Pourquoi Hollande a-t-il dékalé Sarkozy en Guadeloupe ?
Le 6 mai 2012, François Hollande remporte la présidentielle française devant Sarkozy. Une avance que les observateurs pensaient plus large tant les séductions grotesques et les gages ridicules de l’UMP à l’extrême-droite semblaient disqualifier le candidat-président sortant. Même si le cancre politique adepte de l’école Buissonnière n’a pas réussi son rattrapage, la France paraît divisée comme jamais.
Dans la bouche du fils d’émigré hongrois marié à une italienne, plus qu’une question de nationalité, le mot français était trop souvent perçu comme personne ayant la peau blanche. Mais ne nous y trompons pas, l’exacerbation du racisme et de la xénophobie n’a pas changé grand chose à la donne. La cinglante réplique du député martiniquais Serge Letchimy il y a quelques mois à l’encontre de Claude Guéant à l’assemblé nationale ? Une saillie salutaire, mais aux retombées électorales infimes.
Le Sarkozy de 2007 avait déjà la fâcheuse tendance de pencher dangereusement sur sa droite. Il avait été à l’époque en tête au premier tour en Guadeloupe, devancé par Ségolène Royal de trois mille voix au second. Ce ne sont donc pas les provocations appelant à la haine qui ont changé quelque chose.
Sarkozy a eu beau jouer les hypocrites en encensant Césaire, les Martiniquais lui ont adressé une fin de non-recevoir avec presque 70% des voix pour Hollande. Quels ingrats, insensibles aux courbettes d’un ministre de l’intérieur portant une loi sur le rôle positif de la colonisation (2005). Mais là encore, ces provocations (destinées à la communauté des Pieds-Noirs exilés d’Algérie) n’ont empêché nullement à l’époque les Antillais de voter Sarkozy. Ne nous voilons pas la face, le racisme et l’injustice qui peuvent sévir en Hexagone sont le cadet des soucis des Antillais. C’est ce que rappelle Frantz Succab dans une récente tribune :
Dès lors que l’intention d’une majorité de guadeloupéens en faveur de la Gauche française était de donner un modeste coup de pouce au peuple français pour marcher vers le progrès, ne fallait-il pas l’encourager? Réduire des inégalités sociales, ouvrir un plus grand champ aux libertés démocratiques et, surtout, pour ce qui nous concerne, permettre de renforcer à l’intérieur même de l’Hexagone d’une vraie opposition populaire à la politique coloniale de l’Etat français. Mais nous savons tous, hélas, que ce n’était pas le cas.
Le rejet présidentiel est donc dû au bilan du quinquennat sur le seul critère de l’action Outre-mer. Qu’a donc fait ou pas fait l’ancien chef d’État qui lui vaut une telle mise à l’amende dans les urnes ?
Sur le site du sévice public odieux-visuel de La 1ère, un bilan de l’action de Sarkozy est dressé. 12 voyages Outre-Mer aimerait à rappeler le présidant de l’Hexagone et de l’Outre-Mer ? Cela rappelle les propos grotesques du député UMP Éric Raoult, que nous avions interviewé il y a quelques années. Arguments qui n’expliqueraient en rien une connaissance des confettis de l’empire.
Les États généraux après le mouvement social de 2009 ? Cette réponse ridicule, nullement à la hauteur des évènements est peut-être resté en travers de la gorge des électeurs Guadeloupéens, Martiniquais, Guyanais et Réunionnais.
La nomination de la guadeloupéenne Marie-Luce Penchard, fille de l’ancienne ministre et sénateur-maire de Basse-Terre Lucette Michaux-Chevry (ex PS, ex chiraquienne reconvertie au sarkozysme) a dans un premier temps séduit quelques électeurs (guadeloupéens ou non), qui ont vite déchanté par la suite.
L’année des Outre-Mer (2011) a bénéficié d’un budget ridicule, avec parfois des choix regrettables de lieux de commémoration. De la poudre aux yeux pour des ressortissants ultramarins vivant en France.
Mayotte devenait département alors que la Martinique et la Guyane (à la demande de leurs exécutifs) se prononçaient pour une sortie de la départementalisation. Un choix anachronique dans l’archipel des Comores, une frilosité de changer de statut dans la Caraïbe.
Et c’est peut-être bien cela que les Antillais reprochent le plus à l’ancien président. C’est en tout cas l’avis d’Eddy Nedelkovski. Le journaliste guadeloupéen l’explique sobrement dans Le Monde:
Pour les insulaires, [Sarkozy] s’est montré trop pressant sur l’évolution institutionnelle de l’archipel.
Mais c’est Carib Creole News qui vient porter le fer sur la plaie avec le plus de ferveur, dans un article où le lecteur est invité à se poser la question de savoir s’il faut avoir peur de François Hollande. Verbatim:
Après la grève de janvier 2009, il avait tenu à Petit-Bourg un discours, perçu comme ambigu, sur le développement « endogène ». Avant lui, François Fillon avait souhaité que les Guadeloupéens soient plus « autonomes » et moins « assistés ». Des propos inhabituels dans la bouche de représentants de l’état colonial qui ont toujours pris le soin de « caresser » dans le sens du poil.
On mettra au moins un bémol à ce propos. A Petit-Bourg, Sarkozy avait été acclamé par des militants UMP trop heureux d’entendre qu’il était hors de question de parler d’indépendance de la Guadeloupe. Mais les Guadeloupéens ont effectivement bien perçu qu’un début de dialogue à bâtons rompus s’amorçait. A l’inverse, la propagande socialiste de cette présidentielle a joué une stratégie payante en surfant, sans nommer son nom sur la fameuse « peur du largage ».
Si les sarkozystes n’ont jamais été des assoiffés de justice sociale, implicitement, les troupes de François Hollande ont vaincu sur une garantie de statu quo. Pourtant la situation plus que préoccupante dans laquelle la Guadeloupe se trouve mérite autre chose comme remède. Sarkozy s’est vautré, mais une fois ce petit plaisir passé la réalité est toujours là. Comme le Projet Guadeloupéen de Société porté par les « vainqueurs » Lurel et Gillot, toujours une plaisanterie éhontée présentée au peuple.

Vous l’aurez compris au titre, le chroniqueur le plus récurrent du Fwiyapin n’a pas été follement enthousiasmé par le film. Mais la voie qu’il ouvre et les débats qu’ils suscitent ne sont pas sans intérêt.
Moins de 150 pages pour une quarantaine de chapitres et un prix attractif de 3 euros, voilà pour la forme. Le fond, c’est un récapitulatif des scandales, d’assassinats et de crimes liés à la CIA, révélés par les médias et synthétisés par l’auteur. Nous avons choisi de nous focaliser sur quelques une des affaires, notamment dans le bassin géographique de l’Amérique centrale et de la Caraïbe. Mais, le lecteur de ce précieux petit bouquin saura également trouver dans les grandes lignes le rôle et l’implication de la CIA dans les assassinats de Patrice Lumumba, Malcolm X, Martin Luther King, Robert Kennedy, la déstabilisation de la démocratie en Italie (opération Gladio) ou en Grèce, l’affaire JFK, la participation aux côtés des Français à la guerre d’Indochine (avant la guerre du Vietnam), les massacres en Indonésie sous Suharto, l’arrivée de Pinochet au pouvoir après la chute de Salvador Allende, le narco-trafic, la propagande dans les médias, la guerre en Angola sous la guerre froide, le soutien à l’incontournable Khadafi et bien sûr aux ennemis afghans d’aujourd’hui, les Talibans, autrefois soutenus dans leur lutte contre les Russes…






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