des produits de la colonie et la guerre de course vont être à l’origine d’immenses fortunes, dont celle du gouverneur. Carpentier dépeint donc un personnage très intéressé. Mais aussi un admirateur de Maximilien Robespierre. A l’époque, les nouvelles de France prenaient des semaines voire des mois à parvenir aux Antilles. On imagine Hugues régnant sur la Guadeloupe avec un portrait de Robespierre dans son bureau alors que ce dernier n’est plus. Comment donner des gages d’allégeance aux nouveaux maîtres de la France? En leur montrant combien peuvent rapporter les colonies et le pillage des corsaires. Les navires des États-Unis, pourtant allié de la France, ne sont d’ailleurs pas épargnés.

A travers le regard d’Esteban, Carpentier nous montre les désillusions de ceux qui ont crû en une « révolution qui n’a jamais aboli l’exploitation » comme le chante Renaud (Hexagone). Le jeune cubain, persuadé de vivre dans le siècle des Lumières qui sortiront l’humanité de l’âge obscur dans lequel elle est maintenue, a la déception aussi grande que l’espérance qui l’animait lors de son entrée à l’âge adulte.

Rappelé en France, Victor Hugues est envoyé par le Consulat pour rétablir l’esclavage en Guyane. Il y retrouve Billaud-Varenne, ami de Robespierre, condamné au bagne. Son projet de restauration de l’ordre ancien échoue en partie par le marronage dans la vaste forêt d’Amazonie…

 

Avec des gestes de sacrificateurs aztèques, les hommes noirs poursuivaient leur nocturne labeur d’assemblage, prenant des pièces, des courroies, des charnières, dans des caisses qui ressemblaient à des cercueils. Cercueils trop longs, toutefois, pour être des êtres humains, d’une largeur suffisante, toute fois, pour ceindre leurs flancs, avec ce billot, ce carré destiné à circonscrire un cercle mesuré sur le module courant de tout être humain en ce qui va d’épaule à épaule. Des coups de marteau commencèrent à retentir, faisant planer de sinistres cadences sur l’immense quiétude de la mer où déjà apparaissaient quelques sargasses

 

Relire sur Fwiyapin :

La Guadeloupe en 1802
La démence coloniale sous Napoléon

 

Frédérick Sigrist ka fè nou woulé atè

Samedi 27 août 2011. Paris XVIII ° arrondissement.

Fin des vacances, fin du mois d’août, fin de semaine, fin de journée. Montmartre, cette jungle urbaine est envahie par des hordes de touristes susceptibles de vous agresser sans aucun avertissement préalable. Un couple, visiblement perdu qui demande son chemin dans un idiome inconnu contenant  quelques mots d’anglais, ou alors un monsieur vous ordonnant avec autorité de le prendre en photo avec sa femme dans ce quartier qui leur rappelle tant Amélie Poulain …  Passé la synagogue hyper-sécurisée de la rue des Saules, la lumière crépusculaire sur les briques des bâtiments voisins du théâtre Funambule m’évoque avec nostalgie la ville rose de Nougaro.

L’entrée en scène de Frédérick Sigrist se fait sur un morceau de la Compagnie créole, mais c’est pour mieux rire des poncifs et des préjugés. Et c’est partie pour plus d’une heure d’intense poilade. Plié de rire, on en oublie le peu de confort que la chaise propose à notre séant.

Sigrist refait l’actu et il n’oublie aucune des raclures qui nous gâchent le temps, des agences de notation au couple de la rue du faubourg Saint-Honoré. D’ailleurs quand il tape sur les locataires de l’Élysée, une partie des spectateurs rigolent jaune. Pareil quand il dénonce l’islamophobie française et malmène les catholiques. Mais rassurez-vous les sympathisants de mesdames Aubry et Royal en prendront également pour leur grade. Idem pour les fans de Nicolas Hulot, ce balai à chiottes dont même les verts n’ont pas voulu pour leurs toilettes sèches.

Alors qu’il y a de quoi se flinguer trente-douze mille fois en regardant un JT, le comique arrive à nous faire marrer des guerres et des conflits qui secouent la planète, des tsunamis et des catastrophes écologiques, de Fukushima et d’Hiroshima, de la crise économique grecque, étasunienne, française, mondiale.

Rebondissant sur les hilarantes primaires socialiste et écologiste, le cas DSK, les lapsus et les perles d’un gouvernement d’abrutis et d’obsédés, le comédien s’inspire avec brio de l’actualité hexagonale. On a même droit à une petite visite guidée dans la banlieue de Nancy, là où a grandi Frédérick. Mais du côté de son père … sé on tiboug Gwadloup ! Voilà donc une raison de plus pour parler de ce nouveau venu dans l’arène des meilleurs comiques français.

En plus Sigrist fait dans le social et permet à tout un chacun de voir du théatre en vivant et en direct selon ses moyens. A la fin du spectacle, il attend dehors son salaire avec un chapeau et le public donne selon son appréciation.

Frédérick Sigrist possède un humour tordu et intelligent, un mauvais esprit comme nous l’aimons. A voir absolument le mardi 20 septembre au théâtre Traversière (Paris XII°).

Guadeloupe : ce pays aux librairies si chaleureuses

Il vaut mieux acheter des livres de Martiniquais et de Guadeloupéens dans toute ville hexagonale possédant une librairie digne de ce nom plutôt qu’à Baie-Mahault ou Lapwent. Pour preuve lire ce qui suit : une analyse simple mais non simpliste de l’existant et le récit d’une tentative échouée d’un rapport « gagnant-gagnant », id est nourrir son esprit affamé tout en permettant à une entreprise guadeloupéenne de prospérer …

Acheter un livre : militantisme ou masochisme ?

On a vu le LKP déployer tout un éventail de propositions afin de lutter contre la vie chère et de nombreuses formes de pwofitasyon, sans oublier pour autant l’importance de la culture. Nous ne reviendrons pas sur la quasi-exhaustivité des revendications, il nous semble pourtant que la question des livres est passée à la trappe. Voici un produit relativement cher, pour lequel nous avons un engouement inversement proportionnel au champagne. Alors qu’en Hexagone, le prix du livre est fixé, ce qui permet la survie de petites structures face à des mastodontes tels que FNAC et Virgin ; en Guadeloupe une surtaxe vient frapper violemment l’acheteur au portefeuille. Qu’ont fait nos élus pour combattre cela ? Considère-t-on que seuls des nantis achètent des livres et qu’ils ne seront donc pas à quelque euros près ? Pourtant on peut s’offrir plus de plaisir et ouvrir davantage son imaginaire avec une caisse de bouquins plutôt qu’un écran plat …

Rentrez dans une librairie de Karukera (je ne sais pas pour la Martinique et la Guyane mais je subodore que la situation est identique …), prenez le livre d’un guadeloupéen, par exemple Mes années de proscrit de l’historien Oruno D. Lara. Le prix Fwans est imprimé sur le bouquin. 29 euros ce n’est pas rien. C’est l’équivalent de quatre places de cinéma au Rex, autant en bouteilles de rhum, plus d’une dizaine de salades locales. Mais si vous voulez repartir avec ce bouquin il vous faudra débourser ENCORE PLUS que la somme indiquée. Une étiquette est présente pour vous rappeler que si vous désirez acquérir en Guadeloupe un ouvrage écrit par un guadeloupéen pour (entre autres) ses compatriotes guadeloupéens il faudra débourser 5 ou 6 euros de plus …

Pour avoir un espoir de payer le même prix qu’en Hexagone, il faut que le livre soit édité localement, par exemple chez Jasor ou Nestor … Pas de bol, les entretiens de Lara sont publiés chez L’Harmattan… Et la douceur des alizés ne fait pas passer ma déception, j’ai subitement mal à la tête comme un paysan occitan soumis dans son champ au vent d’autan en été.

Plus grave encore, certains livres ne sont même plus sur les étals, toujours méconnus des interlocuteurs. C’est par exemple le cas de Nonmkali hommage à Sonny Rupaire de Carlomann Bassette édité aux Éditions Lespwisavann sorti cette année même …

Médaille d’or de l’accueil pour Jasor et la librairie Antillaise

A ce problème de prix, viennent s’additionner d’autres problématiques. Vous savez que vos livres coûtent certainement moins cher ailleurs, pourtant vous vous obstinez bêtement à faire vivre économiquement un lieu qui ne vend pas des produits de consommation ordinaires.

Mais quelques mots échangés avec les salariés de ces entreprises peuvent vite vous faire tourner les talons. Un jour, ne le trouvant pas à côté des journaux locaux, je demande à la L.A de Baie-Mahault où est le magazine Antilla ? « Vous êtes sûr que ça existe monsieur ? »  …  Bon, passons sur l’ignorance des employés sur les journaux, magazines et livres disponibles dans leur magasin, nous sommes en Guadeloupe et j’ose espérer que si j’avais demandé Le MotPhrasé ou Le Progrès Social la réponse eut été autre.

Mieux ou pire, la désinvolture des employés quand vous avez le malheur de leur poser le début d’un commencement d’une minuscule question.  » Voyez avec ma collègue  » me dit une dame à Jarry en me montrant un comptoir vide quand je lui demande si elle sait où je peux trouver deux livres, là encore d’auteurs antillais. Woké an ka fèw chyé, an ké aché biten an mwen tou sèl. En levant la tête de temps en temps, je n’ai jamais vu quelqu’un revenir à la dite place pendant ma longue et infructueuse investigation dans les rayons. Pendant ce temps-là, la dame qui m’a envoyé bouler range consciencieusement des ouvrages.

Autre anecdote, antérieure celle-ci, mais toujours au même endroit. Je cherche un livre écrit en créole martiniquais dont j’ai vu les références sur Montray Kréyol. Naïvement, je me dis que si la librairie ne l’a pas en stock elle pourra me le commander. J’ai l’auteur, la maison d’édition (qui n’est pas une inconnue puisque c’est Ibis Rouge) et même son ISBN. En étant aussi exhaustif, je me dis que tout cela suffira et qu’au pire je n’aurais plus qu’à payer les arrhes si le livre n’est pas disponible. Awa insuffisant ! Il manque le code barre … Ki mafouti é sa !!!! Quand on cherche un livre, maintenant il faut le code barre ? Illico je me casse. Point barre.

A Pointe-à-Pitre, toujou aka Jazò, il semble plus facile de pouvoir faire une recherche. Je pense avoir de la chance, ce sont les vacances et des étudiants sont utilisés en renfort. Mais leur connaissance des produits, plus excusable, est aussi sévèrement lacunaire que celle de leurs collègues. Le logiciel de recherche, fort piteux, ne fonctionne que par auteur ou éditeur. N’allez pas là-bas si vous n’avez que le titre du bouquin; de plus une incertitude au niveau de l’orthographe de l’auteur pourrait vous être fatal.

Voilà, alors que j’habite dans « le ventre de la bête », j’ai essayé stupidement de donner la force, prêt à acheter parfois plus cher, pour ne pas repartir du pays avec uniquement des litres de rhum dans mes valises. Mais awa, non, nein, no more. Je commanderai  désormais mes livres dans des librairies en France, ou alors sur internet. Et si jamais je remets les pieds dans les commerces susnommés (ce qui est somme toute fort probable),  ce sera pour la presse. Et alors là si, par hasard, je tombe sur une petite perle … alors là … ou pa jen sav

Dé mo kat pawol épi LM Starjee

Quelque part en Guadeloupe, un jour de mois d’août sans pluie presque sec. On a plus l’habitude, il fait chaud. Une bouteille d’eau, des kasav, une caméra, LM Starjee. Voici la recette de l’interview d’un des piliers du Karukéra Crew. In creole of course !

 

 

LM Starjee & Tysmé Nou ni :

 

Interview (2/2) :

 

Acheter le CD en ligne

Relire sur Fwiyapin :

3 bonnes raisons de regarder le clip Lapwent

Papa Politik

Il y a des bons et des mauvais pères. Parmi ces derniers, les Papa Doc, Papa de Gaulle, Papa Sarko… Les Papa Pol quoi !

Extrait de l’album Dégats & d’EGO (téléchargement libre) de Majead Atmahel :

 

Production : 3Monkyz / 6TMD

Mi la pou pwan’ y :

Jamendo

oben si :

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Klip a vakans 2k11

 

An vakans la, sé toujou lé menm son ou ka tann an radyo-la. É si ou sizé douvan an télé sé menm biten.

Mè pou séla ki pa té o Péyi, mi an ti sélèksyon a klip. Ni sa nou pa té pé pa mété yo. Ni sa nou ka pòté, évè ni dé maji nou pa mété davwa nou enmé son ki réyèl, mè pa kon on kolonèl …

Nou ka ouvè tan-la épi P-Square, on awtys ki pa soti Lakarayib, mè son a misyé fè rat an tout radyo :

 

 

Alèla nou ka lésé Afwika pou Gwada, Mada é Yana. Sé Saik i ké sèvi zot gid touwistik :

 

 

Zot rivé Gwadloup, kité gwandtè pou désann asi Bastè. Sélè pou pwan an Fwesh !

 

 

Nou ka rété épi Slas (séli ki fè klip a Tysmé) é Karukéra Crew. Janbé pon gaba é alèla zot Lapwent épi LM StarJee

 

 

Admiral T, Sadik, Riddla, Esy Kennenga & Daly si an sèl mòso ! Si si :

 

 

i ni non a an péyi afriken, i ka rété Madinina é son ay ka krazé. I soti an ti son komik. Zo ka di fanm ay ni marre tann son-la ?

 

 

Flo 55° pou dijéré, welcome to their hood !

 

couk