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« Projet Guadeloupéen de Société »: Questions diverses

Prendre la parole, amender, compléter, enrichir le Projet Guadeloupéen de société. Telles sont les missions qui nous sont confiées. En tant que citoyen Guadeloupéen, je l’accepte volontiers car depuis le temps que l’on nous promettait de nous donner la parole, de nous inviter à nous impliquer plus largement dans cette noble entreprise via des interfaces modernes dans l’expression, le recueil, la prise en compte de nos désidérata, il n’est pas question de faire la fine bouche. Déjà en 2009, la proposition de méthode soulignait qu’elle était « destinée à être modifiée et amendée pour correspondre aux attentes de l’immense majorité des Guadeloupéens; elle devra également faire l’objet d’un calendrier indicatif de mise en œuvre, étant entendu que ce sont l’implication et la décision populaires qui en fixeront le rythme ». On ne pouvait mieux dire!

Cependant, pour pouvoir contribuer, il faut, me semble t-il, au préalable analyser les textes qu’on nous présente, mettre en regard ces différents documents, les interroger, chercher à comprendre la position affichée des uns et des autres, chercher matière à nourrir la réflexion, examiner certaines déclarations, interviews des chefs exécutifs de la Guadeloupe… Au nombre des documents, il y a « Le Projet Guadeloupéen de Société », « La résolution du Congrès des élus départementaux et régionaux du 24 juin 2009 avec pour objet le Projet Guadeloupéen de société », « La Proposition de méthode, La parole aux citoyens », le rapport sur « La réforme territoriale, Enjeux et perspectives. »

« Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, Suspendez votre cours !» serais-je tenter de déclamer comme le poète, car beaucoup d’eau a coulé sous le pont de la Gabarre et du Galion depuis 2009. En effet, les initiateurs du Projet Guadeloupéen de société se donnent beaucoup de mal depuis cette date, travaillent d’arrache-pied, avec abnégation pour accoucher d’un projet, mais la gestation semble tellement interminable… C’est vrai qu’organiser quelques rencontres communales à la dernière minute comme une surprise-partie, réclamer à cor et à cri quelques menus travaux de ravalement ou d’adaptation fin 2010, tuer le temps en effectuant une visite élyséenne le 14 février 2011, déposer une proposition de loi du 22 juin 2011 suivi d’un rapport le 28 septembre 2011 , les faux départs avec l’annonce successive de la relance du projet, le fait de ne pas avoir mis en place tous les outils de communication comme la publicité en avait été faite en 2009, n’ont pas vraiment participé pas à faire sortir un projet de terre.

Commençons par un extrait de la résolution du 24 juin 2009, pour mémoire :

« Considérant le contexte de crise économique mondiale exacerbée, dont l’impact au niveau national se fait durement ressentir à l’échelon local,

Considérant les revendications d’ordre économique, social, identitaire et plus largement sociétal, issues du mouvement social qui a traversé la Guadeloupe en début d’année,

Considérant la nécessité de doter la Guadeloupe d’outils et de moyens de tous ordres propres à permettre l’émergence de réponses adaptées au traitement des difficultés et dysfonctionnements affectant la cohésion sociale et territoriale de l’archipel,

Considérant l’aspiration réitérée du peuple guadeloupéen à être l’acteur premier de sa propre destinée,

Considérant l’impérieuse nécessité pour y parvenir, de déterminer démocratiquement les voies et moyens devant conduire à l’élaboration d’un projet guadeloupéen de société partagé.»

En guise d’introduction au document intitulé « La parole aux citoyens ! Construisons ensemble un projet guadeloupéen de société », les élus dressaient un inventaire sommaire des maux qui minent la Guadeloupe tout en se plaçant dans la perspective d’un débat public, faisant appel à toutes les forces vives, les politiques, les économistes, le peuple tout entier dans le joli dessein de recueillir la parole, les doléances, les analyses, les contributions afin de trouver les itinéraires pour édifier une nouvelle Guadeloupe.

« Le taux de chômage endémique, un système économique particulièrement dépendant des importations, la multiplication des addictions et des cas de déviance des jeunes la progression de l’échec scolaire, la prégnance des phénomènes de désocialisation et d’exclusion de toutes sortes, combinés au fort cloisonnement de la société guadeloupéenne sont quelques unes des symptômes d’un profond mal-être de la société guadeloupéenne.

Ces phénomènes viennent s’ajouter aux contraintes des handicaps structurels (gestion du foncier, double, voire triple insularité, vecteurs de dépopulation dans le cas des Iles du Sud), et au renforcement de la prise en compte des enjeux du 21ème siècle (gestion de l’eau, éco-citoyenneté et traitement des déchets, énergie, santé…) qui appellent une refondation des rapports sociaux, économiques et politiques, autant que de notre relation avec le territoire, au sein d’un projet de société fédérateur.

Ce projet guadeloupéen de société doit être élaboré par le peuple guadeloupéen sans carcan ni limites, sur la base d’une méthode qui favorise son appropriation par le plus grand nombre, sans qu’il ne soit pour autant accaparé par quiconque.

L’enjeu consiste donc précisément en l’élaboration collective, et territorialisée d’un projet de société auquel chaque guadeloupéen pourra participer individuellement aux côtés des forces vives, du mouvement associatif, de la société civile organisée, des acteurs économiques, des élus et des partis politiques, des syndicats, des organisations patronales, des experts et des universitaires. »

PGS 04/04/2012

Dans un rapport intitulé « La réforme territoriale en Guadeloupe, Enjeux et perspectives » il était dit se référant à la résolution du Congrès du 24 juin 2009 en son « Article 4 -Disposition transitaire De demander à l’Etat de n’engager ni d’imposer de modification institutionnelle ou statutaire qui ne serait pas compatible avec le projet de société élaboré par le peuple guadeloupéen dans un ce délai de 18 mois ».  » A cette occasion, ils ont exprimé leur préférence pour une réflexion portant d’abord sur le choix du type de société dont veulent les Guadeloupéens, les questions statutaire et institutionnelle ne devant être, selon eux, que la résultante de ce choix de société. »

Si selon cette belle logique, c’est du débat, des discussions, de la confrontation des idées, de la réflexion, des arguments des uns et des autres que devrait émerger le choix d’un statut et de l’institution comme étant la réponse, la validation des outils nécessaires à la mise en œuvre de ce choix de société, pourquoi mettre la charrue avant les bœufs-tirants? Or, si on se réfère à ce que la presse nous apprend, nous rapporte, quand on consulte par exemple le rapport sur la réforme territoriale, le Projet Guadeloupéen de société (version Lurel) il est tout à clair et acquis pour Jacques Gillot et Victorin que la vision d’une évolution statutaire est circonscrite dans le cadre de l’article 73.

Pour corroborer le propos, voici un florilège:

Le journal France-Antilles du 19/10/2010 rapportait que « M. Gillot a livré les ingrédients pour réussir : élaborer une proposition institutionnelle, rechercher l’unité et avoir le sens du pays. « Il faut une collectivité unique rassemblant les compétences des conseils général et régional et dans cette collectivité unique, il faut pendre en compte la problématique des communes. Un projet guadeloupéen n’est pas seulement un projet Région-Département. »

Dans une interview accordée à France-Antilles le 07 décembre 2010 Victorin Lurel déclara entre autres : « C’est la volonté du gouvernement de mettre en œuvre une réforme générale des collectivités territoriales qui nous a conduits à engager une réflexion sur les adaptations à y apporter chez nous. Les élus guadeloupéens avaient demandé et obtenu 18 mois pour mener à bien ce travail, mais le Parlement a choisi de passer en force en décidant de nous imposer, avant la fin du délai, la mise en œuvre telle quelle de la réforme territoriale en Guadeloupe en 2014. [...] « En ce qui concerne la réforme territoriale, en accord avec le département, la Région a animé dans presque toutes les communes une réunion du comité communal destiné à informer la population des principales options institutionnelles envisageables dans le cadre de l’article 73 de la Constitution. »

Dans une interview à France-Antilles du 02 avril 2011, le Président Jacques Gillot, à la question : « Ce projet guadeloupéen dont vous êtes aussi l’instigateur, avance-t-il vraiment ? Et d’ailleurs, a-t-il encore un sens compte tenu de l’absence de réelle évolution institutionnelle ? il répondait « Ce projet est incontournable parce que chacun est conscient que l’application pure et simple de la réforme territoriale en Guadeloupe avec le maintien de la région et du département serait totalement incongrue. Il faut rationaliser les politiques publiques et les rendre plus lisibles pour la population en évoluant, dans le cadre de l’article 73 de la constitution, vers une entité politique unique.Mais il faut avant tout que le projet parte du peuple et soit validé par lui, c’est la seule façon d’éviter les errements du passé et combattre la peur du changement. Dès mon discours d’investiture, j’ai longuement insisté sur la nécessité, pour le peuple guadeloupéen, de reprendre l’élaboration de ce projet avec des contributions de l’ensemble des composantes du corps social. Nous avons jusqu’à 2014 pour le faire aboutir après consultation de la population, tout un chacun doit donc se retrousser les manches. C’est le sens de l’initiative que je prendrai avec le président de Région dans les toutes prochaines semaines, de sorte à relancer le débat et permettre à chaque citoyen d’apporter sa pierre à l’édification de cette nouvelle Guadeloupe. »

Dans un reportage à propos de la tenue du Congrès, (cf le journal télévisé de Guadeloupe 1ere du 09/12/2011, [...] la journaliste introduit une question : « Comment faire émerger une nouvelle société dans un cadre institutionnel adéquat, qui tienne compte de notre environnement?  » Et de tendre le micro au Président Jacques Gillot qui déclarait : « Aujourd’hui, je crois que sauf deux trois voix discordantes, nous sommes déjà pour la collectivité unique. Ce qui est important, c’est qu’est-ce qu’on y met dedans? Quelle gouvernance au niveau de cette collectivité unique? Avec les contributions que nous… aurons avec le peuple Guadeloupéen, je pense que nous…pourrons avoir ce consensus-là. » La reporter mentionnait ensuite « ‘Une collectivité unique plutôt que la prochaine réforme territoriale. Un texte jugé inadapté pour la gauche, mais pour la droite. [...] Et c’est là qu’intervient Mme Henriette Fabignon-Solignac pour s’interroger : « Est-il besoin de changer les institutions pour régler le problème des déchets en Guadeloupe? Est-il besoin des institutions pour régler le problème de l’eau en Guadeloupe? » La reporter soulignait que l’assemblée unique était « défendue notamment par Victorin Lurel » et poursuivait en notant que « le choix n’est pas arrêté pas plus que le mode de scrutin. Pourtant, le temps presse à l’approche des élections ». Le Président Victorin Lurel déclarait ceci: « Nous devrons, à mon sens, notamment sur l’aspect institutionnel, nous devrons finir avant l’élection présidentielle. Le deuxième tour, c’est le 06 mai… Le deuxième tour… Il faudrait peut-être pouvoir envoyer, une proposition qui a l’agrément de tous les élus de la Guadeloupe ou du maximum d’élus de la Guadeloupe, à tous les candidats aux élections présidentielles ». Et la reporter de conclure : « Quoiqu’il en soit, pour les élus, une seule certitude, le projet de société ne pourra être approuvé qu’après aval de la population guadeloupéenne ». On respire!

Et le peuple dans l’élaboration de cette proposition? S’agit-il d’une affaire qui ne regarde que les élus? Si je comprends bien l’extrait du discours qui suit, c’est le peuple qui est souverain, dépositaire du pouvoir de choisir? D’ici avril de quelle façon le peuple guadeloupéen aura validé cette proposition? « Le peuple nous demande au contraire d’avoir des idées, de les exposer, de fixer un cap dans un dialogue démocratique au terme duquel c’est lui, le peuple, qui choisit. L’ambition d’une telle contribution n’est donc en aucun cas de confisquer le débat ou de le préempter, comme j’ai pu l’entendre. Mais, bien au contraire, d’en être l’outil, car il est écrit noir sur blanc dans son avant-propos qu’elle a vocation à être enrichie, modifiée et amendée dans le débat. Et j’ajoute rejetée ! » 05/04/2012

Au chapitre « Une société démocratique et responsable » de la contribution de la Région, il est dit  » L’hypothèse de l’institution, en Guadeloupe, d’une assemblée unique commençait à réunir un nombre significatif de partisans. En effet, cette formule qui permet de rationaliser le fonctionnement des collectivités sans supprimer le département et la région était considérée par de nombreux Guadeloupéens comme une solution pertinente ne s’écartant pas sensiblement du droit commun.[...] Il reste que la formule de l’assemblée unique, même si ses contours méritent d’être précisés au regard notamment de la décision du Conseil constitutionnel de novembre 2010, peut encore constituer une solution intéressante pour la Guadeloupe. Certes elle sera considérée par certains comme une étape vers la collectivité unique, voire l’autonomie et pour d’autres, elle représentera une solution pérenne, heureux compromis entre le statu quo et la création d’une collectivité unique dont les Guadeloupéens se méfient. Il convient évidemment de rester ouverts à d’autres hypothèses. Celle de la collectivité unique n’est, bien sûr, pas à écarter. Assortie d’un mode de scrutin adapté à notre situation particulière, qui concilierait scrutin à la proportionnelle et représentation des territoires au scrutin majoritaire ainsi que de véritables contre-pouvoirs, elle peut être sérieusement considérée. À cet égard, l’expérience alsacienne qui pourrait faire bouger les lignes du droit commun, sera à suivre de près. Celle du statu quo qui n’a pas failli (maintien de la situation actuelle qui fait coexister le département et la région dotés de leurs propres assemblées) n’est pas davantage à récuser. Il pourrait s’agir d’une solution de consensus pouvant être améliorée par un réaménagement de la répartition des compétences entre la région et le département. »

« Nous considérons qu’il convient d’assumer nos choix statutaires et institutionnels. L’attachement à la République, au département et à la région n’exclut pas des aménagements institutionnels du type « assemblée unique». Les Saint-Martinois et les habitants de Saint-Barthélemy ont choisi et obtenu ce statut. Les Guyanais et les Martiniquais, interrogés, l’ont massivement rejeté. Cela prouve que l’État est ouvert à toute formule et qu’il ne nous refuserait pas l’autonomie si nous la demandions majoritairement. » S’agit t-il d’abord d’une question qui concerne l’État ou nous en premier lieu? Notez que l’autonomie est une évolution statutaire qui est inscrit noir blanc dans l’article 74 de la Constitution française, donc, le législateur a déjà admis, intégré dans ses textes que c’est une possibilité qui est bien réelle, tangible. l’État est moins frileux, peureux que certains. Tout est question de degré d’autonomie, de ce que nous souhaitons avoir comme compétences, pouvoirs, prérogatives, champs de compétences… Les Assises des forces patriotiques de la Guadeloupe qui viennent d’ouvrir  leurs portes, ses ateliers où tous sont conviés nous permettront de polir, d’affiner cette option politique et de compatriotes de la validité de ce choix…

Si, d’après ces déclarations que l’un vote pour une collectivité unique et que l’autre semble opter pour une assemblée unique, qu’en est-il du peuple guadeloupéen, est-il d’accord avec ces choix? S’est-il jamais exprimé par un vote, une votation citoyenne pour ce choix? Quel est donc l’intérêt d’un débat si l’institution est déjà choisie au préalable par le soin de ces élus, si la conclusion du débat est connue à l’avance? Quel raisonnement, quelle dialectique président à cette affirmation? Quelle seront par conséquent, la valeur, le crédit, l’importance qui seront accordés aux contributions protéiformes, aux opinions diverses, divergentes qui se font entendre si le choix statutaire et institutionnel est considéré comme acquis et annoncé, déjà fait par ceux qui ont initié un débat censé en délibérer publiquement ? Pourquoi le débat devrait-il se limiter, se circonscrire aux limites de l’article 73 de la Constitution française? Dans ce même rapport cité plus haut, toutes les options d’évolution ou de changement statutaire n’ont pas été examinées (en particulier l’art. 74) et quand il est mentionné, c’est pour dire que les Guadeloupéens n’en veulent pas. A ce jour, il n’y a pas de référendum pour en attester. A supposer qu’ils disent ou aient dit non un jour, il serait pour le moins hasardeux de prétendre que ce soit irrémédiablement définitif, gravé dans le marbre. Il est tout autant inexact de considérer que « les Guadeloupéens ont donc exprimé clairement leur refus de toute évolution institutionnelle ou statutaire » comme une quelconque adhésion irrévocable, indéfectible au statut quo ou que sais-je. Les électeurs de la Guadeloupe ont dit non à la création d’une collectivité unique dans le cadre de l’article 73 de la Constitution à 72, 98% selon diverses sources officielles convergentes telles que : La documentation Française, Science-po, le Sénat (sauf sur le site du Ministère de l’Intérieur, de l’Outre-Mer, des Collectivités et de l’Immigration) contrairement au pourcentage indiqué de75% indiqué dans le rapport sur la Réforme territoriale en Guadeloupe, Enjeux et perspectives (lire à la page 1) ou à « plus de 75% » ainsi mentionné dans la partie « Une société démocratique et responsable » du projet (lire à la page 80). Les résultats d’un référendum, d’une élection évoluent-ils avec le temps, au gré des fantaisies? A plusieurs reprises aussi bien dans le rapport sur la réforme territoriale, que dans la contribution de Victorin Lurel, l’option d’une évolution statutaire et institutionnelle dans le cadre de l’article 74 de la Constitution française est soigneusement minimisée au motif que : »Ils (les Guadeloupéens) ne semblent pas non plus qu’ils souhaitent s’orienter, pour l’instant, vers un statut d’autonomie que rendrait possible l’article 74 de la Constitution ». La précision est de taille : « pour l’instant ». Les choses peuvent tout à fait changer à l’avenir, l’opinion publique évoluant. Selon un récent sondage Ipsos Antilles/Région Guadeloupe de décembre 2011 , les résultats à la question de l’ « évolution statutaire et institutionnelle souhaitée » sont une indication notamment au regard de l’autonomie de la Guadeloupe. Le chiffre de 40% est révélateur de l’état de l’opinion.

Par ailleurs, on nous avait affirmé que « Ce projet guadeloupéen de société doit être élaboré par le peuple guadeloupéen sans carcan ni limites, sur la base d’une méthode qui favorise son appropriation par le plus grand nombre, sans qu’il ne soit pour autant accaparé par quiconque » ou que « Nous estimons que toutes les idées doivent trouver un espace pour s’exprimer et que cet espace s’appelle la démocratie. » ou aussi « Il n’y aura pas de questions taboues », et encore que « Il convient de rester ouvert à d’autres possibilités ». L’évolution statutaire dans le cadre de l’art. 74 comme le propose le CIPPA est une voie, une proposition. Cette évolution de la Guadeloupe dans ce cadre juridique n’a pas été retenue, examinée dans le rapport de la Région mais qu’à cela ne tienne. A ce propos citons un texte de Louis Dupont,  Le statut politique des petits territoires insulaires à vocation touristique a-t-il une influence sur leur performance économique et sociale? : approche comparative. L’auteur se livre notamment à des études comparatives de résultats économiques, s’interroge sur le lien entre degré d’autonomie et performance économique et sociale… C’est donc une analyse pertinente d’un universitaire et qui peut contribuer à éclairer sur des options possibles à l’heure où nous débattons de notre avenir politique.

Le 14 mai 2011, selon un article publié sur le site France–Antilles, le président Jacques Gillot, indique dans une réponse à la question sur le consensus que celui-ci sera l’objet « dès le mois de juin, de la mise en place du comité de projet qui va nous faire une proposition de synthèse par rapport à toutes les demandes que j’ai pu faire à l’ensemble des forces vives de la Guadeloupe. Et avec cette synthèse, nous irons vers la population qui nous a demandé de venir avec quelque chose pour pouvoir discuter avec nous. Ils vont amender le projet et, je pense que d’ici la fin de l’année, on devrait pouvoir faire une proposition au Congrès des élus départementaux et régionaux. »

Or, il y avait de cela, le journal France-Antilles du 04 juin 2010 rendait compte sur son site de la mise en place de ce même comité guadeloupéen ainsi constitué : « 60 membres du comité guadeloupéen du projet, un comité communal de 32 membres piloté par trois élus (maire, conseillers général et régional) et 8 comités territoriaux (deux membres de chaque comité communal). » Comment annoncer aujourd’hui, la mise en place de ce comité en juin 2011, comme si ce sera la première fois alors qu’il était censé déjà être opérationnel depuis juin 2010?

Et voilà, que dans un papier du France-Antilles du 31 décembre 2011, il nous est annoncé que « A la place du comité de Projet, il y aura désormais, un collectif de coordination, composé de trois membres représentant les trois collectivités : Conseil régional, Conseil général et association des maires et de 7 membres de la société civile en dehors de tout parti politique. Ce collectif est chargé de présenter une feuille de route, le 10 janvier prochain, pour peaufiner la méthode déjà élaborée et définir un nouveau calendrier. Ensuite, il nous est rapporté un mot de Jacques Gillot qui disait en substance: « Nous avons tenu à relancer le projet. Nous avons manifesté une envie de pouvoir aller au fond des choses et de mener à bien ce Projet guadeloupéen. Après des hésitations, on a vu que le Congrès a été une manière de relancer le débat. Nous allons recadrer le comité de projet. Il serait bon que l’on puisse finaliser le Projet guadeloupéen aux environs du mois d’avril pour faire une proposition aux candidats à la présidentielle. Notre but, c’est de proposer un projet avant 2014. »

Pourquoi cette fébrilité soudaine? Qu’est-ce qui motive un tel empressement à faire une proposition d’ici avril 2012 alors que l’échéance lointaine est 2014? Tro pwésé pa ka fè jou ouvè, nous dit l’adage populaire. Nous sommes en avril, avez-vous l’intention de faire une proposition ou avez-vous abandonné cette idée… puisque un site internet du PGS existe ainsi qu’une page Facebook? Nonobstant, un projet politique peut-il s’élaborer en fonction d’échéances électorales ou avant tout sur le fondement des choix, des nécessités que les membres d’une société, en l’occurrence guadeloupéenne, jugent indispensables, requièrent pour sa construction, son épanouissement?

Répondant à une interview d’un journaliste de France-Antilles du 14 mai 2011, Jacques Gillot déclarait à cette question « Et quand ferez-vous une proposition au président de la République ? Là est le problème… On va rentrer en campagne électorale et, en terme de démocratie citoyenne, il n’y a pas de grosses décisions qui sont prises six mois avant l’élection. Mais l’essentiel est que nous prenions la décision. Qu’elle soit validée par le président actuel ou le suivant, l’essentiel est que nous ayons notre proposition. »

Donc, si comme le disait Jacques Gillot, « qu’il n’ y a pas de grosses décisions qui sont prises six mois avant l’élection » à quoi ça sert de s’activer pour faire une proposition aux candidats? Les documents n’ont même pas fini d’être passés au tamis, le débat n’est pas terminé, tous les arguments, contre arguments, contre projets n’ont pas encore été examinés, rendus public. Y a t-il péril en la demeure pour envoyer quelque proposition que ce soit aux candidats? Il serait judicieux, raisonnable de laisser le débat contradictoire se tenir, exister et du fruit de nos réflexions naîtra une délibération.

Compte tenu de votre prise en compte du calendrier de l’élection présidentielle comme une date butoir, comment comptez-vous recueillir la parole du plus grand nombre en un laps de temps si ténu? Est-ce que c’est en quelques mois que sera réalisé ce qui ne l’a pas été en plus de deux ans et demi d’intense réflexion et de travail acharné depuis le congrès du 24 juin 2009? Dans la proposition de méthode, il était annoncé que « La présente proposition de méthode consiste donc à initier la mise en œuvre d’une organisation territorialisée qui favorise la liberté d’expression et la remontée la plus efficiente possible, après synthèse, des contributions de chaque citoyen guadeloupéen à un projet de société ». « Elle est destinée à être modifiée et amendée pour correspondre aux attentes de l’immense majorité des guadeloupéens ; elle devra également faire l’objet d’un calendrier de mise en œuvre, étant entendu que ce sont l’implication et la décision populaires qui en fixeront le rythme ».

« O mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge! » Frantz Fanon, « Peau noire, masques blancs »

- Primo: Compte tenu des déclarations de nos chefs exécutifs, de la résolution du congrès du 24 juin 2009 notamment, quelles sont les compétences qu’auraient une collectivité ou une assemblée unique pour parer aux revers, amortir la « crise économique mondiale exacerbée, dont l’impact au niveau national se fait durement ressentir à l’échelon local »? Une collectivité unique ou une assemblée unique seraient-elles mieux armées pour affronter la crise et de quelle façon?

- Secundo: Avec quels outils la collectivité unique ou l’assemblée unique pourraient-elles prendre en charge « les revendications d’ordre économique, social, identitaire et plus largement sociétal, issues du mouvement social qui a traversé la Guadeloupe en début d’année? »

- Tertio: Comment une collectivité unique ou une assemblée unique pourraient-elles satisfaire « la nécessité de doter la Guadeloupe d’outils et de moyens de tous ordres propres à permettre l’émergence de réponses adaptées au traitement des difficultés et dysfonctionnements affectant la cohésion sociale et territoriale de l’archipel »? Comment le SAR [Schéma d'aménagement régional] s’intégrera t-il à l’architecture de cette nouvelle institution?

- Quarto : En quoi, une collectivité unique ou une assemblée unique seraient-elles en mesure de répondre à « l’aspiration réitérée du peuple guadeloupéen à être l’acteur premier de sa propre destinée »? De quelles prérogatives une collectivité unique ou une assemblée unique seraient-elles pourvues et qui seraient l’expression, la traduction, la ratification de notre aspiration à maîtriser notre destin? « Être l’acteur premier de sa propre destinée » c’est avoir les commandes dans quels domaines? Quels transferts de compétences de l’État vers la collectivité unique ou l’assemblée unique seraient la manifestation, l’expression d’un cheminement vers la maîtrise de notre destinée?

« En somme, nous devons être conscients que, depuis longtemps, nous ne sommes plus en système politique colonial – même si certains stigmates de la colonisation demeurent chez nous, notamment en ce qui concerne l’organisation économique – et que nous avons notre destin entre nos mains. Nous sommes bien plus libres de notre destin que nous voulons nous le dire habituellement. En fait nous sommes un peuple, nous le savons ; nous sommes une Nation sans État, nous l’ignorons. Mais nous assumons depuis longtemps une libre détermination et nous engageons notre destin. »

A lire ce qui précède, est-ce à dire que cette « aspiration réitérée du peuple guadeloupéen à être l’acteur premier de sa propre destinée » ne soit plus à l’ordre du jour, abandonnée en rase campagne? A propos de la notion de système colonial, il convient de se poser un certain de questions de définir des notions. Car il ne suffit pas de nommer un fait, de le minimiser, ou de l’occulter mais il convient de définir un certain nombre de notions, de savoir de quoi on parle, d’apporter des éclaircissements.

Qu’est-ce qu’une colonie ? Qu’est-ce qu’une post-colonie ? « Territoire occupé par une nation en dehors de ses propres frontières. Elle l’administre et le maintient dans un état de dépendance. » « Territoire occupé et administré par une nation en dehors de ses frontières, et demeurant attaché à la métropole par des liens politiques et économiques étroits. »
12 février 1635 Affirmation du principe de l’Exclusif (les colonies ne peuvent commercer qu’avec la métropole).
« Le système de l’exclusif – Le commerce colonial est régi par le système de l’exclusif. Le principe de l’Exclusif se définit par quatre caractéristiques structurelles :- interdiction aux colonies de vendre leurs produits à d’autres pays qu’à la métropole,- interdiction de transformer les produits récoltés en produits manufacturés,- réserve exclusive au profit de la métropole du droit d’approvisionner ses colonies, – réserve aux navires français du transport de tous les objets des colonies à la métropole ou dans les autres colonies. Le but du système de l’Exclusif est triple : – procurer aux produits du sol et de l’industrie de la métropole des débouchés constamment ouverts, – assurer à ces produits des marchés à l’abri de toute concurrence étrangère, – obtenir, par voie d’échange et sans exportation de numéraire, des denrées que la métropole ne produit pas. »

La France et ses esclaves de la colonisation aux abolitions (1620-1848) Frédéric Régent Grasset 2007 p. 91

Considérant ces définitions, la Guadeloupe est-elle en 2011 une colonie ? Est-ce que la Loi n°46-451 du 19 mars 1946, a suffi à elle seule à transformer la Guadeloupe du jour au lendemain de statut de colonie à celui de département et que disparaissent en même temps les structures, les réflexes, les situations, les rapports sociaux, économiques qui étaient présents depuis 1635. Si on observe, si on analyse avec lucidité et honnêteté la société guadeloupéenne, son fonctionnement, les rapports que la Guadeloupe entretient avec l’extérieur, son économie notamment, qu’on le veuille ou non, on est bien obligé de reconnaître, d’admettre qu’elle présente encore à bien des égards toutes les caractéristiques d’une société coloniale.

C’est Alain Plaisir dans son ouvrage « Conquête du marché intérieur » qui le démontre, en particulier dans le chapitre consacré au Commerce Extérieur. Extrait :« Le commerce extérieur de la Guadeloupe est le commerce extérieur d’une colonie : – exportation de produits primaires (banane, melon) ou semi-industriels (sucre brut et rhum) en « métropole ».
- importation de la métropole de tout le reste (produits industriels, biens d’équipements, produits agricoles et agro-alimentaires). S’y ajoute le fameux monopole du pavillon qui constitue la troisième clause du pacte colonial (le transport des marchandises entre la métropole et la colonie se fait sous pavillon de la métropole). En effet, les pratiques coloniales sont encore en vigueur dans le transport maritime. C’est ainsi que le décret du 28 juin 1935 réserve aux navires français le transport de la banane entre les Antilles et la métropole ; ou encore l’article 258 du code des Douanes qui réserve aux navires français les opérations entre ports d’un même DOM ou de DOM différents. » Autre citation de l’ouvrage sus-mentionné : « En vertu de l’article 294 du code des impôts, la Guadeloupe est un territoire d’exportation pour la métropole. »Voilà ce qu’on peut lire dans un rapport d’information du Sénat à propos de « la réalité agricole de l’Outre-mer ». « De plus, l’héritage historique colonial a laissé des traces durables. La logique coloniale tournée vers l’exportation, a privilégié les cultures de la canne (transformée en sucre ou en rhum), de la banane, de la vanille, des plantes à parfum ou encore de l’ananas, au détriment des productions vivrières. » Donc, colonie, post-colonie, colonie départementalisée pour reprendre un mot de Cyril Serva où se situe la frontière ? En avons-nous fini avec la colonie ? A partir de quel fait politique un pays n’est plus considéré comme colonie? Si comme on l’entend quotidiennement en Guadeloupe parler de métropole, c’est bien par rapport à colonie ?

A cela ajoutons que la projet du Parti Socialiste pour 2012 qui propose de « - Tourner définitivement la page de la « République coloniale ». C’est dire que c’est une question d’actualité, non tout à fait réglée et qu’on ne peut mettre comme des vieilleries dans un débarras.

Enfin, dire que nous sommes une « Nation sans État, nous l’ignorons » n’est pas exact. Plusieurs organisations d’hier ou d’aujourd’hui ont dans leur dénomination ce terme de nation. GONG, KLNG, FKNG, UPLG, COPAGUA. En outre, que disait Jacques Gillot dans son discours du 24 juin 2009 : « Oui, mes chers compatriotes, c’est une part de l’avenir de la Guadeloupe qui repose collectivement sur nos épaules par-delà nos origines, nos convictions personnelles, nos engagements. Ce qui doit nous rassembler, c’est le sentiment de former une Nation, c’est-à-dire la conscience de partager la même histoire, l’adhésion aux mêmes valeurs. C’est le fait de parler une même langue, la fierté d’avoir accompli de grandes choses ensemble, et la certitude d’avoir à en accomplir beaucoup d’autres encore. »

Plus récemment encore, Wozan Monza dans sa chanson « Nasyon » tiré de son album « Rexistans »l’affirme à qui veut l’entendre. Rété kouté!

- Quinto : Dans le cadre d’une collectivité unique ou d’une assemblée unique, qu’est-ce qui serait mis en place, avec quels outils, quels moyens afin d’accéder à »l’impérieuse nécessité pour y parvenir, de déterminer démocratiquement les voies et moyens devant conduire à l’élaboration d’un projet guadeloupéen de société partagé? » Quel crédit accorder à cette proposition quand on nous annonce qu’ « il faudrait peut-être pouvoir envoyer, une proposition qui a l’agrément de tous les élus de la Guadeloupe ou du maximum d’élus de la Guadeloupe, à tous les candidats aux élections présidentielles »? Pourquoi n’y a t-il pas eu à ce jour une série de débats publics contradictoire radiodiffusés, télévisés afin que les contributeurs puissent présenter, défendre leur projet, leur vision face aux Guadeloupéens? Songez aux débats de la primaire socialiste. Imaginez la même chose en Guadeloupe! Ceci aurait l’avantage, le mérite de permettre à tous les citoyens de se faire une religion sur les enjeux, les tenants et les aboutissants de la démarche, les motifs, les nécessités liées à un changement de statut, le pourquoi et le comment, ce que cela signifie une loi organique, sa mise en œuvre, les textes européens, l’octroi de mer, l’échéance de 2014, les divers évolutions possibles les conséquences de tel ou tel choix pour que lors d’une consultation/référendum l’électeur(trice) puisse se déterminer en toute connaissance de cause? Les thématiques ne manquent pas comme on le voit.

- Sexto : Quelles seraient les marges de manœuvre d’une collectivité unique ou une assemblée unique dans l’objectif de réduire le « taux de chômage endémique » de la Guadeloupe?

- Septimo : De quelles prérogatives juridiques, législatives seraient dotées une collectivité ou une assemblée unique afin de contrer, réguler « un système économique particulièrement dépendant des importations, la multiplication des addictions et des cas de déviance des jeunes la progression de l’échec scolaire, la prégnance des phénomènes de désocialisation et d’exclusion de toutes sortes, combinés au fort cloisonnement de la société guadeloupéenne sont quelques unes des symptômes d’un profond mal-être de la société guadeloupéenne »? Quelle serait les compétences, les pouvoirs nouveaux d’une collectivité ou d’une assemblée unique en matière de commerce extérieur avec nos voisins Caribéens, Américains du Nord, du Sud et Centrale? Selon l’INSSE, « Après une année 2009 affichant un net repli, le commerce extérieur de la Guadeloupe se redresse en 2010. Il demeure malgré tout moins dynamique qu’avant la crise. Le montant des importations est de 2,27 milliards d’euros en hausse de 12 % par rapport à 2009. Les importations progressent dans l’ensemble des principaux secteurs sauf dans celui de l’énergie. »

- Octavo : Dans le cadre d’une gouvernance (collectivité unique ou assemblée unique) qu’est-ce que l’une ou l’autre des institutions permettraient et que celles en place actuellement n’y pourvoient pas en matière de gestion du foncier, double, voire triple insularité, vecteurs de dépopulation dans le cas des Iles du Sud, et au renforcement de la prise en compte des enjeux du 21ème siècle (gestion de l’eau, éco-citoyenneté et traitement des déchets, énergie, santé…) qui appellent une refondation des rapports sociaux, économiques et politiques, autant que de notre relation avec le territoire, au sein d’un projet de société fédérateur?

- Nono : Que signifie pour vous « rationalisation des politiques »? Notion mentionnée dans le rapport sur la réforme territoriale, page 14 et mentionnée dans une interview de Jacques Gillot accordée à France-Antilles le 2 avril 2011. Quel rapport, quelles conséquences y aurait-il entre rationalisation des politiques publiques et la création d’une nouvelle collectivité? Comment se traduirait dans les faits une rationalisation de politiques publiques, sur le plan budgétaire, de l’investissement, des compétences d’une assemblée unique, ou d’une collectivité unique?

- Decimo : Est-ce que l’érection d’une collectivité unique, d’une assemblée unique serait l’institution la mieux appropriée pour résoudre nos problèmes récurrents et qui n’ont pas encore trouvé de réponse significative, décisive dans le cadre actuel des collectivités? Est-ce qu’une collectivité unique ou une assemblée unique seraient dotées des compétences nouvelles et de nature à permettre un approfondissement, une consolidation de la domiciliation du pouvoir politique et dans quels domaines? Qu’est-ce qu’apporterait de plus la création d’une collectivité unique ou une assemblée unique se substituant au conseil général et au conseil régional en termes de compétences dans le domaine de la fiscalité, de l’autonomie financière?

Faut-il noyer les porcs en eau profonde ?

Après Atomic pork et Le cochon de Gaza, cet article ne s’éloigne guère du pak-a-kochon. Autant annoncer la couleur tout de suite, cet article est intolérant, gougnafier et violent…

En mitan des grandes vacances, un numéro de l’hebdomadaire guadeloupéen Nouvelles Semaine, titre sur Jarry et son futur port en eau profonde. Le numéro 68 (semaine du 4 au 10 août 2011) s’autoproclame même prétentieusement comme « exclusif ».
« La Guadeloupe choisie pour accueuillir (sic) le port en eau profonde » nous dit la une. Choisie par qui ? On ne le saura pas vraiment, mais la liste de ceux qui sont en extase devant ce projet est impressionnante : le président de la collectivité régionale Victorin Lurel, le maire de Baie-Mahault Ary chalus, la secrétaire d’État Marie-Luce Penchard, la présidente de la CCI Colette Koury. Numéro un de ces fans, l’éditorialiste à la plume putassière Pierre-Edouard Picord, se surpasse dans son éditorial. Ce projet de port en eau profonde, un « bond technologique » est loué par le directeur de la rédaction. Et si vous ne partagez pas son incroyable enthousiasme sur ce « progrès énorme », forcément vous faîtes partie des « esprits chagrins » qui « baveront jusqu’au bout sur le projet ». Pis, si vous n’êtes pas en accord avec ce consensus des partis politiques au pouvoir vous voilà catalogué dans la tribu des « psycho-archaïques résolument contre tout ». Vous « rejet[ez] systématiquement toute avancée ». Vous voilà habillé pour l’hivernage, mais ce n’est pas tout, car pour finir vous risqueriez fort, vous et vos coreligionnaires haineux, de vous « montrer intolérants, gougnafiers et violents ».

La Guadeloupe pourra rayonner

Alors à quoi sert et qu’est-ce qu’un port en eau profonde ?Voilà comment le projet est vendu par Laurent Martens, directeur général du PAG.

Actuellement de onze mètres, le tirant d’eau du port de Jarry devra passer à 15 voire 17 mètres. En plus avec de nouvelles écluses dans le canal de Panama, les bateaux pourront transporter encore plus de marchandise. Et donc en déverser encore plus chez nous et pour moins cher… On joue même la corde sensible de l’intégration dans l’environnement géographique. Si la Guadeloupe se dote de cet hyper-infrastructure, elle récupère un des sous-marchés de la Caraïbe (desserte entre l’Europe et le nord de l’Amérique du sud). En plus, construire ce biten destiné à ingurgiter toujours plus de saloperies venues d’ailleurs, ça fera du bien à l’emploi. Comment une des zones « européennes » les plus sinistrées au niveau du chômage, notamment des jeunes, pourrait refuser une telle opportunité ? Au niveau des risques naturels, tout sera prévu, le gadget sera résistant à tout séisme mal venant.

Mais si les produits importés sont encore moins chers, cela ne va-t-il pas nuire à notre production locale qui ne parvient pas à décoller ? Awa nous rassure Martens, la Guadeloupe aura accès à un plus grand marché et elle « pourra rayonner ». Waouh ! Rayonner comme un bâton de plutonium.

Une douloureuse pour les contribuables de 160 millions d’euros

Si, si vous avez bien lu. Vous avez comme l’impression qu’on aurait pu mettre tout ce pognon ailleurs, au hasard dans des secteurs comme le développement des énergies renouvelables, de l’éducation et de la santé, des transports collectifs, de l’agriculture ? Ben non, l’argent de la région (10% de la note) ne servira pas à ça. Et tant pis si ça n’a jamais été abordé dans le vaporeux projet guadeloupéen de société promis depuis nanni nannan par le Congrès des élus. L’Europe et l’État apportent également chacun 10%, les 70% restants seront à la charge du PAG, lui même un établissement public…  le secteur privé apporte 80 millions. Autrement les deux tiers du financement vient du public. Mais vous cher public de cette mascarade, on vous a demandé quelque chose ?

Il y a bien un passage à la CNDP (Commission nationale du débat public).  Après une petite tournée dans les communes, la Commission conclura sans surprise que tout va bien dans le meilleur des mondes.

Bon que se passerait-il si on se privait de cette immense avancée technologique et sociale qu’il ne faudrait surtout pas critiquer ? L’importation coûterait plus cher. Plus cher pour se faire inonder de champagne, polluer à coups de 4×4 et abrutir grâce à de nouveaux écrans plats. Plus cher pour acheter des ignames du Costa-Rica, des oranges de Saint-Domingue et autres pwadibwa importés. On peut effectivement acquiescer que dans un premier temps ça ne ferait pas grand bien au secteur marchand dépendant des produits d’importation. Mais à plus long terme, ça ne favoriserait donc pas un titak la production locale ?

Gwada skoup

Ce jour, 28 décembre 2011, dans la période généralement pauvre en nouvelles située entre Noël et la nouvelle année, nous apprenons une kyrielle d’incroyables nouvelles qui nous laissent, pour le moins, complètement èstébékwé.

Pacs Romana au sein des collectivités guadeloupéennes

Tout le monde est au courant du conflit larvé entre les deux présidents Gillot et Lurel. Il semble que tout cela n’était pas dû à une question de rivalité politique ou de pouvoir, comme on se l’imaginait. Non, la passion commune des deux hommes pour le bien public les a réunis. Plus que de raison diront déjà certains. Car Victorin et Jacques, à défaut de se dire oui pour la vie devant un prêtre, ont fait part dans un communiqué de leur souhait de se pacser au plus vite dès qu’ils se seront séparés de leurs compagnes. Dans un pays où il est toujours de bon ton de revendiquer son machisme et où hétérosexualité est trop souvent confondu avec infidélité et violence conjugales, cet évènement est un véritable séisme.

EDF: pour une électricité plus malpropre

Après le projet avorté VigieGate, le téléphérique sur la Soufrière à l’étude, voici qu’EDF en rajoute une couche en proposant la construction d’une centrale nucléaire. Le site idéal serait à cheval entre Sainte-Rose et Lamentin, la centrale de quatrième génération serait ainsi refroidie par les eaux de la Grande rivière à goyaves. Les élus n’y ont pas vu d’opposition, tant les retombées financières sur les communes seront grandes. En Guadeloupe on a pas de pétrole mais on aura de l’uranium … Comment le prendront les habitants de Sainte-Rose déjà échaudés par la décharge sur les hauteurs de La Ramée ? Les riverains de La Boucan déjà habitués à dresser des barricades au niveau du pont se préparent déjà à de nouvelles mobilisations.

Chômage, violence et vire-ensemble : l’exemple guadeloupéen

Le premier ministre François Fillon enverra chez nous très prochainement une délégation interministérielle. En effet, en France on ne comprend pas comment tient la société guadeloupéenne avec un taux de chômage notamment chez les jeunes aussi élevé. Malgré une première place sur le podium de la criminalité, en haut lieu on se demande comment les chose n’ont pas plus gravement dégénéré. L’Hexagone ayant tendance à se tropicaliser tant par sa température moyenne que par son manque d’emplois, a les yeux braqués sur « le modèle guadeloupéen ».

Des solutions pour Marie-Galante

Alors qu’au Congrès des élus sur l’alimentation et la santé une résolution avait proposé de faire de Marie-Galante le grenier agricole de la Guadeloupe; les élus de l’intercommunalité ont l’idée se suivre le chemin de Saint-Barthélémy. Ils étudient très sérieusement l’idée de ne plus être rattachés à la Guadeloupe, et de devenir par la suite une COM (collectivité d’Outre-mer) puis un PTOM (Pays et territoire d’Outre-mer). Pour se faire, Marie-Galante devra se construire une piste d’aéroport international et des investisseurs du Qatar sont prospectés pour la construction d’hôtels de luxe. Le prix du trajet Pointe-à-Pitre Grand Bourg devrait ainsi progressivement atteindre les 400 euros d’ici cinq ans.

Vous doutez de la véracité de ces informations ? Elles ont pourtant été dument validés après recoupage sur le réseau social twitter, plus pertinent et performant que l’agence Reuters et l’AFP réunies.

 

Zayanntifik

[Article publié sur le site Tropicalizer]

Ce néologisme créole, hybride de Zayann (Sion) et de scientifique, nous le devons à Tysmé, un des piliers du Karukéra Crew, groupe guadeloupéen de hip-hop. Il s’agit d’un concept, mélange de science et d’art, qui s’est concrétisé en un album éponyme.

Sur ce premier opus, on retrouve onze morceaux de bonne facture. Interprétés majoritairement en créole, certains titres sont rappés en français, d’autres contiennent des couplets où les deux langues se côtoient.

Porté par de solides compositions d’Exxòs et de DJ Phonie, Tysmé aborde des thématiques « conscious », telles le devoir de mémoire (sur Sonjé Yo), la folie criminelle des hommes (Mad dingues), ou un hommage à la Femme (L’origine du Monde[1]).

L’artiste se fait plus orginal dans sa dédicace à l’astre solaire (Le jour du soleil), et lorsqu’il consacre un hymne aux rivières et cascades guadeloupéennes ; ça donne le très réussi Fwèsh, dont le clip a été réalisé en partie à la cascade de Bradfort. Le morceau Si a pa nou menm[2], sur un riddim dancehall, invite sans « endoctrinement » à la prise de conscience et à la nécessité de l’émergence du Pays Guadeloupe: « An Péyi, an Pèp, an Dèstyné ». Léwobiné exprime très bien l’impasse dans laquelle la Guadeloupe est plongée: production locale exsangue, financements européens utilisés à mauvais escient, importation massive, auto-suffisance alimentaire perçue comme une utopie. Mais que fera-t-on quand le robinet à euros sera fermé ? Le titre Ra n’est pas une seconde inspiration dédiée à l’étoile qui nous réchauffe, mais une démonstration magistrale de technicité en compagnie d’un des meilleurs rappeurs de Guadeloupe Edson X et Dr Mounza Shabaka.

 

 

Sur l’album les combinaisons sont nombreuses, on y entend les chanteuses Inès, Meemee Nelzy et Gwadness, ainsi que leur comparses masculins Nèg Madnick, Edinyo, Exxòs et LM StarJee. Les conques de lambi résonnent sur Sé pou, et le saxophone de Philippe Sadikalay (Soft) accompagne le duo martinico-guadeloupéen le long de Sonjé Yo. Ziontifik est un travail abouti jusqu’au packaging. Comme pour rappeller l’amour que porte l’artiste pour la nature, la pochette de l’album représente dans un cadre vert un arbre majestueux, certainement un acomat boucan, au pied duquel coule une rivière. Au dos, la Guadeloupe, avec incrustés dans la Basse-Terre et la Grande-Terre des paysages respectifs des deux ailes du Papillon. Le titre Lalyans fait pont entre les deux parties de Karukera.

Les non-créolophones pourront être séduits par la qualité des instrumentales et la technicité du MC. Mais pour tous voici un album aux sonorités très Fwèsh, et quand sa musique coule, on a pas envie d’éteindre le robinet.

http://www.tysme.gp

 


[1] En référence au tableau de Gustave Courbet ?

[2] Littéralement « Si ce n’est pas nous » , sous-entendu « qui le fera? »

 

Atomic pork

1945 attentat des USA à Hiroshima
1986 Tchernobyl, pas de bol !
Nucléaire grande carrière car moins de pétrole
2011 tsunami destructeur à Fukushima

Alors pourquoi tu râles
pas de pétrole mais on a le plein
de centrales sur le territoire hexagonal
Non vraiment de quoi tu te plains

Combien de Nigériens valent un g d’uranium
pour que la douce France t’irradie le rectum
Dans le pays des droits de l’homme pas de référendum
mais 24 000 ans de saloperie de plutonium

Ouais je t’avoue que j’en ai rêvé
du départ de ces verrats d’Areva
et du défi alternatif enfin relevé
Mais pas sûr que ça arrivera …

 

Revoir sur Fwiyapin : Fwiyapic 16

Exposition Mascarades et Carnavals au musée Dapper

L’exposition Mascarades et Carnavals du musée Dapper entreprend de montrer les résonances existant entre les univers africains et antillais.

La manifestation s’ouvre sur des photographies saisissantes prises lors du carnaval de Port of Spain de l’artiste anglo-trinidanien Zak Ové et sur un film présentant un Dekatman mas du groupe guadeloupéen Voukoum. Cette entrée en matière souligne déjà les liens avec l’Afrique, car maquillage corporel, danses, mouvements et sens du sacré, spiritualité se retrouvent plus loin, dans la salle consacrée aux masques et costumes traditionnels africains. Ces objets souvent entiers proviennent de grands musées (Musée royal d’Afrique centrale de Tervuren, Musée du carnaval et du Masque de Binche, Museum Rietberg de Zurich, Musée d’ethnographie de Lisbonne), du fonds propre du musée Dapper ou de collections particulières et surprennent le visiteur.

Matériaux naturels, présences animales, incarnation des esprits tels sont les similitudes évidentes entre sorties de masques africains et carnavals antillais.

Si les mascarades africaines s’observent dans des contextes qui ne sont pas forcément de fêtes, dans les deux cas il s’agit d’un jeu sur l’identité et de mouvement qui ont tendance à rapprocher et unir le groupe.

La salle consacrée aux œuvres caribéennes présente des pièces du groupe Voukoum, des photographies prises en Guyane et, entre autres, de superbes masques de Diables rouges. Rappelons que le poète Aimé Césaire lors d’un séjour en Casamance (Sénégal) avait été surpris des rapports entre le masque ejumba des Jola et le Diable rouge.

Un extrait du film Carnaval Antan Lontan de Geneviève Wiels où la parole est donnée à Mme Psyché (Martinique) et à différents spécialistes des carnavals caribéens vient souligner la proximité entre les rites africains et les pratiques carnavalesques antillaises.

Une exposition à découvrir.

Cette manifestation est accompagnée d’une programmation dans la salle de spectacle du musée.

Le site du musée : www.dapper.fr

Musée Dapper
35 bis, rue Paul Valéry
75116 Paris
M° Victor Hugho (L.2) et Étoile (L. 1,6 & RER A)
Tél. : 01 45 00 91 75
De 11 h à 19 h
Fermé le mardi et le jeudi

Relire sur Fwiyapin :

Euzhan fait son Palcynéma
Drôles de Trames

A nouveau l’eldorado

[Article de Jean-Luc Porquet paru dans Le Canard Enchaîné (14/09/2011) portant sur la découverte de pétrole au large de la Guyane. Illustration Cabu d'après La naissance de Vénus de Botticelli.  Repris par le Fwiyapin SANS leur aimable autorisation]

C’est « historique » . Le gisement a l’air « considérable » . Il y aurait des millions, peut-être des milliards de barils. En forant à 150 km au large de la Guyane, un consortium mené par Shell et Total vient de découvrir un miraculeux gisement de pétrole. Certes, il est très profond – à 5 711 mètres, dont 2 000 mètres d’eau -, donc difficile à exploiter. Mais quelle importance ? On le videra jusqu’à la dernière goutte. Les 240 000 habitants de Guyane espèrent en obtenir des royalties, mais ce n’est pas gagné : rien dans la loi ne prévoit une ristourne pour les gens du coin. Qu’ils s’estiment heureux s’ils décrochent quelques emplois et des oléoducs. Et de la pollution.

Car, s’il y a quelque chose qui va de pair avec l’exploitation pétrolière, c’est bien le saccage de l’environnement. Le scénario est bien rodé. Déjà, les écolos de Guyane s’inquiètent. Ils rappellent que cette zone « compte parmi les 10 écosystèmes les plus productifs en termes de biomasse » et que la Guyane est « site majeur de ponte pour les tortues marines » (« Le Monde », 13/9). Déjà, les ministères promettent que toutes les garanties seront prises… Déjà, on peut douter qu’il faille les croire sur parole.

Voyez le delta du fleuve Niger, qui se trouve au Nigeria, à l’est de Lagos : en 1958, Shell y découvre du pétrole, et se rue, avec d’autres (dont Total, évidemment), sur cette zone, bientôt quadrillée d’oléoducs, de puits et de plates-formes pétrolières, et exploitée jusqu’en 1993. Petit problème, soulevé le mois dernier par un rapport du PNUE, le programme des Nations unies pour l’environnement (publié en août), après quatorze mois d’enquête : le delta est aujourd’hui pollué à mort. S’y joue, le plus grand scandale écologique d »Afrique, qui n’en manque pas. Au fil des années, les compagnies pétrolières ont joyeusement salopé la zone entière. Comment ? En oubliant de colmater les fuites, en refusant même de réparer celles qui furent signalées tout au long de l’exploitation, et, mieux, en affirmant avoir nettoyé les sites mais sans le faire. En un quart de siècle, ce sont pas moins de 6 800 déversements qui ont été signalés. Aujourd’hui, la pollution par hydrocarbures a des effets dévastateurs sur la vie des habitants, l’agriculture, la pêche, l’eau potable (dans un des cas étudiés, l’eau contient une substance cancérigène à des taux 900 fois supérieurs à la limite préconisée par l’OMS). Nettoyer cette poubelle à ciel ouvert qu’est devenu le delta prendra jusqu’à trente années…
Comment Shell et les autres compagnies ont-elles accueilli ce rapport ? En le jugeant « de grande valeur ». En reconnaissant du bout des lèvres leur responsabilité dans deux marées noires ayant eu lieu voilà trois ans. Mais en attribuant toutes les pollutions à des actes de sabotage : vols de brut prélevé directement sur les oléoducs et raffinement clandestin seraient les grands responsables. Elles-mêmes n’y sont pour rien : plus vertueux qu’une compagnie pétrolière, y a pas ! On souhaite bien du plaisir  à nos amis de la Guyane. Ils ont déjà l’or des rivières, qui leur vaut une des pires pollutions qui soient, les orpailleurs y déversant du mercure à qui mieux mieux. Avec l’or noir, ils sont servis. Il ne leur manque plus que le gaz de schiste !

Jean-Luc Porquet

(Le Canard Enchaîné - mercredi 14 septembre 2011)

A lire également sur Blada :

Pour revenir à la raison après l’emballement médiatique

 

 

 

JOMD # 3: IMHO

En cette année officielle de l’Outre-mer, la journée Outre-mer Développement (JOMD pour les intimes) se serait-elle embourgeoisée ? En tout cas, exit la Porte de la Villette, sise au nord-est de la capitale, voisine du périphérique. Ceux qui faisaient naguère « bouger la Caraïbe » s’étaient donner rendez-vous à deux pas de l’hôtel Crillon et du club du Siècle pour faire « tomber les murs ». On ne se croyait pas vraiment à Berlin en 1989, ni même à la Bastille deux siècles plus tôt, même si le mot révolution était mis à toutes les sauces possibles, numérique notamment.

La première édition ne m’avait pas enthousiasmé. Satyam, un des organisateurs m’avait néanmoins pour l’occasion donné une belle interview. Je n’avais pu assister à la seconde édition mais j’avais voulu faire savoir à nos amis étudiants qui veulent retourner chez eux, ce « là-bas » dans lequel on fourre tout, l’Outre-mer quoi, quelles étaient les raisons principales pour eux de se rendre à la JOMD. Vous trouverez donc mes impressions, confessions et états d’âmes ici.

A la suite de ce papier écrit à l’encre sardonique, « l’administrateur » du site Fwiyapin, un certain Satyam, a trouvé qu’une pierre métaphorique était tombée dans son jardin. Alors il a renvoyé un caillou numérique, que vous pouvez lire . Voilà un bel exemple du caractère participatif du blog.

Je me permets de rappeler ces faits, en toute digression par rapport au sujet de l’article, car des internautes s’imaginent qu’il existe une ligne éditoriale au Fwiyapin. Pas du tout ! Vous pouvez le constater au fil des articles, la diversité des contributeurs est dangereusement ébranlée, puisque les seuls contributeurs réguliers sont deux dinosaures, le Majeadiplodocus et le Kamillosaure; mais ça c’est un autre problème. C’est même le votre !

Mais revenons à nos kabrit, pour la troisième édition, malgré mon papier sarcastique, aucun problème pour venir jeter un œil. J’ai raté la seconde mais je revois pas mal d’enfoiré(e)s plus ou moins sympathiques, en costard ou plus dépenaillé. Pas de problème pour trouver la JOMD, je suis les basanés en costume qui sortent du métro Concorde. Juste des petites sacoches, pas de mallettes, j’en déduis donc qu’ils ont plus de chance d’aller au pavillon Gabriel qu’à l’Élysée, remettre de l’argent pour le financement de la prochaine campagne présidentielle.

Une fois à l’intérieur, instinct de survie oblige, je repère vite les endroits où on distribue le bwar é le manjé. Penchard n’est même pas là, on a droit à une vidéo où la Secrétaire d’État apparaît sans maquillage. C’est bien Marie-Luce, très développement durable… Claudy Siar, par contre est présent. Discours sans intérêt, qui contraste avec les propos qu’il tenait deux ans auparavant à la première JOMD. (Voir vidéo plus bas). Plus question d’accuser le gouvernement ou l’État, on ne crache pas dans la soupe. Il lui faudra désormais boire le sarkozysme et le racisme de la Droite populaire jusqu’à la lie.

Au niveau des débats, même écueil que la dernière fois. Il arrive très souvent que l’on ne puisse assister à deux interventions puisqu’elles se déroulent en même temps… De plus le temps limité laisse souvent trop peu de places aux questions du public, composé d’esprits affamés qui restent sur leur faim.

Mais personne n’a vu le film Hostel ?

Débat sur le tourisme obligatoire, il n’y a rien d’autre de proposé en même temps. Les protagonistes ont l’estomac dans les talons, la salle a la dalle, je m’endors. Jean-Marc Sylvestre – pouvait-on trouver plus minable ? – joue le rôle de modérateur. Il aurait été intéressant de savoir combien a été payée cette imposture journalistique. En même temps, je voudrais pas que vous rendiez vôtre repas en lisant le Fwiyapin. JMS taquine la représentante du CTM (Comité touristique Martiniquais) qui lui adresse quelques boks. Ça amuse les spectateurs, qui lui donnent raison sur la forme mais pas sur le fond, tant Karine Roy-Camille semble empêtrée dans ses contradictions. Son alter-ego guadeloupéen est là. Plutôt effacé dans le débat, Willy Rosier a dit texto que le tourisme était une industrie dont le produit (la matière première?) était le patrimoine. Si avec ça on est pas sorti de la crise …

Et les autres participants ? Une dame de Pierre & Vacances, un type d’Accor, un mec du Club Med, et un boug d’Air France … Le tourisme ne passerait donc que par ces grandes chaînes hôtelières ? Pas un seul propriétaire de gîtes, pourquoi ? On se serait même contenter d’une modeste connaissance des organisateurs; ces derniers ont, semble-t-il, préféré nous en mettre plein la vue.

Pour introduire un peu de piment dans le débat, Gilles de Bondamanjak envoie des tweets malicieux sur l’écran géant. Ainsi la salle s’ennuie moins. Le sujet du Kalenda, hôtel abandonné dont on aurait même volé l’amiante n’est pas esquivé. Finalement le point de vue de Sylvestre peut nous éclairer. Lui, ne voit aucune différence entre les Maldives, Saint-Domingue ou les Antilles françaises. Si ce n’est le coût du séjour. Pu(n)ta Cana plutôt que Saint-Anne donc. On ne nous a pas expliqué comment on concurrence une dictature où le prix du travail est bien moins élevé que dans les « régions ultra-périphériques de l’Europe » ? Et plus j’entends les clichés sortis de la bouche du journaliste libéral, plus je repense à cette dame, touriste dans un grand complexe, au début du reportage de John-Paul Lepers La Guadeloupe est-elle une colonie française ?

Si une forme de tourisme vert (gîtes ruraux) semble bien fonctionner sur la côte sous le vent, on voit mal comment l’industrie touristique pourrait à elle seule redresser la situation critique de la Martinique et de la Guadeloupe.

Surtout qu’un indicateur important n’a pas fait réagir grand monde. La part du carburant dans le coût de revient des vols est passé de 10 à 35%. L’euphorie libyenne et la découverte de pétrole en Guyane ne suffiront pas à terme au déclin de l’industrie aéronautique, et donc au tourisme de masse.

Alors la « dimension archipélagique » de la Guadeloupe ou la création d’une marque Martinique© n’y changeront pas grand chose …

Atelier énergie : beaucoup de vent et rien de nouveau sous le soleil

Les intervenants à l’exception de Daniel Chaumet (Région Martinique) ne semblent pas être des ultramarins. On ne veut pas dire par là qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent, mais la désagréable impression qu’aucune solution ne viendra de nous est donnée. La Martinique ne possède pas d’usine bagasse-charbon comme à Maurice, à la Réunion ou à la Guadeloupe. 97 % de la production d’électricité provient des énergies fossiles.

Inutile de parler d’économie d’énergie, de réduction des gaspillages. La consommation électrique a une croissance beaucoup plus forte Outre-mer. Il est exaspérant ce crâne d’œuf d’EDF qui parle toujours « des îles », peu importe l’océan. Je crois qu’il y englobe même la Guyane…

Et paraît-il, il ne faudrait pas donner trop d’importance à l’éolien ou au photovoltaïque. Il est vrai que ce dernier concurrence dangereusement les terres agricoles dont la superficie s’amenuise continument.

La seule innovation qui tient en haleine le public vient de Fred le Lidec. Ce monsieur travaille pour la DCNS. Une boîte qui fabrique des engins de morts et dont le nom est désormais lié aux scandales de la vente des frégates de Taïwan et au « karachigate ». L’énergie renouvelable est aussi un sujet de recherche chez ces gens. D’ailleurs l’hydrolienne, turbine qui utilise les courants marins créés par la marée, a récemment fait parler d’elle dans les grands médias. Cette technique est prometteuse en Bretagne mais dans les endroits où les marées sont beaucoup plus faibles ? Autres sujets de recherche : des éoliennes flottantes sont à l’étude, et la récupération de l’énergie de la houle vaudrait le coup de s’y pencher. Plus surprenant, l’exploitation envisagée du « gradient de la thermocline » (variation de la température des eaux sous-marines). Le meilleur gradient, donnant un coût du Kwh plus rentable, se trouve en Martinique. La piste serait moins intéressante à Tahiti et à la Réunion.

Voilà, à la fin de cet atelier, à part la connaissance de ces nouvelles recherches, on a l’impression d’en sortir appauvri (comme de l’uranium)…

Économie numérique

Un coup d’œil rapide pourrait laisser penser que là encore ça manque de mélanine. Pourtant cette fois, ce sont bien des gens qui vivent sur les territoires concernés, à l’exception de Michel Juvillier et du correspondant parisien de RCI. Avec eux, Nicolas Despointes, boss de Corida, et Philipe Menant (groupe Hersant propriétaire de Fwans Manti) se lancent dans une discussion soporifique sous l’oeil de la pauvre Mélina Seymour-Gradel qui doit rester éveillée.

Juvillier fait remarquer que les prix internet sont tellement chers que les internautes ne s’attardent pas forcément sur la toile autant que les surfers hexagonaux. Effectivement, quand on a un forfait limité qu’on paye la peau du tchou, on va à l’essentiel et on passe à côté de choses extraordinaires (comme le site Fwiyapin par exemple).

Les statistiques données montrent qu’il y a de la marge à ce niveau. Malgré l’ennui du débat, on a l’impression que dans ce domaine, un développement est possible : 62% des Martiniquais vont sur le net. 50% font des achats en ligne. Mais ces achats à 80% ne se font pas sur des sites martiniquais.

Des spectateurs sont excédés que, l’Outre-mer représenté à cet atelier en particulier, et dans la JOMD en général, ne se réduise qu’aux Antilles et à la Guyane. Cette année, la Réunion semble moins délaissée, mais Mayotte, la Polynésie ou la Nouvelle-Calédonie sont les grandes oubliées.

L’odieux-visuel

Lucien Jean-Baptiste avait été annoncé. Il n’est pas là. Camille Mauduech ? Absente. Guy Deslauriers ? Idem. Euzhane Palcy. Pas là non plus. Par contre, on a droit à Thomas N’gijol. Pourquoi ? Là encore, je n’en peux plus tellement Gilles Elie dit Cosaque, Jean-Claude Flamand Barny provoquent une narcose collective et Morphée me récupère sur la route du sommeil. Monsieur BMJ secoue un peu les protagonistes en demandant qui sont les murs que nous devons abattre. Il ne veut pas entendre ce que le mec de France zéro Ô veut lui répondre. Un « retourne dans ta case » plus tard, l’organisation sépare les deux protagonistes pour que ça n’en reste qu’aux paroles.

Cet atelier se déroulait pendant que Paille – qu’on connait surtout comme artiste de dancehall, mais qui est également un enseignant et un formateur – participait à l’atelier intitulé « faut-il avoir peur des jeunes ? », en compagnie entre autres du directeur de pôle emploi Guyane, du vice-président de la région Martinique Daniel Robin. Paille nous a accordé une interview (ci-dessous). Après cela, l’envie n’y était plus tellement de rester écouter les fadaises de Parisot et de Penchard qui n’avaient même pas assisté à la journée. Tant pis pour le cocktail dinatoire, un verre de Kanasao et je prends la tangente. Si vous souhaitez (re)voir les débats, les vidéos sont en ligne.

 

Articles lus ailleurs :

Bondamanjak

FXG

 

L’interview de Paille :

 

Claudy Siar il y a deux ans à la JOMD #1 :

 

Fwiyabain # 11

Mais où donc en Guadeloupe cette photo a-t-elle été prise ?

Fwiyabain # 11

Fwiyabains précédents :

Fwiyabain # 10

Ola ? Dondé ? Where ? Où ?

Fwiyabain # 10

 

Fwiyabain #10 bis

Fwiyabain # 10

 

Fwiyabains précédents :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bèl zingzing

Gwadloup bèl, nou tout sav sa. An jou nou té an bwa-la owoy fwiyabain # 10, nou vwè an zingzing ki té pri an zatrap a an zagryen (zanrénié). A pa tou lé jou ou pé vwè biten la sa.

 

 

 

Mè pa pè pou manmzèl a wob blé-la, i rivé soti an twèl la ! Mi foto ay :

 

 

Relire sur Fwiyapin : Vol au dessus d’un nid de foufous

Fwiyabain # 9

Pour certains chanceux, en ce moment, ce sont les vacances. Et parmi eux, les plus veinards les passent au Péyi. Pour se rafraichir les idées, rien de mieux qu’une bonne baignade en rivière. Kon té di Tysmé an nou pwan an fwèsh. Mais touristes, vacanciers et indigènes ont tendance à fréquenter les mêmes sites. Il existe désormais un arrêt de bus qui dessert la cascade aux écrevisses. Cette première halte sur la route de la traversée est si prisée que des embouteillages se créent sur un tronçon de route où le conducteur-boloko a tendance à laisser son pied s’appesantir sur la pédale d’accélération. La rivière Corossol, après la pépinière, est également prise d’assaut. Mais s’y garer est assurément moins dangereux. A Bras David, au niveau de la maison de la forêt, même scénario avec parc de stationnement rempli. Après cinq minutes de marche, on tombe sur un très joli bassin, avec finalement pas grand monde puisque la plupart des visiteurs du parc national reste à proximité des carbets, et que nos compatriotes deviennent de plus en plus fainéants (corrélation avec les fréquentations record des fast food américains, bokits, agoulous, les achats compulsifs d’écrans plats, de home cinema et tutti quanti).

Alors, vu qu’il n’y a pas qu’aux Mamelles qu’on est bien au sein de l’élément liquide de la terre-Mère, nous vous proposons des photos de belles chutes, cascades ou plans d’eau qu’il vous faudra identifier. Un peu le même jeu que pour l’énigme de Kent. Il n’y a rien à gagner si ce n’est la (re)découverte de notre patrimoine. Saurez vous nous dire où a été prise la photo ci-dessous ?

Tala i rèd a touvé tou bolman. Silon sa zo ka maké, nou ké ba zot dé ti pal, ti pilo pa ti pilo.

 

 

 

 

 

 

Fwiyabains précédents :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jarryen à foutre

 

Ce dimanche (24/07/11) en Guadeloupe, la télévision du sévice public rediffusait le documentaire de Daniel Nlandu Nganga : « Il faut sauver Jarry« . Pas sûr que quelqu’un reçoive cette bouteille jetée à la mangrove …

Au début du reportage, il nous est rappelé que jadis Jarry était un endroit où venaient se réfugier des Nègres marron et qu’il y a encore quelques décennies s’étendaient champs de canne, jardins créoles vivriers. Un guadeloupéen se remémore même ses baignades après une visite à la chapelle. En ce temps là, pas de zone industrielle, pas de résidences, pas de routes carrossables.  Mangles-médailles, palétuviers, ananas sauvages, siguines et autres épiphytes s’épanouissent dans un milieu où l’impact humain est encore modéré.

Hélas, en quelques années, la Guadeloupe est entrée de plain-pied dans la modernité. Une fois les marécages comblés, les parkings et les bâtiments construits, impossible de redonner ces espaces à la forêt par la suite. Ces actions sont irréversibles.

Jarry aujourd’hui est comparée à l’aide d’une métaphore spécieuse au poumon économique de la Guadeloupe. La zone industrielle éponyme fournit quelques 12 000 emplois et reçoit quotidiennement environ 80 000 personnes (l’équivalent d’un guadeloupéen sur cinq). De 800 hectares de superficie, la forêt et la mangrove de Jarry se cantonne désormais à 200 ha maigrichons. Les terrains gagnés sur la mer ou la mangrove sont à la merci d’une trop forte houle, phénomène qui n’est pas rare en pays soumis à des aléas cycloniques importants. Au risques naturels s’ajoutent les dangers technologique et chimique, non négligeables. Les entreprises ne sont pas les seules à avoir rogné sur la mangrove puisque les habitations de particuliers sont en constante augmentation.

Et une nouvelle fois apparaît la corrélation entre disparition des écosystèmes et menace sur les humains.  Des solutions techniques existent, mais avec un coût exorbitant. Une digue, lorsqu’elle cède peut générer une catastrophe pire que celle qu’elle est censée éviter. La mangrove est le meilleur rempart naturel contre la montée des eaux. Elle ne jouera pas nécessairement sur le niveau de l’eau mais ralentira la vitesse de son élévation.

L’ONF (Office national des forêts) est responsable de la délimitation de la zone de mangrove à protéger. Ses agents, avec leurs petits bras, tentent d’empêcher de nouveaux empiètements sur la forêt humide. Avec des universitaires et des experts passionnés, ils vont à la rencontre des habitants pour pallier au mieux les problématiques de l’évacuation de l’eau, du développement durable, des limites de terrain pour des maisons bâties sans permis de construire, etc.

Le film montre très bien la difficulté, voire l’impossibilité de concilier, dans les limites du paradigme actuel, développement économique avec respect et  protection de l’environnement. Un excellent documentaire qui montre à quel point zafè mélé.

Fwiyabain # 8

 

Nous n’avons pas fini de vous faire jouer, même si les Fwiyabains sont distillés au compte-gouttes. Normal, nous vous rappelons que le numéro 4 n’a toujours pas été identifié … Alors on revient aux fondamentaux. Savez-vous comment s’appelle la cascade ci-dessous ?

 

Classique comme une sonate pour violon du Chevalier Saint-Georges

 

 

Fwiyabains précédents :

 

 

 

 

 

 

 

 

Retour à Grosse Montagne

Qui se souvient qu’il n’y a pas si longtemps, l’usine de Grosse-Montagne était encore en activité ? Mais peut-être est-ce un temps que les moins de vingt ans …

Annoncée à un moment comme un futur musée, c’est finalement à BeauPort que s’est érigé le Pays de la canne. Grosse Montagne ne fume plus, mais à voir son état de délabrement, ses ruines sont potentiellement l’endroit rêvé pour des fumeurs désirant se défoncer en toute quiétude. Des plots oranges fixés à une cuve, et voici une œuvre d’art. Les écrits d’ un « extra-lucide » s’étendent progressivement le long des murs et aux alentours de l’usine. Rien de bien fertile dans cette prose contenant d’amusantes coquilles. Les voitures passent, indifférentes à ce qui fut jadis le fer de lance de l’industrie agricole lamentinoise.

Reportage photos :


Fwiyapic # 16

En France, le chef de l’état est payé 20 000 euros par mois pour être le VRP des entreprises fabriquant les « technologies » qui feront les catastrophes de demain. D’autres fils de porcs, grands scientifiques, lobbyistes et propagandistes ne reculent devant rien pour faire croire à la nation la plus nucléarisée du monde (donc logique que sa société soit aussi atomisée…) que les Russes étaient arriérés et incompétents avec leur dictature communiste et que tsunamis et séismes n’étaient destinés qu’aux seuls Japonais.

Bref, dans ce pays démocratique, on a jamais débattu du choix de l’énergie avec la population. Longtemps, la majorité des citoyens a avalé les bobards radioactifs des enculés susnommés en feignant d’oublier l’origine militaire du nucléaire. Vous avez aimé Tchernobyl, Fukushima ? Un Golfech, un Nogent-sur-Seine, un Tricastin ou un Fessenheim vous pensez toujours que c’est de la fiction ?

On ne parlera que très peu de la question du nucléaire lors des vaines élections à venir. Pourtant dans la rue (ici Charles Delescluze Paris XI°) on peut voir des messages sans équivoque:

 

Stop nuclear

 

 

couk