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Pourquoi Hollande a-t-il dékalé Sarkozy en Guadeloupe ?

Le 6 mai 2012, François Hollande remporte la présidentielle française devant Sarkozy. Une avance que les observateurs pensaient plus large tant les séductions grotesques et les gages ridicules de l’UMP à l’extrême-droite semblaient disqualifier le candidat-président sortant. Même si le cancre  politique adepte de l’école Buissonnière n’a pas réussi son rattrapage, la France paraît divisée comme jamais.

Dans la bouche du fils d’émigré hongrois marié à une italienne, plus qu’une question de nationalité, le mot français était trop souvent perçu comme personne ayant la peau blanche. Mais ne nous y trompons pas, l’exacerbation du racisme et de la xénophobie n’a pas changé grand chose à la donne. La cinglante réplique du député martiniquais Serge Letchimy il y a quelques mois à l’encontre de Claude Guéant à l’assemblé nationale ? Une saillie salutaire, mais aux retombées électorales infimes.

Le Sarkozy de 2007 avait déjà la fâcheuse tendance de pencher dangereusement sur sa droite. Il avait été à l’époque en tête au premier tour en Guadeloupe, devancé par Ségolène Royal de trois mille voix au second. Ce ne sont donc pas les provocations appelant à la haine qui ont changé quelque chose.

Sarkozy a eu beau jouer les hypocrites en encensant Césaire, les Martiniquais lui ont adressé une fin de non-recevoir avec presque 70% des voix pour Hollande. Quels ingrats, insensibles aux courbettes d’un ministre de l’intérieur portant une loi sur le rôle positif de la colonisation (2005). Mais là encore, ces provocations (destinées à la communauté des Pieds-Noirs exilés d’Algérie) n’ont empêché nullement à l’époque les Antillais de voter Sarkozy. Ne nous voilons pas la face, le racisme et l’injustice qui peuvent sévir en Hexagone sont le cadet des soucis des Antillais. C’est ce que rappelle Frantz Succab dans une récente tribune :

Dès lors que l’intention d’une majorité de guadeloupéens en faveur de la Gauche française était de donner un modeste coup de pouce au peuple français pour marcher vers le progrès, ne fallait-il pas l’encourager? Réduire des inégalités sociales, ouvrir un plus grand champ aux libertés démocratiques et, surtout, pour ce qui nous concerne, permettre de renforcer à l’intérieur même de l’Hexagone d’une vraie opposition populaire à la politique coloniale de l’Etat français. Mais nous savons tous, hélas, que ce n’était pas le cas.

Le rejet présidentiel est donc dû au bilan du quinquennat sur le seul critère de l’action Outre-mer. Qu’a donc fait ou pas fait l’ancien chef d’État qui lui vaut une telle mise à l’amende dans les urnes ?

Sur le site du sévice public odieux-visuel de La 1ère, un bilan de l’action de Sarkozy est dressé. 12 voyages Outre-Mer aimerait à rappeler le présidant de l’Hexagone et de l’Outre-Mer ? Cela rappelle les propos grotesques du député UMP Éric Raoult, que nous avions interviewé il y a quelques années. Arguments qui n’expliqueraient en rien une connaissance des confettis de l’empire.

Les États généraux après le mouvement social de 2009 ? Cette réponse ridicule, nullement à la hauteur des évènements est peut-être resté en travers de la gorge des électeurs Guadeloupéens, Martiniquais, Guyanais et Réunionnais.

La nomination de la guadeloupéenne Marie-Luce Penchard, fille de l’ancienne ministre et sénateur-maire de Basse-Terre Lucette Michaux-Chevry (ex PS, ex chiraquienne reconvertie au sarkozysme) a dans un premier temps séduit quelques électeurs (guadeloupéens ou non), qui ont vite déchanté par la suite.

L’année des Outre-Mer (2011) a bénéficié d’un budget ridicule, avec parfois des choix regrettables de lieux de commémoration. De la poudre aux yeux pour des ressortissants ultramarins vivant en France.

Mayotte devenait département alors que la Martinique et la Guyane (à la demande de leurs exécutifs) se prononçaient pour une sortie de la départementalisation. Un choix anachronique dans l’archipel des Comores, une frilosité de changer de statut dans la Caraïbe.

Et c’est peut-être bien cela que les Antillais reprochent le plus à l’ancien président. C’est en tout cas l’avis d’Eddy Nedelkovski. Le journaliste guadeloupéen l’explique sobrement dans Le Monde:

Pour les insulaires, [Sarkozy] s’est montré trop pressant sur l’évolution institutionnelle de l’archipel.

Mais c’est Carib Creole News qui vient porter le fer sur la plaie avec le plus de ferveur, dans un article où le lecteur est invité à se poser la question de savoir s’il faut avoir peur de François Hollande. Verbatim:

Après la grève de janvier 2009, il avait tenu à Petit-Bourg un discours, perçu comme ambigu, sur le développement « endogène ». Avant lui, François Fillon avait souhaité que les Guadeloupéens soient plus « autonomes » et moins « assistés ». Des propos inhabituels dans la bouche de représentants de l’état colonial qui ont toujours pris le soin de « caresser » dans le sens du poil.

On mettra au moins un bémol à ce propos. A Petit-Bourg, Sarkozy avait été acclamé par des militants UMP trop heureux d’entendre qu’il était hors de question de parler d’indépendance de la Guadeloupe. Mais les Guadeloupéens ont effectivement bien perçu qu’un début de dialogue à bâtons rompus s’amorçait. A l’inverse, la propagande socialiste de cette présidentielle a joué une stratégie payante en surfant, sans nommer son nom sur la fameuse « peur du largage ».

Si les sarkozystes n’ont jamais été des assoiffés de justice sociale, implicitement, les troupes de François Hollande ont vaincu sur une garantie de statu quo. Pourtant la situation plus que préoccupante dans laquelle la Guadeloupe se trouve mérite autre chose comme remède. Sarkozy s’est vautré, mais une fois ce petit plaisir passé la réalité est toujours là. Comme le Projet Guadeloupéen de Société porté par les « vainqueurs » Lurel et Gillot, toujours une plaisanterie éhontée présentée au peuple.

Pas d’ordre, pas de morale, que de la haine ?

Voilà un film qui n’est pas resté longtemps dans les salles des multiplex. Le succès d’Intouchables, film que certains critiques américains ont trouvé raciste, a-t-il éclipsé le nouveau long métrage de Mathieu Kassovitz, L’ordre et la morale ? Les films qui traitent de l’histoire coloniale française sont plutôt rares. Rachid Bouchareb a été le premier a démontré que le succès commercial pouvait aussi être assuré à ce genre de productions.

L’ordre et la morale, qui a fini par pouvoir être vu en Kanaky, remplira-t-il les salles autant que Case départ ? Du point de vue de la réalisation, parait-il que Kassovitz a assuré. Il n’a pas démérité même si certaines scènes sont mal jouées. Mais quelque soit son excellence cinématographique, c’est le retour sur un épisode trop peu connu en France et dans son reliquat colonial appelé Outre-mer qui nous intéresse ici.

Bloody May

Mathieu Kassovitz a donc choisi dans son dernier film de revenir sur les évènements dramatiques qui ont ensanglanté la Nouvelle-Calédonie il y a un peu plus de vingt ans. Les faits sont réels, les images brutales et guerrières, la violence coloniale, raciste et impitoyable.

Mai 1988. Nous sommes entre les deux tours de l’élection présidentielle française. François Mitterrand veut conserver son trône, Jacques Chirac, premier ministre d’un gouvernement de cohabitation, le convoite. Les concurrents ne se font pas de cadeaux et chacun entend bien arriver à sortir victorieux de cette joute par tous les moyens …

Sur le Caillou, la tension est forte depuis des années. En 1984, des militants indépendantistes ont été tués et leurs meurtriers acquittés trois ans plus tard. Goutte d’eau qui fera le vase déborder, les Kanaks sont très hostiles à de nouvelles lois, portant le nom du ministre de l’Outre-mer de l’époque Bernard Pons, qui chambouleront leurs mès é labitid en ne reconnaissant aucune valeur officielle à leur système de vie (chefferie, coutumes, etc).

C’est ainsi qu’à Ouvéa (appartenant à l’archipel des Iles Loyauté)  une occupation pacifique de gendarmerie se solde dans la panique par la mort de quatre gendarmes. Les manblo survivants sont pris en otage et cachés dans une grotte. Leurs ravisseurs se retrouvent débordés par la tournure dramatique de leur action et coupés des directives du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS). Leur chef s’appelle Alphonse Dianou (interprété par Iabe Lapacas).

Arrivent de France plusieurs centaines de soldats, dont le capitaine du GIGN Philippe Legorjus. Il va tenter de négocier une sortie de crise par le haut, la moins violente possible et sans morts supplémentaires. Le film montre son échec inexorable à l’aide de procédés simples et efficaces (le décompte implacable des jours avant l’assaut par exemple).

 

La république, elle passe ces week-end en régate
puis se prostitue de toutes parts pour un Airbus ou une frégate,
elle exécute dans une grotte des opposants kanak
et mange à table avec des gars style Giancana

Akhenaton, IAM, La fin de leur monde

 

 

Film de guerre ? Anticolonialiste ? Réconciliateur ?

Kassovitz semble embrasser totalement la version des faits de Legorjus. Ce n’est pas la meilleure approche pour faire un film historique. Mais ce n’est pas là le souci du réalisateur de La haine. Il exploite une ficelle universelle, la rencontre entre deux héros malheureux, lâchés par leurs supérieurs. Dianou et Legorjus voulaient tous les deux rentrer dans les ordres ! Le premier a voulu être prêtre, le second moine. Le déchirement de Legorjus, amené à trahir et à ne pas honorer sa parole donnée, est du pain béni pour un scénariste.

Le beau rôle est donné au capitaine du GIGN pendant quasiment tout le film. On le voit empêcher des exactions sur des habitants d’un village, inciter un kanak à se plaindre du comportement de militaires, etc. Bref Legorjus grand pourfendeur de l’injustice et de la pwofitasyon, venu sauver la veuve et l’orphelin … Mais par la suite, ses états d’âme, de courte durée mais intenses, bien rendus par la caméra de Kassovitz, le font paraître plus proche de ce qu’il fut: un bon petit soldat (du Christ de surcroît) qui obéit le petit doigt sur la couture du pantalon.

Reconnaissons lui quand même un certain courage. Avoir démissionné et écrit un livre sur les évènements. Si le film n’en fait ni un héros ni un lâche, et veut démontrer qu’il fût impossible pour lui d’agir autrement, c’est le spectateur qui se fera son idée.

Les à-côtés du tournage sont révélateurs de tensions existant toujours en Kanaky, mais aussi de choses à peine croyables. En raison de l’opposition du fils de Dianou notamment, il a été impossible de tourner sur les lieux du drame. La grotte dans le film se situe en Polynésie et cette « délocalisation » a eu un impact néfaste sur le budget.

Kassovitz se rend en Nouvelle-Calédonie depuis 2001, le dialogue avec la population kanak a pu être constructif même si nombreux sont ceux qui considèrent Legorjus comme un traître. Magistral tour de force, l’ancien militaire, familles de gendarmes et de kanaks ont pu se rencontrer et s’expliquer.

Si les provinces de Nouvelle-Calédonie ont participé au financement, l’armée française a refusé toute coopération (prêt de matériel) bien que « des militaires défendaient le film »  selon le producteur Christophe Rossignon.

Lors des larmes on râle

Tout film traitant de la colonisation, genre cinématographique peu exploité en France, est le bienvenu. C’est donc le cas de L’ordre et la morale. Mais un film, aussi bien fait soit-il, ne peut résumer l’histoire de ce peuple. Le spectateur attentif entendra les évocations des enjeux de colonisation et les raisons de la résistance kanak. Le grand chef Ataï, dont la tête n’a jamais été remise aux siens, le nickel bénédiction-malédiction, les crimes contre les Kanaks jamais punis. Mais les « grands méchants » du film, ce sont les hommes politiques, Chirac, Mitterrand, Pons et les dirigeants du FLNKS. Chirac veut faire acte de fermeté pour récupérer des voix à droite et à l’extrême-droite, Mitterrand est plutôt du côté du FLNKS mais donnera l’ordre de l’assaut. Le parti indépendantiste enfin ne se démènera pas pour sauver ses hommes…  Pour ne pas avoir à assumer les gendarmes tués ou pour mieux négocier ce qui débouchera sur les accords de Matignon ?

Parler de cet épisode, c’est parler d’une histoire qui est polémique, qui a fait couler beaucoup d’encre mais sans que l’on ait jamais vraiment pu donner notre version de l’histoire puisque l’une des conditions des accords de Matignon, c’était l’amnistie et qu’elle était voulue par tout le monde dans les deux camps, et chez nous aussi bien par les loyalistes que les indépendantistes. Sauf qu’amnistie, c’est la même racine grecque qu’amnésie… Décider l’amnistie pour éviter tout recours devant la justice, finalement c’était aussi couper la mémoire.

Iabe Lapacas

Au-delà du cinéma, Kassovitz parvient à créer la curiosité chez le spectateur et lui donne envie d’aller plus loin. Souhaitons que dans les autres confettis de l’empire français, ce film puisse trouver un écho. N’oublions pas que vingt années avant la grotte d’Ouvéa, la police et les gendarmes français tiraient sur des manifestants non armés en Guadeloupe. C’était en mai 1967, et ce n’était pas du cinéma non plus.

Lire également:  l’article de Théo Lacase sur Perspektives

Le cochon de Gaza : qui vivra verrat

On m’avait conseillé d’aller voir ce film. « On » avait bien raison.

Jafaar – ne pas confondre avec l’ennemi de l’Aladin de Disney, est un pêcheur palestinien de la bande de Gaza. Les bonnes prises sont rares et les eaux pélagiques de la Méditerranée lui sont interdites par les autorités israéliennes. Ne trouvant dans ses filets que des tongs dépareillées, notre héros fauché doit s’endetter auprès de son lolo. A la maison ce n’est pas la joie non plus, les soldats de Tsahal squattent sa demeure pour y monter la garde. Cerise sur le ghetto, la femme de Jafaar lui tire logiquement la tronche à cause des difficultés financières et de l’humiliation permanente des militaires. A la suite d’une violente tempête, le gazaouis remonte de ses filets une inédite cochonnerie. La pêche miraculeuse est en l’occurrence un cochon vietnamien…

Porc no à Gaza

Comme nous vous conseillons de voir ce film, vous ne lirez pas ici les tribulations hilarantes de l’animal considéré comme impur tant par les Musulmans que les Juifs.  Le film a beau être tout public, sans effusion de sang ou de scènes choquantes, la brutalité de l’armée israélienne n’est pas éludée. Les brimades des soldats sont terribles : manque du plus élémentaire respect, terreur, corruption, oliviers coupés (fondamentaux pour la survie des Palestiniens), etc. Côté palestinien, sont raillés ces lâches qui envoient et incitent les martyrs à se faire exploser pour « la cause ».

Dans le film ce qui unit les deux camps, c’est le rejet commun du cochon. Le cochon devient alors le passeur, le lien entre les deux communautés, et de ce plus petit dénominateur commun va naître un début d’entente. Ce cochon vietnamien, c’est en quelque sorte ma colombe de la paix…

Sylvain Estibal

Rire de la Gazastrophe

Cette jolie comédie nous interroge. Le cochon de Gaza, malgré une fin un chouia déroutante est un film à soutenir. L’humour étant une forme de résistance, voir ce film est dans une certaine mesure un acte militant. Il révèle au passage le porc qui sommeille en l’homme. Pas sûr que le plus cochon soit l’animal…

 

Pour en finir avec notre immobilisme

Quel avenir pour les noirs dans un monde ou les acteurs principaux sont organisés, structurés ou la question de l’identité a été absorbée et ne se pose plus ?

Nous avons une société qui est en mouvement et une communauté d’hommes qui est immobile. Immobile face à l’histoire, immobile face à sa représentativité et immobile face à son avenir.

Attitude face à l’histoire

Nous sommes l’un des seuls peuples à ne pas connaître son histoire, que ce soit l’histoire religieuse, l’histoire militaire, anthropologique et par conséquent à ne pas pouvoir divulguer cette histoire. Nous connaissons le travail fait notamment par Cheik Anta Diop avec Nations nègres et cultures, ce livre est une véritable révélation, c’est un livre exceptionnel et indispensable pour tous ceux qui recherchent la vérité sur l’histoire de l’humanité. L’auteur, Cheikh Anta Diop, à la recherche de la continuité historique des peuples noirs africains découvre que la civilisation égypto-nubienne en l’occurrence l’Egypte antique est la base du patrimoine culturelle, philosophique et scientifique de tous les Africains du continent et de la Diaspora. « Les Egyptiens étaient des Nègres, comme les Ethiopiens et les autres Africains ». Ce qui apparaît pour une extraordinaire découverte n’est en fait que la révélation d’une vérité savamment dissimulée et falsifiée depuis des années par l’érudition moderne occidentale. Cheikh Anta Diop, grand homme, oeuvra toute sa vie pour restaurer cette vérité et restituer la véritable histoire à l’humanité : « Ce sont les ancêtres des Nègres qui vivent aujourd’hui principalement en Afrique Noire qui ont inventé les premiers les mathématiques, l’astronomie, le calendrier, les sciences en général ». L’histoire générale de l’humanité restera toujours aussi trouble tant que ce livre et son auteur resteront inconnus du grand public. Il est communément admis que l’Afrique n’a pas d’histoire ce qui permet son pillage et son exploitation jusqu’à aujourd’hui, Nations nègres et culture démontre par des faits scientifiques et historiques que c’est le plus grand mensonge de l’histoire de l’humanité. Mais pas assez vulgarisé ;  en grande partie nous en portant la responsabilité. Quand on dit histoire religieuse, on entend par là que nous n’avons pas de référence historique ou dogmatique à laquelle accrocher notre identité noire ! D’ailleurs aucun mouvement de retour aux sources n’a réussi à prospérer.

Attitude face à la représentativité

Il y a un lien direct entre notre histoire et notre attitude face à la représentativité, puisque nous ne connaissons pas notre situation, notre position dans l’histoire nous n’avons pas de représentativité, la représentativité devant être gratifiante pour la représenter. Et l’image de l’homme noir envoyé par l’homme blanc est une image avilissante, dégradante, déshumanisée, animalisée, qui voudrait y ressembler ? C’est ce qui empêche le noir de se sauver car quand il se regarde dans un miroir il ne sait pas qui il est, et cette interrogation est une souffrance. Parce qu’il n’a pas été éduqué sur le pourquoi et le comment de son existence alors il se plait aux mimétismes d’une société luxuriante à qui tout réussit, le miroir devient alors sans tain (sans reflet) l’emprisonnant dans une réalité tronquée où le noir n’a pas d’existence et le blanc merveilleux. Et la mondialisation ne change rien à cette perception, au contraire elle l’accentue en montrant l’opulence qui règne au Nord et la misère au Sud.

Une attitude face à l’avenir.

Puisque nous sommes confidentiels dans notre histoire, effacés quant à la représentativité, quel est notre point d’appui pour nous élancer, projeter dans l’avenir, A défaut d’avoir un passé assimilé, avons-nous un projet pour le futur ?

La démarche de projet exprime une philosophie de l’action à travers une attitude face à l’avenir. Le terme « projet » renvoie d’abord aux utopies qui traversent l’Histoire, portées par des hommes hors du commun (Martin Luther KING, GHANDI, Jean MONNET, Nelson MANDELA,…), des leaders charismatiques qui proposent à leurs concitoyens de grands desseins pour les 30 ou 40 ans à venir.

Ainsi, à tous les niveaux, aussi modestes soient- ils, lorsque l’on parle de projet, à l’échelle des acteurs qu’il concerne, se trouve une utopie (source de vie) et s’exprime un grand dessein.

Le projet s’oppose au fatalisme ; en ce sens, il revêt une dimension philosophique évidente. S’inscrire dans une démarche de projet, c’est considérer que les tendances lourdes peuvent s’inverser, comme nous l’enseigne l’Histoire (le mur de Berlin, l’apartheid, la guerre civile à Beyrouth, le goulag, …) ou l’économie (la fin des trente glorieuses, l’inflation dans les pays développés,…). Cela permet d’affirmer que le pire n’est jamais sûr et, comme le dit Edgar MORIN, que « l’espoir, c’est l’improbable » .

Cette conception de l’avenir amène à substituer la prospective à la prévision. L’expérience nous apprend que les experts, aussi compétents soient-ils se trompent régulièrement. La prévision, art impossible, induit une attitude passive où l’on tente de deviner par l’analyse des tendances lourdes, des ressources et des contraintes, le seul avenir envisageable, celui dont la probabilité de réalisation frise la certitude. La démarche prospective, quant à elle, invite à partir d’une situation donnée à envisager un grand nombre de futurs possibles, pour chacun tenter de repérer les moments critiques, ceux où les bifurcations sont possibles et détecter ce qui favorise les orientations. Cette démarche induit une attitude active des acteurs invités à procéder à des choix, déterminants pour leur avenir lointain.

Toute démarche, quelle qu’elle soit, comporte des pièges susceptibles d’amoindrir sa valeur ajoutée, voire de l’annuler. Pour terminer ce bref propos, il nous semble utile d’en évoquer deux.

Quels seraient les pièges à éviter ?

Le premier piège réside dans ce que l’on peut nommer le « projet gadget ». On le trouve abrité aussi bien derrière l’utilisation sans but précis des nouvelles technologies de la communication, que d’apparentes innovations dont l’existence évite de s’interroger sur les buts éducatifs et pédagogiques poursuivis. Cela peut concerner certains échanges internationaux, certaines activités culturelles. A la question : « quel est l’objectif poursuivi ? », nul ne sait répondre, l’action servant d’opium et neutralisant toute réflexion sur les finalités.

Le second piège, encore plus redoutable, se distingue du premier par sa nature. Il s’agit du « projet mirage », du projet élaboré dans le but que rien ne change. L’activité proposée a alors pour objet principal de détourner l’attention de l’essentiel.

Chers amis, si nous voulons nous situer dans l’espace et le temps, imprimer notre vision sur la société à laquelle nous appartenons, nous devons reconsidérer le rapport que nous avons les uns par rapport aux autres. Nous devons nous connaître, nous solidariser afin que notre union soit la force motrice de notre action.

Kant

A nouveau l’eldorado

[Article de Jean-Luc Porquet paru dans Le Canard Enchaîné (14/09/2011) portant sur la découverte de pétrole au large de la Guyane. Illustration Cabu d'après La naissance de Vénus de Botticelli.  Repris par le Fwiyapin SANS leur aimable autorisation]

C’est « historique » . Le gisement a l’air « considérable » . Il y aurait des millions, peut-être des milliards de barils. En forant à 150 km au large de la Guyane, un consortium mené par Shell et Total vient de découvrir un miraculeux gisement de pétrole. Certes, il est très profond – à 5 711 mètres, dont 2 000 mètres d’eau -, donc difficile à exploiter. Mais quelle importance ? On le videra jusqu’à la dernière goutte. Les 240 000 habitants de Guyane espèrent en obtenir des royalties, mais ce n’est pas gagné : rien dans la loi ne prévoit une ristourne pour les gens du coin. Qu’ils s’estiment heureux s’ils décrochent quelques emplois et des oléoducs. Et de la pollution.

Car, s’il y a quelque chose qui va de pair avec l’exploitation pétrolière, c’est bien le saccage de l’environnement. Le scénario est bien rodé. Déjà, les écolos de Guyane s’inquiètent. Ils rappellent que cette zone « compte parmi les 10 écosystèmes les plus productifs en termes de biomasse » et que la Guyane est « site majeur de ponte pour les tortues marines » (« Le Monde », 13/9). Déjà, les ministères promettent que toutes les garanties seront prises… Déjà, on peut douter qu’il faille les croire sur parole.

Voyez le delta du fleuve Niger, qui se trouve au Nigeria, à l’est de Lagos : en 1958, Shell y découvre du pétrole, et se rue, avec d’autres (dont Total, évidemment), sur cette zone, bientôt quadrillée d’oléoducs, de puits et de plates-formes pétrolières, et exploitée jusqu’en 1993. Petit problème, soulevé le mois dernier par un rapport du PNUE, le programme des Nations unies pour l’environnement (publié en août), après quatorze mois d’enquête : le delta est aujourd’hui pollué à mort. S’y joue, le plus grand scandale écologique d »Afrique, qui n’en manque pas. Au fil des années, les compagnies pétrolières ont joyeusement salopé la zone entière. Comment ? En oubliant de colmater les fuites, en refusant même de réparer celles qui furent signalées tout au long de l’exploitation, et, mieux, en affirmant avoir nettoyé les sites mais sans le faire. En un quart de siècle, ce sont pas moins de 6 800 déversements qui ont été signalés. Aujourd’hui, la pollution par hydrocarbures a des effets dévastateurs sur la vie des habitants, l’agriculture, la pêche, l’eau potable (dans un des cas étudiés, l’eau contient une substance cancérigène à des taux 900 fois supérieurs à la limite préconisée par l’OMS). Nettoyer cette poubelle à ciel ouvert qu’est devenu le delta prendra jusqu’à trente années…
Comment Shell et les autres compagnies ont-elles accueilli ce rapport ? En le jugeant « de grande valeur ». En reconnaissant du bout des lèvres leur responsabilité dans deux marées noires ayant eu lieu voilà trois ans. Mais en attribuant toutes les pollutions à des actes de sabotage : vols de brut prélevé directement sur les oléoducs et raffinement clandestin seraient les grands responsables. Elles-mêmes n’y sont pour rien : plus vertueux qu’une compagnie pétrolière, y a pas ! On souhaite bien du plaisir  à nos amis de la Guyane. Ils ont déjà l’or des rivières, qui leur vaut une des pires pollutions qui soient, les orpailleurs y déversant du mercure à qui mieux mieux. Avec l’or noir, ils sont servis. Il ne leur manque plus que le gaz de schiste !

Jean-Luc Porquet

(Le Canard Enchaîné - mercredi 14 septembre 2011)

A lire également sur Blada :

Pour revenir à la raison après l’emballement médiatique

 

 

 

JOMD # 3: IMHO

En cette année officielle de l’Outre-mer, la journée Outre-mer Développement (JOMD pour les intimes) se serait-elle embourgeoisée ? En tout cas, exit la Porte de la Villette, sise au nord-est de la capitale, voisine du périphérique. Ceux qui faisaient naguère « bouger la Caraïbe » s’étaient donner rendez-vous à deux pas de l’hôtel Crillon et du club du Siècle pour faire « tomber les murs ». On ne se croyait pas vraiment à Berlin en 1989, ni même à la Bastille deux siècles plus tôt, même si le mot révolution était mis à toutes les sauces possibles, numérique notamment.

La première édition ne m’avait pas enthousiasmé. Satyam, un des organisateurs m’avait néanmoins pour l’occasion donné une belle interview. Je n’avais pu assister à la seconde édition mais j’avais voulu faire savoir à nos amis étudiants qui veulent retourner chez eux, ce « là-bas » dans lequel on fourre tout, l’Outre-mer quoi, quelles étaient les raisons principales pour eux de se rendre à la JOMD. Vous trouverez donc mes impressions, confessions et états d’âmes ici.

A la suite de ce papier écrit à l’encre sardonique, « l’administrateur » du site Fwiyapin, un certain Satyam, a trouvé qu’une pierre métaphorique était tombée dans son jardin. Alors il a renvoyé un caillou numérique, que vous pouvez lire . Voilà un bel exemple du caractère participatif du blog.

Je me permets de rappeler ces faits, en toute digression par rapport au sujet de l’article, car des internautes s’imaginent qu’il existe une ligne éditoriale au Fwiyapin. Pas du tout ! Vous pouvez le constater au fil des articles, la diversité des contributeurs est dangereusement ébranlée, puisque les seuls contributeurs réguliers sont deux dinosaures, le Majeadiplodocus et le Kamillosaure; mais ça c’est un autre problème. C’est même le votre !

Mais revenons à nos kabrit, pour la troisième édition, malgré mon papier sarcastique, aucun problème pour venir jeter un œil. J’ai raté la seconde mais je revois pas mal d’enfoiré(e)s plus ou moins sympathiques, en costard ou plus dépenaillé. Pas de problème pour trouver la JOMD, je suis les basanés en costume qui sortent du métro Concorde. Juste des petites sacoches, pas de mallettes, j’en déduis donc qu’ils ont plus de chance d’aller au pavillon Gabriel qu’à l’Élysée, remettre de l’argent pour le financement de la prochaine campagne présidentielle.

Une fois à l’intérieur, instinct de survie oblige, je repère vite les endroits où on distribue le bwar é le manjé. Penchard n’est même pas là, on a droit à une vidéo où la Secrétaire d’État apparaît sans maquillage. C’est bien Marie-Luce, très développement durable… Claudy Siar, par contre est présent. Discours sans intérêt, qui contraste avec les propos qu’il tenait deux ans auparavant à la première JOMD. (Voir vidéo plus bas). Plus question d’accuser le gouvernement ou l’État, on ne crache pas dans la soupe. Il lui faudra désormais boire le sarkozysme et le racisme de la Droite populaire jusqu’à la lie.

Au niveau des débats, même écueil que la dernière fois. Il arrive très souvent que l’on ne puisse assister à deux interventions puisqu’elles se déroulent en même temps… De plus le temps limité laisse souvent trop peu de places aux questions du public, composé d’esprits affamés qui restent sur leur faim.

Mais personne n’a vu le film Hostel ?

Débat sur le tourisme obligatoire, il n’y a rien d’autre de proposé en même temps. Les protagonistes ont l’estomac dans les talons, la salle a la dalle, je m’endors. Jean-Marc Sylvestre – pouvait-on trouver plus minable ? – joue le rôle de modérateur. Il aurait été intéressant de savoir combien a été payée cette imposture journalistique. En même temps, je voudrais pas que vous rendiez vôtre repas en lisant le Fwiyapin. JMS taquine la représentante du CTM (Comité touristique Martiniquais) qui lui adresse quelques boks. Ça amuse les spectateurs, qui lui donnent raison sur la forme mais pas sur le fond, tant Karine Roy-Camille semble empêtrée dans ses contradictions. Son alter-ego guadeloupéen est là. Plutôt effacé dans le débat, Willy Rosier a dit texto que le tourisme était une industrie dont le produit (la matière première?) était le patrimoine. Si avec ça on est pas sorti de la crise …

Et les autres participants ? Une dame de Pierre & Vacances, un type d’Accor, un mec du Club Med, et un boug d’Air France … Le tourisme ne passerait donc que par ces grandes chaînes hôtelières ? Pas un seul propriétaire de gîtes, pourquoi ? On se serait même contenter d’une modeste connaissance des organisateurs; ces derniers ont, semble-t-il, préféré nous en mettre plein la vue.

Pour introduire un peu de piment dans le débat, Gilles de Bondamanjak envoie des tweets malicieux sur l’écran géant. Ainsi la salle s’ennuie moins. Le sujet du Kalenda, hôtel abandonné dont on aurait même volé l’amiante n’est pas esquivé. Finalement le point de vue de Sylvestre peut nous éclairer. Lui, ne voit aucune différence entre les Maldives, Saint-Domingue ou les Antilles françaises. Si ce n’est le coût du séjour. Pu(n)ta Cana plutôt que Saint-Anne donc. On ne nous a pas expliqué comment on concurrence une dictature où le prix du travail est bien moins élevé que dans les « régions ultra-périphériques de l’Europe » ? Et plus j’entends les clichés sortis de la bouche du journaliste libéral, plus je repense à cette dame, touriste dans un grand complexe, au début du reportage de John-Paul Lepers La Guadeloupe est-elle une colonie française ?

Si une forme de tourisme vert (gîtes ruraux) semble bien fonctionner sur la côte sous le vent, on voit mal comment l’industrie touristique pourrait à elle seule redresser la situation critique de la Martinique et de la Guadeloupe.

Surtout qu’un indicateur important n’a pas fait réagir grand monde. La part du carburant dans le coût de revient des vols est passé de 10 à 35%. L’euphorie libyenne et la découverte de pétrole en Guyane ne suffiront pas à terme au déclin de l’industrie aéronautique, et donc au tourisme de masse.

Alors la « dimension archipélagique » de la Guadeloupe ou la création d’une marque Martinique© n’y changeront pas grand chose …

Atelier énergie : beaucoup de vent et rien de nouveau sous le soleil

Les intervenants à l’exception de Daniel Chaumet (Région Martinique) ne semblent pas être des ultramarins. On ne veut pas dire par là qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent, mais la désagréable impression qu’aucune solution ne viendra de nous est donnée. La Martinique ne possède pas d’usine bagasse-charbon comme à Maurice, à la Réunion ou à la Guadeloupe. 97 % de la production d’électricité provient des énergies fossiles.

Inutile de parler d’économie d’énergie, de réduction des gaspillages. La consommation électrique a une croissance beaucoup plus forte Outre-mer. Il est exaspérant ce crâne d’œuf d’EDF qui parle toujours « des îles », peu importe l’océan. Je crois qu’il y englobe même la Guyane…

Et paraît-il, il ne faudrait pas donner trop d’importance à l’éolien ou au photovoltaïque. Il est vrai que ce dernier concurrence dangereusement les terres agricoles dont la superficie s’amenuise continument.

La seule innovation qui tient en haleine le public vient de Fred le Lidec. Ce monsieur travaille pour la DCNS. Une boîte qui fabrique des engins de morts et dont le nom est désormais lié aux scandales de la vente des frégates de Taïwan et au « karachigate ». L’énergie renouvelable est aussi un sujet de recherche chez ces gens. D’ailleurs l’hydrolienne, turbine qui utilise les courants marins créés par la marée, a récemment fait parler d’elle dans les grands médias. Cette technique est prometteuse en Bretagne mais dans les endroits où les marées sont beaucoup plus faibles ? Autres sujets de recherche : des éoliennes flottantes sont à l’étude, et la récupération de l’énergie de la houle vaudrait le coup de s’y pencher. Plus surprenant, l’exploitation envisagée du « gradient de la thermocline » (variation de la température des eaux sous-marines). Le meilleur gradient, donnant un coût du Kwh plus rentable, se trouve en Martinique. La piste serait moins intéressante à Tahiti et à la Réunion.

Voilà, à la fin de cet atelier, à part la connaissance de ces nouvelles recherches, on a l’impression d’en sortir appauvri (comme de l’uranium)…

Économie numérique

Un coup d’œil rapide pourrait laisser penser que là encore ça manque de mélanine. Pourtant cette fois, ce sont bien des gens qui vivent sur les territoires concernés, à l’exception de Michel Juvillier et du correspondant parisien de RCI. Avec eux, Nicolas Despointes, boss de Corida, et Philipe Menant (groupe Hersant propriétaire de Fwans Manti) se lancent dans une discussion soporifique sous l’oeil de la pauvre Mélina Seymour-Gradel qui doit rester éveillée.

Juvillier fait remarquer que les prix internet sont tellement chers que les internautes ne s’attardent pas forcément sur la toile autant que les surfers hexagonaux. Effectivement, quand on a un forfait limité qu’on paye la peau du tchou, on va à l’essentiel et on passe à côté de choses extraordinaires (comme le site Fwiyapin par exemple).

Les statistiques données montrent qu’il y a de la marge à ce niveau. Malgré l’ennui du débat, on a l’impression que dans ce domaine, un développement est possible : 62% des Martiniquais vont sur le net. 50% font des achats en ligne. Mais ces achats à 80% ne se font pas sur des sites martiniquais.

Des spectateurs sont excédés que, l’Outre-mer représenté à cet atelier en particulier, et dans la JOMD en général, ne se réduise qu’aux Antilles et à la Guyane. Cette année, la Réunion semble moins délaissée, mais Mayotte, la Polynésie ou la Nouvelle-Calédonie sont les grandes oubliées.

L’odieux-visuel

Lucien Jean-Baptiste avait été annoncé. Il n’est pas là. Camille Mauduech ? Absente. Guy Deslauriers ? Idem. Euzhane Palcy. Pas là non plus. Par contre, on a droit à Thomas N’gijol. Pourquoi ? Là encore, je n’en peux plus tellement Gilles Elie dit Cosaque, Jean-Claude Flamand Barny provoquent une narcose collective et Morphée me récupère sur la route du sommeil. Monsieur BMJ secoue un peu les protagonistes en demandant qui sont les murs que nous devons abattre. Il ne veut pas entendre ce que le mec de France zéro Ô veut lui répondre. Un « retourne dans ta case » plus tard, l’organisation sépare les deux protagonistes pour que ça n’en reste qu’aux paroles.

Cet atelier se déroulait pendant que Paille – qu’on connait surtout comme artiste de dancehall, mais qui est également un enseignant et un formateur – participait à l’atelier intitulé « faut-il avoir peur des jeunes ? », en compagnie entre autres du directeur de pôle emploi Guyane, du vice-président de la région Martinique Daniel Robin. Paille nous a accordé une interview (ci-dessous). Après cela, l’envie n’y était plus tellement de rester écouter les fadaises de Parisot et de Penchard qui n’avaient même pas assisté à la journée. Tant pis pour le cocktail dinatoire, un verre de Kanasao et je prends la tangente. Si vous souhaitez (re)voir les débats, les vidéos sont en ligne.

 

Articles lus ailleurs :

Bondamanjak

FXG

 

L’interview de Paille :

 

Claudy Siar il y a deux ans à la JOMD #1 :

 

Case départ : rien d’extraordinaire à l’arrivée…

Vous l’aurez compris au titre, le chroniqueur le plus récurrent du Fwiyapin n’a pas été follement enthousiasmé par le film. Mais la voie qu’il ouvre et les débats qu’ils suscitent ne sont pas sans intérêt.

Le scénario est plus mince qu’un mannequin  anorexique, mais ce sont parfois ces types de scenarii qui sont la base des meilleures comédies. Voilà donc un premier film, pas forcément raté mais pas réussi non plus.

Éboué prétend faire un film sur l’identité. Alors résumons, pour parler de l’identité en 2011 en France, il faut se placer en Martinique en 1780 ? Pourquoi pas, mais le sujet ne peut pas être traité avec autant de complaisance. Deux mecs racistes, un lèche-cul aliéné et un pauvre type qui cache lâcheté et nullité sous un vernis de rébellion, se verront offrir une rédemption en retournant dans le passé.

Deux frères se retrouvent en Martinique au chevet de leur père mourant qu’ils n’ont jamais connu. Antagonistes dans leurs excès, Joël attribue tous ses malheurs aux Blancs tandis que Régis voudrait voir disparaître pour toujours le phénotype que lui a donné son géniteur. Constatant que l’héritage paternel consiste en la transmission de l’acte d’affranchissement d’un aïeul, ils le déchirent avec mépris et s’assoient allègrement sur un quelconque devoir de mémoire. Pour les punir, leur tante les envoie deux siècles en arrière. Avec des quiproquos et des scènes décalées, qui avouons-le font rire ou sourire.

Les visiteurs revisités avec une morale dégoulinante de bons sentiments

Le problème du film n’est pas de faire rire d’un crime contre l’humanité. Ce sont ses maladresses. Il est vrai que l’humour d’ Éboué est réputé être trash, pourtant il règne sur le film comme une volonté de ne blesser ou de ne choquer personne. Malgré tout, cet objectif est raté.

Le traitement des Nègres marrons est tout bonnement affligeant. Ils sont représentés comme des êtres assoiffés de sang. Le film renvoie leur violence et le système esclavagiste dos à dos. Les frères fuient les rebelles quand Régis refuse de répondre à l’injonction de tuer tous les Blancs lors d’une cérémonie. Les bons Nègres seraient donc ceux qui ne remettent pas en cause l’ordre établi ?

D’ailleurs l’esclavage présenté, hormis les punitions infligées aux protagonistes (fouet, fleur de lys tatouée sur le postérieur), n’a pas l’air si terrible. C’est un des principaux défauts du film. Les spectateurs n’ayant pas la connaissance historique des atrocités pratiquées à l’époque seront-ils capables de se représenter cette période de l’histoire comme l’un des pires moments de l’humanité ?

Régis démystifie avec brio le prêtre en démontrant que les prêches légitimant l’esclavage sont les fruits de l’imagination de l’ecclésiastique;  mais la malédiction de Cham, caution religieuse de la traite négrière tirée d’une interprétation biblique n’est pas expliquée. Il ne fallait pas se fâcher avec les spectateurs catholiques ?

L’allusion à Victor Schoelcher est elle aussi regrettable et ridicule. Le seul blanc qui ne soit pas grossièrement raciste, méchant jusqu’aux os et sadique jusqu’à la moelle est un gamin d’environ quatre ans. Il porte le prénom de l’abolitionniste et est décrit comme l’avenir par un des deux héros. Dans ce monde qui n’est pas manichéen, n’oublions pas que le politicien (né à Paris et non en Martinique) ne fut pas tout de suite pour une abolition immédiate et compta parmi les plus ardents défenseurs de la colonisation.

Aujourd’hui Case départ, et demain y aura quoi à l’arrivée ?

Avoir réalisé une comédie se situant dans un tel contexte n’est pas un exploit à saluer. Mais il faut bien reconnaître que Case Départ ouvre la voie à d’autres productions, qui seront peut-être plus réussies. Des Antillais auraient-ils osé faire une comédie se déroulant au temps de l’esclavage ? Si, mais il aurait été alors très difficile de ne pas s’encombrer de considérations historiques. Ce qu’a réussi la bande à Éboué. Mais les scénariste et réalisateur sont « décomplexés » jusqu’à l’excès, ce qui donne ce résultat mitigé. Entre rires et malaise, on rit jaune comme un adolescent avec appareil dentaire dans un mayémen.

Des films historiques existent (1802 l’épopée guadeloupéenne, Sucre amer) mais jamais personne avant n’avait pris le contre-pied de rire de cette page douloureuse de notre histoire. Pourquoi ? Parce que c’est certainement un des exercices les plus difficiles. N’gijol et Éboué ont échoué, cela ne veut pas dire que personne n’y arrivera. Le succès économique incontestable du film contribuera peut-être indirectement à l’émergence de long-métrages sur l’esclavage et la traite. On connaît la frilosité des producteurs sur ces thèmes, et la prétendue absence de stars noires banquables. Surmonter ces obstacles passe par la multiplication de produits industriels et médiocres. Alors soyons patients car la petite perle ne sera pas pour demain avec des réalisateurs comme Lucien Jean-Baptiste ou Jean-Claude Flamand Barny.

Nous n’appelons pas les lecteurs du Fwiyapin à s’abstenir de voir le long métrage de Lionel Steketee et de Fabrice Éboué. Vous vous ferez votre propre idée, mais demandez vous quand même comment serait reçu le film par quelqu’un qui ne connait strictement rien sur le sujet.

L’histoire d’un prétendu boycott n’a fait que gonfler le buzz en faveur du film. Il a été tourné à Cuba, non pas en raison d’un lobbying contre le tournage du film en Martinique mais par le droit de regard demandé par les propriétaires des champs de cannes à sucre en 2011. Une dernière chose : Eric Zemmour, chroniqueur aussi raciste qu’un président de la république française, qui mouille son slip dès qu’il entend le nom de Napoléon, a aimé le film. Vous voilà prévenus !

 

 

(Re)lire sur Fwiyapin :

Hors-la-loi
Ma première étoile
La Guadeloupe en 1802
La démence coloniale sous Napoléon

Gens de la Caraïbe :

La réaction de Frantz Succab

Fwiyapic # 16

En France, le chef de l’état est payé 20 000 euros par mois pour être le VRP des entreprises fabriquant les « technologies » qui feront les catastrophes de demain. D’autres fils de porcs, grands scientifiques, lobbyistes et propagandistes ne reculent devant rien pour faire croire à la nation la plus nucléarisée du monde (donc logique que sa société soit aussi atomisée…) que les Russes étaient arriérés et incompétents avec leur dictature communiste et que tsunamis et séismes n’étaient destinés qu’aux seuls Japonais.

Bref, dans ce pays démocratique, on a jamais débattu du choix de l’énergie avec la population. Longtemps, la majorité des citoyens a avalé les bobards radioactifs des enculés susnommés en feignant d’oublier l’origine militaire du nucléaire. Vous avez aimé Tchernobyl, Fukushima ? Un Golfech, un Nogent-sur-Seine, un Tricastin ou un Fessenheim vous pensez toujours que c’est de la fiction ?

On ne parlera que très peu de la question du nucléaire lors des vaines élections à venir. Pourtant dans la rue (ici Charles Delescluze Paris XI°) on peut voir des messages sans équivoque:

 

Stop nuclear

 

 

Sé on sèl manman nou tini

L’album de Majead « Dégats & D’EGO » est actuellement en ligne: libre écoute et téléchargement sur ses pages officielles FB & Jamendo.

L’artiste slameur a invité à poser sur son opus plusieurs artistes dont  Meemmee Nelzy, Gustave Magali, Afro Mafios, Oten.

Production : 3Monkyz / 6TMD

Mi la pou pwan’ y :

http://www.jamendo.com/fr/album/91365

oben si :

http://www.facebook.com/majead

http://www.fwiyapin.fr/2011/03/advienne-que-pourri/

Les sales coups de la CIA

OBL fumé comme de l’OCB

Dix ans après les attentats meurtriers des deux tours du World Trade Center, les États-Unis d’Amérique ont offert à Oussama Ben LAden un aller simple pour un séjour éternel chez le Sheitan. Pourquoi avoir exécuté un homme désarmé ? Malgré toute l’ignominie dont il a pu faire preuve lors de son vivant, sa dépouille mortelle n’avait-elle pas droit à un minimum d’égards ? Avec ou sans sépulture, Ben Laden est déjà un martyre pour une poignée de fanatiques pensant partager les mêmes valeurs que les membres de la mouvance Al-Quaida.  Ne méritait-il pas un procès comme tout être humain ? Lui donner une tribune avec la probabilité qu’il aurait pu clamer sa haine de l’occident et ses utopies sanguinaires était donc un risque que la première démocratie puissance économique et militaire mondiale ne pouvait accepter ?

Le sort expéditif réservé au milliardaire saoudien ne manquera pas d’alimenter les incontournables théories du complot et les paranoïas les plus dingues. Ce ne serait pas lui mais un sosie qui aurait été tué dans la villa du Pakistan, le calendrier électoral américain aurait poussé Obama a accéléré le processus de traque, etc. On ne fera pas un inventaire exhaustif des thèses « alternatives » sorties de cerveaux en ébullition, mais pas forcément en saine émulation. Nombreux étaient ceux qui avaient du mal à imaginer Ben Laden toujours vivant après les pilonnages intensifs  des armées US et de leurs alliés en Afghanistan. Il semble aujourd’hui qu’ils ne regardaient pas au bon endroit et -Oh surprise !  leur allié pakistanais aurait pratiqué un double jeu, notamment ses services secrets.

Les barbouzes américaines ont baptisé opération Géronimo la traque et l’assassinat d’Oussama Ben Laden. Que nous révèle cette association pour le moins incongrue et inappropriée ? Que les États-Unis se prennent depuis deux cents ans pour des cow-boys réglant leur compte à de méchants indiens ? Sauf que le chef sioux est un héros, il a défendu sa terre, les siens, son mode de vie et sa culture… La CIA quant à elle, créée au lendemain de la seconde guerre mondiale, a historiquement été un nid de nazis et de nervis d’extrême-droite prêts à rendre service dans la lutte contre les soviétiques ou tout ce qui se disait communiste. L’agence américaine n’a jamais hésité à faire couler le sang au nom de l’intérêt national américain. C’est ce que nous rappelle le livre de Mark Zepezauer les sales coups de la CIA.

Livre : Les sales coups de la CIA de Mark ZepezauerMoins de 150 pages pour une quarantaine de chapitres et un prix attractif de 3 euros, voilà pour la forme. Le fond, c’est un récapitulatif des scandales, d’assassinats et de crimes liés à la CIA, révélés par les médias et synthétisés par l’auteur. Nous avons choisi de nous focaliser sur quelques une des affaires, notamment dans le bassin géographique de l’Amérique centrale et de la Caraïbe. Mais, le lecteur de ce précieux petit bouquin saura également trouver dans les grandes lignes le rôle et l’implication de la CIA dans les assassinats de Patrice Lumumba, Malcolm X, Martin Luther King, Robert Kennedy, la déstabilisation de la démocratie en Italie (opération Gladio) ou en Grèce, l’affaire JFK,  la participation aux côtés des Français à la guerre d’Indochine (avant la guerre du Vietnam), les massacres en Indonésie sous Suharto, l’arrivée de Pinochet au pouvoir après la chute de Salvador Allende, le narco-trafic, la propagande dans les médias, la guerre en Angola sous la guerre froide,  le soutien à l’incontournable Khadafi et bien sûr aux ennemis afghans d’aujourd’hui, les Talibans, autrefois soutenus dans leur lutte contre les Russes…

Guatemala : Banana Res Publica

En 1951, Jacobo Arbenz est élu président du Guatemala. Malheureusement pour lui et son peuple, il n’est pas le candidat des USA et de surcroît de la CIA. Après la nationalisation de terres agricoles appartenant à Rockfeller (United Fruit Company), il n’en faut pas moins pour faire passer Arbenz pour un dangereux communiste. 20 millions de dollars plus tard, la propagande bat son plein contre le président dans son propre pays et des mercenaires sabotent régulièrement voies ferrées et dépôts de carburant. Le président de peur d’être déchouké prend la fuite et est remplacé par l’homme de la CIA, le général Castillo Armas. Cette déstabilisation a pour conséquence l’installation d’une junte militaire causant la perte de plus de cent mille guatémaltèques.

Les porcs stoppés dans la baie des cochons

Les tentatives d’assassiner Fidel Castro après la révolution cubaine ont été aussi infructueuses que nombreuses. En prenant le pouvoir à Cuba, Castro ferme les casinos et les bordels. La mafia veut sa peau et fomente des complots avec la CIA.  L’agence arme des opposants au Lider Maximo et en avril 1961 a lieu l’opération de débarquement de la baie des cochons : Fiasco total dont Kennedy assume la responsabilité alors que la CIA a agi dans son dos …

La démocratie à Saint-Domingue ? Trop dingue !

En 1930 le dictateur Trujillo s’empare du pays. Il a le soutien indéfectible des USA et il le leur rend  bien. Jusqu’au jour où, trop vorace (il possède plus de la moitié de l’économie du pays) , il finit par nuire au business. La CIA fait alors disparaître son allié en 1961. L’année suivante, les élections sont remportés par Juan Bosch qui n’a pas les faveurs de Kennedy. Un coup d’état dont la CIA est à l’origine destitue le président nouvellement élu, puis lorsque Bosch veut reprendre le pouvoir, l’armée américaine débarque à St-Domingue pour l’en empêcher et y installe un homme plus favorable à ses intérêts, Balaguer.

Guyana

En 1978, les médias relatent un suicide collectif de 913 personnes qui se seraient empoisonnées au cyanure à Jonestown. Le gourou de la secte le Temple du Peuple, Jim Jones, aurait été lié à la CIA. Fondée en Californie, la secte se délocalise en Amérique du sud à la suite de suspicions de meurtres. Au Guyana, le premier ministre semblait devoir son poste à … la CIA, ce qui expliquerait le choix de ce pays. Selon des témoignages de survivants, les membres (majoritairement afro-américains) de la secte étaient battus, torturés, violés et régulièrement drogués. Une résurgence du projet MK-ULTRA ?

Autre détail troublant, quelques jours avant le massacre le député Léo Ryan se rend à Jonestown dans le cadre d’une enquête parlementaire. Il y rencontre des gens terrifiés qui veulent partir avec lui. Arrivés à l’avion, le député et les journalistes qui l’accompagnaient sont assassinés. Dans la foulée a lieu la grande boucherie du « suicide » collectif.

Grenade explosive

En 1979, sur la petite île de Grenade, Maurice Bishop accède au pouvoir. Les États-Unis ne goutent pas ses rapports avec les Cubains et sa vision trop socialiste. Pendant deux ans, les services secrets tentent de le déstabiliser. Finalement Bishop sera renversé par des membres de son propre parti et exécuté. Les Américains en profitent aussitôt pour envahir l’île, au prétexte de protéger leurs ressortissants de soldats cubains présents dans l’île …

Salvador

Pendant toute la décennie des années 80, le Salvador est victime d’une terrible guerre civile (100 000 morts). Les États-Unis soutiennent les milices d’extrême-droite et le pouvoir en place anticommuniste qui n’hésitent pas à assassiner des prêtres demandant l’arrêt des combats tel Oscar Romero.

Nicaragua

« C’est peut-être un fils de pute, mais c’est notre fils de pute. » Ainsi parlait le président des USA Franklin Delano Roosevelt du dictateur Somoza. Quand Samoza junior (qui avait pris la relève de son père) fut destitué en 1979, Jimmy Carter voulut bien qu’il se retirât mais il désirait que le régime dictatorial demeure avec sa terrible armée, la Garde nationale. Or la population nicaraguayenne comptait bien s’en débarrasser en même temps que Somoza.  Les États-Unis amenèrent de nombreux gardes s’entraîner en Argentine pour qu’à leur retour au Nicaragua ils combattent les sandinistes. Ces nouveaux mercenaires furent baptisés les contras (pour contre-révolutionnaires). La CIA pour sa part entreprit un sabotage des ports, des dépôts de carburant, une aide logistique aérienne aux contras et un soutien financier de millions de dollars à l’opposition. Au bout de dix ans de guerre militaire et économique, les candidats des USA finirent par l’emporter.

Panama

Homme de la CIA, Noriega aura pendant longtemps de très bons rapports avec la CIA. Il progresse dans la hiérarchie de l’armée panaméenne. En 1981, le chef d’État du Panama, Omar Torrijos, meurt dans un accident d’avion. Noriega est fortement soupçonné d’ en être à l’origine. Par la suite, le général prend la tête de l’armée et du pays sans toutefois être président. Ni les tonnes de drogue écoulées aux USA ni les milliers de litres de  sang qu’il fait verser ne font bouger les États-Unis. Par contre, quand il refuse de soutenir les contras au Nicaragua, l’armée américaine vient l’arrêter en 1990. Incarcéré en Floride, il est extradé  en France où il est actuellement embastillé à la prison de la Santé.

Haïti

L’armée américaine en Haïti s’est notamment illustrée par une occupation de 20 ans de 1915 à 1935. Puis, un soutien actif au régime des Duvalier et des terribles Tontons macoutes (intervention en faveur de « Papa doc » en 1959). A la fin de la dynastie des Duvalier, « Baby Doc » se sauve grâce à l’aide des USA et de la France. La CIA versa des millions de dollars sous le prétexte de lutter contre le trafic de drogues, alors que cet argent contribuait au contraire à faire de l’île une nouvelle plaque tournante et à annihiler les mouvements démocratiques…

Cette litanie d’activités illégales et meurtrières suffit déjà à glacer le sang de quiconque se préoccupe de liberté et de justice.

Tant que la CIA existera, l’État américain pourra, au nom de la sécurité nationale, enfreindre toutes les lois qu’il voudra.

Mark Zepezauer

Sarkozy toujours aussi nul en histoire

Le mardi 10 mai 2011, le président de la république française, devant un public composé de ministres,  de parlementaires,  de notables, de représentants d’association et de citoyens triés sur le volet, prononce un discours d’une vingtaine de minutes dans le cadre de la « commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage ».

L’année de l’Outre-Mer, machin sans budget ni ambition autre qu’électorale, a été un évènement fortement décrié en raison du choix du jardin d’acclimatation de Paris comme lieu principal des manifestations pour cette mascarade. L’écrivain Daniel Maximin s’est ainsi fait fortement bousculé. Mais à force de fréquenter des chiens, même avec collier et peu importe que ce dernier soit estampillé UMP ou PS, n’attrape-t-on pas des puces ? Le site Perspektives a publié la tribune d’une autre plume guadeloupéenne, plus acérée, celle de Roger Valy-Plaisant. Toujours dans le même registre des déclarations aigries mais justifiées et raisonnées, la réaction du peintre Joël Nankin est dans la droite ligne d’un homme dont les convictions ne se laissent pas émousser avec le temps.

« Sarkozy est dans son rôle » nous dit Nankin. Le président français a beau partager le lit d’une figurante d’un film de Woody Allen, il n’en demeure pas moins un piètre comédien. Les élections présidentielles de l’an prochain occupent une place croissante et disproportionnée dans les médias. Il faut plaire à tout le monde même si le marché électoral est fortement segmenté. Comment draguer les « minorités » tout en flattant les français remplis de clichés et de stéréotypes racistes ? Le chef de l’état fait montre d’une extrême souplesse pour ratisser le plus large possible et promettre à chaque fragment de citoyens de microscopiques miettes  présentées comme autant de pièces montées.  La bataille de la réélection s’annonçant difficile, il ne veut donc négliger aucun détenteur de carte électorale, faisant fi du risque d’un acrobatique grand écart.

Les confettis de l’empire, ce sont plus de deux millions et demi d’habitants et on estime qu’autant de Guadeloupéens et de Martiniquais vivent en Hexagone (pardon en métropole) que dans leurs pays (pardon îles tropicales). Sarkozy c’est l’homme qui a placé les Penchard, Siar, Karam et consorts. Et alors ? Depuis 2007, la France est devenue plus hospitalière et moins discriminante pour les Noirs et les Arabes ?

Sarkozy, c’est l’homme qui ne trouvait rien à redire au rôle positif de la colonisation, le président de l’identité nationale, concept inepte dont on voit aujourd’hui les ravages jusque dans la polémique sur la composition de l’équipe nationale de football. Sarkozy c’est  le président français qui a déclamé le scandaleux discours de Dakar (il ne l’aurait pas écrit nous dit-on, mais c’est bien de sa bouche qu’ont été vomis tout ce mépris et cette condescendance envers les Africains et l’homme Noir). Allons-nous oublier qui murmure à l’oreille du chef de l’état ? Il s’agit de son conseiller Patrick Buisson venu de l’extrême droite, tout comme Gérard Longuet, Patrick Devedjan. Ami et défenseur de Brice Hortefeux, il l’a maintenu longtemps premier flic de France après sa boutade raciste anti-arabe.

Il y a deux ans, quand LKP et C5F ébranlaient l’ordre établi aux Antilles françaises, avons-nous oublié le degré de surdité et le foutage de gueule élyséen ? La France est devenu ce pays où même un secrétaire d’état se fait chasser d’une réunion par des militants de son propre parti … La « naïve » Jeanette Bougrab en a récemment fait les frais.  Tout en adoptant une posture consistant à faire croire qu’il reconnaît les crimes passés de la France, Sarkozy légitime jour après jour le racisme croissant envers tout français ou étranger qui ne serait ni blanc ni chrétien. Passé ce bilan non exhaustif, intéressons nous donc à ce discours du 10 mai 2011, mis en ligne sur le site internet de l’Élysée.

Comme un Césaire de récupération dans l’atmosphère

Sarkozy commence son allocution en parlant du Code noir et de cette loi inhumaine. Mais pas question de donner les illustres noms des responsables de cette ignominie. Alors le président s’abstient de dire que le roi de l’époque s’appelle Louis XIV, et qu’il avait sommé son ministre de s’occuper du texte législatif, un certain Jean-Baptiste Colbert. D’ailleurs ce dernier, toujours encensé de nos jours, a sa statue au pied des colonnes du palais Bourbon. Mais les députés français, descendants d’esclaves ou pas,  ne doivent guère le croiser, il rentrent toujours par derrière.

La responsabilité de la France est très peu mise en avant, noyée dans celle de l’occident. C’est vrai quoi, les voisins hollandais, anglais, espagnols, portugais s’y étaient mis, la France ne pouvait pas rester à la traîne, il lui fallait tenir son rang.

« Vint la révolution qui mit des idées dans la tête des esclaves ». Ce genre de phrase maladroite laisse penser que les actes de rébellion, le maronnage et la résistance à la servitude ne pouvaient venir des seuls esclaves. De plus, au moment de la Révolution française, la Convention se contente de prendre acte de la fin de l’esclavage à Saint-Domingue après le soulèvement des Noirs.

Le nom de Napoléon est cité une seule fois. Non pas pour dénoncer la négrophobie et le racisme de l’empereur, mais pour servir de faire-valoir à Toussaint-Louverture, en reprenant les mots de Chateaubriand, qui avait qualifié le leader haïtien de Napoléon noir. Quel cynisme de la part de Sarkozy puisque c’est Napoléon lui-même qui ordonna la capture de Toussaint et le fit mourir de froid au fort de Joux ! Le président ne manque pas de faire savoir que la première république noire a du faire face aux anglais et aux espagnols pour maintenir son existence, mais toujours pour minimiser le rôle de la France, la puissance colonisatrice est incarnée et réduite à la seule personne du général Leclerc (beau-frère de Bonaparte).

L’esclavage, aboli par la Convention en 1794 aurait été rétabli en 1801 selon Sarkozy. Le Fwiyapin n’est pas un collectif d’historiens, mais il nous semble que le texte en question est le décret du 30 Floréal de l’an X, soit le 20 mai 1802 …

Il a fallu attendre 1848 pour que la patrie des droits de l’homme mit fin à cette barbarie indigne de ses valeurs

On disait même qu’il fallait indemniser les maîtres

Certes en 1848, la seconde république abolit l’esclavage. Mais dans les faits, les anciens esclaves sont contraints de continuer à travailler sur les mêmes lieux d’exploitation pour les mêmes propriétaires. Des dispositions sont prises  par les autorités pour interdire le « vagabondage ». Ceux qui n’ont jamais été indemnisés, ce sont les esclaves et leurs descendants.

1794 abbé Grégoire, 1848 Victor Schoelcher. Voilà les seules références anti-esclavagistes de Sarkozy. Mais quid des résistants anonymes, des héros de 1802, des Solitude et Ignace ? Alors qu’il a fait rentrer symboliquement Césaire au panthéon, le président français ne sait pas que Louis Delgrès y a une discrète plaque commémorative ? Mais là encore manifestement, il ne faudrait pas évoquer des hommes et des femmes (des nègres en plus) qui ont osé se lever contre un personnage aussi vénéré que Napoléon.

La République prit en charge les meilleurs élèves, elle leur donna des bourses, elle les éleva, elle fit avec des descendants d’esclaves des agrégés, un gouverneur général, un grand poète, un président du Sénat

Voilà ! Dès qu’un négrillon pourra s’élever un tant soit peu de sa condition, tout le mérite en reviendra à la République. Cette même République coloniale (et criminelle jusqu’à peu) empêche toujours des peuples des deux hémisphères, de prendre, ne serait-ce qu’un chouya, leur destin en main.

Les descendants d’esclaves n’ont jamais demandé d’excuse mais qu’on reconnaisse leurs blessures, ils n’ont pas demandé réparation

Ah mais oui bien sûr, ils n’ont jamais réclamé autre chose que de pouvoir montrer les stigmates aux septiques … Quant à l’idéal républicain rappelé sur les frontispices des écoles et mairies, lapsus révélateur du président à l’appui,  il se fait toujours attendre en outre-mer:

la République leur a promise [l'égalité] en 1946

Faut-il le rappeler, en politique, les promesses n’engagent que ceux qui y croient …

On savait que Sarkozy avait réalisé une médiocre scolarité et que le soit-disant promoteur d’une politique au mérite ne devait l’obtention de son diplôme qu’au soutien financier de sa famille. On connaît son échec à l’ I.E.P de Paris, on avait constaté sa maîtrise approximative de la langue française et ses égarements lorsqu’il s’exprime dans l’idiome de Shakespeare.  En histoire également, il a incontestablement mérité un bonnet d’âne. Avec mention très bien et félicitations du jury.

Relire sur Fwiyapin:

Sarkozy, l’UMP et les koudwòch: une carrière à ciel ouvert
Air Sarko
Sarkozy = So krazy
Un présidentiel foutage de gueule

La Guadeloupe en 1802
La démence coloniale sous Napoléon
Bèt a misyé Ibè

Dé Moun : on fim pou zorèy aw

Asi Fwiyapin, nou ja palé zot plis ki yonn dé fwa dè Timalo, an awtys ka fè slam, mizik é ki ka maké ti bwen osi. Jodila, i ka wouvin évè an ispèktak WW : « Dé Moun, on fim pou zorèy aw ». Primyé fwa i ké fèt, sé ké Pari lè 6 Mé. Si zo vlé pwofité dè plas a 10 € pa lésé dènié jou la rivé si zot é pwan douvan !

« Dé Moun » c’est un « film pour les oreilles » qui raconte comment l’histoire d’amour entre deux êtres, va être prise dans le tumulte des événements de 2009 en Guadeloupe.

C’est le 6 Mai, au Baiser Salé.

Prévente: 10 €

Perspektives

L’an dernier, un nouveau site internet guadeloupéen a vu le jour. Perspektives n’est pas dans la course à l’actualité, ni dans la chasse aux scoops.  Il est alimenté par des articles de fond et des analyses pertinentes. Entretien avec Didier Levreau, journaliste et membre de la revue en ligne.

Fwiyapin : Les réflexions issues des débats que vous suscitez ont-elles un prolongement (rencontres, soirée-débat avec les internautes, etc) ?

Didier Levreau: Il y a les commentaires sur le site, des discussions que nous avons avec les personnes qui connaissent la revue en ligne, mais rien de public. Nous existons depuis moins d’un an, avec des moyens limités. Votre question est intéressante, elle induit un élargissement du débat, nous y pensons, nous y pensions, mais nous avons fait le choix d’avancer à un rythme lent. Nous voudrions pour commencer que les commentaires soient plus denses sur le site, que des lecteurs de la revue en ligne proposent des textes critiques ou contradictoires, nous n’en sommes pas encore là.

F : Exister uniquement sur internet et non en version papier (payante ou pas), c’est un choix économique ?

D.L: Nous avions songé à l’origine à une revue papier, mais cela ne s’est pas avéré possible. La revue en ligne Perspektives est une association loi 1901 qui fonctionne avec un noyau actif de trois personnes bénévoles et une dizaine de personnes présentes mais moins actives. L’engagement financier est minimum. Une fois le site créé, tout le travail rédactionnel est bénévole. Il est évident que passer à une version papier aurait un coût difficile à assumer. Investir pourquoi pas, mais il faut un espoir d’équilibre, très incertain à l’heure actuelle.

Pour tout vous dire, j’ai été journaliste dans la presse quotidienne écrite durant de très longues années, pas en Guadeloupe. J’ai assisté de l’intérieur jusqu’en 2008 à la révolution médiatique qui a mis en difficulté les journaux papiers. C’est une réalité. Donc pourquoi ne pas utiliser le net pour créer une revue ? Toutefois nous n’avons pas complétement abandonné l’idée d’une version papier une ou deux fois par an, mais c’est compliqué.

F : Pourquoi ne pas avoir rejoint d’autres structures médiatiques ou associatives plutôt que d’avoir créer un site ? Cela ne va-t-il pas participer à une certaine forme d’émiettement du savoir et au final à une perte pour l’internaute qui ne sait déjà plus où donner de la tête?

D.L: Internet permet le fourmillement, la créativité, l’initiative. Avant de mettre en ligne Perspektives nous avons vu ce qui existait et rencontré quelques personnes. Ce que nous voulions faire n’existait pas: une revue qui ne colle pas à l’actualité, ni à la polémique du moment, qui reprenne des sujets avec un peu de recul et n’ait pas d’ a priori idéologique ou politique. Chercher le sens, essayer de comprendre. Haïti est un cas d’école: le monde se penche sur ce pays, s’apitoie, envoie des dons, c’est nécessaire, mais connait-on l’histoire de ce pays ? On retient le première République noire, 1804, mais que sait-on des dictatures successives, du rôle des Américains, de la corruption etc. Le sujet sur Monsanto qui a fait don de tonnes de maïs hybrides à Haïti allait dans ce sens. Des paysans haïtiens ont manifesté contre, qui en parle ?

Pour l’émiettement du savoir, oui en effet, mais rien empêche les rapprochements. Entre Fwiyapin et Perspektives par exemple on peut imaginer des partenariats, pourquoi pas ?

F : L’internaute navigant sur votre site constate que le Conseil général de Guadeloupe est votre seul et unique partenaire. Vous êtes limités dans le choix de vos articles et éditoriaux ?

D.L: Fin 2009, début 2010 nous avons envoyé des dossiers pour présenter notre projet à plusieurs institutions. La Région Guadeloupe, le Conseil général, la direction régionale des affaires culturelles (Etat) etc. Ces institutions gèrent l’argent public, fruit des impôts et taxes payés par vous et moi. Il ne nous semblait pas illégitime de demander un appui financier. Le Conseil général a été le seul à répondre. Il nous a accordé une aide de 1200 € pour l’année 2010/2011, non renouvelable. Cette somme nous a permis de couvrir une partie des frais techniques de création du site. Une partie seulement.

Cette aide que nous avons acceptée n’influe aucunement dans le choix des articles. Dans un sujet sur l’illettrisme sur la base d’un rapport du ministère il est indiqué que les conseils généraux d’Outre-Mer soutiennent peu ce qu’on appelle la lecture publique. C’est regrettable.

F : Vous dîtes prendre le temps de réfléchir et de ne pas vous précipiter sur les sujets d’actualité pour prendre du recul. Ce ne serait pas tout simplement la conséquence d’une équipe réduite qui n’a qu’un temps limité à consacrer à l’activité de votre revue ?

D.L: Si nous étions cinq ou six personnes de plus, engagées et motivées, ce serait bien, mais pas forcément pour traiter l’actualité, ni se « précipiter » sur les sujets. Pour avoir travailler longtemps dans la presse quotidienne je pense qu’il est parfois plus facile de traiter deux ou trois sujets d’actualité de façon rapide; qu’un seul sujet en s’efforçant d’aller un peu plus loin, soigner l’argumentation, l’écriture. Voyez à quelle vitesse on peut lire certains quotidiens, dont je ne citerai pas le nom, et qui emploient pourtant de nombreuses personnes.

Cela n’empêche pas, en effet, que la revue a une équipe réduite qui n’a qu’un temps limité.

F : Bien que vous soyez présents sur internet, vous avez déjà pensé à critiquer la toile et les usages que nous en faisons ?

D.L: Quand avons-nous critiqué internet ? Critiquer globalement la toile n’aurait pas de sens. C’est comme si on critiquait l’édition, la littérature ou la musique. Il y a le pire et le meilleur sur internet, comme il y a le pire et le meilleur dans l’édition, la littérature ou la musique. Perspektives est sur Facebook, pourtant on peut discuter de la qualité de ce qu’on trouve sur les réseaux sociaux.

F : Des membres de Perspektives appartiennent-ils au CIPPA (on a pu lire leur récente déclaration sur votre site) ou à d’autres organisations politiques ?

D.L : Personne dans la revue n’appartient au CIPPA, ni à aucune autre organisation politique. Nous avons publié ce texte car il nous a semblé avoir une certaine cohérence et peut servir de base réaliste à une discussion sur le statut et l’avenir de la Guadeloupe.

F : Les sujets que vous abordez sont multiples et donnent le sentiment d’une vision globale. Vous n’avez pas encore évoqué le concept de décroissance, qui pourtant fait son chemin. Vous êtes fâchés avec ce mot ?

D.L: La décroissance pourquoi pas. Nous allons peut-être y être forcé. Il me semble qu’en matière de transport nous avons évoqué la nécessité de réduire le nombre de véhicules automobiles, c’est une forme de décroissance. En tout cas nous sommes preneur d’un sujet sur ce thème et nous ne sommes pas fâchés avec ce mot. Tout ce qui peut faire avancer la réflexion et la nôtre pour commencer, nous intéresse. Il n’y a que la mauvaise foi et le parti pris sans arguments qui ne nous intéressent pas.

F : Quels sont vos projets à venir ?

D.L: Continuer, créer des liens, avoir des lecteurs, internet est un lieu de rencontre, d’énergie et d’idées, il faut l’utiliser et le faire vivre. La revue Perpektives n’est pas conçue en tout cas comme la propriété ou la chasse gardée d’un petit groupe, c’est ouvert.

http://www.perspektives.org/

An mémwa a Soni Ripè

Guadeloupe. Capesterre-Belle-eau. Semaine du 12 au 28 février 2011.

Voilà 20 ans que Sonny Rupaire a rendu son dernier souffle. Cette année la commémoration a été plus appuyée qu’à l’accoutumée. La mairie, tenue par l’UMP Joël Beaugendre, a même prêté les locaux. A quoi doit-on ce geste consensuel ? L’arrivée imminente sur la scène politico-médiatique des élections cantonales ? Pour ne pas se couvrir de ridicule, le premier édile est absent ce samedi 26 février pour les bokantaj a pawol é poézi autour de Sonny. Car cet hommage, nous le devons principalement à l’artiste engagé Joël Nankin et au parti politique guadeloupéen l’UPLG.

La veille de ces témoignages, une amie qui a connu Sonny dans ses années de lycée me montre un exemplaire dédicacé de Cette igname brisée qu’est ma terre natale. Avec mille précautions, je feuillette ce véritable trésor, cet exemplaire du recueil également connu sous le nom de Gran parad ti kou baton. Mais au fait, qui connait en Guadeloupe monsieur Sonny Rupaire ? Petit rappel sur ce grand guadeloupéen presque anonyme dans son propre Pays.

Ce 26 février, à l’étage de la mairie de Capesterre, des amis de Sonny racontent leurs souvenirs. Des tableaux ou créations artistiques de Nankin s’inscrivant dans le thème Espri Sonny Rupaire et deux panneaux donnant des éléments biographiques ou militants tapissent les quatre murs de la salle. Un entretien audio avec Roland Thésauros est diffusé, des compagnons de lutte eux-mêmes anciens clandestins ou auxiliaires à son marronage témoignent de son sang-froid ou de son sens de la répartie. La salle, relativement modeste par sa capacité, est comble. Le public, avec peu de jeunes guadeloupéens n’est pas représentatif du pays aujourd’hui. De même, alors que chacun d’entre nous devrait s’approprier l’œuvre de Sonny, la salle semble constituée en majorité de militants de l’UPLG, dont Eric Desfontaines et Claude Makouke, ancien du GONG. Ont également répondu à l’invitation l’écrivain Roger Valy-Plaisant et Félix Flemin secrétaire général du PCG. A la fin des échanges, l’hymne de Gérard Lockel est entonné et le drapeau guadeloupéen brandi.

Ki nonm ki té Soni ?

Sonny Rupaire voit le jour le 7 novembre 1940. Il perd sa mère à l’âge de sept ans. Plus tard au Raizet, il est le voisin de son professeur Yves (dit Yvon) Leborgne qui impactera ses engagements futurs. Quand arrive la guerre d’Algérie, l’instituteur refuse de servir sous le drapeau tricolore français. Il rejoint bien une armée au Maghreb où il se rend clandestinement, celle du FLN. Une fois l’indépendance algérienne acquise, il enseigne et participe à la mise sur pied d’une politique d’éducation algérienne (sic). Il se marie à Marie Geoffroy, qui perd la vie dans un accident de voiture. En 67, Sonny Rupaire prend la décision de rentrer au pays via Cuba. Dans l’île désormais débarrassée du joug américain, il rencontre notamment l’écrivain haïtien René Depestre. Les échos meurtriers de la tuerie de Mai 67 lui étant parvenus, à son retour en Guadeloupe – toujours dans la clandestinité – il entame la série de poèmes Chyen. Amnistié en 1971 par le gouvernement français, remarié en 1972 à Jeanny Adrasset et réintégré dans l’éducation nationale un an plus tard, il participe à la création ou au fonctionnement de l’UPLG, l’UGTG et du SGEG. Sonny noircissait les feuilles blanches à la manière dont il s’encrassait les poumons ; à bruler sa vie par les deux bouts, il s’éteint le 25 février 1991.

Tibwen mwens Charles Baudelaire é tibwen plis Sonny Rupaire

Ti Malo

Bokantaj a poézi

Après ces discussions militantes et politiques, place au Poétique. Les artistes déclament de magnifiques textes du poète dont les incontournables Chyen varé mwen référence à l’affaire Srnsky, Les dameurs, Mwen sé gwadloupéyen. Petits spectacles à grande résonance de POETIKA (Jaklin Etienne, Joël Jernidier, Patrick Rilcy), Ghetto Intello, Gwadakwan, I-Man, Gustav Magali, Alain Giorgi, Pierre Gaydu, Maurinier é bannélo. Pour clôturer cette journée de mémoire, poètes, comédiens et slameurs ont donc rendu un bel hommage à Rupaire. Et ce n’est sûrement pas le dernier …


A lire ailleurs sur la toile :

Dire Sonny… à ma façon de Frantz Succab
Tanbou
Défi
Lapenn pa vo
La littérature est-elle nécessairement engagée ?
Cette igname brisée qu’est ma terre natale

Koukyanm

Matouba
Pawol fonn-kè

A écouter :

Mwen sé Gwadloupéyen par Dominik Coco

Gwadloup ka liyanné épi Kiba

Que savons-nous de Cuba, patrie de Zoé Valdés, José Martí, de Wilfredo Lam et de … Scarface (joué par Al Pacino) ? Grande sœur caribéenne qui s’est libérée du joug colonial yankee par une révolution montrée en exemple encore aujourd’hui. Cuba est un modèle nous dit le cinéaste étasunien Michael Moore quand il dénonce le système de santé terrifiant de son pays. Et ces femmes qui se prostituent pour le plus grand plaisir de profiteurs déguisés en amoureux des tropiques ?  Un grand taux d’alphabétisation mais …  quid de la liberté d’expression? Il paraitrait même que le régime castriste n’est pas une dictature à écouter un sénateur français passionné de géopolitique d’Amérique latine, aussi bon rhéteur que populiste et démagogue. Jean-Luc s’est oublié dans son « Qué todos vayan ». Répondre à Mélenchon un mérité « tu también » ne nous avancera pas beaucoup sur  la question…
La direction régionale des affaires culturelles (DRAC)  a envoyé une délégation dans ce pays de notre espace Caraïbe afin de faire mieux connaître la Guadeloupe et réciproquement que ces Guadeloupéens puissent se nourrir de la culture cubaine. Ci-dessous, le communiqué de la DRAC:

La XXème édition de la Foire Internationale du Livre, Cuba 2011, se tiendra du 10 au 20 février à La Havane. Cette Foire est considérée comme la manifestation la plus importante du mouvement éditorial de Cuba depuis la première édition de 1982 et offre un espace de participation et d’échanges pour les entités et les professionnels liés au monde du Livre.

Les objectifs de cette délégation sont :

  • De faire connaître un peu de la Guadeloupe à travers des écrits : son Histoire, sa Poésie, son Théâtre,
  • D’élargir ses connaissances sur la Culture de Cuba, pays du territoire caribéen,

Raymond Boutin, historien partagera une partie de notre Histoire en donnant deux conférences « Formation de la population de Guadeloupe-1848/1946- » et « Vivre ensemble en Guadeloupe-1848/1946- ».

Ronald Selbonne, professeur de Lettres mettra à l’honneur Sonny Rupaire. Son intervention : « Sonny Rupaire, Poéte-Flamboyant ».

Gerty Dambury, auteur, comédienne et metteur en scène dira sa poésie et lira des extraits de ses pièces de théâtre. Elle donnera également une conférence « Ecrire pour le théâtre, un choix obstiné ».

Marilyn Levreau, directrice de la Médiathèque Yvon Leborgne (Port Louis) échangera des savoir-faire avec les bibliothécaires de La Havane et tissera des liens avec l’association nationale des bibliothèques de Cuba.

Nous rejoindrons Yolanda Wood, critique d’Art qui a contribué à la réalisation de l’ouvrage « Art Public », collection d’Art Contemporain de Guadeloupe. Elle en assurera la présentation.

Révolutions Occidentales… A quand ?

Quand on veut tuer -au sens figuré – la vivacité d’esprit d’un peuple, son sens critique, sa capacité à réfléchir par lui-même, on l’anesthésie et on l’endort gentiment avec toutes sortes de beuveries savamment organisées et de distractions permanentes tout le long de l’année ! Le poisson est noyé dans l’alcool et finit par oublier l’agilité de ses nageoires et sa célérité à se déplacer !

La consommation sauvage, bête et disciplinée,  l’accès aux crédits divers et variés pour les plus pauvres,  permet à l’élite qui détient le pouvoir de donner à la population  l’illusion du bien-être, l’odeur du bonheur, et le goût de la liberté… Mais en définitive,  cela permet juste d’agrandir notre cellule d’aliénation. On se sent un peu plus libre qu’ailleurs, mais toujours dans une prison dorée bien définie et limitée. Les barreaux sont invisibles. Les barrières sont mentales.

Plus la vie devient facile matériellement, et plus la capacité à s’indigner et à se révolter humainement contre les injustices devient difficile et compliquée. C’est qu’une fois les choses durement acquises et possédées, on devient farouche à la simple idée de prendre le risque de les perdre.

C’est la logique du Confort – même si elle n’est pas absolue – :  matrice qui fonctionne avec ses règles et ses lois.

Raison pour laquelle le capitalisme est l’instrument fétiche de la politique qui s’en sert pour donner le LA. La  mélodie mercantile emporte la masse dans une cadence effrénée de consommation outrancière, jusqu’ à l’abrutissement, voire  l’anéantissement de l’esprit. « Nous devons éduquer le peuple de sorte qu’il ne nous saute pas à la gorge ! » affirmait un certain R.W.Emerson, essayiste américain.

Si le peuple tunisien est un exemple pour le Maghreb et le continent africain, il est aussi une leçon pour les peuples occidentaux qui devrait en prendre de la graine. Les dirigeants de ces pays devraient, eux aussi, commencer à s’inquiéter sérieusement pour leur matricule.

La collusion médiatico politique tente de nous faire croire que la révolution tunisienne est spécifique aux pays arabes et africains… Mais, c’est juste une façon de détourner l’attention… parce qu’en vérité… l’occident aussi, n’échappe pas aux colères des peuples, fatigués de subir les mensonges, les injustices et les insultes gouvernementales… Voir l’exemple de l’Islande, ici

Il n’y a pas de fatalité, juste de l’indifférence qui rend complice et permet aux injustices de s’appuyer sur notre passivité pathologique. Qui ne dit mot consent…

«Tout acte se répercute en écho infini dans l’Univers »

« Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ! » La Boétie

couk