OBL fumé comme de l’OCB
Dix ans après les attentats meurtriers des deux tours du World Trade Center, les États-Unis d’Amérique ont offert à Oussama Ben LAden un aller simple pour un séjour éternel chez le Sheitan. Pourquoi avoir exécuté un homme désarmé ? Malgré toute l’ignominie dont il a pu faire preuve lors de son vivant, sa dépouille mortelle n’avait-elle pas droit à un minimum d’égards ? Avec ou sans sépulture, Ben Laden est déjà un martyre pour une poignée de fanatiques pensant partager les mêmes valeurs que les membres de la mouvance Al-Quaida. Ne méritait-il pas un procès comme tout être humain ? Lui donner une tribune avec la probabilité qu’il aurait pu clamer sa haine de l’occident et ses utopies sanguinaires était donc un risque que la première démocratie puissance économique et militaire mondiale ne pouvait accepter ?
Le sort expéditif réservé au milliardaire saoudien ne manquera pas d’alimenter les incontournables théories du complot et les paranoïas les plus dingues. Ce ne serait pas lui mais un sosie qui aurait été tué dans la villa du Pakistan, le calendrier électoral américain aurait poussé Obama a accéléré le processus de traque, etc. On ne fera pas un inventaire exhaustif des thèses « alternatives » sorties de cerveaux en ébullition, mais pas forcément en saine émulation. Nombreux étaient ceux qui avaient du mal à imaginer Ben Laden toujours vivant après les pilonnages intensifs des armées US et de leurs alliés en Afghanistan. Il semble aujourd’hui qu’ils ne regardaient pas au bon endroit et -Oh surprise ! leur allié pakistanais aurait pratiqué un double jeu, notamment ses services secrets.
Les barbouzes américaines ont baptisé opération Géronimo la traque et l’assassinat d’Oussama Ben Laden. Que nous révèle cette association pour le moins incongrue et inappropriée ? Que les États-Unis se prennent depuis deux cents ans pour des cow-boys réglant leur compte à de méchants indiens ? Sauf que le chef sioux est un héros, il a défendu sa terre, les siens, son mode de vie et sa culture… La CIA quant à elle, créée au lendemain de la seconde guerre mondiale, a historiquement été un nid de nazis et de nervis d’extrême-droite prêts à rendre service dans la lutte contre les soviétiques ou tout ce qui se disait communiste. L’agence américaine n’a jamais hésité à faire couler le sang au nom de l’intérêt national américain. C’est ce que nous rappelle le livre de Mark Zepezauer les sales coups de la CIA.
Moins de 150 pages pour une quarantaine de chapitres et un prix attractif de 3 euros, voilà pour la forme. Le fond, c’est un récapitulatif des scandales, d’assassinats et de crimes liés à la CIA, révélés par les médias et synthétisés par l’auteur. Nous avons choisi de nous focaliser sur quelques une des affaires, notamment dans le bassin géographique de l’Amérique centrale et de la Caraïbe. Mais, le lecteur de ce précieux petit bouquin saura également trouver dans les grandes lignes le rôle et l’implication de la CIA dans les assassinats de Patrice Lumumba, Malcolm X, Martin Luther King, Robert Kennedy, la déstabilisation de la démocratie en Italie (opération Gladio) ou en Grèce, l’affaire JFK, la participation aux côtés des Français à la guerre d’Indochine (avant la guerre du Vietnam), les massacres en Indonésie sous Suharto, l’arrivée de Pinochet au pouvoir après la chute de Salvador Allende, le narco-trafic, la propagande dans les médias, la guerre en Angola sous la guerre froide, le soutien à l’incontournable Khadafi et bien sûr aux ennemis afghans d’aujourd’hui, les Talibans, autrefois soutenus dans leur lutte contre les Russes…
Guatemala : Banana Res Publica
En 1951, Jacobo Arbenz est élu président du Guatemala. Malheureusement pour lui et son peuple, il n’est pas le candidat des USA et de surcroît de la CIA. Après la nationalisation de terres agricoles appartenant à Rockfeller (United Fruit Company), il n’en faut pas moins pour faire passer Arbenz pour un dangereux communiste. 20 millions de dollars plus tard, la propagande bat son plein contre le président dans son propre pays et des mercenaires sabotent régulièrement voies ferrées et dépôts de carburant. Le président de peur d’être déchouké prend la fuite et est remplacé par l’homme de la CIA, le général Castillo Armas. Cette déstabilisation a pour conséquence l’installation d’une junte militaire causant la perte de plus de cent mille guatémaltèques.
Les porcs stoppés dans la baie des cochons
Les tentatives d’assassiner Fidel Castro après la révolution cubaine ont été aussi infructueuses que nombreuses. En prenant le pouvoir à Cuba, Castro ferme les casinos et les bordels. La mafia veut sa peau et fomente des complots avec la CIA. L’agence arme des opposants au Lider Maximo et en avril 1961 a lieu l’opération de débarquement de la baie des cochons : Fiasco total dont Kennedy assume la responsabilité alors que la CIA a agi dans son dos …
La démocratie à Saint-Domingue ? Trop dingue !
En 1930 le dictateur Trujillo s’empare du pays. Il a le soutien indéfectible des USA et il le leur rend bien. Jusqu’au jour où, trop vorace (il possède plus de la moitié de l’économie du pays) , il finit par nuire au business. La CIA fait alors disparaître son allié en 1961. L’année suivante, les élections sont remportés par Juan Bosch qui n’a pas les faveurs de Kennedy. Un coup d’état dont la CIA est à l’origine destitue le président nouvellement élu, puis lorsque Bosch veut reprendre le pouvoir, l’armée américaine débarque à St-Domingue pour l’en empêcher et y installe un homme plus favorable à ses intérêts, Balaguer.
Guyana
En 1978, les médias relatent un suicide collectif de 913 personnes qui se seraient empoisonnées au cyanure à Jonestown. Le gourou de la secte le Temple du Peuple, Jim Jones, aurait été lié à la CIA. Fondée en Californie, la secte se délocalise en Amérique du sud à la suite de suspicions de meurtres. Au Guyana, le premier ministre semblait devoir son poste à … la CIA, ce qui expliquerait le choix de ce pays. Selon des témoignages de survivants, les membres (majoritairement afro-américains) de la secte étaient battus, torturés, violés et régulièrement drogués. Une résurgence du projet MK-ULTRA ?
Autre détail troublant, quelques jours avant le massacre le député Léo Ryan se rend à Jonestown dans le cadre d’une enquête parlementaire. Il y rencontre des gens terrifiés qui veulent partir avec lui. Arrivés à l’avion, le député et les journalistes qui l’accompagnaient sont assassinés. Dans la foulée a lieu la grande boucherie du « suicide » collectif.
Grenade explosive
En 1979, sur la petite île de Grenade, Maurice Bishop accède au pouvoir. Les États-Unis ne goutent pas ses rapports avec les Cubains et sa vision trop socialiste. Pendant deux ans, les services secrets tentent de le déstabiliser. Finalement Bishop sera renversé par des membres de son propre parti et exécuté. Les Américains en profitent aussitôt pour envahir l’île, au prétexte de protéger leurs ressortissants de soldats cubains présents dans l’île …
Salvador
Pendant toute la décennie des années 80, le Salvador est victime d’une terrible guerre civile (100 000 morts). Les États-Unis soutiennent les milices d’extrême-droite et le pouvoir en place anticommuniste qui n’hésitent pas à assassiner des prêtres demandant l’arrêt des combats tel Oscar Romero.
Nicaragua
« C’est peut-être un fils de pute, mais c’est notre fils de pute. » Ainsi parlait le président des USA Franklin Delano Roosevelt du dictateur Somoza. Quand Samoza junior (qui avait pris la relève de son père) fut destitué en 1979, Jimmy Carter voulut bien qu’il se retirât mais il désirait que le régime dictatorial demeure avec sa terrible armée, la Garde nationale. Or la population nicaraguayenne comptait bien s’en débarrasser en même temps que Somoza. Les États-Unis amenèrent de nombreux gardes s’entraîner en Argentine pour qu’à leur retour au Nicaragua ils combattent les sandinistes. Ces nouveaux mercenaires furent baptisés les contras (pour contre-révolutionnaires). La CIA pour sa part entreprit un sabotage des ports, des dépôts de carburant, une aide logistique aérienne aux contras et un soutien financier de millions de dollars à l’opposition. Au bout de dix ans de guerre militaire et économique, les candidats des USA finirent par l’emporter.
Panama
Homme de la CIA, Noriega aura pendant longtemps de très bons rapports avec la CIA. Il progresse dans la hiérarchie de l’armée panaméenne. En 1981, le chef d’État du Panama, Omar Torrijos, meurt dans un accident d’avion. Noriega est fortement soupçonné d’ en être à l’origine. Par la suite, le général prend la tête de l’armée et du pays sans toutefois être président. Ni les tonnes de drogue écoulées aux USA ni les milliers de litres de sang qu’il fait verser ne font bouger les États-Unis. Par contre, quand il refuse de soutenir les contras au Nicaragua, l’armée américaine vient l’arrêter en 1990. Incarcéré en Floride, il est extradé en France où il est actuellement embastillé à la prison de la Santé.
Haïti
L’armée américaine en Haïti s’est notamment illustrée par une occupation de 20 ans de 1915 à 1935. Puis, un soutien actif au régime des Duvalier et des terribles Tontons macoutes (intervention en faveur de « Papa doc » en 1959). A la fin de la dynastie des Duvalier, « Baby Doc » se sauve grâce à l’aide des USA et de la France. La CIA versa des millions de dollars sous le prétexte de lutter contre le trafic de drogues, alors que cet argent contribuait au contraire à faire de l’île une nouvelle plaque tournante et à annihiler les mouvements démocratiques…
Cette litanie d’activités illégales et meurtrières suffit déjà à glacer le sang de quiconque se préoccupe de liberté et de justice.
Tant que la CIA existera, l’État américain pourra, au nom de la sécurité nationale, enfreindre toutes les lois qu’il voudra.
Mark Zepezauer
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