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Saisons sauvages

Je ne vous dirai pas de lire Saisons sauvages, le dernier livre de l’écrivaine haïtienne Kettly Mars, juste parce qu’il est bien comme j’ai pu l’entendre au JT de RFO Martinique il y a de cela quelques semaines. (Après lecture de ce livre, je me demande bien si l’auteur du reportage l’a lu, vus les commentaires sans conviction !)

Je ne vous dirai pas de le lire juste en recopiant l’extrait de la 4ème de couverture pour seul stimulus.

En achetant ce livre je m’attendais juste à un récit sur une femme, maîtresse d’un macoute en pleine dictature duvaliériste, teinté de cruauté page après page mais j’ai eu bien plus, eh oui !

A la première page je reste perplexe pour la suite et pourtant la curiosité suscitée par l’avis des nombreux lecteurs de ce livre m’incite à lire la page suivante.

Je dévore les mots, les phrases et enfin le chapitre 1 en ayant envie d’attaquer le suivant. En commençant ce deuxième chapitre je me demande si j’ai bien compris le premier  car les mots, les phrases que je savoure me font penser qu’une autre personne parle.

Cette sensation se répète chapitre après chapitre « et c’est que du bonheur ». Le style de l’auteur Kettly MARS est déroutant mais séduisant !

Je m’attache aux impressions, aux sensations de la narratrice, et des personnages. Je sens les mots, les phrases m’envahir. La perplexité de la première page a laissé place au paroxysme de l’envie d’être à la derrière page du livre.

Je parcours ce livre qui me séduit de plus en plus.  Il m’emporte dans un tourbillon plaisant.

Le style qu’utilise l’auteur capte l’attention du lecteur d’une façon inimaginable.

Une réaction indescriptible se produit, les mots stimulent l’imagination. Je me mets à visualiser les scènes. Les mots, les phrases deviennent des images, les conversations deviennent des minis films…JUSTE EXQUIS !!!

Kettly MARS arrive à mêler la peur, la manipulation, l’intimidation, les stratagèmes duvaliéristes, le viol, l’ascendance qu’à l’homme de pouvoir, l’homme ayant une grande connaissance intellectuelle sur l’Homme (femme, jeune homme, jeune femme), la cruauté, la luxure, l’amour, le contrôle des esprits et des corps, la jalousie, et le mystique…. !

Voilà pourquoi je vous conseille ce livre, bien qu’il reste politiquement incorrect pour « les culs serrés ».

Je n’ai que 2 reproches :

les termes en créole haïtien et les mots relatifs au vaudou ne sont pas expliqués en bas de page. Donc cela reste un manque pour le novice d’écrits empreints de termes vaudou. D’ailleurs pour celles et ceux qui le souhaitent je vous invite à lire « les mystères du vaudou » de LAËNNEC HURBON (directeurs de recherches au CNRS et professeur à l’université Quisqueya de Port-au-Prince) afin de comprendre les termes mystiques qu’emploie Kettly MARS.]

Le second reproche est qu’une fois arrivée à la dernière page, j’ai eu envie de lire les mots « A SUIVRE » !!

Kettly si tu me lis juste LA SUITE !!!!!!!!!!

G.Z.

Georges … ou la promesse d’un trésor

[chronique littéraire anbafèy du mensuel guadeloupéen Le MotPhrasé]

SAUCE-CHIEN : Des Mots épicés et des Puces phrasées…

Les livres sont faits pour durer. C’est pourquoi vous ne trouverez pas ici forcément des nouveautés. Notre but est de vous inviter à faire aussi des librairies un lieu d’alimentation. Les livres sont, selon nous, des produits de première nécessité… qui n’ont pas de prix ni de date de péremption.

Georges…ou la promesse d’un Trésor

Si vous voulez faire l’inventaire des idées qui font l’air du temps, lisez ce petit essai de Georges Trésor. Tout y passe : les avatars du républicanisme, l’envers et l’avers des nationalismes, les grandeurs et faiblesses de l’identité quand elle n’est pas au clair avec Autrui, etc.. Trésor saisit toutes les questions en plein vol pour nous les reposer. Des fois que nous n’ayons rien entendu, tellement nous sommes plongés au milieu des revendications assourdissantes des foules. Merci Georges !

L’auteur a presque tout compris de ce qui agite la Guadeloupe, et appelle au débat pour le reste. Difficile, on ne sait pas très bien d’où il parle, mais quand même tentant. Ce qu’il dit de juste n’est pas nouveau, et ce qu’il dit de nouveau est juste caché, prudemment, derrière le questionnement. Ce sacro-saint questionnement qui, dans ce pays, nous indique un possible penser, comme l’écale vide laisse à supposer que le lambi n’est pas loin. On salive déjà en pensant « fricassé ». Mais voilà, ce n’est toujours pas la saison. Notre homme excite, mais ne conclut pas.

Pourquoi, diable? « L’esprit d’allégeance au groupe qui prédomine dans le milieu intellectuel rend la critique périlleuse », nous explique Georges, « Oser s’affranchir de la pression identitaire en faisant l’effort de penser le réel guadeloupéen dans un esprit critique, c’est prendre le risque de s’exposer à des attaques ad hominem… ». Nous y voilà ! Cela devient une signature. On n’ira pas jusqu’à parler d’esprit d’allégeance au groupe bien connu des… victimes. De peur d’avoir sur la conscience un énième martyr de la liberté de pensée.

N’empêche qu’on finit pas trouver assez fort de café que certains régulateurs de la circulation des idées restent éteints quand il y a foule, rien que pour le plaisir d’allumer le feu rouge devant une école, le dimanche après midi, quand la rue est déserte. Ça donne une furieuse envie d’enfreindre le code…

Vas-y, accouche ! N’insulte pas les Nelson Mandéla, Vaclav Havel, et bien d’autres de par le monde, qui savent le vrai prix de la liberté de pensée sous le vrai obscurantisme ! Ici, il ne t’est rien arrivé et il ne t’arrivera rien. Personne ne te mangera.

Frantz Succab

Georges Trésor
Guadeloupe : l’enfermement identitaire ?
Édition Dérades


Faut-il croire les journalistes ?

[Chronique du livre Faut-il croire les journalistes ? co-écrit par Serge July, Jean-François Kahn et Edwy Plenel. Éditions Mordicus]

Est-ce-là un titre provocateur ou ironique pour un bouquin de trois journalistes reconnus dans leur milieu et par certains de leurs lecteurs ? L’ouvrage collectif est en réalité l’enchainement de trois entretiens séparés menés par Philippe Gavi. Au regard du nombre de pages et du prix (13,50 €) on pourrait penser que c’est de la carotte, et conclure que pour ces trois journaleux-là effectivement il n’y a aucun crédit à leur donner. Non, reconnaissons-le, il y a du contenu qui saura retenir l’attention du lecteur préoccupé par l’état déplorable de la presse française et la récupération politique de cette situation. Mais ces questions aussi futiles intéressent-elles les citoyens ?

Les États Généraux de la presse, organisés par la présidence française pour des entreprises privés, ne sont pas une œuvre caritative. Une manière pour l’Élysée d’avoir la main mise sur les journaux tout en martelant le respect de leur sacro-sainte indépendance ? C’est en substance le point de vue partagé par les trois confrères qui reconnaissent qu’en ayant voté oui au référendum de 2005, ils n’étaient pas en adéquation avec les électeurs français. Les comparaisons avec la presse anglo-saxonne davantage factuelle qu’idéologique pointent les faiblesses de la presse française quand il s’agit de reconnaitre ses erreurs et égarements. Est-ce pour autant ce qui explique la chute des ventes ? Serge July en profite pour se congratuler sur l’état dans lequel il a laissé Libération. Quand on voit la déchéance continue du quotidien d’Édouard de Rotschild, on se demande pourtant de quoi il peut se vanter. Peut-être de la belle aventure du Libé des débuts.

JFK, ancien de Marianne et passé depuis au MODEM de Bayrou répond à la question du livre avec deux anecdotes. A ses débuts dans la profession (il était anciennement enseignant), il couvre pour Paris-Presse les massacres d’octobre 1961 et aux évènements de Charonne en 1962. Après transmission à la rédaction, pas une ligne ne paraitra.  Le Figaro ira même jusqu’à « rend[re] grâce à la vigilance, à la prompte action de la police »… Le pourfendeur de la pensée unique continue la charge contre les journalistes qui ont le même parcours et pensent tous la même chose. Un réquisitoire plutôt pertinent sur le formatage et la normalisation de la profession mais toujours avec le brin de populisme et de vulgarité indissociable du personnage.

Edwy Plenel, fils d’un ancien haut-fonctionnaire qui a vu griller sa carrière pour avoir compris les Martiniquais lors des évènements de 1959, signe une suite de son plaidoyer Combat pour une presse libre. Nous avions déjà évoqué dans un précédent article l’enthousiasme du président de Médiapart pour internet et ses inquiétudes qui pèsent sur la démocratie.

Un bouquin recommandé aux mordus de la presse et à quiconque se posera la légitime question: Faut-il croire les journalistes ?

Guadeloupe: l’enfermement identitaire

[Chronique littéraire de: Guadeloupe l'enfermement identitaire de Georges Trésor]

« Qui suis-je ? Qui sommes-nous ? Que sommes-nous dans ce monde blanc ? »

Le ton est donné. L’auteur nous invite à nous interroger sur nous-mêmes, et donc, sur l’Autre, puisque l’autre donne sens à notre existence, et que nous existons qu’à travers l’autre et réciproquement. Mais comment articuler ses rapports entre les différents individus qui composent une société, un pays, une nation ? Comment concilier le particulier et l’universel ? Comment gérer son identité à l’intérieure d’une mondialisation qui uniformise les différences et les spécificités ? L’ultralibéralisme détruit le lien sacré qui unit l’homme à lui-même, l’homme à son prochain. Ce lien, s’appelle le Respect. Et cette notion de Respect parcours l’histoire des hommes. Là où elle est absente, le conflit est présent. Savoir qui l’on est, d’où l’on vient et où l’on va ? Questions philosophiques de base pour quiconque souhaite se comprendre et s’ouvrir à l’humanité.

L’auteur, à travers son analyse de la société guadeloupéenne (des sociétés), nous offre une réflexion personnelle qui s’articule en plusieurs points : un état des lieux du lien historique avec la France : le passé/le présent, un bilan économique et social : la profitasion, la dépendance, le chômage, la pauvreté, la colonisation (ses racines et ce qu’elle est aujourd’hui), la politique et le syndicalisme, l’identité…

Autant de questions que l’auteur pose en toute franchise. L’essai met en lumière la crise qui touche les hommes : la difficulté du savoir vivre ensemble. Le constat est indiscutable, mais je considère pour ma part, que l’injustice est la mère nourricière de tous les conflits humains ; elle alimente les désaccords et les animosités, et provoquent des ruptures de dialogue parfois irréversibles. Néanmoins, la question reste entière : Quel avenir souhaitons-nous préparer pour nous-mêmes et pour nos enfants quand, je le cite, « la méfiance et la peur règlent notre vision de l’altérité » ? Un essai pertinent, riche en précisions et en analyses, qui invite au débat, à l’échange, à l’espoir…

Majead At-Mahel

NDF: Toujours à propos du même bouquin lisez également la chronique anbafèy de Frantz Succab dans Le MotPhrasé de nov-dec 2009

Faut-il croire les journalistes ?

12 novembre 2012. Toulouse. Le journaliste Edwy Plenel est venu présenter devant un public nombreux sa dernière publication co-écrite avec ses confrères Jean-François Kahn et Serge July.

Le livre est un recueil d’entretiens séparés des trois journalistes. L’ancien numéro 2 de la direction du quotidien Le Monde, président du site d’informations en ligne Médiapart, est venu expliquer sa vision du journalisme et les périls qui menacent de manière inextricable la presse libre et la démocratie.

Pour Plenel, si l’information est un véritable pouvoir, le journaliste ne doit pas être vu comme une entité isolée de la citoyenneté ;  idem pour le politique. Pas de doute, un pays à l’information contrôlée, maîtrisée, affaiblie, est un pays qui va mal. Cet avis semble partagé outre-Atlantique. Citant Obama, qui lui-même reprenait des propos de Thomas Jefferson devant la presse américaine (en crise également) qui l’appelait à l’aide, Plenel fait siennes ces paroles présidentielles (pas sarkozystes bien sûr !) :

Je préfère un pays sans gouvernement et avec presse que l’inverse

« A quoi sert un bulletin de vote si l’on est mal informé ? » demande le journaliste qui, décidément très en verve, fait référence à Victor Hugo. Une presse vraiment libre et le suffrage universel doivent être les deux côtés d’une même médaille symbolisant la démocratie.

« Il faut sortir d’une culture de soumission ». Transmis à tous ses confrères qui acceptent hochets et se laissent apater par des os à ronger. Les médias français, ce sont aussi tous ces conflits d’intérêt, tous ces magnats de la presse amis du pouvoir. A des années-lumière de ce qui avait été mis en place par le CNR (Conseil National de la Résistance), on assiste à une concentration de titres dans les mains de clients de l’État : Bouygues, Bolloré, Dassault, Arnault, Lagardère. État dont la présidence organise les États Généraux… de la presse ! Mais une démocratie n’attend pas de sauveur suprême et il eût été préférable que la presse se prenne elle-même en charge.

Un modèle américain ?

On se souvient des mensonges d’État devenus mensonges médiatiques dans les colonnes de titres prestigieux tels que le New-York Times ou le Washington Post. Il s’agissait pour le président Bush de faire croire que Saddam Hussein était impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001. Le secrétaire d’État étasunien, Colin Powell n’en parle-t-il pas comme de la  » honte de [sa] vie » ? Les États-Unis ne sont pas un modèle mais quand ils font une erreur, ils réagissent vite. Des jounalistes ont du quitter leurs quotidiens, les secrets-défense ne sont pas aussi nombreux et restrictifs dans l’investigation. Là-bas, une culture de transparence existe telle que nous ne la connaissons pas.

Le numérique: 3 ème révolution industrielle

Au fil du temps, le citoyen s’est éloigné du journaliste alors que paradoxalement il souhaite toujours plus d’informations. L’interaction entre le journaliste et le lecteur, voilà une des clés du problème selon Plénel. Le numérique est un ébranlement profond. Face ou au côté des journalistes, le citoyen construit son blog, son site qu’il nourrit de ses analyses. L’avantage du journal en ligne : pas de contraintes de longueur, des liens hypertextes permettent de prolonger les articles, etc.

A écouter le patron de Médiapart, plein d’entrain pour ce qu’il qualifie de troisième révolution industrielle après la machine à vapeur et l’électricité, on se demande s’il ne s’emballe pas lorsqu’il prêche pour sa paroisse. Il reconnait néanmoins volontiers que sur internet la course à l’information, le journalisme de flux et le manque de priorité hiérarchique décridibilisent la presse. Et la gratuité ? Un faux concept, une bonne information aura toujours un prix, celui de la qualité et de l’indépendance.

Plenel anti-sarkozyste primaire ?

Le journalisme et la démocratie en danger ? A cause d’un vilain dictateur sans culture complexé par sa taille ? Bien évidemment ce n’est pas le propos de Plenel. Mais les souhaits de certains parlementaires peuvent inquiéter à raison. La violente sortie d’Éric Raoult à propos d’un incongru devoir de réserve de « la » prix Goncourt Marie N’Diaye peut servir d’anecdote. Sous prétexte de temps de crises (économique, écologique, sociale) le pouvoir resserre lentement l’étau. Plenel s’est déjà frité aux deux précédents présidents de la monarchique Vème. Mitterand l’avait mis sur écoute et Chirac l’avait à l’oeil après la révélation de la cassette Méry (ancien collecteur de fonds du RPR). Et avec le pouvoir actuel pas trop de frictions ? C’est différent avec un président qui n’a pas le sens des limites. Que dit un de ses fidèles, Laurent Solly (TF1) :  » La réalité n’a aucune importance, seul compte la perception » (dans L’aube, le soir ou la nuit, Yasmina Reeza). Une véritable déclaration de guerre au journalisme et à la démocratie.

P.S : Majead qui collabore à fwiyapin est membre du club de Médiapart => http://www.mediapart.fr/club/blog/majead

P.S (bis) : Plenel qui a vécu en Martinique dans son enfance s’y rendra prochainement afin de débattre du prochain référendum.

verso Plenel

Banana Res Publica

La France est-elle une république bananière ?

toscerC’est la question que nous pose Olivier Toscer dans son dernier bouquin. Ce brillant journaliste d’investigation du Nouvel Observateur s’est précédemment illustré dans deux ouvrages remarquables auxquels a également participés Nicolas Beau, ancienne plume du Canard Enchaîné, parti sur le web fonder le site internet Bakchich.info
Après ses enquêtes sur le réseau du « philosophe » mondain Bernard-Henri Levy et le contexte peu ragoûtant entourant le compte japonais du président Jacques Chirac – estimé à 300 millions de francs excusez du peu -  Toscer en moins de cent-cinquante pages et pour la modique somme de 9.90 € fait son come-back sur les rayons des (bonnes) librairies.  Ce titre pouvant être perçu comme provocateur est publié chez Larousse (et non aux éditions Les Arènes comme ses deux précédents livres) dans la collection À dire vrai qui compte des titres tels À quoi servent nos députés ? et Les Noirs sont-ils des Français à part entière ? de Patrick Lozès.
L’expression qui donne son nom au titre de l’essai vient d’un scandale qui éclata au milieu des années  70: une immense affaire de corruption au Honduras par l’entreprise United Fruit Compagny est révélée. La multinationale achetait le pouvoir et corrompait tout l’État du Honduras où elle employait 60 % de la population active. En guise introduction, l’auteur nous avertit qu’à la question posée il répond certes par l’affirmative mais avec les atténuations suivantes: la France n’est pas une dictature et une stricte mise en perspective avec les régimes que l’on qualifie usuellement de républiques bananières serait hors de son propos.

La 5 ème République: y a bon banania !

Tous les présidents de la V ème, passés sous les ors de cette république taillée sur mesure pour le Général De Gaulle en prennent pour leur grade. De Mitterand qui utilisait les moyens de l’État pour sonder la profondeur de la relation entre Carole Bouquet et Jacques Attali ou abriter sa famille cachée, en passant par Chirac et ses innombrables casseroles suite à son passage à la mairie de Paris. Actualité oblige Sarkozy n’en ressort pas épargné.  Toscer démontre comment le président de la République, quel qu’il soit, verrouille les postes de hauts fonctionnaires dans l’administration policière et judiciaire, envoie pantoufler ou nomme à des fonctions prestigieuses (Conseil d’État, Conseil Constitutionnel, Cour des comptes, CES, etc) et ministérielles les proches qui ont rendu service et sont restés fidèles. Un inacceptable que connaissent déjà ceux qui s’intéressent à ces questions mais dont il n’est pas mauvais de se remémorer. Tant que cette république perdurera, le régime sera toujours aussi pourri. Nous en avions déjà parlé ici

La France ne pointe qu’au 19 ème rang des pays les moins corrompus du monde, loin derrière Singapour et Hong-Kong par exemple. Et la justice éprouve les pires difficultés à endiguer le phénomène. De François Mitterand à Nicolas Sarkozy en passant par Jacques Chirac, les mêmes stigmates perdurent: la raison d’État, les privilèges de caste, le clientélisme font prendre de larges libertés avec les principes fondateurs d’une démocratie pluraliste et transparente…

La justice: c’est pas du Joly

huppertLes juges, comme sortis d’une fable de La Fontaine, sont autant impitoyables avec les faibles qu’ils dont subordonnés au pouvoir. Un bon juge ne fait pas long feu; à force de pressions il accepte de rejoindre un placard doré ou se choisit une autre voie. Le juge Halphen, que la droite avait tenté de torpiller via son beau-père a essayé de devenir écrivain puis après avoir montré sa binette sur petit écran en tant que polémiste, il a finalement réintégré la magistrature dans le domaine des… délits routiers.  Eva Joly, l’héroïne de l’affaire ELF a préféré se reconvertir en conseillère pour la lutte contre la corruption en Norvège. Si son aventure a inspiré Claude Chabrol pour un film réussi, ce courageux magistrat s’est lancé en politique avec moins de succès et d’éclats. Après avoir compté fleurette au Modem, elle a délaissé François Bayrou pour Les Verts, le parti d’Harry Durimel qu’elle est venue soutenir chez lui tout en présentant un exposé sur les paradis fiscaux dans la Caraïbe. Le juge qui s’est intéressé aux affaires des lycées d’Île-de-France, Armand Ribérolles, désormais se la coule douce à l’ONU. Quant au juge Phillipe Courroye que l’on présente souvent comme un modèle d’intégrité et de courage, il n’y a qu’à voir sa fine manœuvre tactique d’endormissement concernant l’appartement de Nicolas Sarkozy et la ristourne qu’il a obtenue pour une valeur avoisinant les 300 000 euros ( 2 millions de francs).

Et le duplex de Neuilly ?

Toscer s’étonne qu’une bombe comme celle lâchée par le Canard Enchaîné quelques semaines avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2007 ait pu provoquer un silence assourdissant plutôt que de grands fracas dans la presse et  des cris d’orfraies dans l’opposition. Les autres principaux rivaux au château avaient-ils des casseroles à ne pas ébruiter ? Pourquoi un militant local du PS n’est-il pas aller déposer une plainte ? Dans un pays « démocratique » un candidat, même favori, subitement recouvert d’un tel scandale peut-il être élu ? Pour ceux qui ont des trous de mémoires, les déçus du sarkozysme éblouïs par les mille et une promesse toujours attendues, pour ceux qui n’avaient pas compris que « gagner plus » a toujours été la devise mais pour lui seul de l’ancien maire de Neuilly, rappelons-nous des faits de l’époque. Le Canard Enchaîné, à l’approche des élections présidentielles, se plonge dans le patrimoine, notamment immobilier, des candidats les plus en vue. Avant de sortir des papiers sur la basse estimation des biens du couple Hollande-Royal et le montage pas très sincère de leur SCI, à tout seigneur tout honneur, le 28 février 2007 le journal satirique consacre un long article sur un appartement ayant appartenu à Sarkozy. Nicolas Beau et Hervé Liffan, preuves à l’appui, exposent la juteuse affaire qu’a réalisée le maire de Neuilly de l’époque lors de l’acquisition de son duplex sur l’Île-de-Jatte. En comparant les prix d’ appartements de la même résidence, vers la même période avant et après l’achat des Sarkozy, le rabais obtenu est au minimum de 750 000 francs (3 millions selon les appartements où le mètre carré était le plus élevé).  Les Sarkozy achètent deux appartements qu’ils veulent fusionner pour en faire un duplex. Les frais d’aménagement des cloisons et la nouvelle configuration des pièces seront pris en charge par le promoteur immobilier. Coût d’environ 900 000 francs. Le reste des luxueux travaux (mobilier en chêne, bibliothèque, escalier, dallage en marbre) sera à moitié payé par le couple. Pwofitasyon estimée de 500 000 francs… Les mercredi suivants le Canard récidive en publiant des documents. On y apprend aussi que quelques mois avant l’achat des Sarkozy, le promoteur, le groupe Lasserre aurait eu un cadeau de 5 millions de francs de la part de la municipalité de Neuilly. Le terrain du futur duplex est dans une ZAC (zone d’aménagement concerté). La municipalité de Neuilly, dont Sarkozy est à la tête, choisit alors la société d’économie mixte SEM 92 qui dépend du conseil général (Charles Pasqua en est à la tête à cette époque) pour gérer cette ZAC. Grâce à la SEM 92, mais toute décision doit avoir l’aval du maire, le groupe ne paye pas en une fois, construit sur la partie non encore achetée et cerise sur le ghetto pour riches acquiert le terrain pour son dernier immeuble avec 2 000 francs en moins par mètre carré. 2 000 francs sur chaque mètre carré: 2000* 2540 = 5 080 000 francs. De quoi rendre la pareille et faire plaisir à  M. le maire …

Les Sarkozy revendront leur appartement avec une belle plus-value, et le juge Courroye, nommé juste après l’élection de Sarkozy au parquet de Nanterre se saisira de l’affaire pour mieux l’enterrer. On comprend mieux pourquoi Sarkozy dit avoir la banane !

Quelques autres lectures conseillées par Le Fwiyapin:

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La démence coloniale sous Napoléon

Un livre ouf

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Lors d’une émission d’information (compléments d’enquête) de la télévision publique France 2 sur les évènements de Mai 67, Élie Domota souligne que si Napoléon est considéré comme un héros en France il reste pour la Guadeloupe un négrier et un esclavagiste. Dans la masse des livres et ouvrages qu’il faut avoir ingurgité et digéré voilà un nouvel opus à ajouter à la liste des esprits affamés. Yves Benot (1920-2005), militant anticolonialiste, journaliste et historien, est aussi l’auteur d’autres bouquins sur la période révolutionnaire et les colonies. Le lecteur l’aura compris au titre, pertinent à plus d’un point, Benot n’a pas pris la plume pour nous parler code civil, organisation de l’État ou bravitude de guerre. Dans un contexte où l’icône Napoléon n’est guère bousculée par les historiens (on se souvient par exemple d’un Max Gallo n’arrivant pas à dire que Napoléon fut un criminel contre l’Humanité quand il rétablît l’esclavage en 1802), il n’est pas étonnant que cet ouvrage n’ait pas eu le succès qu’il méritait. L’auteur du livre ne donne aucun crédit à la thèse prétendant que c’est Joséphine, l’épouse de l’empereur qui lui souffle de liquider les avancées progressistes de la Révolution dans les colonies françaises. Si Bonaparte, entouré de quelques membres du lobby colonial pour accomplir ses tristes desseins n’a pas rencontré une résistance suffisante à son projet esclavagiste; des voix souvent avec timidité et auto-censure se sont néanmoins élevés contre lui. Cette période de régression des libertés dans les colonies comme en métropole s’accompagne également des débuts de théories raciales (et donc racistes) élaborées sur des bases scientifiques et non plus religieuses (basées sur la bible et la célèbre malédiction de Cham). Un livre  » ouf!  » parce qu’il est un antidote à l’intoxication intellectuelle au sujet de Napoléon et de l’empire. Un livre ouf car comme son titre l’explique c’est une démence coloniale et donc raciste qui atténuera les acquis de la Révolution et qui survivra au règne de l’empereur.

Du 16 pluviose de l’an II au 30 floréal de l’an X

Il serait faux de dire que ce sont les seuls effets de la Révolution qui ont conduit au décret du 16 pluviôse (4 février 1794) abolissant l’esclavage dans les colonies. Cette décision est surtout la conséquence des émeutes qu’on ne peut plus contenir à Saint-Domingue et de la guerre que la France livre aux anglais. Les esclaves français sont libérés afin qu’ils incorporent l’armée. Si ces choix sont d’ordre pragmatique, au moins permettront-ils une cohérence avec les idéaux d’égalité et de fraternité proclamés à la face du Monde. La Martinique, anglaise à cette date, ne bénéficiera pas de cette première abolition. A la Réunion et à l’île Maurice, sous la pression des colons et devant la passivité de l’armée ce décret ne sera jamais appliqué.
Par le coup d’ État du 18 brumaire de l’an VIII ( 9 novembre 1799), le Directoire est renversé au profit du Consulat. Napoléon se retrouve Premier Consul, les deux autres étant Cambacérès et Lebrun. La propagande esclavagiste sera encouragée par le pouvoir fortement défavorable à Toussaint-Louverture. En guise d’exemple, ces quelques lignes qu’écrit Talleyrand, ministre des affaires étrangères de Napoléon à l’ambassadeur de France aux États-Unis Turreau:

L’existence d’une peuplade nègre armée et occupant les lieux qu’elle a souillés par les actes les plus criminels est un spectacle horrible pour toute les nations blanches. [...] Il est impossible de croire que les Nègres de Saint-Domingue aient quelques titres à une protection.

A l’arrivée au pouvoir de Napoléon, les possessions coloniales françaises sont l’île de France (île Maurice), la Réunion, Saint-Louis du Sénégal, la Guadeloupe, la Guyane et Saint-Domingue. La supériorité maritime des Anglais va empêcher dans un premier temps les projets coloniaux à rebours de l’héritage révolutionnaire. C’est donc d’abord la ruse et la dissimulation qui seront utilisées plutôt que la sanglante répression. Le 25 décembre 1799 les consuls communiquent aux « braves noirs de Saint-Domingue » la constitution de l’an VII et déclarent que le décret du 16 pluviôse sera maintenu. Il faut noter que cette nouvelle constitution est une régression puisqu’elle y exclut, dans son article 91, les colonies dans lesquelles s’appliqueront des « lois spéciales ». Ce sera d’ailleurs au nom de ce même article que Toussaint fera élaborer une constitution propre à Saint-Domingue en 1801. Mais se sachant entouré des puissances esclavagistes anglaise, espagnole et américaine, Toussaint souhaite rester dans l’empire français. Louverture a été également dans l’obligation de conserver l’économie de plantation pour commercer (essentiellement avec les États-Unis) des denrées coloniales afin obtenir armes et munitions. Julien Raimond qui a participé à la rédaction de la constitution écrit à Bonaparte de faire cesser l’esclavage là où il existe encore, c’est à dire aux Mascareignes (Réunion et Maurice) et surtout dans la partie franco-espagnole de Saint-Domingue ( L’Espagne, la France et la Hollande faisant partie à l’époque d’un système d’alliance définie sous le Directoire). Bien évidemment le premier Consul ne répondra pas… La paix d’Amiens de mars 1802 avec l’Angleterre permettra la reprise active des projets esclavagistes. Richepance part de Brest pour rétablir l’ordre esclavagiste en Guadeloupe alors que Leclerc est déjà à Saint-Domingue puisqu’il y est parti avec des dizaines de milliers d’hommes en fin d’année 1801. Le décret du 30 floréal de l’an X (20 mai 1802) qui définit un retour à l’ordre ancien ne concerne en principe ni la Guadeloupe ni Saint-Domingue mais les seules colonies qui n’ont pas connu l’abolition de 1794…lepopee-delgres

Massacre aux Caraïbes

Pour relater les évènements en Guadeloupe, Yves Benot s’appuie essentiellement sur le livre Delgrès, la Guadeloupe en 1802 de son collègue historien Jacques Adélaïde-Merlande (un article sera prochainement consacré à cet autre ouvrage majeur). L’expédition de Saint-Domingue, mené par le beau-frère de Napoléon sera un échec. Dans un premier temps, il parvient à négocier l’intégration des généraux noirs dans l’armée tel Christophe en promettant que la liberté et l’égalité seront assurées. Un accord bienvenu pour les troupes napoléoniennes décimées par le combat et la maladie. Toussaint est arrêté après un traquenard et envoyé en France. Il mourra de froid dans les geôles du fort de Joux. Des officiers moins gradés reprendront la lutte et les généraux se retourneront contre Leclerc puisque des messages contradictoires sont envoyés par la métropole notamment le rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe et la demande par le pouvoir de plus de déportation d’officiers noirs. Le général en chef succombe de la fièvre jaune en novembre. Rochambeau dont Leclerc ne voulait pas comme successeur, reprend le flambeau en vain. Saint-Domingue est déjà perdu et la reprise de la guerre franco-anglaise en 1803 sera favorable à Dessalines. Des troupes napoléoniennes (des polonais essentiellement) rejoignent même les noirs. Craignant pour la vie de ses troupes, Rochambeau (qui est l’auteur de la citation suivante) préfèrera se rendre aux Anglais plutôt qu’aux généraux noirs.

L’esclavage des noirs doit être de nouveau proclamé dans ces parages; et le Code noir rendu beaucoup plus sévère. Je pense même que pour un temps les maîtres doivent avoir le droit de vie et de mort sur leurs esclaves. Le renvoi de Toussaint, de Rigaud, Pinchinat, Martial Besse, Pascal, Bellegarde, etc., ferait un très bon effet ici. Je les ferai pendre avec le plus grand appareil.

Mais ni les avertissements d’échec cuisant ni les messages alarmants émis par d’anciens planteurs avant et pendant la tentative de rétablissement de l’autorité française, ne trouveront une oreille lucide à Paris. En 1804, la répression sanglante de Dessalines qui s’est abattue sur les colons restés sur l’île avait été prévue et annoncée; Napoléon en porte sa part de responsabilité puisqu’il avait été mis en garde des conséquences de l’expédition.la-gua-en-1802

Napoléon raciste: pléonasme

Au décret du 20 mai 1802 plusieurs arrêtés viennent s’ajouter. Celui du 29 mai 1802 interdit le séjour dans Paris et dans les villes côtières aux militaires noirs et mulâtres, celui du 25 juin interdit l’entrée en France aux Noirs et aux mulâtres et celui du 8 janvier 1803 interdit les mariages mixtes. A part des soudards réactionnaires de la polémique et de la désinformation comme le très médiatique grognard Éric Zémour (*) , on ne trouve plus grand monde pour défendre les positions de Bonaparte. Mais quoi de mieux que les déclarations de l’intéressé lui-même pour se faire une opinion. Voici donc les Propos du premier consul adressés à Truget, ministre de la marine et des colonies sous le Directoire mais néanmoins anti-esclavagiste:

M. Truget si vous étiez venu en Égypte nous prêcher la liberté des Noirs ou des Arabes, nous vous eussions pendu au haut d’un mât. On a livré tous les Blancs à la férocité des Noirs, et bien, si j’eusse été à la Martinique, j’aurais été pour les Anglais, parce qu’avant tout il faut sauver sa vie. Je suis pour les Blancs parce que je suis blanc; je n’en ai pas d’autre raison, et celle-là est la bonne. Comment a-t-on pu accorder la liberté à des Africains, à des hommes qui n’avaient aucune civilisation, qui ne savaient seulement pas ce que c’était que la colonie, ce que c’était que la France? Il est tout simple que ceux qui ont voulu la liberté des Noirs veuillent l’esclavage des Blancs; mais encore croyez-vous que si la majorité de la Convention avait su ce qu’elle faisait, et connu des les colonies, elle eût donné la liberté aux Noirs?

Impérialisme sans réalisme

Si nous nous sommes ici appesantis dans le milieu caribéen, ce zoom n’est pas celui de l’auteur qui balaie avec exhaustivité le champs colonial de l’époque qui annonce lui-même les prochaines colonisations françaises. Le titre du livre fait référence, comme nous venons de le voir, à la folle politique sanguinaire de Napoléon mais aussi à son aveuglement dans sa politique hégémonique. Dominé par les Anglais sur les océans, il n’a jamais su faire de choix entre l’Europe et le reste du Monde. Ainsi des projets littéralement déments sont mis en place sans voir le jour: expédition planifiée vers l’Inde, nouvelle invasion de l’Égypte souhaitée. Napoléon rêvera même de l’Australie et l’île de Java sera française moins de trois mois… L’Algérie est elle aussi dans la ligne de mire coloniale mais sera hors de portée au moins ces années là. La contradiction inconciliable de guerre (souhaitée) en Europe et les désirs de conquêtes Outre-Mer se heurteront à l’ascendant maritime de l’ennemi anglais. Soit il obtient la paix avec les Anglais et peut ainsi se permettre des projets fructueux en Outre-Mer, ou alors il délaisse celui-ci pour se consacrer à la seule Europe. Il ne se résignera jamais à opter pour l’un ou l’autre. Son obstination esclavagiste l’empêchera de voir que le meilleur moyen de protéger les colonies des Anglais serait de libérer les esclaves et de les incorporer dans l’armée. L’affront des Haïtiens ne passe pas, même en 1814 -1815 alors que la chute est proche, Malouet le nouveau ministre des colonies menacera de lever une expédition pour reprendre Saint-Domingue.

Benot ne se cantonne pas seulement à Napoléon et sa politique. L’historien retrace tout le contexte intellectuel de l’époque, terreau fertile des démentes propagandes esclavagistes et de l’idéologie des races. Mais quelques voix tenaces, progressistes et humanistes continuèrent de s’élever avec leurs ambigüités. L’une des plus connues et des plus justes est celle de l’abbé Grégoire. D’ailleurs comme l’écrit Benot on ne peut pas avoir pour ancêtre intellectuel à la fois Grégoire et Napoléon

(*) Sur le plateau de Laurent Ruquier, l’intéressé a prétendu, sans être contredit par Jégo ou Doc Gynéco que Napoléon avait aboli l’esclavage à la fin de son règne en 1815. C’est de l’abolition de la traite qu’il s’agit et sa finalité n’était nullement humaniste, ce geste étant une main tendue vers la Perfide Albion dont l’éfficacité tactique s’avèrera nulle…bangou_revolution-esclavage-gpe

Téléchargez le résumé du livre: La démence coloniale sous Napoléon

Chronique littéraire: L’idiot de la Sorbonne

Frédéric Pagès, journaliste au Canard Enchaîné, écrit chaque semaine une parodie de l’agenda de la première dame, le journal de Carla B.  A la lecture de son rendez-vous hebdomadaire du mercredi, d’aucuns l’ont accusé de bienveillante sympathie pour Carla Bruni. D’autres, ne craignant pas le ridicule, ont avancé l’hypothèse grotesque que c’est la femme du président de la République, voire son conseiller en communication Pierre Charon qui rédige l’article moqueur dans la lignée du journal de Xavière T (à l’époque ou les Tibéri régnaient sur Paris) et du feuilleton épistolaire La Cour d’André Ribaud sous De Gaulle. On doit également à Pagès les interviews (presque) imaginaires du Canard qui ont inspiré l’interview de Thierry Henry par le Fouyapen. Le journaliste de l’hebdomadaire satirique du mercredi, agrégé en philosophie, est aussi l’auteur du roman L’idiot de la Sorbonne.

Nourriture philosophique à la Kantine pour esprits affamés

Max de Kool, un ex-brillant étudiant en philosophie qui a magistralement foiré son oral d’agrégation, devenu chauffeur de taxi zonant aux alentours du Panthéon, rencontre dix ans après son ancien professeur de Philosophie. Oscar Van Balthazar est son dernier client de la nuit. A moins qu’il ne soit le premier passager du jour… Débute alors ce qui ne doit être qu’une course destination la Sorbonne (à quelques centaines de mètres donc). Mais leur pérégrination les mènera du Luxembourg à la Pologne en passant par la Belgique et l’Allemagne. Sur les traces de Nietzsche, Kant, Hegel, Descartes, Spinoza et même Coluche ils rencontreront une bonne sœur et une femme fatale (forcément!) avec lesquelles ils ne manqueront pas de philosopher.

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- Vous êtes un drôle d’athée! Vous refusez le monothéisme et vous préférez le paganisme, c’est original à l’époque du téléphone portable. Je suis heureuse de vous avoir rencontré, Oscar Van Balthazar. Mais expliquez nous: vous croyez ou vous ne croyez pas?
- Je ne suis ni athée ni croyant! Ou plutôt les deux à la fois. Tout athée croit en la non-existence de Dieu, c’est donc un croyant à sa manière. Tout croyant nie l’existence des autres dieux, c’est donc un athée à sa façon.

Jocari serio et studiosissime ludere *

Plutôt que d’offrir Le Monde de Sophie aux élèves de Terminale et à ceux qui veulent connaître quelques bases de  » l’amour de la sagesse « , optez pour ce livre qui arrive à combiner des concepts que l’on croit à tort opposés. Apprendre, s’instruire, réfléchir tout en prenant du plaisir. Ce bouquin qui rend hommage tout en se moquant des philosophes, vous réjouira avec ses concepts détonants, de l’astromarxisme à la notion post-freudienne de déconscient. Loin d’être ennuyeux, Pagès nous livre une plaisante fable qui nourrit notre réflexion et notre imaginaire.  Pas certain que vous ayez 16 au bac après lecture, mais voilà un bon bouquin qui donne envie de (dé)penser!

* Plaisanter sérieusement et jouer assidûment

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Retour du Read Club : Denis Laferrière

Qu’est que le Read Club encore ?
C’est un club de lecture créé par Laurie Pezeron, une jeune guadeloupéenne habitant à Paris. Il propose aux passionnés de littérature, et à tous les curieux, de se réunir pour discuter régulièrement des œuvres d’auteurs afros.

Rendez vous le 1er Mars autour de « Le cri des oiseaux fous » de Dany Laferrière, pour le 9ème rendez vous du Read club !

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Si vous vous envoyez en l’air avec Sarkozy: attention à l’atterrissage!

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Le dernier week-end de septembre, le premier ministre a failli périr dans les airs à cause d’un Cessna qui s’était perdu (Canard Enchaîné du 1er octobre). Aux malveillants qui ont pensé que c’était bien dommage, nous leur rappelons que Xavier Bertrand allume quotidiennement des cierges pour que ce genre de spectacle pyrotechnique illumine les cieux et que le vrai premier ministre s’appelle Claude Guéant. La France aurait eu un autre chef de gouvernement, un Fillon toujours, mais sans ses deux ailes (ça vole toujours très haut sur Fwiyapin). Gageons que cette frayeur le fera réfléchir avant d’ emprunter, pour son repos dominical en famille, les moyens de l’état (en fait du contribuable à qui on fait bien comprendre que les caisses sont vides alors qu’on va casser des boites de vitesse en tournant en rond dans un circuit). Mais laissons tomber François, alias Droopy, pour embarquer avec Nicolas. Oui! Celui là même, dont nous disons tellement de bien dans nos colonnes que ça en devient suspect.
L’éditorialiste de Sud-Ouest Bruno Dive, auteur d’un livre bien renseigné sur tous les premiers ministres de la Vème (à l’exception de FF bien sûr), la malédiction Matignon écrit avec Françoise Fressoz sous l’ère Chirac, a accompagné le nouveau chef de l’état dans ses déplacements à l’étranger. Il n’a pas été déçu du voyage et en a fait un bouquin. Loin d’être un pamphlet, à croire qu’ à force de côtoyer le sujet la plume est moins agressive, le journaliste est parfois tendre, glisse de rares compliments mais ne laisse rien passer. Et les gaffes et anecdotes présidentielles ne lui échappent pas.

Speed Sarko

Force est de constater que le nouvel occupant de l’Elysée adore aller se faire voir ailleurs. Avec plus de 20 voyages entre son élection (on ne compte pas le fait qu’on le vit à Malte sur le Yatch de l’ami Boloré) et juin 2008, Sarkozy a un rythme qui détonne. Dans leur première année au château le Chi et Tonton n’atteignent pas la dizaine tandis que VGE ne se consacre qu’à la Françafrique (souvenez vous des diam’s de Bokassa). Par contre les déplacements se Sarko ne sont jamais bien longs, des poignées de main, des contrats signés, un discours chrono en main et on est reparti! Il ne supporte pas les guides des pays qu’il visite et il aime dormir au pays natal. « La France si tu l’aimes ne la quitte pas trop longtemps » aurait pu être sa devise de bon président inquiet. Sarko ne peut pas rester en place, dans tous les sens du terme comme l’attestent ses tics, ses mouvements d’épaules et son ami Patrick Balkany: « Je l’ai toujours connu comme ça. Même en vacances il a la bougeotte au bout de trois jours. ». A des années-lumière de De Gaulle qui passait 20 jours en Amérique latine et allait au Canada en bateau!

Le cyclone Sarkozy

Le journaliste nous offre même des bonus puisqu’il nous narre les aventures coloniales du ministre de l’intérieur de l’époque. A la recherche désespérée d’une poignée de main opportuniste avec Césaire, il se fait appeler Laurent Sarkozy par ce dernier, un peu fatigué et qui avait reçu peu de temps avant l’ancien premier ministre socialiste Fabius. En 2006 tandis que le CPE de Villepin bat de l’aile, Sarkozy gère une prise d’otages en hexagone depuis Lapwent. Au marché de Basse-Terre, des militants sont là pour faire croire que la Guadeloupe est debout derrière le candidat. Le ton monte (déjà) entre les madones de la droite locale, Gabrielle Louis-Carabin et Lucette Michaux-Chevry. Deux ans après, les rumeurs d’un rapprochement entre le maire du Moule et Lurel pour faire la nique à la sénatrice aux prochaines élections régionales se font persistantes.

It’s magnifical!

Arrivé chez la Perfide Albion (pour 36 heures alors que Chirac était resté quatre jours lors de son premier séjour présidentiel) Sarkozy veut être prévenant envers la reine mère. Il en fait trop et va jusqu’à l’avertir qu’il y a des pavés dans la cour de son propre château! Plus tard, celui qui a raté sciences-po, entre autres à cause de son médiocre niveau d’anglais, invente des mots dans la langue de Shakespeare. « It’s magnifical! » s’exclame-t-il avant que Queen Elisabeth, qui parle français demande un traducteur! Faut-il voir un signe de plus de l’alignement aveugle de la France sur la politique étrangère du Royaume-Uni et des Etats-Unis à travers son rapprochement avec l’OTAN, quand, c’est de la chambre des communes et des lords et non en hexagone que Sarkozy annonce un renfort des soldats français en Afghanistan?

La politique France-Africa: c’est du blaguer-tuer!*

Boire peu d’alcool n’empêche pas d’être Tchad. Sarkozy apprécie les chefs d’Etat qui mitraillent à haut Déby: “C’est un chef de guerre. Les militaires sont les meilleurs chefs qui soient.” Parole de gaulliste. Pli ta pli Idriss?
Mais la politique de la “Françafrique” a bien connu une rupture. Fait inédit dans la Vème, un chef d’Etat africain, le gabonais Omar Bongo en l’occurrence, a obtenu le limogeage de Jean-Marie Bockel. Le secrétaire d’état à la coopération attendait trop impatiemment la fin d’une époque. “Je veux signer son acte de décès” disait-il à propos de la françafrique. Après les municipales, ses paroles guerrières mal digérées par le dictateur lui vaudront le glorieux portefeuille des anciens combattants.
L’inoubliable discours de Dakar du 26 juillet 2007 (visible en ligne sur le site de l’Élysée), qui a déclenché en réaction la publication de plusieurs livres est bien sûr évoqué. Pas pour l’enfoncer dans la fange dans laquelle Sarkozy s’est jeté, mais pour lui donner des circonstances atténuantes: Un discours écrit par Guaino qui n’est pas du voyage et que Bockel n’ose pas modifier. Le public présent, des officiels, n’est pas l’assistance jeune et universitaire prévue. Une improvisation aurait peut-être été préférable…

Verbatim: “La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable des fanatismes. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution”

“Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance”

Comme dirait Bondamanjak, sans commentaire mais comment taire?

Sarkozy et les droits de l’homme (d’affaires)

VRP! Voilà la véritable vocation de Sarkozy! Un vrai commercial qui essaie toujours de fourguer centrales nucléaires EPR, Airbus, Mirages et autres saloperies. Cette fois-ci, c’est avec un plaisir cruel que l’éditorialiste rappelle les belles paroles du candidat Nicolas Sarkozy démenties par le président Sarkozy Nicolas. Des milliards d’euros de contrats avec les démocraties algérienne, tunisienne, libyenne, saoudienne et chinoise. Devant cette dernière, il lève toutes les inhibitions et déclare à propos des concurrents allemands: “Quoi! Ils reçoivent le Dalaï-lama et vous négociez avec eux? “ Comme quoi, la meilleure stratégie n’est peut-être pas de baisser son froc…
Et les armes? Il parait que la France ne tient plus son rang et ne fourgue pas assez d’instruments de mort: “Vous vous rendez compte? On est derrière les Israëliens pour les ventes d’armes!”

Sarkozy fin et cultivé: un oxymore bien sûr

Quand le chef de l’état décolle pour Beyrouth avec les principaux chefs des partis politiques français (Le Pen et Besancenot même pas dans la soute) ceux-ci n’en reviennent pas de son langage grossier. « Qu’est-ce-que c’est que ce mec? Il est quand même président de la République…» lâche Marie-George Buffet. Le langage est plus châtié place du colonel Fabien?
Mais c’est en Algérie, à 3 000 kilomètres de la capitale libanaise que Rama Yade va lui clouer le bec. Alors que la délégation est en visite à Tipasa en ce mois de décembre 2007, Sarkozy lâche des remarques pas très agréables à propos de la secrétaire d’état: « Elle croit qu’elle est belle parce que tout le monde lui dit » Puis après un grand numéro de flagornerie de Kouchner qui compare sarkozy à Ben-Hur (!), un extrait des Noces d’ Albert Camus est lu. C’est à ce moment que le président croit sortir une vanne en lançant à Yade: « Écoute Rama, ça va te cultiver ». La réplique est cinglante: « Je connais sûrement mieux que toi. Et d’abord  »noire de soleil » c’est un oxymore! ». Sarkozy en reste coi. Se demandait-il si un oxymore était une éclipse?

Sarko presse les journalistes comme des citrons

Femelle journaliste, vous êtes jeune et jolie? Vous pourrez tout vous permettre comme manque de professionnalisme et de rigueur. Votre plastique n’est pas irréprochable? Ne croyez pas que vos compétences soient les bienvenues dans le zinc, restez sur le tarmac au lieu d’indisposer la vue du président. Il pourrait prononcer à nouveau ces mots que vos prédécesseurs ont bien cherchés: « Vous ne trouvez pas qu’elles sont moches? Il faudra changer tout ça. »
De PPDA viré pour lèse-majesté ( « excité comme un petit garçon au milieu de la cour des grands »), au très probable flirt Ferrari et de sa relation avec une journaliste du Figaro, Sarkozy s’intéresse beaucoup aux médias dans lesquels ses amis Lagardère, Bolloré, Bouygues et Dassault ont des intérêts. Vive les états-généraux de la presse et la concentration de médias dans des trusts gigantesques! Tout le contraire de ce qu’avait instauré le Conseil National de la Résistance après guerre.

Menu best-of

Fin mélomane, Sarkozy connaît tous ses classiques des seventies, Aznavour, Claude François et Richard Anthony. Il aurait fait jouer en boucle les lacs du Connemara lors de sa tournée africaine de 2007. Mieux ou pire – qu’est-ce que l’amour ne nous fait pas faire? – Il aime tellement sa gonzesse qu’il se passe en boucle ses chansons et fait subir cet outrage aux pauvres ministres qui à l’énième passage de l’album doivent avoir le mal de l’air **.
Aux États-Unis, il croit malin de dire que Rice, Powell et Albright sont « venus d’ailleurs » alors qu’ils sont tous nés sur le sol américain. A lire également, la colère intérieure de Sarkozy en chine après que sa mère eut déclaré que ses frangins étaient mieux que lui, une journaliste évincée, les réactions outrées sur les questions sur sa vie privée suivies d’un déballage qu’aucun journaliste n’a reclamé, etc

Bruno Dive vous convie à un vol low-cost sur Sarko Airlines avec un décalage honoraires de 17,90 €. Après un décollage qui donne le haut-de-cœur et un vol chaotique avec les pieds de Borloo qui donnent le gerbillon, faites gaffe à l’atterrissage, la piste est courte comme à Saint-Barth… Cramponnez vous et attachez vos ceintures!

* refrain du morceau françafrique de Tiken Jah Fakoly
** «le DJ de l’airbus», Le Canard Enchainé du 13 août 2008

(In)dépendance vous dites? ça dépend…

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Interrogeons l’inconscient collectif quand il parle de métropole? Vous utilisez peut-être ce mot sans arrière-pensées pour désigner ce que d’autres appellent l’hexagone ou la France (que ceux là se questionnent également sur leur sentiment d’appartenance ou pas à ce pays). Pourtant il suffit d’ouvrir le premier dictionnaire venu pour s’apercevoir que ce mot n’a rien d’anodin. Voici la troisième définition du Robert: Etat, territoire d’un Etat, considéré par rapport à ses colonies, aux territoires extérieurs. Si vous dîtes que vous vous rendez en métropole, implicitement vous parlez alors de colonies. A vous de savoir si vous vous rangez dans le camp des colons ou des colonisés…Rassurez-vous Fwiyapin n’est pas un tribunal révolutionnaire qui va juger ceux qui utilisent toujours ce vocable en les bâillonnant puis en les envoyant se faire mettre aux pôles à grands coups de Fanon.

Le livre passionnant de François-Xavier Guillerm, (In)dépendance créole est un bon prétexte pour évoquer les sentiments plus ou moins (in)justifiés de DOMination, d’(in)égalité, d’ (in)justice que ressentent les Guadeloupéens dans leur histoire commune avec le pays des droits de l’homme. Fwyapin va s’y atteler pour vous comme toujours avec (im)pertinence et (im)modestie. La Guadeloupe, un pays en sous-France?

Le contenu de ce livre sorti en 2007 aux Éditions Jasor est loin d’être rassis et ceci pour une raison simple. Il nous renvoie au passé explosif que les plus jeunes des fwiyapinautes n’ont pas vécu, voire ne connaissent même pas. Doublement préfacé par Luc Reinette – président du CIPN qui se bat maintenant sans violence pour la construction du Mémorial Acte – et le pénible Edouard Boulogne, professeur de philosophie, le bouquin nous replonge dans les années 80, époque de lutte intense pour une séparation d’avec l’amère patrie française. An tan la sa yo pa té ka joué!
Le BUMIDOM arrache les jeunes guadeloupéens de leur contrée et nos voisins de la Dominique obtiennent leur indépendance en 1978. C’est dans ce contexte que les nationalistes guadeloupéens vont faire entendre leur voix en prenant la voie des bombes. Si le plus souvent les dégâts ne sont que matériels, il arrive parfois que le sang coule. Homicides, tentatives d’assassinats et poseurs de bombes succombant dans leurs attentats vont défrayer la chronique. Les formations politiques et syndicales de l’époque sont exhaustivement citées et l’on si perd entre tous ces sigles: ARC, UPLG, GLA, MPGI, UGTG, GONG, UTA, UPG, SIPAG, SGEG, UTEG, KLNG, etc. (Mal)heureusement, l’auteur ne s’étend pas sur la génèse de toutes ces organisations. Il nous plonge d’emblée dans les décombres fumantes des locaux de RCI situés à l’époque tour Cécid en novembre 1983, rappelant dans un style limpide les nuits bleues, les anectodes parfois cocasses (qu’est-ce que l’UPLG est allée faire dans la Lybie de Kadhafi?), l’imbécilité du plus haut représentant de l’Etat français qui ne fait pas évacuer la préfecture alors qu’il a été prevenu, les divergences des indépendantistes sur les moyens (violents ou pas) à utiliser. Les évasions, les mawonaj, les rencontres secrètes et le passage du préfet Bonnet, ancien patron de la DST qui se brulera les doigts dans l’affaire des paillotes corses, tout ou presque de ce qui s’est passé ces années là n’a pas échappé à FXG. La meilleure manière de le remercier est évidemment de vous ruer chez vos libraires et d’y lire un pan de l’histoire guadeloupéenne. Le principal reproche que l’on pourra faire à l’auteur, c’est la taille du bouquin (moins de 200 pages). On parcourt avec intérêt le livre mais sur certains points on voudrait plus de détails. Foccart, le monsieur France-Afrique de l’Elysée du temps du Général est mentionné lors de négociations avec le gouvernement Chirac, des connexions douteuses avec des ex-membres du SAC (Service d’Action Civique, dissout après l’arrivée des socialistes au pouvoir) du côté de militants « pro-français » aux méthodes peu républicaines sont évoquées. Jusqu’à quel point la CIA jugeait crédible l’accession à l’indépendance et le rôle que pouvait y prendre l’UPLG? Les nombreuses mises en bouche nous laissent parfois sur notre faim d’esprits affamés. De même, les 10 ans séparant le passage du cyclone Hugo à la déclaration de Basse-Terre sont expédiés en à peine 5 pages…Ces petits regrets ne pouvant qu’amener à se documenter d’avantage, ne blâmons pas cette contrariété. Recherchant l’objectivité, la préface et le titre en témoignent, Guillerm ne donne pas (trop) sa prise de position et ne distribue pas mauvais ou bons points sur les actions passées. Procurez-vous cet ouvrage quelque soit votre point de vue, il est à prendre comme un regard sur le passé pour éclairer l’avenir. Pour finir nous tenons à revenir sur les occasions manquées évoquées dans le livre.

Avant les élections présidentielles de 1981, les socialistes semblaient accepter les revendications des indépendantistes. Une fois au pouvoir, c’est bel et bien un projet d’assemblée unique élue à la proportionnelle pour la Guadeloupe, première étape vers l’indépendance, qui est proposé par le gouvernement de l’époque et votée au palais Bourbon. Mais à l’époque on ne retouche pas la Constitution de De Gaulle et Debré tous les quatre matins, et le Conseil Constitutionnel met son véto arguant que le texte fondateur de la Cinquième République n’autorise pas une telle modification. De ce refus accouche le statut de régions monodépartementales.

Deuxième occasion manquée, le projet d’assemblée unique faisant fusionner les deux assemblées régionales et départementales. C’est le fameux « non » massif du référendum de notre référent DOM du 7 décembre 2003. C’est la victoire des départementalistes, et la propulsion dans les hautes sphères médiatiques de celui qui remportera les régionales de 2004, Victorin Lurel. Mais n’est-ce pas aussi un refus et un dégoût de celle qui fût secrétaire d’Etat à la francophonie qui donnent ce score si écrasant (plus de 70% de non)? Cette volée de bois vert électorale, Lucette Michaux-Chevry l’avait peut être bien cherchée. On ne peut pas ne pas évoquer ici la girouette LMC (pour rester dans les sigles) s’orientant selon les alizés favorables. Commençant son parcours politique, il y a fort fort longtemps au parti socialiste, elle rejoint le RPR car elle refuse de voir la Guadeloupe considérée comme autre chose que la France. Mais pour donner le jeu aux indépendantistes, il est de bon ton de se particulariser en ajoutant des G à gauche aux partis traditionnels (PSG de Toribio circonscrit essentiellement à son fief du Lamentin, PPDG de Bangou après scission d’avec le PCG, l’éphémère FRUI-G de Larifla) et à droite de dire qu’on a pour objectif la Guadeloupe (qui a pour ancêtre le LPG de Chevry fondé en 1984). En 1999 se déroule la déclaration de Basse-Terre entre les élus des conseils régionaux de Guadeloupe, Martinique et Guyane, respectivement LMC la chiraquienne, Alfred Marie-Jeanne du MIM (mouvement indépendantiste martiniquais) et le socialiste Karam. Les élus antillo-guyanais discutent autonomie et changement de statut. Ni Jospin, ni Chirac n’y voient pas d’objections majeures. Le changement de gouvernement en 2002, plus favorble à la dame de fer va accélérer la consultation populaire qui sonnera le glas de la politique de celle qui fut naguère la première opposante aux indépendantistes (au point d’en avoir été menacée physiquement) et qui le soir de la déclaration de Basse-Terre lâcha non sans ambigüité: «je suis nationaliste… mais je ne suis pas séparatiste».

Le gagnant du réferendum, Lurel le départementaliste socialiste, pourra-t-il évacuer si facilement la question du statut de la Guadeloupe sur laquelle il n’y pas vraiment de statu quo?

Le meilleur des immondes

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Timal, arété bat’ Aldous!

Dans la foule anonyme de Paris, Londres ou Tokyo, on se sent comme une fourmi lambda. Pourtant le passant est filmé des centaines de fois par jour. Et ne croyez pas que vous êtes sous des cieux plus cléments en Gwada, on s’occupe de votre cas comme Fwiyapin vous en a déjà parlé. La RATP (Régie Autonome des Transports Parisiens) après avoir opté pour l’installation systématique de caméras de surveillance sur les quais et dans les stations de métro et RER, flique désormais ses usagers grâce au pass navigo. Si vous voulez circuler sans que l’on retrace votre traçabilité il vous en coutera cinq euros de plus. Mais cela n’est-il pas un comportement suspect quand on a rien à se reprocher? Des entreprises ont des données sur nous que nous n’imaginons même pas tandis que la SNCF se fait piquer les siennes, précieuses informations sur nos adresses, modes de déplacement etc. Mais c’est de l’Etat lui même que viennent les coups les plus durs à la liberté et aux Droits de l’Homme (sauf les droits de l’homme d’affaire bien sur).
Sous prétexte de plan vigipirate et de lutte contre le terrorisme, les lois dites Patriot Act vont-elles traverser l’Atlantique avec la même essence liberticide? Nos célèbres services de renseignement, RG et DST n’ont-ils pas fusionné en DCRI pour plus d’éfficacité? L’ennemi intérieur, le mauvais citoyen doit être détecté puis surveillé. Il doit être empêché de nuire et de répandre ses foutues idées. Et pour cela, la technique et la technologie croissantes de Big Brother offrent des opportunités sans précédent. Quels carnages supplémentaires et de quelle autre ampleur Napoléon aurait-il pu s’offrir avec les moyens techniques contemporains d’Hitler? Si ce dernier avait bénéficié de ceux de notre époque, il aurait peut-être entièrement réussi non à gagner la guerre, mais dans l’aboutissement de sa folie raciste. Le fichier Edvige a provoqué une levée de boucliers portée essentiellement par des associations et le Syndicat de la Magistrature. Il permet de recenser et de collecter des informations sur ceux d’entre nous qui s’engagent en politique, dans la lutte syndicale ou le milieu associatif. Il est également prévu d’y faire figurer des gamins dès l’âge de 13 ans et de vérifier si les futurs fonctionnaires ou agents de sécurité n’ont pas un antécédent rebelle. Le Canard Enchaîné du 6 août dernier consacre un portrait d’un quart de page à Patrick Ouart, conseiller justice de l’Elysée. Un de ses proches déclare: « Les lois les plus répressives, les fichiers, les prisons bondées… Il y a 20 ans il y aurait eu des émeutes, mais tout passe… » Jusqu’à quand?

Les perspectives offertes par les recherches et les applications sur l’infiniment petit – un nanomètre est un milliardième de mètre – sont colossales pour les tyrans technologiques de notre Etat militaro-policier. La généralisation rampante des puces RFID ne fait pas grand bruit. Difficile de combattre ce que l’on ne voit pas. Imaginez que tous vos objets soient truffées de ces puces invisibles à l’oeil nu. Vous déambulez nonchalamment dans la rue Frébault en sirotant un sinobol (à ne pas confondre avec un bol de riz cantonais, je vous sais troublé en ces temps de Jeux Olympiques) et vous passez à coté d’un lecteur de ces dites puces. Il sera capable de faire parler vos vêtements, sac, livres et papiers d’identité que vous transportez sur vous. Non seulement on en déduira les lieux, dates d’achat et prix de vos articles de consommation, éventuellement votre disposition à la subversion à travers vos lectures. On pourra retracer avec une précision vos déplacements; même plus besoin qu’un flic vous demande vos papiers. Il les demandera précisément à ceux qui n’auront pas été identifié grâce au lecteur…La tyrannie technologique resserre son étreinte et nous applaudissons et nous émerveillons à chaque trouvaille censée nous faire tendre vers un progrès qui ne cesse de se dérober.

Orwell dans 1984 imaginait une domination violente, un flicage et une délation omniprésents renforcés par une gigantesque propagande consistant non seulement à faire oublier le passé mais également à le modifier en permanence! Dans le roman d’Aldous Huxley, l’ascenceur social a pété tous ses câbles et les escaliers sont condamnés. Votre place est déterminée avant même que vous en ayez conscience. La reproduction sexuelle classique n’existe plus, les mots père et mère sont devenus la pire obscénité prononçable, la famille étant relégué à un concept datant de Mathusalem. Les bambins sont désormais fabriqués à la chaîne dans des usines taylorisées. C’est dès la conception que sont déterminés les individus destinés à devenir les epsilon, qui ne savent ni lire ni écrire, les delta, les bêta puis les alphas, élite de la nouvelle humanité. Le rang social immuable et définitif est acceptée pour trois raisons majeures. D’abord, un lavage d’encéphale bien pire qu’ une publicité entre deux programmes destinés à préparer du temps de cerveau disponible. Un conditionnement digne des chiens de Pavlov permet de dégoûter les bambins epsilon des livres et des fleurs. Ensuite, les epsilon et les delta sont freinés dans leur développement intellectuel et physique. Ils remplissent des tâches rébarbatives, simples et répétitives. Ils sont les larbins des bêta et des alpha et ne sont même pas dans la possibilité d’en prendre conscience et de s’en plaindre. Enfin, la drogue appelée soma est le poto-mitan de l’ordre social. Vous vous êtes fait bousculer par un passant? Vous n’allez pas lui proposer une relation incestueuse avec une mère qu’il n’a jamais eu, mais prendre une dose de soma et tomber dans un rêve éveillé. Votre boss vous humilie plus que de raison, vous vous êtes ébouillanté avec votre café, prenez du soma. Il ne faut pas blâmer une contrariété, le soma est là, le sempiternel échappatoire. Mais jamais parce qu’une miss ou un gentleman aura décliné vos avances. On ne refuse pas, et on ne se refuse à personne. Le meilleur moyen de ne pas retomber dans la préhistoire où famille, possession de l’autre, fidélité et jalousie faisaient le bonheur et le malheur des hommes. Car si les alpha peuvent assouvir leurs désirs avec de délicieuses et pneumatiques bêta, ils ne peuvent ni ne désirent s’attacher pour la vie à une unique compagne. Vous remarquerez au passage que les alpha, caste au sommet de la pyramide hiérarchique n’est composée que d’individus masculins…

A voir la Chine d’aujourd’hui, avec sa brutalité envers ses habitants et son régime policier, ses citoyens prompts à en dénoncer d’autres qui ne peuvent jouir d’une liberté d’expression comparable à la notre, sa censure médiatique et numérique, sa propagande d’Etat, on pourrait la qualifier de douce Orwellie.
Dans notre société occidentale, on veut nous fait croire que notre liberté est corrélée au nombre de produits de consommation que l’on peut acquérir. Les drogues ont de néfastes conséquences sur leurs consommateurs. Mais que seraient nos vies sans tous ces produits qui aident à maintenir l’ordre social? A part le pouvoir d’achat et des conditions de travail peu comparables, quelle différence entre le maçon qui baptise son chantier au rhum et le jeune cadre dinwnamique qui se poudre le nez dans les chiottes de sa boite? Le pilier de bar, le rhumier en restant bien gentiment à leur place de poivrots, servant d’exemples de ce que nous ne voulons à tous prix ne pas devenir, ne vont pas remettre en cause l’ordre établi sauf pour annoner que Sarkozy ne paie pas le vin qu’il boit à l’Elysée. Manque de bol de saké pour eux, l’omniprésident ne boit que rarement, et de préférence avec ses semblables administrateurs de l’immondialisation. Mais empêchez le champagne et la weed de rentrer en Gwada, et vous verrez ce sera pire que des émeutes de la faim!

Notre soumission au système économique et social est facilitée par toutes ces cochonneries (mais dans le halouf tout est bon) qui nous font oublier le réel; face auquel, lorsque nous le croisons les pieds dans la fange nous nous pinçons le nez et détournons le regard. Ni 1984 ni le meilleur des mondes, notre situation actuelle ne prête guère à l’optimisme. Mais sous l’effet de nos somas ou grâce à l’acharnement de nos généreux laveurs de cerveau nous pourrons dire candidement que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Remerciements à Yasmine – tu es bien mieux dans ce monde que dans celui d’Huxley où tu serais une vulgaire beta(sse) – et à Arlindo pour son bouleversant et poignant Monde perdu de Kikoshi.

Interview de Jean Crusol, où la mémoire économique des îles à sucre

Jean Crusol est un universitaire et chercheur martiniquais, qui est passé par la politique et est auteur de quelques ouvrages qui ont fait de lui une référence sur les sujets des économies caribéennes vues notamment sous le prisme historique. Découvrez l’homme et son oeuvre dans cette interview.

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Le rôle des livres, et en particulier les livres qui étudient les fondements historiques de nos sociétés, c’est de permettre de faire l’économie du temps nécessaire à l’expérience historique, de fournir les clés pour comprendre le présent et les leçons pour affronter l’avenir.
Jean Crusol.

Jean Crusol, pour permettre aux lecteurs de FWIyapin de vous connaitre un peu mieux, pourriez vous vous présenter ?

Je suis docteur es sciences économiques (Dauphine et Panthéon-Sorbonne) et professeur agrégé des universités. J’enseigne à l’Université des Antilles et de la Guyane, après avoir enseigné à l’Université des West Indies (Barbade, Trinidad, Jamaïque…) et dans d’autres pays.

Vous avez eu plusieurs vies professionnelles, pourriez vous nous les décrire succintement ?

Je n’ai pas eu plusieurs vies professionnelles. J’ai fait ma carrière entièrement en université. J’exerce aussi des activités de consultant dans ma discipline. J’ai par ailleurs eu des responsabilités politiques : député européen, vice-président du conseil régional de la Martinique, membre du conseil économique et social (Paris). Mais il ne s’agit pas là d’activités professionnelles car la politique, pour moi, n’est pas un métier.

Vous avez été dans la politique pendant un temps, quelle analyse sur le monde politique local en gardez vous ?

Le personnel politique en Martinique est comme partout : diversifié, avec quelques personnes de valeur et beaucoup d’autres peu reluisantes.

Quelle est selon vous, la marge de manoeuvre du politique local dans le développement économique des départements francais d’amérique ?

La marge de manœuvre est très large en matière de développement économique et les moyens financiers considérables. On peut faire beaucoup mieux que ce qui se fait actuellement, si l’on en a la compétence, l’efficacité et la volonté.

Economiste aujourd’hui, quelle est votre vision de l’économie locale ?

Le monde économique est nettement plus moderne et efficace que le personnel politique pris globalement. La Martinique développe depuis une quinzaine d’années l’une des économies de services les plus dynamiques de la Caraïbe. Le taux de création d’entreprises au cours de ces dix dernières années est plus élevé que dans bien des régions françaises. Mais les infrastructures publiques (routes, TIC…) ne suivent pas du fait de l’insuffisance d’anticipation et de la faible capacité de réalisation des principaux décideurs politiques.

En tant que conseiller, et éducateur, vous sentez vous investi d’une mission au service de votre département et de ses générations futures ? Quel devrait être le rôle de l’économiste dans la cité ?

Je suis universitaire et chercheur. J’ai toujours considéré que mon rôle est de produire des analyses et de la connaissance scientifique en matière économique et en science sociale, de la diffuser aux jeunes qui constitueront l’élite du pays, et de vulgariser, autant que faire se peut, des connaissances objectives dans le grand public. C’est pourquoi j’ai écrit de nombreux livres et articles, créé des cours nouveaux à l’université (sur l’économie régionale notamment), fait des émissions de télévision et de radio, et pris des engagements politiques.

Les jeunes que vous croisez à l’UAG sont-ils bien préparés à oeuvrer activement dans le contexte économique local et global ?

Je suis frappé par le degré d’ignorance de la plupart des jeunes qui entrent à l’université, des bases les plus élémentaires des réalités locales et régionales (économie, géographie, histoire, culture…). Ils n’ont, le plus souvent, que des notions vagues, impressionnistes….Par ailleurs, à mesure que s’est écoulé le temps, la proportion des nouveaux étudiants qui ne sont pas au niveau de culture général requis, c’est considérablement accrue. Ce qui ne veut pas dire que tous les étudiants n’ont pas le niveau requis.

Dans votre ouvrage « Les îles à sucre », vous donnez des exemples d’économies insulaires qui marchent dans la Caraïbe (Barbade…) Quels sont les caractéristiques de ces économies gagnantes ? Quels peuvent être les enseignements applicable aux département francais ? A contrario quels sont les plus mauvais élèves ?

Concernant les performances des îles indépendantes de la Caraïbe, la Barbade me semble la moins mauvaises, mais je n’y vois pas du tout un modèle pour les îles françaises. Dans la perspective de la globalisation, l’avenir des petites îles indépendantes est bien plus problématique que celui des îles qui sont intégrées à une grande nation. .

La situation de la Réunion sort-elle du cadre des îles à sucre ? Quels sont les parallèles à faire ?

L’île de la Réunion est aussi une île à sucre. Le dynamisme, les performances économiques et l’intelligence collective de la classe politique de cette île pourrait servir de modèle aux autres îles françaises.

Vous parlez de « société des services, de l’information et du savoir » comme modèle d’avenir. Quels pourraient être les types d’activités précis liés à ce modèle de société ?

J’ai donné dans les « îles à sucre » suffisamment d’exemples d’activités nouvelles de service qui se développent ou pourraient se développer. Les autres sont à inventer, car « la société des services de l’information et du savoir » est d’abord une société de l’innovation

Si Alfred Maire-Jeanne ou Victorin Lurel vous chargait de proposer votre plan de relance de l’économie locale (à la Attali) quel en serait les 5 points majeurs ?

Ni Alfred Marie-Jeanne, ni Victorin Lurel ne m’ont formulé une telle demande, et un plan de développement ne peut se résumer à cinq lignes…


Pour aller plus loin :

Visitez le site de Jean Crusol

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