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Gwoka et politique

[Extrait d'un article de notre site partenaire Perspektives]

L’angle choisi, celui de la politique, n’est pas le plus facile. L’auteur est d’une telle honnêteté intellectuelle, d’une telle rigueur dans son travail qu’elle surmonte avec une apparente facilité les difficultés d’un sujet qui aurait pu paraître difficile. Elle a écrit un ouvrage, simple, dans le bon sens du terme, clair, précis et passionnant avec ce qui aurait pu être épineux voire polémique.

Canne à la richesse

Comment entre 1960 et 2003, le Gwoka a accompagné la construction d’une identité guadeloupéenne soit en empruntant des voies clairement politique soit en exprimant par le chant et la musique les sentiments d’une population ?

Avant d’entrer dans le vif de son sujet, Marie-Héléna Laumuno, brosse dans une introduction générale d’une trentaine de pages le contexte politique, social, culturel de la Guadeloupe, minimum nécessaire pour comprendre la suite. Ce minimum est une synthèse complète et allant le plus loin possible dans l’objectivité du réel guadeloupéen. Très utile pour qui veut essayer de comprendre ce pays. Du cheminement politique d’Hégésippe Légitimus initiateur du socialisme en Guadeloupe au début du 20e siècle qui finit par faire alliance avec le  » capital », illustration de l’expression créole  » manjé kochon »; à la naissance du « gwoka moden » créé par Gérard Lockel dans les années 1970 puis du groupe Akiyo dans les années 1980, l’auteur éclaire cette histoire politico-musicale de la Guadeloupe de quelques balises essentielles.

Des noms de chanteurs et musiciens sont les autres balises: comme Robert Loyson, Chaben, Guy Conquette et quelques autres. Robert Loyson nous dit l’auteur,  » est le premier à enregistrer en 1966 un titre à caractère politique, c’est « Canne à la richesse » que tous les Guadeloupéens connaissent. Loyson est originaire de la commune du Moule une région sucrière où trois usines fonctionnent encore à cette époque là: Gardel, Blanchet et Sainte-Marthe. Deux ont disparu depuis. La chanson évoque le paiement de la canne non plus au poids mais à la richesse en sucre, ce qui pénalise les petits planteurs: « L’engrais n’a pas de richesse, le bulldozer n’a pas de richesse, la boue n’a pas de richesse, c’est le jus de notre canne qui a la richesse » reprend l’un des couplets, tandis que le chanteur exhorte les Guadeloupéens à porter un coup d’œil sur la récolte, sinon « la Guadeloupe sera en faillite ».

« Loyson est un homme de la terre, exerçant divers métiers liés à la mise en valeur de celle-ci » écrit Marie-Héléna Laumuno désignant la source d’inspiration du chanteur, ainsi que le contexte politique. Le maire du Moule dans ces années est Rosan Girard, membre fondateur de la section guadeloupéenne du parti communiste:  » Robert Loyson a pu être influencé non pas forcément par les idées, mais par le franc-parler de cet homme politique. »

Cela étant l’inspiration du chanteur n’est pas que politique, textes engagés et chansons ludiques se croisent sur ce premier disque de 1966. Ban matla an mwen ( Rends moi mon matelas) raconte la dispute d’un couple. La femme demande à l’homme de lui rendre son matelas, son sommier, son réchaud pour qu’elle retourne chez sa mère. Un classique.

Un intérêt et pas le moindre de cet ouvrage pour qui veut découvrir et comprendre le tambour et le chant guadeloupéens, est de trouver de nombreuses chansons, écrites en créole et traduites en français. A lire donc.

- Gwoka et politique en Guadeloupe,  Marie-Héléna Laumuno, 212 pages, publié chez L’Harmattan, 21 euros.

Marie-Hélena Laumuno: Gwoka et politique en Guadeloupe

Pourquoi Hollande a-t-il dékalé Sarkozy en Guadeloupe ?

Le 6 mai 2012, François Hollande remporte la présidentielle française devant Sarkozy. Une avance que les observateurs pensaient plus large tant les séductions grotesques et les gages ridicules de l’UMP à l’extrême-droite semblaient disqualifier le candidat-président sortant. Même si le cancre  politique adepte de l’école Buissonnière n’a pas réussi son rattrapage, la France paraît divisée comme jamais.

Dans la bouche du fils d’émigré hongrois marié à une italienne, plus qu’une question de nationalité, le mot français était trop souvent perçu comme personne ayant la peau blanche. Mais ne nous y trompons pas, l’exacerbation du racisme et de la xénophobie n’a pas changé grand chose à la donne. La cinglante réplique du député martiniquais Serge Letchimy il y a quelques mois à l’encontre de Claude Guéant à l’assemblé nationale ? Une saillie salutaire, mais aux retombées électorales infimes.

Le Sarkozy de 2007 avait déjà la fâcheuse tendance de pencher dangereusement sur sa droite. Il avait été à l’époque en tête au premier tour en Guadeloupe, devancé par Ségolène Royal de trois mille voix au second. Ce ne sont donc pas les provocations appelant à la haine qui ont changé quelque chose.

Sarkozy a eu beau jouer les hypocrites en encensant Césaire, les Martiniquais lui ont adressé une fin de non-recevoir avec presque 70% des voix pour Hollande. Quels ingrats, insensibles aux courbettes d’un ministre de l’intérieur portant une loi sur le rôle positif de la colonisation (2005). Mais là encore, ces provocations (destinées à la communauté des Pieds-Noirs exilés d’Algérie) n’ont empêché nullement à l’époque les Antillais de voter Sarkozy. Ne nous voilons pas la face, le racisme et l’injustice qui peuvent sévir en Hexagone sont le cadet des soucis des Antillais. C’est ce que rappelle Frantz Succab dans une récente tribune :

Dès lors que l’intention d’une majorité de guadeloupéens en faveur de la Gauche française était de donner un modeste coup de pouce au peuple français pour marcher vers le progrès, ne fallait-il pas l’encourager? Réduire des inégalités sociales, ouvrir un plus grand champ aux libertés démocratiques et, surtout, pour ce qui nous concerne, permettre de renforcer à l’intérieur même de l’Hexagone d’une vraie opposition populaire à la politique coloniale de l’Etat français. Mais nous savons tous, hélas, que ce n’était pas le cas.

Le rejet présidentiel est donc dû au bilan du quinquennat sur le seul critère de l’action Outre-mer. Qu’a donc fait ou pas fait l’ancien chef d’État qui lui vaut une telle mise à l’amende dans les urnes ?

Sur le site du sévice public odieux-visuel de La 1ère, un bilan de l’action de Sarkozy est dressé. 12 voyages Outre-Mer aimerait à rappeler le présidant de l’Hexagone et de l’Outre-Mer ? Cela rappelle les propos grotesques du député UMP Éric Raoult, que nous avions interviewé il y a quelques années. Arguments qui n’expliqueraient en rien une connaissance des confettis de l’empire.

Les États généraux après le mouvement social de 2009 ? Cette réponse ridicule, nullement à la hauteur des évènements est peut-être resté en travers de la gorge des électeurs Guadeloupéens, Martiniquais, Guyanais et Réunionnais.

La nomination de la guadeloupéenne Marie-Luce Penchard, fille de l’ancienne ministre et sénateur-maire de Basse-Terre Lucette Michaux-Chevry (ex PS, ex chiraquienne reconvertie au sarkozysme) a dans un premier temps séduit quelques électeurs (guadeloupéens ou non), qui ont vite déchanté par la suite.

L’année des Outre-Mer (2011) a bénéficié d’un budget ridicule, avec parfois des choix regrettables de lieux de commémoration. De la poudre aux yeux pour des ressortissants ultramarins vivant en France.

Mayotte devenait département alors que la Martinique et la Guyane (à la demande de leurs exécutifs) se prononçaient pour une sortie de la départementalisation. Un choix anachronique dans l’archipel des Comores, une frilosité de changer de statut dans la Caraïbe.

Et c’est peut-être bien cela que les Antillais reprochent le plus à l’ancien président. C’est en tout cas l’avis d’Eddy Nedelkovski. Le journaliste guadeloupéen l’explique sobrement dans Le Monde:

Pour les insulaires, [Sarkozy] s’est montré trop pressant sur l’évolution institutionnelle de l’archipel.

Mais c’est Carib Creole News qui vient porter le fer sur la plaie avec le plus de ferveur, dans un article où le lecteur est invité à se poser la question de savoir s’il faut avoir peur de François Hollande. Verbatim:

Après la grève de janvier 2009, il avait tenu à Petit-Bourg un discours, perçu comme ambigu, sur le développement « endogène ». Avant lui, François Fillon avait souhaité que les Guadeloupéens soient plus « autonomes » et moins « assistés ». Des propos inhabituels dans la bouche de représentants de l’état colonial qui ont toujours pris le soin de « caresser » dans le sens du poil.

On mettra au moins un bémol à ce propos. A Petit-Bourg, Sarkozy avait été acclamé par des militants UMP trop heureux d’entendre qu’il était hors de question de parler d’indépendance de la Guadeloupe. Mais les Guadeloupéens ont effectivement bien perçu qu’un début de dialogue à bâtons rompus s’amorçait. A l’inverse, la propagande socialiste de cette présidentielle a joué une stratégie payante en surfant, sans nommer son nom sur la fameuse « peur du largage ».

Si les sarkozystes n’ont jamais été des assoiffés de justice sociale, implicitement, les troupes de François Hollande ont vaincu sur une garantie de statu quo. Pourtant la situation plus que préoccupante dans laquelle la Guadeloupe se trouve mérite autre chose comme remède. Sarkozy s’est vautré, mais une fois ce petit plaisir passé la réalité est toujours là. Comme le Projet Guadeloupéen de Société porté par les « vainqueurs » Lurel et Gillot, toujours une plaisanterie éhontée présentée au peuple.

Tourisme en Guadeloupe: un marathon perdu d’avance ?

Le tourisme comme il est développé (pratiqué serait un terme plus juste) aux Antilles françaises appelle de nombreuses remarques et questions. D’ailleurs, le salut économique de l’archipel guadeloupéen et de la Martinique passe-t-il par le tourisme ? Dans notre environnement caribéen, est-il possible et même souhaitable de rivaliser avec des destinations voisines concurrentes ? Si la Dominique semble emprunter un sentier apaisé en suivant la voie du tourisme vert, que penser de l’exemple de Saint-Domingue ? Comment rivaliser avec un pays où le coût du travail est bien moindre ? Un pays où le touriste est plus souvent que rarement un roi pervers à qui tout est permis grâce à son argent. Un pays qui s’est construit en rejetant l’apport africain dans sa culture, en tournant le dos à son voisin Haïti et en exploitant criminellement ses ressortissants. Un pays où les hôtels sont gardés par des vigiles armés.

La désormais tristement célèbre compagnie Costa s’arrête à Pointe-à-Pitre. Pas à Baie-Mahault et à son centre commercial gigantesque et démesuré, mais bien à l’ancien pôle économique majeur de la Guadeloupe. Des visiteurs peuvent ainsi errer le dimanche dans une ville moribonde aux rideaux baissés … On ne pourra pas faire plier les compagnies en leur disant de ne pas venir le week-end, si la Guadeloupe veut poursuivre cette voie, il faut donc « jouer le jeu » comme disait l’autre. Ou alors envoyer chier tous ces visiteurs, chez la plupart desquels se cachent des néo-colonialistes, et autres individus persuadés de leur supériorité occidentale. Le trait est exagéré ? Bof, si peu. Il n’y a qu’à revoir l’échantillon de touristes qu’a interrogé John-Paul Lepers dans son documentaire La Guadeloupe est-elle une colonie française ? Là encore, s’il faut jouer ce jeu, ne soyons pas dupes et assumons cyniquement. Le service dans les hôtels, dans les restaurants est-il ne serait-ce que correct ? Être poli et disponible pour le client ce n’est pas se prostituer. Il faut être professionnel et volontaire pour exercer certains métiers. Ce n’est pas une nouveauté de le dire, une énième exhortation à tendre vers plus de qualité.

Le tourisme de masse n’étant pas possible aux Antilles françaises du fait des limites de l’exploitation que l’on peut exercer sur la force de travail. Alors la Guadeloupe tente de vendre sa culture, son authenticité, son accueil qui serait chaleureux… Le nombre de gites a connu une telle croissance que l’offre aurait dépassé celle des classiques chambres d’hôtel. Mais, ce n’est pourtant pas du tourisme de luxe. S’orienter vers un tourisme haut de gamme aurait certainement des effets très néfastes, notamment un abandon irréversible de notre (agri)culture comme nos voisins d’Antigua l’ont fait, une inflation des prix du foncier pire encore que celle que nous connaissons aujourd’hui.

Donc, nous faisons venir des « pauvres » chez nous. Une fois le billet d’avion, l’hébergement, la voiture payés combien de devises leur restent-ils à injecter dans notre économie ? Certains font l’impasse sur des établissements qui font vivre des Guadeloupéens. Le jardin de Coluche affiche un tarif prohibitif de 15.50 euros par adulte, 9€ pour les enfants… A contrario, certains visiteurs radins ne comprennent pas qu’on leur demande un prix modique pour visiter certains jardins aménagés par des particuliers passionnés et disponibles. Les plages, les rivières et les splendides sites naturels sont gratuits. Mais pour combien de temps encore ? L’accès à la deuxième chute du Carbet par Grand-Étang est désormais payant, des projets pharaoniques ridicules sont à l’étude pour la construction d’un téléphérique sur le flanc de la Soufrière.

 

 

Comment vendre un bout de terrain ?

De leurs côtés les collectivités semblent bien conscientes des enjeux. Si on part de l’hypothèse que c’est le rôle de la Région et du Département de faire la promotion de la Guadeloupe à la place de ceux qui en vivent, on ne pourra pas les accuser de ne pas s’investir. Josette Borel-Lincertin, élue socialiste, vice-présidente de la Région Guadeloupe, est à la tête d’un bidule pompeusement intitulé Comité touristique des îles de Guadeloupe, CTIG pour les intimes. Comment vanter notre soleil idyllique (sic) et « nos îles [qui] regorgent de possibilités de vivre des émotions infinies » ? La dernière trouvaille de nos élus a consisté à se montrer lors du dernier marathon de Paris. Et peu importe si cet évènement a été totalement occulté médiatiquement par les meetings des finalistes à l’élection présidentielle, François Hollande et Nicolas Sarkozy. Il fallait être là, nous y étions. Woulo ! En sus, 20 tonnes de bananes distribuées au coureurs par le regroupement des pollueurs et propagandistes de l’UGPBAN, les melons de l’ADMG si prisés quand ce n’est pas la saison en Hexagone, et les jolies fleurs des jardins de Saint-Éloi. Tout ce joli monde était réuni au pavillon d’exposition de la Porte de Versailles, lieu bien connu pour la cherté de la location de ses stands… Le Running expo, a donc vu passer, selon l’hebdomadaire Nouvelles Semaine (19/04/2012) plus de 60 000 visiteurs (dont les 35 000 coureurs) qui ont pu déguster les fruits guadeloupéens et tailler un brin de causette avec Borel-Lincertin et le sénateur marie-galantais Jacques Cornano. A voir les images de Canal 10 qui a couvert l’évènement, le chaland, touriste potentiel n’était pas vraiment au rendez-vous. A croire que la communication a été beaucoup plus réussie en Guadeloupe qu’en France !

Effectivement, à moins de vivre comme un ermite, l’habitant de l’archipel caribéen n’a pas pu échapper à la médiatisation du CITG, télévisions, radios et même sets de table dans restaurants. Et c’est là, que le pire est atteint. Pour vendre la Guadeloupe, nos communicants n’ont rien trouvé de mieux que de convoquer … Jacques Séguéla ! Celui là-même qui a élégamment traité la journaliste Audrey Pulvar de salope il y a peu.
La citation du fils de pub – « Pour être connu, il faut être vu » laisse songeur quand on imagine le peu de personnes qui ont été exposées à la propagande du CTIG. Mais faut-il s’étonner de ce manque d’imagination et de cet imaginaire déficient quand on entend la présidente Borel-Lincertin parler de la Guadeloupe comme d’un « bout de terrain » (Journal de Guadeloupe 1ère 04/04/2012). Terrain dont elle serait chargée de vendre au plus offrant ?

Le tourisme est-il une voie d’avenir pour la Guadeloupe ? Combien de temps encore avant que le secteur aéronautique ne s’écroule ? Quand le baril de brent  aura atteint des sommets faramineux, les avions ne décolleront pas grâce aux algues des Sargasses. Quel sursis avons-nous encore avant que la crise, dont nous n’avons connu que des soubresauts, ne balaie tout espoir d’épanouissement économique par le tourisme ? Pas sûr qu’on réfléchisse à ces questions au CTIG…

Canal 10 trébuche durant le MARRATON de Paris

En ce 15 avril 2012, alors que les deux futurs finalistes des élections présidentielles s’affrontaient par meetings interposés, avait lieu le marathon de Paris. Le Comité de tourisme des Iles de Guadeloupe (CTIG) avait mis le paquet sur ce rendez-vous sportif. Un paquet de pognon, mais pour quel résultat ? Bon ce n’est pas le sujet ici même si nous reviendrons sur cette opération de propagande incarnée par Mme Josette Borel-Lincertin, vice-présidente du Conseil Régional de Guadeloupe, également à la tête du CTIG.

Canal 10, une chaîne privée méritante qui a beaucoup moins de moyens que le se(r)vice public odieux-visuel mais qui fait beaucoup pour informer les Guadeloupéens, chez eux mais également en Région parisienne, couvre les préparations de cet évènement. Malheureusement écrire un français correct semble de plus en plus un combat harassant, et tel le messager marathonien s’écroulant d’épuisement à Athènes, Canal 10 succombe dans l’épreuve de course de fond orthographique…

 

 

Relire sur Fwiyapin:

« Projet Guadeloupéen de Société »: Questions diverses

Prendre la parole, amender, compléter, enrichir le Projet Guadeloupéen de société. Telles sont les missions qui nous sont confiées. En tant que citoyen Guadeloupéen, je l’accepte volontiers car depuis le temps que l’on nous promettait de nous donner la parole, de nous inviter à nous impliquer plus largement dans cette noble entreprise via des interfaces modernes dans l’expression, le recueil, la prise en compte de nos désidérata, il n’est pas question de faire la fine bouche. Déjà en 2009, la proposition de méthode soulignait qu’elle était « destinée à être modifiée et amendée pour correspondre aux attentes de l’immense majorité des Guadeloupéens; elle devra également faire l’objet d’un calendrier indicatif de mise en œuvre, étant entendu que ce sont l’implication et la décision populaires qui en fixeront le rythme ». On ne pouvait mieux dire!

Cependant, pour pouvoir contribuer, il faut, me semble t-il, au préalable analyser les textes qu’on nous présente, mettre en regard ces différents documents, les interroger, chercher à comprendre la position affichée des uns et des autres, chercher matière à nourrir la réflexion, examiner certaines déclarations, interviews des chefs exécutifs de la Guadeloupe… Au nombre des documents, il y a « Le Projet Guadeloupéen de Société », « La résolution du Congrès des élus départementaux et régionaux du 24 juin 2009 avec pour objet le Projet Guadeloupéen de société », « La Proposition de méthode, La parole aux citoyens », le rapport sur « La réforme territoriale, Enjeux et perspectives. »

« Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, Suspendez votre cours !» serais-je tenter de déclamer comme le poète, car beaucoup d’eau a coulé sous le pont de la Gabarre et du Galion depuis 2009. En effet, les initiateurs du Projet Guadeloupéen de société se donnent beaucoup de mal depuis cette date, travaillent d’arrache-pied, avec abnégation pour accoucher d’un projet, mais la gestation semble tellement interminable… C’est vrai qu’organiser quelques rencontres communales à la dernière minute comme une surprise-partie, réclamer à cor et à cri quelques menus travaux de ravalement ou d’adaptation fin 2010, tuer le temps en effectuant une visite élyséenne le 14 février 2011, déposer une proposition de loi du 22 juin 2011 suivi d’un rapport le 28 septembre 2011 , les faux départs avec l’annonce successive de la relance du projet, le fait de ne pas avoir mis en place tous les outils de communication comme la publicité en avait été faite en 2009, n’ont pas vraiment participé pas à faire sortir un projet de terre.

Commençons par un extrait de la résolution du 24 juin 2009, pour mémoire :

« Considérant le contexte de crise économique mondiale exacerbée, dont l’impact au niveau national se fait durement ressentir à l’échelon local,

Considérant les revendications d’ordre économique, social, identitaire et plus largement sociétal, issues du mouvement social qui a traversé la Guadeloupe en début d’année,

Considérant la nécessité de doter la Guadeloupe d’outils et de moyens de tous ordres propres à permettre l’émergence de réponses adaptées au traitement des difficultés et dysfonctionnements affectant la cohésion sociale et territoriale de l’archipel,

Considérant l’aspiration réitérée du peuple guadeloupéen à être l’acteur premier de sa propre destinée,

Considérant l’impérieuse nécessité pour y parvenir, de déterminer démocratiquement les voies et moyens devant conduire à l’élaboration d’un projet guadeloupéen de société partagé.»

En guise d’introduction au document intitulé « La parole aux citoyens ! Construisons ensemble un projet guadeloupéen de société », les élus dressaient un inventaire sommaire des maux qui minent la Guadeloupe tout en se plaçant dans la perspective d’un débat public, faisant appel à toutes les forces vives, les politiques, les économistes, le peuple tout entier dans le joli dessein de recueillir la parole, les doléances, les analyses, les contributions afin de trouver les itinéraires pour édifier une nouvelle Guadeloupe.

« Le taux de chômage endémique, un système économique particulièrement dépendant des importations, la multiplication des addictions et des cas de déviance des jeunes la progression de l’échec scolaire, la prégnance des phénomènes de désocialisation et d’exclusion de toutes sortes, combinés au fort cloisonnement de la société guadeloupéenne sont quelques unes des symptômes d’un profond mal-être de la société guadeloupéenne.

Ces phénomènes viennent s’ajouter aux contraintes des handicaps structurels (gestion du foncier, double, voire triple insularité, vecteurs de dépopulation dans le cas des Iles du Sud), et au renforcement de la prise en compte des enjeux du 21ème siècle (gestion de l’eau, éco-citoyenneté et traitement des déchets, énergie, santé…) qui appellent une refondation des rapports sociaux, économiques et politiques, autant que de notre relation avec le territoire, au sein d’un projet de société fédérateur.

Ce projet guadeloupéen de société doit être élaboré par le peuple guadeloupéen sans carcan ni limites, sur la base d’une méthode qui favorise son appropriation par le plus grand nombre, sans qu’il ne soit pour autant accaparé par quiconque.

L’enjeu consiste donc précisément en l’élaboration collective, et territorialisée d’un projet de société auquel chaque guadeloupéen pourra participer individuellement aux côtés des forces vives, du mouvement associatif, de la société civile organisée, des acteurs économiques, des élus et des partis politiques, des syndicats, des organisations patronales, des experts et des universitaires. »

PGS 04/04/2012

Dans un rapport intitulé « La réforme territoriale en Guadeloupe, Enjeux et perspectives » il était dit se référant à la résolution du Congrès du 24 juin 2009 en son « Article 4 -Disposition transitaire De demander à l’Etat de n’engager ni d’imposer de modification institutionnelle ou statutaire qui ne serait pas compatible avec le projet de société élaboré par le peuple guadeloupéen dans un ce délai de 18 mois ».  » A cette occasion, ils ont exprimé leur préférence pour une réflexion portant d’abord sur le choix du type de société dont veulent les Guadeloupéens, les questions statutaire et institutionnelle ne devant être, selon eux, que la résultante de ce choix de société. »

Si selon cette belle logique, c’est du débat, des discussions, de la confrontation des idées, de la réflexion, des arguments des uns et des autres que devrait émerger le choix d’un statut et de l’institution comme étant la réponse, la validation des outils nécessaires à la mise en œuvre de ce choix de société, pourquoi mettre la charrue avant les bœufs-tirants? Or, si on se réfère à ce que la presse nous apprend, nous rapporte, quand on consulte par exemple le rapport sur la réforme territoriale, le Projet Guadeloupéen de société (version Lurel) il est tout à clair et acquis pour Jacques Gillot et Victorin que la vision d’une évolution statutaire est circonscrite dans le cadre de l’article 73.

Pour corroborer le propos, voici un florilège:

Le journal France-Antilles du 19/10/2010 rapportait que « M. Gillot a livré les ingrédients pour réussir : élaborer une proposition institutionnelle, rechercher l’unité et avoir le sens du pays. « Il faut une collectivité unique rassemblant les compétences des conseils général et régional et dans cette collectivité unique, il faut pendre en compte la problématique des communes. Un projet guadeloupéen n’est pas seulement un projet Région-Département. »

Dans une interview accordée à France-Antilles le 07 décembre 2010 Victorin Lurel déclara entre autres : « C’est la volonté du gouvernement de mettre en œuvre une réforme générale des collectivités territoriales qui nous a conduits à engager une réflexion sur les adaptations à y apporter chez nous. Les élus guadeloupéens avaient demandé et obtenu 18 mois pour mener à bien ce travail, mais le Parlement a choisi de passer en force en décidant de nous imposer, avant la fin du délai, la mise en œuvre telle quelle de la réforme territoriale en Guadeloupe en 2014. [...] « En ce qui concerne la réforme territoriale, en accord avec le département, la Région a animé dans presque toutes les communes une réunion du comité communal destiné à informer la population des principales options institutionnelles envisageables dans le cadre de l’article 73 de la Constitution. »

Dans une interview à France-Antilles du 02 avril 2011, le Président Jacques Gillot, à la question : « Ce projet guadeloupéen dont vous êtes aussi l’instigateur, avance-t-il vraiment ? Et d’ailleurs, a-t-il encore un sens compte tenu de l’absence de réelle évolution institutionnelle ? il répondait « Ce projet est incontournable parce que chacun est conscient que l’application pure et simple de la réforme territoriale en Guadeloupe avec le maintien de la région et du département serait totalement incongrue. Il faut rationaliser les politiques publiques et les rendre plus lisibles pour la population en évoluant, dans le cadre de l’article 73 de la constitution, vers une entité politique unique.Mais il faut avant tout que le projet parte du peuple et soit validé par lui, c’est la seule façon d’éviter les errements du passé et combattre la peur du changement. Dès mon discours d’investiture, j’ai longuement insisté sur la nécessité, pour le peuple guadeloupéen, de reprendre l’élaboration de ce projet avec des contributions de l’ensemble des composantes du corps social. Nous avons jusqu’à 2014 pour le faire aboutir après consultation de la population, tout un chacun doit donc se retrousser les manches. C’est le sens de l’initiative que je prendrai avec le président de Région dans les toutes prochaines semaines, de sorte à relancer le débat et permettre à chaque citoyen d’apporter sa pierre à l’édification de cette nouvelle Guadeloupe. »

Dans un reportage à propos de la tenue du Congrès, (cf le journal télévisé de Guadeloupe 1ere du 09/12/2011, [...] la journaliste introduit une question : « Comment faire émerger une nouvelle société dans un cadre institutionnel adéquat, qui tienne compte de notre environnement?  » Et de tendre le micro au Président Jacques Gillot qui déclarait : « Aujourd’hui, je crois que sauf deux trois voix discordantes, nous sommes déjà pour la collectivité unique. Ce qui est important, c’est qu’est-ce qu’on y met dedans? Quelle gouvernance au niveau de cette collectivité unique? Avec les contributions que nous… aurons avec le peuple Guadeloupéen, je pense que nous…pourrons avoir ce consensus-là. » La reporter mentionnait ensuite « ‘Une collectivité unique plutôt que la prochaine réforme territoriale. Un texte jugé inadapté pour la gauche, mais pour la droite. [...] Et c’est là qu’intervient Mme Henriette Fabignon-Solignac pour s’interroger : « Est-il besoin de changer les institutions pour régler le problème des déchets en Guadeloupe? Est-il besoin des institutions pour régler le problème de l’eau en Guadeloupe? » La reporter soulignait que l’assemblée unique était « défendue notamment par Victorin Lurel » et poursuivait en notant que « le choix n’est pas arrêté pas plus que le mode de scrutin. Pourtant, le temps presse à l’approche des élections ». Le Président Victorin Lurel déclarait ceci: « Nous devrons, à mon sens, notamment sur l’aspect institutionnel, nous devrons finir avant l’élection présidentielle. Le deuxième tour, c’est le 06 mai… Le deuxième tour… Il faudrait peut-être pouvoir envoyer, une proposition qui a l’agrément de tous les élus de la Guadeloupe ou du maximum d’élus de la Guadeloupe, à tous les candidats aux élections présidentielles ». Et la reporter de conclure : « Quoiqu’il en soit, pour les élus, une seule certitude, le projet de société ne pourra être approuvé qu’après aval de la population guadeloupéenne ». On respire!

Et le peuple dans l’élaboration de cette proposition? S’agit-il d’une affaire qui ne regarde que les élus? Si je comprends bien l’extrait du discours qui suit, c’est le peuple qui est souverain, dépositaire du pouvoir de choisir? D’ici avril de quelle façon le peuple guadeloupéen aura validé cette proposition? « Le peuple nous demande au contraire d’avoir des idées, de les exposer, de fixer un cap dans un dialogue démocratique au terme duquel c’est lui, le peuple, qui choisit. L’ambition d’une telle contribution n’est donc en aucun cas de confisquer le débat ou de le préempter, comme j’ai pu l’entendre. Mais, bien au contraire, d’en être l’outil, car il est écrit noir sur blanc dans son avant-propos qu’elle a vocation à être enrichie, modifiée et amendée dans le débat. Et j’ajoute rejetée ! » 05/04/2012

Au chapitre « Une société démocratique et responsable » de la contribution de la Région, il est dit  » L’hypothèse de l’institution, en Guadeloupe, d’une assemblée unique commençait à réunir un nombre significatif de partisans. En effet, cette formule qui permet de rationaliser le fonctionnement des collectivités sans supprimer le département et la région était considérée par de nombreux Guadeloupéens comme une solution pertinente ne s’écartant pas sensiblement du droit commun.[...] Il reste que la formule de l’assemblée unique, même si ses contours méritent d’être précisés au regard notamment de la décision du Conseil constitutionnel de novembre 2010, peut encore constituer une solution intéressante pour la Guadeloupe. Certes elle sera considérée par certains comme une étape vers la collectivité unique, voire l’autonomie et pour d’autres, elle représentera une solution pérenne, heureux compromis entre le statu quo et la création d’une collectivité unique dont les Guadeloupéens se méfient. Il convient évidemment de rester ouverts à d’autres hypothèses. Celle de la collectivité unique n’est, bien sûr, pas à écarter. Assortie d’un mode de scrutin adapté à notre situation particulière, qui concilierait scrutin à la proportionnelle et représentation des territoires au scrutin majoritaire ainsi que de véritables contre-pouvoirs, elle peut être sérieusement considérée. À cet égard, l’expérience alsacienne qui pourrait faire bouger les lignes du droit commun, sera à suivre de près. Celle du statu quo qui n’a pas failli (maintien de la situation actuelle qui fait coexister le département et la région dotés de leurs propres assemblées) n’est pas davantage à récuser. Il pourrait s’agir d’une solution de consensus pouvant être améliorée par un réaménagement de la répartition des compétences entre la région et le département. »

« Nous considérons qu’il convient d’assumer nos choix statutaires et institutionnels. L’attachement à la République, au département et à la région n’exclut pas des aménagements institutionnels du type « assemblée unique». Les Saint-Martinois et les habitants de Saint-Barthélemy ont choisi et obtenu ce statut. Les Guyanais et les Martiniquais, interrogés, l’ont massivement rejeté. Cela prouve que l’État est ouvert à toute formule et qu’il ne nous refuserait pas l’autonomie si nous la demandions majoritairement. » S’agit t-il d’abord d’une question qui concerne l’État ou nous en premier lieu? Notez que l’autonomie est une évolution statutaire qui est inscrit noir blanc dans l’article 74 de la Constitution française, donc, le législateur a déjà admis, intégré dans ses textes que c’est une possibilité qui est bien réelle, tangible. l’État est moins frileux, peureux que certains. Tout est question de degré d’autonomie, de ce que nous souhaitons avoir comme compétences, pouvoirs, prérogatives, champs de compétences… Les Assises des forces patriotiques de la Guadeloupe qui viennent d’ouvrir  leurs portes, ses ateliers où tous sont conviés nous permettront de polir, d’affiner cette option politique et de compatriotes de la validité de ce choix…

Si, d’après ces déclarations que l’un vote pour une collectivité unique et que l’autre semble opter pour une assemblée unique, qu’en est-il du peuple guadeloupéen, est-il d’accord avec ces choix? S’est-il jamais exprimé par un vote, une votation citoyenne pour ce choix? Quel est donc l’intérêt d’un débat si l’institution est déjà choisie au préalable par le soin de ces élus, si la conclusion du débat est connue à l’avance? Quel raisonnement, quelle dialectique président à cette affirmation? Quelle seront par conséquent, la valeur, le crédit, l’importance qui seront accordés aux contributions protéiformes, aux opinions diverses, divergentes qui se font entendre si le choix statutaire et institutionnel est considéré comme acquis et annoncé, déjà fait par ceux qui ont initié un débat censé en délibérer publiquement ? Pourquoi le débat devrait-il se limiter, se circonscrire aux limites de l’article 73 de la Constitution française? Dans ce même rapport cité plus haut, toutes les options d’évolution ou de changement statutaire n’ont pas été examinées (en particulier l’art. 74) et quand il est mentionné, c’est pour dire que les Guadeloupéens n’en veulent pas. A ce jour, il n’y a pas de référendum pour en attester. A supposer qu’ils disent ou aient dit non un jour, il serait pour le moins hasardeux de prétendre que ce soit irrémédiablement définitif, gravé dans le marbre. Il est tout autant inexact de considérer que « les Guadeloupéens ont donc exprimé clairement leur refus de toute évolution institutionnelle ou statutaire » comme une quelconque adhésion irrévocable, indéfectible au statut quo ou que sais-je. Les électeurs de la Guadeloupe ont dit non à la création d’une collectivité unique dans le cadre de l’article 73 de la Constitution à 72, 98% selon diverses sources officielles convergentes telles que : La documentation Française, Science-po, le Sénat (sauf sur le site du Ministère de l’Intérieur, de l’Outre-Mer, des Collectivités et de l’Immigration) contrairement au pourcentage indiqué de75% indiqué dans le rapport sur la Réforme territoriale en Guadeloupe, Enjeux et perspectives (lire à la page 1) ou à « plus de 75% » ainsi mentionné dans la partie « Une société démocratique et responsable » du projet (lire à la page 80). Les résultats d’un référendum, d’une élection évoluent-ils avec le temps, au gré des fantaisies? A plusieurs reprises aussi bien dans le rapport sur la réforme territoriale, que dans la contribution de Victorin Lurel, l’option d’une évolution statutaire et institutionnelle dans le cadre de l’article 74 de la Constitution française est soigneusement minimisée au motif que : »Ils (les Guadeloupéens) ne semblent pas non plus qu’ils souhaitent s’orienter, pour l’instant, vers un statut d’autonomie que rendrait possible l’article 74 de la Constitution ». La précision est de taille : « pour l’instant ». Les choses peuvent tout à fait changer à l’avenir, l’opinion publique évoluant. Selon un récent sondage Ipsos Antilles/Région Guadeloupe de décembre 2011 , les résultats à la question de l’ « évolution statutaire et institutionnelle souhaitée » sont une indication notamment au regard de l’autonomie de la Guadeloupe. Le chiffre de 40% est révélateur de l’état de l’opinion.

Par ailleurs, on nous avait affirmé que « Ce projet guadeloupéen de société doit être élaboré par le peuple guadeloupéen sans carcan ni limites, sur la base d’une méthode qui favorise son appropriation par le plus grand nombre, sans qu’il ne soit pour autant accaparé par quiconque » ou que « Nous estimons que toutes les idées doivent trouver un espace pour s’exprimer et que cet espace s’appelle la démocratie. » ou aussi « Il n’y aura pas de questions taboues », et encore que « Il convient de rester ouvert à d’autres possibilités ». L’évolution statutaire dans le cadre de l’art. 74 comme le propose le CIPPA est une voie, une proposition. Cette évolution de la Guadeloupe dans ce cadre juridique n’a pas été retenue, examinée dans le rapport de la Région mais qu’à cela ne tienne. A ce propos citons un texte de Louis Dupont,  Le statut politique des petits territoires insulaires à vocation touristique a-t-il une influence sur leur performance économique et sociale? : approche comparative. L’auteur se livre notamment à des études comparatives de résultats économiques, s’interroge sur le lien entre degré d’autonomie et performance économique et sociale… C’est donc une analyse pertinente d’un universitaire et qui peut contribuer à éclairer sur des options possibles à l’heure où nous débattons de notre avenir politique.

Le 14 mai 2011, selon un article publié sur le site France–Antilles, le président Jacques Gillot, indique dans une réponse à la question sur le consensus que celui-ci sera l’objet « dès le mois de juin, de la mise en place du comité de projet qui va nous faire une proposition de synthèse par rapport à toutes les demandes que j’ai pu faire à l’ensemble des forces vives de la Guadeloupe. Et avec cette synthèse, nous irons vers la population qui nous a demandé de venir avec quelque chose pour pouvoir discuter avec nous. Ils vont amender le projet et, je pense que d’ici la fin de l’année, on devrait pouvoir faire une proposition au Congrès des élus départementaux et régionaux. »

Or, il y avait de cela, le journal France-Antilles du 04 juin 2010 rendait compte sur son site de la mise en place de ce même comité guadeloupéen ainsi constitué : « 60 membres du comité guadeloupéen du projet, un comité communal de 32 membres piloté par trois élus (maire, conseillers général et régional) et 8 comités territoriaux (deux membres de chaque comité communal). » Comment annoncer aujourd’hui, la mise en place de ce comité en juin 2011, comme si ce sera la première fois alors qu’il était censé déjà être opérationnel depuis juin 2010?

Et voilà, que dans un papier du France-Antilles du 31 décembre 2011, il nous est annoncé que « A la place du comité de Projet, il y aura désormais, un collectif de coordination, composé de trois membres représentant les trois collectivités : Conseil régional, Conseil général et association des maires et de 7 membres de la société civile en dehors de tout parti politique. Ce collectif est chargé de présenter une feuille de route, le 10 janvier prochain, pour peaufiner la méthode déjà élaborée et définir un nouveau calendrier. Ensuite, il nous est rapporté un mot de Jacques Gillot qui disait en substance: « Nous avons tenu à relancer le projet. Nous avons manifesté une envie de pouvoir aller au fond des choses et de mener à bien ce Projet guadeloupéen. Après des hésitations, on a vu que le Congrès a été une manière de relancer le débat. Nous allons recadrer le comité de projet. Il serait bon que l’on puisse finaliser le Projet guadeloupéen aux environs du mois d’avril pour faire une proposition aux candidats à la présidentielle. Notre but, c’est de proposer un projet avant 2014. »

Pourquoi cette fébrilité soudaine? Qu’est-ce qui motive un tel empressement à faire une proposition d’ici avril 2012 alors que l’échéance lointaine est 2014? Tro pwésé pa ka fè jou ouvè, nous dit l’adage populaire. Nous sommes en avril, avez-vous l’intention de faire une proposition ou avez-vous abandonné cette idée… puisque un site internet du PGS existe ainsi qu’une page Facebook? Nonobstant, un projet politique peut-il s’élaborer en fonction d’échéances électorales ou avant tout sur le fondement des choix, des nécessités que les membres d’une société, en l’occurrence guadeloupéenne, jugent indispensables, requièrent pour sa construction, son épanouissement?

Répondant à une interview d’un journaliste de France-Antilles du 14 mai 2011, Jacques Gillot déclarait à cette question « Et quand ferez-vous une proposition au président de la République ? Là est le problème… On va rentrer en campagne électorale et, en terme de démocratie citoyenne, il n’y a pas de grosses décisions qui sont prises six mois avant l’élection. Mais l’essentiel est que nous prenions la décision. Qu’elle soit validée par le président actuel ou le suivant, l’essentiel est que nous ayons notre proposition. »

Donc, si comme le disait Jacques Gillot, « qu’il n’ y a pas de grosses décisions qui sont prises six mois avant l’élection » à quoi ça sert de s’activer pour faire une proposition aux candidats? Les documents n’ont même pas fini d’être passés au tamis, le débat n’est pas terminé, tous les arguments, contre arguments, contre projets n’ont pas encore été examinés, rendus public. Y a t-il péril en la demeure pour envoyer quelque proposition que ce soit aux candidats? Il serait judicieux, raisonnable de laisser le débat contradictoire se tenir, exister et du fruit de nos réflexions naîtra une délibération.

Compte tenu de votre prise en compte du calendrier de l’élection présidentielle comme une date butoir, comment comptez-vous recueillir la parole du plus grand nombre en un laps de temps si ténu? Est-ce que c’est en quelques mois que sera réalisé ce qui ne l’a pas été en plus de deux ans et demi d’intense réflexion et de travail acharné depuis le congrès du 24 juin 2009? Dans la proposition de méthode, il était annoncé que « La présente proposition de méthode consiste donc à initier la mise en œuvre d’une organisation territorialisée qui favorise la liberté d’expression et la remontée la plus efficiente possible, après synthèse, des contributions de chaque citoyen guadeloupéen à un projet de société ». « Elle est destinée à être modifiée et amendée pour correspondre aux attentes de l’immense majorité des guadeloupéens ; elle devra également faire l’objet d’un calendrier de mise en œuvre, étant entendu que ce sont l’implication et la décision populaires qui en fixeront le rythme ».

« O mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge! » Frantz Fanon, « Peau noire, masques blancs »

- Primo: Compte tenu des déclarations de nos chefs exécutifs, de la résolution du congrès du 24 juin 2009 notamment, quelles sont les compétences qu’auraient une collectivité ou une assemblée unique pour parer aux revers, amortir la « crise économique mondiale exacerbée, dont l’impact au niveau national se fait durement ressentir à l’échelon local »? Une collectivité unique ou une assemblée unique seraient-elles mieux armées pour affronter la crise et de quelle façon?

- Secundo: Avec quels outils la collectivité unique ou l’assemblée unique pourraient-elles prendre en charge « les revendications d’ordre économique, social, identitaire et plus largement sociétal, issues du mouvement social qui a traversé la Guadeloupe en début d’année? »

- Tertio: Comment une collectivité unique ou une assemblée unique pourraient-elles satisfaire « la nécessité de doter la Guadeloupe d’outils et de moyens de tous ordres propres à permettre l’émergence de réponses adaptées au traitement des difficultés et dysfonctionnements affectant la cohésion sociale et territoriale de l’archipel »? Comment le SAR [Schéma d'aménagement régional] s’intégrera t-il à l’architecture de cette nouvelle institution?

- Quarto : En quoi, une collectivité unique ou une assemblée unique seraient-elles en mesure de répondre à « l’aspiration réitérée du peuple guadeloupéen à être l’acteur premier de sa propre destinée »? De quelles prérogatives une collectivité unique ou une assemblée unique seraient-elles pourvues et qui seraient l’expression, la traduction, la ratification de notre aspiration à maîtriser notre destin? « Être l’acteur premier de sa propre destinée » c’est avoir les commandes dans quels domaines? Quels transferts de compétences de l’État vers la collectivité unique ou l’assemblée unique seraient la manifestation, l’expression d’un cheminement vers la maîtrise de notre destinée?

« En somme, nous devons être conscients que, depuis longtemps, nous ne sommes plus en système politique colonial – même si certains stigmates de la colonisation demeurent chez nous, notamment en ce qui concerne l’organisation économique – et que nous avons notre destin entre nos mains. Nous sommes bien plus libres de notre destin que nous voulons nous le dire habituellement. En fait nous sommes un peuple, nous le savons ; nous sommes une Nation sans État, nous l’ignorons. Mais nous assumons depuis longtemps une libre détermination et nous engageons notre destin. »

A lire ce qui précède, est-ce à dire que cette « aspiration réitérée du peuple guadeloupéen à être l’acteur premier de sa propre destinée » ne soit plus à l’ordre du jour, abandonnée en rase campagne? A propos de la notion de système colonial, il convient de se poser un certain de questions de définir des notions. Car il ne suffit pas de nommer un fait, de le minimiser, ou de l’occulter mais il convient de définir un certain nombre de notions, de savoir de quoi on parle, d’apporter des éclaircissements.

Qu’est-ce qu’une colonie ? Qu’est-ce qu’une post-colonie ? « Territoire occupé par une nation en dehors de ses propres frontières. Elle l’administre et le maintient dans un état de dépendance. » « Territoire occupé et administré par une nation en dehors de ses frontières, et demeurant attaché à la métropole par des liens politiques et économiques étroits. »
12 février 1635 Affirmation du principe de l’Exclusif (les colonies ne peuvent commercer qu’avec la métropole).
« Le système de l’exclusif – Le commerce colonial est régi par le système de l’exclusif. Le principe de l’Exclusif se définit par quatre caractéristiques structurelles :- interdiction aux colonies de vendre leurs produits à d’autres pays qu’à la métropole,- interdiction de transformer les produits récoltés en produits manufacturés,- réserve exclusive au profit de la métropole du droit d’approvisionner ses colonies, – réserve aux navires français du transport de tous les objets des colonies à la métropole ou dans les autres colonies. Le but du système de l’Exclusif est triple : – procurer aux produits du sol et de l’industrie de la métropole des débouchés constamment ouverts, – assurer à ces produits des marchés à l’abri de toute concurrence étrangère, – obtenir, par voie d’échange et sans exportation de numéraire, des denrées que la métropole ne produit pas. »

La France et ses esclaves de la colonisation aux abolitions (1620-1848) Frédéric Régent Grasset 2007 p. 91

Considérant ces définitions, la Guadeloupe est-elle en 2011 une colonie ? Est-ce que la Loi n°46-451 du 19 mars 1946, a suffi à elle seule à transformer la Guadeloupe du jour au lendemain de statut de colonie à celui de département et que disparaissent en même temps les structures, les réflexes, les situations, les rapports sociaux, économiques qui étaient présents depuis 1635. Si on observe, si on analyse avec lucidité et honnêteté la société guadeloupéenne, son fonctionnement, les rapports que la Guadeloupe entretient avec l’extérieur, son économie notamment, qu’on le veuille ou non, on est bien obligé de reconnaître, d’admettre qu’elle présente encore à bien des égards toutes les caractéristiques d’une société coloniale.

C’est Alain Plaisir dans son ouvrage « Conquête du marché intérieur » qui le démontre, en particulier dans le chapitre consacré au Commerce Extérieur. Extrait :« Le commerce extérieur de la Guadeloupe est le commerce extérieur d’une colonie : – exportation de produits primaires (banane, melon) ou semi-industriels (sucre brut et rhum) en « métropole ».
- importation de la métropole de tout le reste (produits industriels, biens d’équipements, produits agricoles et agro-alimentaires). S’y ajoute le fameux monopole du pavillon qui constitue la troisième clause du pacte colonial (le transport des marchandises entre la métropole et la colonie se fait sous pavillon de la métropole). En effet, les pratiques coloniales sont encore en vigueur dans le transport maritime. C’est ainsi que le décret du 28 juin 1935 réserve aux navires français le transport de la banane entre les Antilles et la métropole ; ou encore l’article 258 du code des Douanes qui réserve aux navires français les opérations entre ports d’un même DOM ou de DOM différents. » Autre citation de l’ouvrage sus-mentionné : « En vertu de l’article 294 du code des impôts, la Guadeloupe est un territoire d’exportation pour la métropole. »Voilà ce qu’on peut lire dans un rapport d’information du Sénat à propos de « la réalité agricole de l’Outre-mer ». « De plus, l’héritage historique colonial a laissé des traces durables. La logique coloniale tournée vers l’exportation, a privilégié les cultures de la canne (transformée en sucre ou en rhum), de la banane, de la vanille, des plantes à parfum ou encore de l’ananas, au détriment des productions vivrières. » Donc, colonie, post-colonie, colonie départementalisée pour reprendre un mot de Cyril Serva où se situe la frontière ? En avons-nous fini avec la colonie ? A partir de quel fait politique un pays n’est plus considéré comme colonie? Si comme on l’entend quotidiennement en Guadeloupe parler de métropole, c’est bien par rapport à colonie ?

A cela ajoutons que la projet du Parti Socialiste pour 2012 qui propose de « - Tourner définitivement la page de la « République coloniale ». C’est dire que c’est une question d’actualité, non tout à fait réglée et qu’on ne peut mettre comme des vieilleries dans un débarras.

Enfin, dire que nous sommes une « Nation sans État, nous l’ignorons » n’est pas exact. Plusieurs organisations d’hier ou d’aujourd’hui ont dans leur dénomination ce terme de nation. GONG, KLNG, FKNG, UPLG, COPAGUA. En outre, que disait Jacques Gillot dans son discours du 24 juin 2009 : « Oui, mes chers compatriotes, c’est une part de l’avenir de la Guadeloupe qui repose collectivement sur nos épaules par-delà nos origines, nos convictions personnelles, nos engagements. Ce qui doit nous rassembler, c’est le sentiment de former une Nation, c’est-à-dire la conscience de partager la même histoire, l’adhésion aux mêmes valeurs. C’est le fait de parler une même langue, la fierté d’avoir accompli de grandes choses ensemble, et la certitude d’avoir à en accomplir beaucoup d’autres encore. »

Plus récemment encore, Wozan Monza dans sa chanson « Nasyon » tiré de son album « Rexistans »l’affirme à qui veut l’entendre. Rété kouté!

- Quinto : Dans le cadre d’une collectivité unique ou d’une assemblée unique, qu’est-ce qui serait mis en place, avec quels outils, quels moyens afin d’accéder à »l’impérieuse nécessité pour y parvenir, de déterminer démocratiquement les voies et moyens devant conduire à l’élaboration d’un projet guadeloupéen de société partagé? » Quel crédit accorder à cette proposition quand on nous annonce qu’ « il faudrait peut-être pouvoir envoyer, une proposition qui a l’agrément de tous les élus de la Guadeloupe ou du maximum d’élus de la Guadeloupe, à tous les candidats aux élections présidentielles »? Pourquoi n’y a t-il pas eu à ce jour une série de débats publics contradictoire radiodiffusés, télévisés afin que les contributeurs puissent présenter, défendre leur projet, leur vision face aux Guadeloupéens? Songez aux débats de la primaire socialiste. Imaginez la même chose en Guadeloupe! Ceci aurait l’avantage, le mérite de permettre à tous les citoyens de se faire une religion sur les enjeux, les tenants et les aboutissants de la démarche, les motifs, les nécessités liées à un changement de statut, le pourquoi et le comment, ce que cela signifie une loi organique, sa mise en œuvre, les textes européens, l’octroi de mer, l’échéance de 2014, les divers évolutions possibles les conséquences de tel ou tel choix pour que lors d’une consultation/référendum l’électeur(trice) puisse se déterminer en toute connaissance de cause? Les thématiques ne manquent pas comme on le voit.

- Sexto : Quelles seraient les marges de manœuvre d’une collectivité unique ou une assemblée unique dans l’objectif de réduire le « taux de chômage endémique » de la Guadeloupe?

- Septimo : De quelles prérogatives juridiques, législatives seraient dotées une collectivité ou une assemblée unique afin de contrer, réguler « un système économique particulièrement dépendant des importations, la multiplication des addictions et des cas de déviance des jeunes la progression de l’échec scolaire, la prégnance des phénomènes de désocialisation et d’exclusion de toutes sortes, combinés au fort cloisonnement de la société guadeloupéenne sont quelques unes des symptômes d’un profond mal-être de la société guadeloupéenne »? Quelle serait les compétences, les pouvoirs nouveaux d’une collectivité ou d’une assemblée unique en matière de commerce extérieur avec nos voisins Caribéens, Américains du Nord, du Sud et Centrale? Selon l’INSSE, « Après une année 2009 affichant un net repli, le commerce extérieur de la Guadeloupe se redresse en 2010. Il demeure malgré tout moins dynamique qu’avant la crise. Le montant des importations est de 2,27 milliards d’euros en hausse de 12 % par rapport à 2009. Les importations progressent dans l’ensemble des principaux secteurs sauf dans celui de l’énergie. »

- Octavo : Dans le cadre d’une gouvernance (collectivité unique ou assemblée unique) qu’est-ce que l’une ou l’autre des institutions permettraient et que celles en place actuellement n’y pourvoient pas en matière de gestion du foncier, double, voire triple insularité, vecteurs de dépopulation dans le cas des Iles du Sud, et au renforcement de la prise en compte des enjeux du 21ème siècle (gestion de l’eau, éco-citoyenneté et traitement des déchets, énergie, santé…) qui appellent une refondation des rapports sociaux, économiques et politiques, autant que de notre relation avec le territoire, au sein d’un projet de société fédérateur?

- Nono : Que signifie pour vous « rationalisation des politiques »? Notion mentionnée dans le rapport sur la réforme territoriale, page 14 et mentionnée dans une interview de Jacques Gillot accordée à France-Antilles le 2 avril 2011. Quel rapport, quelles conséquences y aurait-il entre rationalisation des politiques publiques et la création d’une nouvelle collectivité? Comment se traduirait dans les faits une rationalisation de politiques publiques, sur le plan budgétaire, de l’investissement, des compétences d’une assemblée unique, ou d’une collectivité unique?

- Decimo : Est-ce que l’érection d’une collectivité unique, d’une assemblée unique serait l’institution la mieux appropriée pour résoudre nos problèmes récurrents et qui n’ont pas encore trouvé de réponse significative, décisive dans le cadre actuel des collectivités? Est-ce qu’une collectivité unique ou une assemblée unique seraient dotées des compétences nouvelles et de nature à permettre un approfondissement, une consolidation de la domiciliation du pouvoir politique et dans quels domaines? Qu’est-ce qu’apporterait de plus la création d’une collectivité unique ou une assemblée unique se substituant au conseil général et au conseil régional en termes de compétences dans le domaine de la fiscalité, de l’autonomie financière?

Le « Mémorial Acte » de Lurel voit le jour … à Nantes !

Souvenons-nous, c’était en Guadeloupe, en mai 2008. Les présidents des conseils régional et général ainsi que le maire de Pointe-à-Pitre inauguraient sur les vestiges de l’usine Darboussier la pose de la première pierre du Mémorial Acte. En quatre ans, la communication sur le chantier a été des plus discrètes. A peine admet-on que la construction a pris un retard incroyable. Un peu comme le vaporeux projet guadeloupéen de société et l’indécent foutage de gueule qui l’accompagne.

Quatre années plus tard, en mars 2012, un mémorial dédié à la traite négrière voit le jour. Mais pas dans la Caraïbe, de l’autre côté de l’Atlantique, sur le bord de la Loire. Un député socialiste, peut s’en enorgueillir. Il ne s’agit pas de Victorin Lurel mais de Jean-Marc Ayrault. Ça ne se passe pas à Pointe-à-Pitre mais à Nantes…

L’hebdomadaire guadeloupéen « Nouvelles Semaine » n°99 (22/03/12) détaille par le menu ce qu’est le mémorial nantais. Vaste esplanade avec des milliers de plaques de verre, passage souterrain long d’une centaine de mètres pour ressentir « l’enfermement que ressentaient les esclaves lors de leur transport maritime ». Citations, repères chronologiques, cartes explicatives permettent d’ajouter un volet pédagogique à la dimension mémorielle. Tout ne fut pas simple pour en arriver là, Nantes connut une période prospère grâce à la vente d’esclaves, comme le rappelait une affiche il y a quelques mois : « Au 18ème siècle , les expéditions négrières nantaises ont déporté plus de 450 000 africains. »

 

 

Relire sur Fwiyapin:

Céline et le « nègre haïtien »

Louis-Ferdinand Céline (1894-1961) est rangé dans la catégorie des grands auteurs français. Il est connu à la fois pour son talent d’écrivain et son antisémitisme notoire. Le docteur ne s’est pas contenté d’avoir des idées nauséabondes et de les coucher sur le papier. Il était aussi un informateur, ce qu’on appelle communément aujourd’hui une balance, une poucave. Livrer des hommes et des femmes aux occupants nazis n’avait pas une portée banale. Celui qui se souciait grandement de la « protection de la race blanche », n’avait pas que les juifs en ligne de mire. En effet dans ses ennemis figuraient également les Noirs. Posture cohérente, les théories racistes de l’époque ne prétendaient-elles pas que les juifs, peuple dégénéré, descendaient des nègres, eux-mêmes situés sur la dernière marche de l’évolution et pouvant à peine prétendre à appartenir à l’espèce humaine car plus proches de l’animal ?

Le Fwiyapin a pris connaissance d’un autre immonde exemple de l’attitude de Céline en feuilletant « Le Canard Enchaîné » du mercredi 14 mars 2012. Sorj Chalandon y consacre un article au documentaire de David Korn-Brzoza « Dénoncer sous l’occupation ».  Le journaliste raconte comment Céline parvient à évincer un concurrent gênant, en l’occurrence, un médecin noir  :

Le Dr Louis Ferdinand Destouches – Céline pour la littérature – a ainsi dénoncé le médecin du dispensaire de Bézons, rappelant en toute franchise: « J’ai jeté sur ce poste mon humble dévolu. »  Pour Céline, le praticien était juif. Il se trompait. Alors il a rectifié son erreur par un second courrier: « Ce poste est occupé par un nègre haïtien. Ce nègre étranger doit normalement être renvoyé en Haïti, d’après les lois nouvelles. » Le médecin sera révoqué. Le Dr Destouches obtiendra la place.


Relire sur Fwiyapin :

Fwiyapic #21

Prise à Pointe-à-Pitre, cette photographie illustre bien la difficulté qu’ont les Guadeloupéens à écrire un créole correct. Mais quand les koudwòch sont tirés par l’UGTG, un syndicat très attaché à l’expression dans l’idiome local, les pierres lancées à l’orthographe deviennent des pépites :

 

 

Si menm maké kréyol ka ba Lijétéjé kou …

En créole le « en » se prononce in [ ɛ̃ ]
Il faut donc écrire: « an larila »

Il n’y a pas de C en créole à l’exception du son « ch », comme dans chyen et … koudwòch !
Il faut donc écrire: « Rèspèkté »

Relire sur Fwiyapin:

Bienvenue au Médico-Verbal Institut

Soigner les maux avec des mots? Si si c’est possible grâce aux traitements du spécialiste Majead. Il est au verbe ce que le Docteur Henry Joseph est aux plantes. C’est pourquoi nous signalons aux lecteurs du Fwiyapin l’existence de son nouveau blog. Il est déjà agrémenté d’un amusant lexique de mots-valises. Voici quelques délicieux exemples si vous ne connaissez pas ce concept :

  • Bénévolt : jeune stagiaire travaillant à EDF sans être payé
  • Bourreaucratie : pouvoir funeste d’une administration
  • Ca$hottier : qui garde secret le montant de sa fortune
  • Maxidad : contraire de maximum

Cela va sans écrire, mais ça va mieux en l’écrivant,  nous vous invitons à vous précipiter le plus urgemment possible sur ce site :

http://majead-at.blogspot.com/

Tchernobyl 25 ans avant Fukushima

Le Fwiyapin rejoint le rang des Indignés du nucléaire à l’occasion du premier anniversaire du drame de Fukushima. En France, le lobby nucléaire sûr de lui pendant des décennies, vacille. Sa propagande ne fait pas dans le détail, pour illustration les propos du ministre de la défense Gérard Longuet: « Je suis totalement pour le nucléaire. C’est une énergie qui n’a tué personne depuis qu’elle existe en tant qu’énergie pacifique. » Voilà des propos à la limite du négationnisme. La bêtise humaine n’a pas de limite, et la radioactivité pas de frontières…

[Article publié sur le site Perspektives]

25 ans avant Fukushima, se produisit en URSS la première catastrophe mondiale du nucléaire civile. Certes, la cause n’était pas d’origine naturelle. Il est pourtant probable qu’un nouveau drame d’une telle ampleur se reproduise, par hasard dans le pays le plus nucléarisé au monde, si rien n’est fait pour en finir avec l’industrie de l’atome …

Galia Ackerman, journaliste à RFI, traductrice franco-russe, retrace avec concision (160 pages) mais néanmoins exhaustivité les terribles évènements causés par l’explosion du réacteur numéro 4 de la centrale soviétique dans Tchernobyl retour sur un désastre.

Du militaire au civil : un héritage direct

Au mitan de la deuxième guerre mondiale, Staline apprend que Britanniques, Allemands et Étasuniens cherchèrent à se procurer la bombe atomique. En 1949, se déroulèrent les premiers essais de la bombe A soviétique.
Les réacteurs nécessaires à la production du plutonium furent les ancêtres du RBMK, type de réacteurs qui équipaient Tchernobyl. Ce choix avait été fait essentiellement selon des critères économiques. En période de guerre froide, il aurait été trop coûteux et son alternative (les réacteurs de type VVER) n’auraient pas pu être développés à temps pour répondre aux exigences du pouvoir.

Le développement de l’énergie nucléaire fut opaque et anti-démocratique (pléonasme en URSS). Ainsi, l’auteur recense une centaine d’incendies et onze incidents dans des installations nucléaires avant la catastrophe de Tchernobyl. En 1975, non loin de Saint-Petersbourg (Leningrad) un réacteur de type RMBK avait réussi à être « maîtrisé » au prix d’une émission énorme de radioactivité. De tout cela, évidemment, la population n’en entendit jamais parler …

01h 23 mn le 26 avril 1986

La construction de la centrale débuta en 1970. Une ville nouvelle fut crée, du nom de la proche rivière, le Pripiat, affluent du Dniepr. Les habitants bénéficiaient d’un niveau de vie au-dessus de la moyenne. C’était une « ville privilégiée » avec des crèches, cliniques, complexes sportifs, bibliothèques, restaurants, cinémas. Douze réacteurs étaient initialement prévus sur le site, il y en avait 4 opérationnels en 1986.

Le 25 avril, fut programmé l’arrêt du réacteur pour maintenance. Une expérience devait être menée dans le but de récupérer l’électricité résiduelle des pales de la turbine en cas de panne électrique générale. A une heure du matin, le réacteur s’emballa et furent projetées dans l’atmosphère « près de 50 tonnes de combustible nucléaire ». Ainsi naquit le nuage de Tchernobyl. Sa première victime fut la « forêt rousse », une pinède brûlée par la radiation. La météorologie fut plutôt clémente pour Pripiat, le nuage évita la ville …

Au début, les dirigeants de la centrale nièrent les faits, persuadés qu’ils étaient, obnubilés par le dogme nucléaire, qu’un réacteur ne pouvait exploser. Même quand des témoins qui périrent ultérieurement d’une exposition à des doses mortelles vinrent l’attester, le déni continua. Des employés de la centrale, travaillant sur un chantier, continuèrent même à vaquer à leurs occupations.

Malgré cet aveuglement, les premiers héros de la catastrophe parvinrent à préserver les trois autres réacteurs du feu. Les employés présents furent atteints d’un des symptômes de la radiation, l’excitation du système nerveux. « L’euphorie nucléaire » aidant, des vies furent sacrifiées à vouloir arrêter un réacteur déjà détruit. La lucidité diminuée également par les systèmes de mesure. Les dispositifs étaient bloqués à 3,6 röntgen/heure alors que les débris émettaient jusqu’à 15 000 röntgen/heure !

La réalité ne fut admise que vers 13h lors du survol du réacteur éventré par hélicoptère. Les clichés pris par le photographe Igor Kostine furent tous « mangés » par la radioactivité.
Le soir, les premiers dégâts se constatèrent sur le personnel le plus exposé. 4 000 employés de la centrale avaient déjà pris la fuite, davantage conscients du danger que le reste de la population.
L’ordre d’évacuation ne fut donné que 36 heures après l’explosion. Dans l’idée du pouvoir, il ne fallait pas que la foule cède à la panique, plus dangereuse encore que la radioactivité …

Le goût du plomb dans la bouche

Les autorités décidèrent alors de lancer à l’intérieur du réacteur du plomb et du sable. Des pilotes d’hélicoptère réquisitionnés affluèrent de tous le pays et d’Afghanistan. La température dans les habitacles était de 60°C, les pilotes vomissaient entre chaque rotation. Ils se confectionnèrent des tenues de protection avec du plomb au fil des jours. Des problèmes de logistique se posèrent rapidement : on manqua de sacs, le sable prélevé à proximité se révéla être trop radioactif … Ces opérations furent colossales. Le 27 avril on balança 150 tonnes au dessus du réacteur, le 28 le double, puis au fur et à mesure la quantité quotidienne croissant, on atteignit 1900 tonnes le premier mai !

Mais seule une infime partie de ce bombardement toucha sa cible, tandis que l’irradiation elle, n’épargna personne. En 2004, on recensait 600 pilotes décédés, pour une opération peu efficace voire contre-productive.

Apocalypse évité de peu

Un fait demeure peu connu à ce jour. Si le magma radioactif perçait le fond du réacteur (ce qui finit par arriver) et rentrait en contact avec l’eau du bassin en-dessous (baptisé « barboteur » ou « piscine »), les conséquences auraient pu être effroyables. Selon l’académicien biélorusse Vassili Nesterenko :

Kiev aurait été rasée, la Biélorussie serait devenue inhabitable à tout jamais [...] Je suppose que l’Europe serait devenue durablement impropre à l’habitation.

Là encore, un volontaire sacrifia sa vie en s’exposant à des doses mortelles, car une intervention humaine était nécessaire au pompage de l’eau. Le plongeur exécuta sa mission dans une eau à 1 curie / litre.

Mais une fois que la cuve céda, les craintes concernèrent alors la nappe phréatique. On construisit une immense galerie de 170 mètres. Ce ne furent pas des machines qui exécutèrent ces travaux …

Les autorités soviétiques bombardèrent mêmes des nuages (avec quelle efficacité?) pour éviter qu’ils ne déversent leur pluie dans le bassin versant du Pripiat ; ce qui aurait causé des ruissellements radioactifs.

Morts pour rien à cause des autorités criminelles

Des vies auraient pu être épargnées si ce n’était l’aveuglement des premières heures de la catastrophe et une mauvaise prise en compte des risques. Les donneurs d’ordre savaient pertinemment qu’ils envoyaient des gens à la mort, telle opération couterait tant de vies, celle-là un peu plus.

On fit construire de gigantesques digues, murs, dont on sait aujourd’hui que les effets furent quasi-nuls. Le Politburo voulant utiliser le réacteur jumelé (3ème bloc), on procéda à de laborieux travaux pour séparer et isoler le quatrième bloc !

Les soldats et appelés remplacèrent les machines partout où ces dernières ne pouvaient fonctionner, soumises à une radioactivité trop forte, ou alors incapables de se frayer un chemin dans les débris… On fit alors recours aux « robots biologiques ».

Les tenues de plomb confectionnées avec débrouillardise, repoussèrent une partie des rayons gamma mais ne suffirent pas à protéger correctement les soldats. Concernant le nombre des « liquidateurs », les estimations minimales sont aux alentours de 500 000. Selon le physicien Gueorgui Lépine, lui-même liquidateur, ils furent un million. 20 000 y laissèrent leur vie, et 200 000 seraient invalides. Venus de toute l’Union, certains survivants vivent désormais dans des pays indépendants de la Russie. Ainsi, les Arméniens, Estoniens, Ouzbeks et Kirghizes ne bénéficient pas des petites aides octroyées aux Russes, Ukrainiens et Biélorusses. Est-il utile de le préciser, les problèmes de santé dus aux irradiations n’étaient majoritairement pas reconnus.

Le massacre ne concerna pas que les humains. Les animaux domestiques, que les habitants évacués étaient sommés d’abandonner, furent exterminés. Ceux qui avaient échappé au massacre périrent l’année suivante des radiations.

L’ennemi invisible fut enterré sur 800 sites de stockage de déchets, répartis dans toute la zone interdite. Quand aux populations évacuées, on les fit revenir dans des zones où elles s’exposèrent à des doses de 10 rems la première année, alors qu’un liquidateur ayant atteint 25 rems devait quitter la zone dangereuse …

Césium 137

La viande d’élevage contaminée, elle, ne fut pas détruite … mais dispersée dans tout le pays pour être mélangée dans une proportion d’un dixième à des produits de charcuterie, conserves, etc. Pour le lait, pratiquement rien ne fut mis en œuvre hormis dans quelques établissements, exposant alors les enfants aux terribles effets méconnus du césium. Aucune mesure ne fut prise par les autorités pour éviter que la population ne consomme des denrées contaminées.

Nucléaire compromis international

L’URSS refusa l’envoie de cancérologues ou d’équipes de décontamination. Par cause de paranoïa, on refusa même du matériel français jugé utile mais susceptible de contenir des micros.
Dans le rapport fourni à l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique dépendant de l’ONU), la cause de l’accident fut attribué à une erreur humaine. Ce n’est pas impossible, mais Tchernobyl a contribué à relancer des recherches, notamment celles de Georges Lochak. Si sa théorie est prouvée, l’origine de cette catastrophe ne serait pas dû à la faute d’un opérateur et il ne serait pas impossible que cela se reproduise ailleurs …

Grotesquement, l’ONU reconnaît très peu de victimes. En 2005, les chiffres annoncés étaient de 56 morts et de 400 cancers mortels à venir. Le pacte nucléaire entre grandes puissances a encore de beaux jours devant lui.



« Code Noir »: un champagne qui vous la coupe !

Depuis quelques jours, on entend beaucoup parler de ce vin pétillant de la maison Henri Giraud. Son nom Code Noir ne serait pas une erreur, mais un jeu de mots pleinement assumé. Maladroit, douteux, nauséabond, border-Line, assurément. Mais au delà du qualificatif, il y a bien un jeu de mots.

Le Code s’explique par le récent décryptage génétique de la vigne qui donne le Pinot Noir. Claude Giraud, PDG de la maison du même nom  fait référence à quelque chose qui relie des connaisseurs, un code pour initiés. Noir donc comme le Pinot éponyme, la couleur du raisin qui donne un vin blanc. Il va même jusqu’à associer « noir » avec l’origine de l’humanité. C’est visible ici sur une vidéo.

Pour rappel, le vrai (ou premier) Code Noir est un texte de loi rédigé par Colbert (et son fils) sous le règne de Louis XIV. Il définit l’esclave comme bien meuble et légalise bien des atrocités dans ses articles. S’amuser de ce qui fût un crime contre l’humanité est aussi délicat que de marcher sur des œufs.

A la création du champagne (il y a quelques années), le mauvais goût ne semble pas assumé. Les plus optimistes penseront peut-être qu’il s’agit tout simplement d’ignorance…

Il faut qu’un artiste de hip-hop passe par là pour que le paroxysme soit atteint. Et là, il n’y aura plus d’ambigüité possible. Starlion et Grems s’attèlent donc à peaufiner la mauvaise blague. On met en exergue le vitrail de la cathédrale de Reims qui représente un esclave coupant la canne à sucre. Un vitrail datant de 1954, plus d’un siècle après le décret d’abolition, offert par la corporation des vins de champagne. Avant la betterave, il fallait du sucre de canne. On ne pourra pas reprocher à ces exploitants agricoles de manquer de mémoire, peut-être savent-ils à l’instar de grandes familles nantaises ou bordelaises grâce à qui ils doivent leur fortune…

Après l’épisode du vitrail, on trouve une caution. LA caution. Africaine ou s’y rattachant forcément. C’est là qu’intervient Starlion, décrit comme « l’artiste hip-hop Champagne ». Une commande passée à Grems un de ses potes graphiste, et voilà de jolis dessins accompagnant la cuvée Code Noir spéciale Starlion. Dont un esclave avec une chaîne au cou. Une fois qu’on accole à Code Noir un esclave noir et un navire pouvant évoquer un négrier, plus possible de se tromper. Et on imagine le candide Giraud se défendant en disant que c’est l’idée du chanteur de hip-hop …

Pour l’ association comme le Comité Devoir de mémoire, c’est la goutte qui fait déborder le seau ? Il faut néanmoins savoir que le champagne qui fait tant polémique existe depuis … 2008 ! Et la cuvée Starlion depuis … 2009 ! Pendant quelques années, le champagne est passé entre les mailles du filet, et cette subite médiatisation ou tout du moins le communiqué de Serge Romana est dû à un article de Bondamanjak.

Claudy Siar, le délégué interministériel pour l’égalité des chances des français d’Outre-mer, a déclaré (03/03/12) sur son compte Twitter que Claude Giraud changerait le nom du champagne. Cette publicité sera-t-elle bénéfique aux ventes de la marque, surtout chez les Antillais, premiers consommateurs de champagne au monde ?

Un précédent en littérature

Connaissez-vous Christophe Leibowitz? C’est le héros d’une superbe trilogie de petits polars signés Hannelore Cayre, qui nous conte les aventures d’un avocat au contact des voyous. Leibowitz est un baveux qui deviendra le patron d’une marque d’eau-de-vie suite à un héritage. Convaincu par le partenariat fructueux entre stars du hip-hop (américain) et grandes marques de cognac, l’avocat produit un dealer doué pour le rap. Dans le clip de son poulain, il prévoit que ce dernier fasse l’apologie de son cognac nommé Ground X.O. Exquise référence au 11 septembre 2001, la bouteille imaginée par Cayre a une forme de grenade qu’on dégoupille … La sortie d’un alcool doté de ce nom explosif aurait de quoi défrayer la chronique. Mais avec Code Noir, la réalité a dépassé l’affliction.

 

(Re)lire sur Fwiyapin:

Depuis 1749

Toulouse sous la neige

Quand la ville rose blanchit

Le puissant anticyclone baptisé Moscou-Paris par les médias  a charrié un air polaire, revigorant, voire mortellement vivifiant pour les organismes les moins endurants. On pourra toujours accuser le froid de tuer, la météorologie a bon dos dans une société où tout le monde se fout de toi qui n’as pas de toit où t’abriter. Quand la France prend des allures de Yukon, l’Occitanie se transforme en Klondike hexagonal.

Le dernier jour de la semaine, une perturbation neigeuse a allègrement saupoudré la région Midi-Pyrénées et la ville rose a changé de couleur. Les bus, comme les conducteurs du dimanche jouent les fainéants. Seul le métro, ralenti dans ses parties aériennes, accepte de ne pas rester flemmarder sous la couette. En ce jour de repos dominical, peu de Toulousains sortent découvrir la nouvelle parure blanche de leur cité.

Rue Ozène, quelques anglo-saxons semblent s’amuser de la présence d’un arsenal virtuel de boules de neige quasi-infini. Place des Carmes, une véritable bataille rangée a lieu. La Garonne se fige entre l’île du Ramier et le quartier Saint-Michel, on a presque envie de se risquer sur le fleuve mais les trous dans la glace appellent à la plus grande prudence. Au Capitole, la fête de la violette est tout simplement annulée pour cause de froidure intense. Mais l’animation est quand même assurée. Bravant les températures glaciales, de courageux sénégalais manifestent contre leur président autocrate Abdoulaye Wade qui s’accroche au pouvoir comme naguère Sarkozy à Cécilia.

Place Wilson, le poète Pierre Goudouli est couvert de neige. L’eau de la fontaine qui coule à ses pieds est gelée, tout comme celle de la place de la Trinité. Quelques Toulousains curieux veulent garder un souvenir de cet épisode neigeux exceptionnel. Ils sont de sortie pour photographier leurs monuments les plus emblématiques, comme le Pont-neuf et font davantage de photos que les touristes espagnols ou allemands. Les bistrots ouverts sont pris d’assaut par tous ceux qui veulent se réchauffer autour d’un bon bol de chocolat chaud.  Et la nuit, la neige donne un plus bel effet encore rendant obsolète l’éclairage public. Déjà, les voitures et les camions de sel sont responsables d’une affreuse boue dans leur sillage. Vite de nouveaux flocons !

 

 

Du Collectif Dom au FN: parcours d’un ultraMarin(e)

Voilà l’énième illustration qu’un mouvement grotesquement qualifié d’apolitique par ses dirigeants peut mener à tout. Et surtout à n’importe quoi. Souvenez-vous, Patrick Karam (co-fondateur du Collectif Dom) a déjà été récompensé pour services rendus à la propagande sarkozyste. Après son passage au (sous) gouvernement, il a été remplacé par Claudy Siar. Guadeloupéen également, artiste et patron de radio, on doit lui reconnaitre une certaine franchise quand il s’agit de dénoncer les égarements racistes et discriminatoires. Mais il ne pourra faire oublier qu’il travaille au sein d’un gouvernement qui n’a de cesse de donner des gages à l’extrême-droite en désaccord avec la mission confiée au nouveau Délégué interministériel à l’égalité des chances des ultramarins (sic). Et ça, même après les élections, il aura du mal à le faire oublier.

« Français de Guadeloupe »

Quand Karam a rallié Sarkozy, Collectif Dom a été co-présidé par deux de ses membres. Le peu charismatique Daniel Dalin et Charles Dagnet. C’est ce dernier, autrefois secrétaire général de l’association qui rejoint aujourd’hui le parti de la famille Le Pen. Ses anciens amis font savoir que l’idylle de Dagnet et du Collectif est définitivement terminée. Mais on espère que ça n’ empêchera pas aux adhérents de ce lobby débile de se demander à quoi ils servent, si ce n’est de tremplin au premier opportuniste venu… Après s’être cherché à gauche, c’est finalement au FN de Marine Le Pen que Dagnet finit. Vitrine de l’ouverture du parti à la diversité aux côtés de Gouza Nahounou et Marc Rachid Taïr, le guadeloupéen, fonctionnaire à la ville de Paris, doit certainement être très fier d’être enfin médiatisé à sa juste mesure. Du côté de sa famille, on ne pense tout de même pas que le champagne a coulé à flot quand cette nouvelle est sortie …

La ville d’Anse-Bertrand délocalise la Grande-Terre au Japon !

Si vous vous baladez sur le site internet de la municipalité de l’Anse-Bertrand, vous pourrez y faire de drôles de connections.

Dans les liyann proposés par anse-bertrand.org , le surfeur électronique est inviter à aller s’aventurer sur le site de la communauté des communes du Nord Grande-Terre.

Rien de plus normal, cette collectivité est composée des deux communes de Port-Louis et Anse-Bertrand. Sauf que le site en question www.nord-grandeterre.com a de quoi dérouter l’internaute…

Au lieu du nord de Karukera qui ne dépasse pas les 16° de latitude, le voici transporté au Pays du soleil levant à la vitesse de la lumière  ! Le trou à Man Coco serait-il une porte de téléportation vers l’Orient ?! Depuis le temps qu’on vous dit que la ville de Lilian Thuram et de Young Chang MC est internationale !

 

Copie ecran Ville Anse-Bertrand

 

 

Copie écran www.nord-grandterre.com

 

 

Relire sur Fwiyapin :

Sarkozy, l’UMP et les koudwòch
La Région Guadeloupe part à vau-l’eau

 

Conduite en état 2 Tristesse

Avant-hier, je me suis fait arrêter pour conduite en état de tristesse.

Le gendarme, un homme guilleret malgré lui,  m’a fait  souffler dans le ballon psychologique. Le résultat ne s’est pas fait attendre :

« Dix kilogrammes de désespoir dans le sang! » affirma le brigadier.  J’ai protesté :

« Mais Monsieur …ça ne vous  arrive jamais de souffrir ?!… »

«  Si ! » me rétorqua-t-il aussitôt, et de continuer avec un sens éclairé du devoir :

« Mais toujours avec modération et jamais avant de prendre  le  volant ! Une carafe de cafard…ça va…deux calvas de calvaire…ok…mais trois pichets de chagrin pur ?…bonjour le désarroi ! »

- Écoutez…c’est vrai…j’ai un peu forcé sur la bibine de la déprime…vous avez raison, mais je traverse une épreuve douloureuse et difficile…ma  femme m’a quitté avec les enfants, j’ai perdu mon job, et de surcroît, je suis interdit bancaire…et tout ça en 24 heures !  Avouez qu’il y a de quoi péter un câble quand même !

- Certes !… Mais en prenant la route alors que vous êtes bourré de soucis, vous vous mettez en danger, ainsi que les  usagers par la même occasion ! Les autres ne sont pas responsables de vos malheurs ! Il faut prendre soin de vous et épargner autrui !

- M’enfin !  Vous ne pouvez pas me forcer à être heureux tout de même !…surtout quand j’ai de bonnes raisons de ne pas l’être !

- C’est pour votre bien vous savez…tout le monde court après le Bonheur et le bien-être !

- Mais espèce de sale connard de joyeux luron en képi ! Qu’est-ce que vous connaissez de mon bien ?!! m’emportais-je, excédé par ce dogmatisme de bons sentiments … Le Bonheur, c’est s’accepter tels que nous sommes, avec nos tristesses et nos joies ! Je revendique mon droit aux larmes sans pour autant me prendre des amendes pour excès de détresse !

Tranquillement, en sifflant l’air d’une chanson insipide, il m’embarqua pour outrage à la bonne humeur nationale, et m’enferma dans la cellule de « désouffrance ».

Le lendemain matin, il  me relâcha avec une convocation au tribunal des sans-soucis, mais je ne me souvenais de rien de la veille ! Et surtout, j’avais une putain de migraine ! J’ai récupéré ma voiture depuis, et me suis promis de  rentrer dans le droit chemin de l’optimisme poliment correct !  Enfin…j’vais essayer…

Faut-il noyer les porcs en eau profonde ?

Après Atomic pork et Le cochon de Gaza, cet article ne s’éloigne guère du pak-a-kochon. Autant annoncer la couleur tout de suite, cet article est intolérant, gougnafier et violent…

En mitan des grandes vacances, un numéro de l’hebdomadaire guadeloupéen Nouvelles Semaine, titre sur Jarry et son futur port en eau profonde. Le numéro 68 (semaine du 4 au 10 août 2011) s’autoproclame même prétentieusement comme « exclusif ».
« La Guadeloupe choisie pour accueuillir (sic) le port en eau profonde » nous dit la une. Choisie par qui ? On ne le saura pas vraiment, mais la liste de ceux qui sont en extase devant ce projet est impressionnante : le président de la collectivité régionale Victorin Lurel, le maire de Baie-Mahault Ary chalus, la secrétaire d’État Marie-Luce Penchard, la présidente de la CCI Colette Koury. Numéro un de ces fans, l’éditorialiste à la plume putassière Pierre-Edouard Picord, se surpasse dans son éditorial. Ce projet de port en eau profonde, un « bond technologique » est loué par le directeur de la rédaction. Et si vous ne partagez pas son incroyable enthousiasme sur ce « progrès énorme », forcément vous faîtes partie des « esprits chagrins » qui « baveront jusqu’au bout sur le projet ». Pis, si vous n’êtes pas en accord avec ce consensus des partis politiques au pouvoir vous voilà catalogué dans la tribu des « psycho-archaïques résolument contre tout ». Vous « rejet[ez] systématiquement toute avancée ». Vous voilà habillé pour l’hivernage, mais ce n’est pas tout, car pour finir vous risqueriez fort, vous et vos coreligionnaires haineux, de vous « montrer intolérants, gougnafiers et violents ».

La Guadeloupe pourra rayonner

Alors à quoi sert et qu’est-ce qu’un port en eau profonde ?Voilà comment le projet est vendu par Laurent Martens, directeur général du PAG.

Actuellement de onze mètres, le tirant d’eau du port de Jarry devra passer à 15 voire 17 mètres. En plus avec de nouvelles écluses dans le canal de Panama, les bateaux pourront transporter encore plus de marchandise. Et donc en déverser encore plus chez nous et pour moins cher… On joue même la corde sensible de l’intégration dans l’environnement géographique. Si la Guadeloupe se dote de cet hyper-infrastructure, elle récupère un des sous-marchés de la Caraïbe (desserte entre l’Europe et le nord de l’Amérique du sud). En plus, construire ce biten destiné à ingurgiter toujours plus de saloperies venues d’ailleurs, ça fera du bien à l’emploi. Comment une des zones « européennes » les plus sinistrées au niveau du chômage, notamment des jeunes, pourrait refuser une telle opportunité ? Au niveau des risques naturels, tout sera prévu, le gadget sera résistant à tout séisme mal venant.

Mais si les produits importés sont encore moins chers, cela ne va-t-il pas nuire à notre production locale qui ne parvient pas à décoller ? Awa nous rassure Martens, la Guadeloupe aura accès à un plus grand marché et elle « pourra rayonner ». Waouh ! Rayonner comme un bâton de plutonium.

Une douloureuse pour les contribuables de 160 millions d’euros

Si, si vous avez bien lu. Vous avez comme l’impression qu’on aurait pu mettre tout ce pognon ailleurs, au hasard dans des secteurs comme le développement des énergies renouvelables, de l’éducation et de la santé, des transports collectifs, de l’agriculture ? Ben non, l’argent de la région (10% de la note) ne servira pas à ça. Et tant pis si ça n’a jamais été abordé dans le vaporeux projet guadeloupéen de société promis depuis nanni nannan par le Congrès des élus. L’Europe et l’État apportent également chacun 10%, les 70% restants seront à la charge du PAG, lui même un établissement public…  le secteur privé apporte 80 millions. Autrement les deux tiers du financement vient du public. Mais vous cher public de cette mascarade, on vous a demandé quelque chose ?

Il y a bien un passage à la CNDP (Commission nationale du débat public).  Après une petite tournée dans les communes, la Commission conclura sans surprise que tout va bien dans le meilleur des mondes.

Bon que se passerait-il si on se privait de cette immense avancée technologique et sociale qu’il ne faudrait surtout pas critiquer ? L’importation coûterait plus cher. Plus cher pour se faire inonder de champagne, polluer à coups de 4×4 et abrutir grâce à de nouveaux écrans plats. Plus cher pour acheter des ignames du Costa-Rica, des oranges de Saint-Domingue et autres pwadibwa importés. On peut effectivement acquiescer que dans un premier temps ça ne ferait pas grand bien au secteur marchand dépendant des produits d’importation. Mais à plus long terme, ça ne favoriserait donc pas un titak la production locale ?

couk