Faut-il noyer les porcs en eau profonde ?
Après Atomic pork et Le cochon de Gaza, cet article ne s’éloigne guère du pak-a-kochon. Autant annoncer la couleur tout de suite, cet article est intolérant, gougnafier et violent…
En mitan des grandes vacances, un numéro de l’hebdomadaire guadeloupéen Nouvelles Semaine, titre sur Jarry et son futur port en eau profonde. Le numéro 68 (semaine du 4 au 10 août 2011) s’autoproclame même prétentieusement comme « exclusif ».
« La Guadeloupe choisie pour accueuillir (sic) le port en eau profonde » nous dit la une. Choisie par qui ? On ne le saura pas vraiment, mais la liste de ceux qui sont en extase devant ce projet est impressionnante : le président de la collectivité régionale Victorin Lurel, le maire de Baie-Mahault Ary chalus, la secrétaire d’État Marie-Luce Penchard, la présidente de la CCI Colette Koury. Numéro un de ces fans, l’éditorialiste à la plume putassière Pierre-Edouard Picord, se surpasse dans son éditorial. Ce projet de port en eau profonde, un « bond technologique » est loué par le directeur de la rédaction. Et si vous ne partagez pas son incroyable enthousiasme sur ce « progrès énorme », forcément vous faîtes partie des « esprits chagrins » qui « baveront jusqu’au bout sur le projet ». Pis, si vous n’êtes pas en accord avec ce consensus des partis politiques au pouvoir vous voilà catalogué dans la tribu des « psycho-archaïques résolument contre tout ». Vous « rejet[ez] systématiquement toute avancée ». Vous voilà habillé pour l’hivernage, mais ce n’est pas tout, car pour finir vous risqueriez fort, vous et vos coreligionnaires haineux, de vous « montrer intolérants, gougnafiers et violents ».
La Guadeloupe pourra rayonner
Alors à quoi sert et qu’est-ce qu’un port en eau profonde ?Voilà comment le projet est vendu par Laurent Martens, directeur général du PAG.
Actuellement de onze mètres, le tirant d’eau du port de Jarry devra passer à 15 voire 17 mètres. En plus avec de nouvelles écluses dans le canal de Panama, les bateaux pourront transporter encore plus de marchandise. Et donc en déverser encore plus chez nous et pour moins cher… On joue même la corde sensible de l’intégration dans l’environnement géographique. Si la Guadeloupe se dote de cet hyper-infrastructure, elle récupère un des sous-marchés de la Caraïbe (desserte entre l’Europe et le nord de l’Amérique du sud). En plus, construire ce biten destiné à ingurgiter toujours plus de saloperies venues d’ailleurs, ça fera du bien à l’emploi. Comment une des zones « européennes » les plus sinistrées au niveau du chômage, notamment des jeunes, pourrait refuser une telle opportunité ? Au niveau des risques naturels, tout sera prévu, le gadget sera résistant à tout séisme mal venant.
Mais si les produits importés sont encore moins chers, cela ne va-t-il pas nuire à notre production locale qui ne parvient pas à décoller ? Awa nous rassure Martens, la Guadeloupe aura accès à un plus grand marché et elle « pourra rayonner ». Waouh ! Rayonner comme un bâton de plutonium.
Une douloureuse pour les contribuables de 160 millions d’euros
Si, si vous avez bien lu. Vous avez comme l’impression qu’on aurait pu mettre tout ce pognon ailleurs, au hasard dans des secteurs comme le développement des énergies renouvelables, de l’éducation et de la santé, des transports collectifs, de l’agriculture ? Ben non, l’argent de la région (10% de la note) ne servira pas à ça. Et tant pis si ça n’a jamais été abordé dans le vaporeux projet guadeloupéen de société promis depuis nanni nannan par le Congrès des élus. L’Europe et l’État apportent également chacun 10%, les 70% restants seront à la charge du PAG, lui même un établissement public… le secteur privé apporte 80 millions. Autrement les deux tiers du financement vient du public. Mais vous cher public de cette mascarade, on vous a demandé quelque chose ?
Il y a bien un passage à la CNDP (Commission nationale du débat public). Après une petite tournée dans les communes, la Commission conclura sans surprise que tout va bien dans le meilleur des mondes.
Bon que se passerait-il si on se privait de cet immense avancée technologique et sociale qu’il ne faudrait surtout pas critiquer ? L’importation coûterait plus cher. Plus cher pour se faire inonder de champagne, polluer à coups de 4×4 et abrutir grâce à de nouveaux écrans plats. Plus cher pour acheter des ignames du Costa-Rica, des oranges de Saint-Domingue et autres pwadibwa importés. On peut effectivement acquiescer que dans un premier temps ça ne ferait pas grand bien au secteur marchand dépendant des produits d’importation. Mais à plus long terme, ça ne favoriserait donc pas un titak la production locale ?









L’idée de départ est bonne et le résultat est convaincant. Revenir sur les prémisses et la chronologie des secousses et soubresauts qu’a connus la Guadeloupe en 2009. C’est à cette tâche que se sont attelé Frédéric Gircour et Nicolas Rey. Le premier vit en Guadeloupe depuis six ans et a suivi de très près le mouvement social, ses avancées, ses victoires et ses maladresses, tant il était « embedded » dans le Liyannaj. La deuxième plume, guadeloupéenne mais vivant à l’étranger, sociologue, professeur à l’université, auteur de 


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