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Gwoka et politique

[Extrait d'un article de notre site partenaire Perspektives]

L’angle choisi, celui de la politique, n’est pas le plus facile. L’auteur est d’une telle honnêteté intellectuelle, d’une telle rigueur dans son travail qu’elle surmonte avec une apparente facilité les difficultés d’un sujet qui aurait pu paraître difficile. Elle a écrit un ouvrage, simple, dans le bon sens du terme, clair, précis et passionnant avec ce qui aurait pu être épineux voire polémique.

Canne à la richesse

Comment entre 1960 et 2003, le Gwoka a accompagné la construction d’une identité guadeloupéenne soit en empruntant des voies clairement politique soit en exprimant par le chant et la musique les sentiments d’une population ?

Avant d’entrer dans le vif de son sujet, Marie-Héléna Laumuno, brosse dans une introduction générale d’une trentaine de pages le contexte politique, social, culturel de la Guadeloupe, minimum nécessaire pour comprendre la suite. Ce minimum est une synthèse complète et allant le plus loin possible dans l’objectivité du réel guadeloupéen. Très utile pour qui veut essayer de comprendre ce pays. Du cheminement politique d’Hégésippe Légitimus initiateur du socialisme en Guadeloupe au début du 20e siècle qui finit par faire alliance avec le  » capital », illustration de l’expression créole  » manjé kochon »; à la naissance du « gwoka moden » créé par Gérard Lockel dans les années 1970 puis du groupe Akiyo dans les années 1980, l’auteur éclaire cette histoire politico-musicale de la Guadeloupe de quelques balises essentielles.

Des noms de chanteurs et musiciens sont les autres balises: comme Robert Loyson, Chaben, Guy Conquette et quelques autres. Robert Loyson nous dit l’auteur,  » est le premier à enregistrer en 1966 un titre à caractère politique, c’est « Canne à la richesse » que tous les Guadeloupéens connaissent. Loyson est originaire de la commune du Moule une région sucrière où trois usines fonctionnent encore à cette époque là: Gardel, Blanchet et Sainte-Marthe. Deux ont disparu depuis. La chanson évoque le paiement de la canne non plus au poids mais à la richesse en sucre, ce qui pénalise les petits planteurs: « L’engrais n’a pas de richesse, le bulldozer n’a pas de richesse, la boue n’a pas de richesse, c’est le jus de notre canne qui a la richesse » reprend l’un des couplets, tandis que le chanteur exhorte les Guadeloupéens à porter un coup d’œil sur la récolte, sinon « la Guadeloupe sera en faillite ».

« Loyson est un homme de la terre, exerçant divers métiers liés à la mise en valeur de celle-ci » écrit Marie-Héléna Laumuno désignant la source d’inspiration du chanteur, ainsi que le contexte politique. Le maire du Moule dans ces années est Rosan Girard, membre fondateur de la section guadeloupéenne du parti communiste:  » Robert Loyson a pu être influencé non pas forcément par les idées, mais par le franc-parler de cet homme politique. »

Cela étant l’inspiration du chanteur n’est pas que politique, textes engagés et chansons ludiques se croisent sur ce premier disque de 1966. Ban matla an mwen ( Rends moi mon matelas) raconte la dispute d’un couple. La femme demande à l’homme de lui rendre son matelas, son sommier, son réchaud pour qu’elle retourne chez sa mère. Un classique.

Un intérêt et pas le moindre de cet ouvrage pour qui veut découvrir et comprendre le tambour et le chant guadeloupéens, est de trouver de nombreuses chansons, écrites en créole et traduites en français. A lire donc.

- Gwoka et politique en Guadeloupe,  Marie-Héléna Laumuno, 212 pages, publié chez L’Harmattan, 21 euros.

Marie-Hélena Laumuno: Gwoka et politique en Guadeloupe

Pourquoi Hollande a-t-il dékalé Sarkozy en Guadeloupe ?

Le 6 mai 2012, François Hollande remporte la présidentielle française devant Sarkozy. Une avance que les observateurs pensaient plus large tant les séductions grotesques et les gages ridicules de l’UMP à l’extrême-droite semblaient disqualifier le candidat-président sortant. Même si le cancre  politique adepte de l’école Buissonnière n’a pas réussi son rattrapage, la France paraît divisée comme jamais.

Dans la bouche du fils d’émigré hongrois marié à une italienne, plus qu’une question de nationalité, le mot français était trop souvent perçu comme personne ayant la peau blanche. Mais ne nous y trompons pas, l’exacerbation du racisme et de la xénophobie n’a pas changé grand chose à la donne. La cinglante réplique du député martiniquais Serge Letchimy il y a quelques mois à l’encontre de Claude Guéant à l’assemblé nationale ? Une saillie salutaire, mais aux retombées électorales infimes.

Le Sarkozy de 2007 avait déjà la fâcheuse tendance de pencher dangereusement sur sa droite. Il avait été à l’époque en tête au premier tour en Guadeloupe, devancé par Ségolène Royal de trois mille voix au second. Ce ne sont donc pas les provocations appelant à la haine qui ont changé quelque chose.

Sarkozy a eu beau jouer les hypocrites en encensant Césaire, les Martiniquais lui ont adressé une fin de non-recevoir avec presque 70% des voix pour Hollande. Quels ingrats, insensibles aux courbettes d’un ministre de l’intérieur portant une loi sur le rôle positif de la colonisation (2005). Mais là encore, ces provocations (destinées à la communauté des Pieds-Noirs exilés d’Algérie) n’ont empêché nullement à l’époque les Antillais de voter Sarkozy. Ne nous voilons pas la face, le racisme et l’injustice qui peuvent sévir en Hexagone sont le cadet des soucis des Antillais. C’est ce que rappelle Frantz Succab dans une récente tribune :

Dès lors que l’intention d’une majorité de guadeloupéens en faveur de la Gauche française était de donner un modeste coup de pouce au peuple français pour marcher vers le progrès, ne fallait-il pas l’encourager? Réduire des inégalités sociales, ouvrir un plus grand champ aux libertés démocratiques et, surtout, pour ce qui nous concerne, permettre de renforcer à l’intérieur même de l’Hexagone d’une vraie opposition populaire à la politique coloniale de l’Etat français. Mais nous savons tous, hélas, que ce n’était pas le cas.

Le rejet présidentiel est donc dû au bilan du quinquennat sur le seul critère de l’action Outre-mer. Qu’a donc fait ou pas fait l’ancien chef d’État qui lui vaut une telle mise à l’amende dans les urnes ?

Sur le site du sévice public odieux-visuel de La 1ère, un bilan de l’action de Sarkozy est dressé. 12 voyages Outre-Mer aimerait à rappeler le présidant de l’Hexagone et de l’Outre-Mer ? Cela rappelle les propos grotesques du député UMP Éric Raoult, que nous avions interviewé il y a quelques années. Arguments qui n’expliqueraient en rien une connaissance des confettis de l’empire.

Les États généraux après le mouvement social de 2009 ? Cette réponse ridicule, nullement à la hauteur des évènements est peut-être resté en travers de la gorge des électeurs Guadeloupéens, Martiniquais, Guyanais et Réunionnais.

La nomination de la guadeloupéenne Marie-Luce Penchard, fille de l’ancienne ministre et sénateur-maire de Basse-Terre Lucette Michaux-Chevry (ex PS, ex chiraquienne reconvertie au sarkozysme) a dans un premier temps séduit quelques électeurs (guadeloupéens ou non), qui ont vite déchanté par la suite.

L’année des Outre-Mer (2011) a bénéficié d’un budget ridicule, avec parfois des choix regrettables de lieux de commémoration. De la poudre aux yeux pour des ressortissants ultramarins vivant en France.

Mayotte devenait département alors que la Martinique et la Guyane (à la demande de leurs exécutifs) se prononçaient pour une sortie de la départementalisation. Un choix anachronique dans l’archipel des Comores, une frilosité de changer de statut dans la Caraïbe.

Et c’est peut-être bien cela que les Antillais reprochent le plus à l’ancien président. C’est en tout cas l’avis d’Eddy Nedelkovski. Le journaliste guadeloupéen l’explique sobrement dans Le Monde:

Pour les insulaires, [Sarkozy] s’est montré trop pressant sur l’évolution institutionnelle de l’archipel.

Mais c’est Carib Creole News qui vient porter le fer sur la plaie avec le plus de ferveur, dans un article où le lecteur est invité à se poser la question de savoir s’il faut avoir peur de François Hollande. Verbatim:

Après la grève de janvier 2009, il avait tenu à Petit-Bourg un discours, perçu comme ambigu, sur le développement « endogène ». Avant lui, François Fillon avait souhaité que les Guadeloupéens soient plus « autonomes » et moins « assistés ». Des propos inhabituels dans la bouche de représentants de l’état colonial qui ont toujours pris le soin de « caresser » dans le sens du poil.

On mettra au moins un bémol à ce propos. A Petit-Bourg, Sarkozy avait été acclamé par des militants UMP trop heureux d’entendre qu’il était hors de question de parler d’indépendance de la Guadeloupe. Mais les Guadeloupéens ont effectivement bien perçu qu’un début de dialogue à bâtons rompus s’amorçait. A l’inverse, la propagande socialiste de cette présidentielle a joué une stratégie payante en surfant, sans nommer son nom sur la fameuse « peur du largage ».

Si les sarkozystes n’ont jamais été des assoiffés de justice sociale, implicitement, les troupes de François Hollande ont vaincu sur une garantie de statu quo. Pourtant la situation plus que préoccupante dans laquelle la Guadeloupe se trouve mérite autre chose comme remède. Sarkozy s’est vautré, mais une fois ce petit plaisir passé la réalité est toujours là. Comme le Projet Guadeloupéen de Société porté par les « vainqueurs » Lurel et Gillot, toujours une plaisanterie éhontée présentée au peuple.

« Projet Guadeloupéen de Société »: Questions diverses

Prendre la parole, amender, compléter, enrichir le Projet Guadeloupéen de société. Telles sont les missions qui nous sont confiées. En tant que citoyen Guadeloupéen, je l’accepte volontiers car depuis le temps que l’on nous promettait de nous donner la parole, de nous inviter à nous impliquer plus largement dans cette noble entreprise via des interfaces modernes dans l’expression, le recueil, la prise en compte de nos désidérata, il n’est pas question de faire la fine bouche. Déjà en 2009, la proposition de méthode soulignait qu’elle était « destinée à être modifiée et amendée pour correspondre aux attentes de l’immense majorité des Guadeloupéens; elle devra également faire l’objet d’un calendrier indicatif de mise en œuvre, étant entendu que ce sont l’implication et la décision populaires qui en fixeront le rythme ». On ne pouvait mieux dire!

Cependant, pour pouvoir contribuer, il faut, me semble t-il, au préalable analyser les textes qu’on nous présente, mettre en regard ces différents documents, les interroger, chercher à comprendre la position affichée des uns et des autres, chercher matière à nourrir la réflexion, examiner certaines déclarations, interviews des chefs exécutifs de la Guadeloupe… Au nombre des documents, il y a « Le Projet Guadeloupéen de Société », « La résolution du Congrès des élus départementaux et régionaux du 24 juin 2009 avec pour objet le Projet Guadeloupéen de société », « La Proposition de méthode, La parole aux citoyens », le rapport sur « La réforme territoriale, Enjeux et perspectives. »

« Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, Suspendez votre cours !» serais-je tenter de déclamer comme le poète, car beaucoup d’eau a coulé sous le pont de la Gabarre et du Galion depuis 2009. En effet, les initiateurs du Projet Guadeloupéen de société se donnent beaucoup de mal depuis cette date, travaillent d’arrache-pied, avec abnégation pour accoucher d’un projet, mais la gestation semble tellement interminable… C’est vrai qu’organiser quelques rencontres communales à la dernière minute comme une surprise-partie, réclamer à cor et à cri quelques menus travaux de ravalement ou d’adaptation fin 2010, tuer le temps en effectuant une visite élyséenne le 14 février 2011, déposer une proposition de loi du 22 juin 2011 suivi d’un rapport le 28 septembre 2011 , les faux départs avec l’annonce successive de la relance du projet, le fait de ne pas avoir mis en place tous les outils de communication comme la publicité en avait été faite en 2009, n’ont pas vraiment participé pas à faire sortir un projet de terre.

Commençons par un extrait de la résolution du 24 juin 2009, pour mémoire :

« Considérant le contexte de crise économique mondiale exacerbée, dont l’impact au niveau national se fait durement ressentir à l’échelon local,

Considérant les revendications d’ordre économique, social, identitaire et plus largement sociétal, issues du mouvement social qui a traversé la Guadeloupe en début d’année,

Considérant la nécessité de doter la Guadeloupe d’outils et de moyens de tous ordres propres à permettre l’émergence de réponses adaptées au traitement des difficultés et dysfonctionnements affectant la cohésion sociale et territoriale de l’archipel,

Considérant l’aspiration réitérée du peuple guadeloupéen à être l’acteur premier de sa propre destinée,

Considérant l’impérieuse nécessité pour y parvenir, de déterminer démocratiquement les voies et moyens devant conduire à l’élaboration d’un projet guadeloupéen de société partagé.»

En guise d’introduction au document intitulé « La parole aux citoyens ! Construisons ensemble un projet guadeloupéen de société », les élus dressaient un inventaire sommaire des maux qui minent la Guadeloupe tout en se plaçant dans la perspective d’un débat public, faisant appel à toutes les forces vives, les politiques, les économistes, le peuple tout entier dans le joli dessein de recueillir la parole, les doléances, les analyses, les contributions afin de trouver les itinéraires pour édifier une nouvelle Guadeloupe.

« Le taux de chômage endémique, un système économique particulièrement dépendant des importations, la multiplication des addictions et des cas de déviance des jeunes la progression de l’échec scolaire, la prégnance des phénomènes de désocialisation et d’exclusion de toutes sortes, combinés au fort cloisonnement de la société guadeloupéenne sont quelques unes des symptômes d’un profond mal-être de la société guadeloupéenne.

Ces phénomènes viennent s’ajouter aux contraintes des handicaps structurels (gestion du foncier, double, voire triple insularité, vecteurs de dépopulation dans le cas des Iles du Sud), et au renforcement de la prise en compte des enjeux du 21ème siècle (gestion de l’eau, éco-citoyenneté et traitement des déchets, énergie, santé…) qui appellent une refondation des rapports sociaux, économiques et politiques, autant que de notre relation avec le territoire, au sein d’un projet de société fédérateur.

Ce projet guadeloupéen de société doit être élaboré par le peuple guadeloupéen sans carcan ni limites, sur la base d’une méthode qui favorise son appropriation par le plus grand nombre, sans qu’il ne soit pour autant accaparé par quiconque.

L’enjeu consiste donc précisément en l’élaboration collective, et territorialisée d’un projet de société auquel chaque guadeloupéen pourra participer individuellement aux côtés des forces vives, du mouvement associatif, de la société civile organisée, des acteurs économiques, des élus et des partis politiques, des syndicats, des organisations patronales, des experts et des universitaires. »

PGS 04/04/2012

Dans un rapport intitulé « La réforme territoriale en Guadeloupe, Enjeux et perspectives » il était dit se référant à la résolution du Congrès du 24 juin 2009 en son « Article 4 -Disposition transitaire De demander à l’Etat de n’engager ni d’imposer de modification institutionnelle ou statutaire qui ne serait pas compatible avec le projet de société élaboré par le peuple guadeloupéen dans un ce délai de 18 mois ».  » A cette occasion, ils ont exprimé leur préférence pour une réflexion portant d’abord sur le choix du type de société dont veulent les Guadeloupéens, les questions statutaire et institutionnelle ne devant être, selon eux, que la résultante de ce choix de société. »

Si selon cette belle logique, c’est du débat, des discussions, de la confrontation des idées, de la réflexion, des arguments des uns et des autres que devrait émerger le choix d’un statut et de l’institution comme étant la réponse, la validation des outils nécessaires à la mise en œuvre de ce choix de société, pourquoi mettre la charrue avant les bœufs-tirants? Or, si on se réfère à ce que la presse nous apprend, nous rapporte, quand on consulte par exemple le rapport sur la réforme territoriale, le Projet Guadeloupéen de société (version Lurel) il est tout à clair et acquis pour Jacques Gillot et Victorin que la vision d’une évolution statutaire est circonscrite dans le cadre de l’article 73.

Pour corroborer le propos, voici un florilège:

Le journal France-Antilles du 19/10/2010 rapportait que « M. Gillot a livré les ingrédients pour réussir : élaborer une proposition institutionnelle, rechercher l’unité et avoir le sens du pays. « Il faut une collectivité unique rassemblant les compétences des conseils général et régional et dans cette collectivité unique, il faut pendre en compte la problématique des communes. Un projet guadeloupéen n’est pas seulement un projet Région-Département. »

Dans une interview accordée à France-Antilles le 07 décembre 2010 Victorin Lurel déclara entre autres : « C’est la volonté du gouvernement de mettre en œuvre une réforme générale des collectivités territoriales qui nous a conduits à engager une réflexion sur les adaptations à y apporter chez nous. Les élus guadeloupéens avaient demandé et obtenu 18 mois pour mener à bien ce travail, mais le Parlement a choisi de passer en force en décidant de nous imposer, avant la fin du délai, la mise en œuvre telle quelle de la réforme territoriale en Guadeloupe en 2014. [...] « En ce qui concerne la réforme territoriale, en accord avec le département, la Région a animé dans presque toutes les communes une réunion du comité communal destiné à informer la population des principales options institutionnelles envisageables dans le cadre de l’article 73 de la Constitution. »

Dans une interview à France-Antilles du 02 avril 2011, le Président Jacques Gillot, à la question : « Ce projet guadeloupéen dont vous êtes aussi l’instigateur, avance-t-il vraiment ? Et d’ailleurs, a-t-il encore un sens compte tenu de l’absence de réelle évolution institutionnelle ? il répondait « Ce projet est incontournable parce que chacun est conscient que l’application pure et simple de la réforme territoriale en Guadeloupe avec le maintien de la région et du département serait totalement incongrue. Il faut rationaliser les politiques publiques et les rendre plus lisibles pour la population en évoluant, dans le cadre de l’article 73 de la constitution, vers une entité politique unique.Mais il faut avant tout que le projet parte du peuple et soit validé par lui, c’est la seule façon d’éviter les errements du passé et combattre la peur du changement. Dès mon discours d’investiture, j’ai longuement insisté sur la nécessité, pour le peuple guadeloupéen, de reprendre l’élaboration de ce projet avec des contributions de l’ensemble des composantes du corps social. Nous avons jusqu’à 2014 pour le faire aboutir après consultation de la population, tout un chacun doit donc se retrousser les manches. C’est le sens de l’initiative que je prendrai avec le président de Région dans les toutes prochaines semaines, de sorte à relancer le débat et permettre à chaque citoyen d’apporter sa pierre à l’édification de cette nouvelle Guadeloupe. »

Dans un reportage à propos de la tenue du Congrès, (cf le journal télévisé de Guadeloupe 1ere du 09/12/2011, [...] la journaliste introduit une question : « Comment faire émerger une nouvelle société dans un cadre institutionnel adéquat, qui tienne compte de notre environnement?  » Et de tendre le micro au Président Jacques Gillot qui déclarait : « Aujourd’hui, je crois que sauf deux trois voix discordantes, nous sommes déjà pour la collectivité unique. Ce qui est important, c’est qu’est-ce qu’on y met dedans? Quelle gouvernance au niveau de cette collectivité unique? Avec les contributions que nous… aurons avec le peuple Guadeloupéen, je pense que nous…pourrons avoir ce consensus-là. » La reporter mentionnait ensuite « ‘Une collectivité unique plutôt que la prochaine réforme territoriale. Un texte jugé inadapté pour la gauche, mais pour la droite. [...] Et c’est là qu’intervient Mme Henriette Fabignon-Solignac pour s’interroger : « Est-il besoin de changer les institutions pour régler le problème des déchets en Guadeloupe? Est-il besoin des institutions pour régler le problème de l’eau en Guadeloupe? » La reporter soulignait que l’assemblée unique était « défendue notamment par Victorin Lurel » et poursuivait en notant que « le choix n’est pas arrêté pas plus que le mode de scrutin. Pourtant, le temps presse à l’approche des élections ». Le Président Victorin Lurel déclarait ceci: « Nous devrons, à mon sens, notamment sur l’aspect institutionnel, nous devrons finir avant l’élection présidentielle. Le deuxième tour, c’est le 06 mai… Le deuxième tour… Il faudrait peut-être pouvoir envoyer, une proposition qui a l’agrément de tous les élus de la Guadeloupe ou du maximum d’élus de la Guadeloupe, à tous les candidats aux élections présidentielles ». Et la reporter de conclure : « Quoiqu’il en soit, pour les élus, une seule certitude, le projet de société ne pourra être approuvé qu’après aval de la population guadeloupéenne ». On respire!

Et le peuple dans l’élaboration de cette proposition? S’agit-il d’une affaire qui ne regarde que les élus? Si je comprends bien l’extrait du discours qui suit, c’est le peuple qui est souverain, dépositaire du pouvoir de choisir? D’ici avril de quelle façon le peuple guadeloupéen aura validé cette proposition? « Le peuple nous demande au contraire d’avoir des idées, de les exposer, de fixer un cap dans un dialogue démocratique au terme duquel c’est lui, le peuple, qui choisit. L’ambition d’une telle contribution n’est donc en aucun cas de confisquer le débat ou de le préempter, comme j’ai pu l’entendre. Mais, bien au contraire, d’en être l’outil, car il est écrit noir sur blanc dans son avant-propos qu’elle a vocation à être enrichie, modifiée et amendée dans le débat. Et j’ajoute rejetée ! » 05/04/2012

Au chapitre « Une société démocratique et responsable » de la contribution de la Région, il est dit  » L’hypothèse de l’institution, en Guadeloupe, d’une assemblée unique commençait à réunir un nombre significatif de partisans. En effet, cette formule qui permet de rationaliser le fonctionnement des collectivités sans supprimer le département et la région était considérée par de nombreux Guadeloupéens comme une solution pertinente ne s’écartant pas sensiblement du droit commun.[...] Il reste que la formule de l’assemblée unique, même si ses contours méritent d’être précisés au regard notamment de la décision du Conseil constitutionnel de novembre 2010, peut encore constituer une solution intéressante pour la Guadeloupe. Certes elle sera considérée par certains comme une étape vers la collectivité unique, voire l’autonomie et pour d’autres, elle représentera une solution pérenne, heureux compromis entre le statu quo et la création d’une collectivité unique dont les Guadeloupéens se méfient. Il convient évidemment de rester ouverts à d’autres hypothèses. Celle de la collectivité unique n’est, bien sûr, pas à écarter. Assortie d’un mode de scrutin adapté à notre situation particulière, qui concilierait scrutin à la proportionnelle et représentation des territoires au scrutin majoritaire ainsi que de véritables contre-pouvoirs, elle peut être sérieusement considérée. À cet égard, l’expérience alsacienne qui pourrait faire bouger les lignes du droit commun, sera à suivre de près. Celle du statu quo qui n’a pas failli (maintien de la situation actuelle qui fait coexister le département et la région dotés de leurs propres assemblées) n’est pas davantage à récuser. Il pourrait s’agir d’une solution de consensus pouvant être améliorée par un réaménagement de la répartition des compétences entre la région et le département. »

« Nous considérons qu’il convient d’assumer nos choix statutaires et institutionnels. L’attachement à la République, au département et à la région n’exclut pas des aménagements institutionnels du type « assemblée unique». Les Saint-Martinois et les habitants de Saint-Barthélemy ont choisi et obtenu ce statut. Les Guyanais et les Martiniquais, interrogés, l’ont massivement rejeté. Cela prouve que l’État est ouvert à toute formule et qu’il ne nous refuserait pas l’autonomie si nous la demandions majoritairement. » S’agit t-il d’abord d’une question qui concerne l’État ou nous en premier lieu? Notez que l’autonomie est une évolution statutaire qui est inscrit noir blanc dans l’article 74 de la Constitution française, donc, le législateur a déjà admis, intégré dans ses textes que c’est une possibilité qui est bien réelle, tangible. l’État est moins frileux, peureux que certains. Tout est question de degré d’autonomie, de ce que nous souhaitons avoir comme compétences, pouvoirs, prérogatives, champs de compétences… Les Assises des forces patriotiques de la Guadeloupe qui viennent d’ouvrir  leurs portes, ses ateliers où tous sont conviés nous permettront de polir, d’affiner cette option politique et de compatriotes de la validité de ce choix…

Si, d’après ces déclarations que l’un vote pour une collectivité unique et que l’autre semble opter pour une assemblée unique, qu’en est-il du peuple guadeloupéen, est-il d’accord avec ces choix? S’est-il jamais exprimé par un vote, une votation citoyenne pour ce choix? Quel est donc l’intérêt d’un débat si l’institution est déjà choisie au préalable par le soin de ces élus, si la conclusion du débat est connue à l’avance? Quel raisonnement, quelle dialectique président à cette affirmation? Quelle seront par conséquent, la valeur, le crédit, l’importance qui seront accordés aux contributions protéiformes, aux opinions diverses, divergentes qui se font entendre si le choix statutaire et institutionnel est considéré comme acquis et annoncé, déjà fait par ceux qui ont initié un débat censé en délibérer publiquement ? Pourquoi le débat devrait-il se limiter, se circonscrire aux limites de l’article 73 de la Constitution française? Dans ce même rapport cité plus haut, toutes les options d’évolution ou de changement statutaire n’ont pas été examinées (en particulier l’art. 74) et quand il est mentionné, c’est pour dire que les Guadeloupéens n’en veulent pas. A ce jour, il n’y a pas de référendum pour en attester. A supposer qu’ils disent ou aient dit non un jour, il serait pour le moins hasardeux de prétendre que ce soit irrémédiablement définitif, gravé dans le marbre. Il est tout autant inexact de considérer que « les Guadeloupéens ont donc exprimé clairement leur refus de toute évolution institutionnelle ou statutaire » comme une quelconque adhésion irrévocable, indéfectible au statut quo ou que sais-je. Les électeurs de la Guadeloupe ont dit non à la création d’une collectivité unique dans le cadre de l’article 73 de la Constitution à 72, 98% selon diverses sources officielles convergentes telles que : La documentation Française, Science-po, le Sénat (sauf sur le site du Ministère de l’Intérieur, de l’Outre-Mer, des Collectivités et de l’Immigration) contrairement au pourcentage indiqué de75% indiqué dans le rapport sur la Réforme territoriale en Guadeloupe, Enjeux et perspectives (lire à la page 1) ou à « plus de 75% » ainsi mentionné dans la partie « Une société démocratique et responsable » du projet (lire à la page 80). Les résultats d’un référendum, d’une élection évoluent-ils avec le temps, au gré des fantaisies? A plusieurs reprises aussi bien dans le rapport sur la réforme territoriale, que dans la contribution de Victorin Lurel, l’option d’une évolution statutaire et institutionnelle dans le cadre de l’article 74 de la Constitution française est soigneusement minimisée au motif que : »Ils (les Guadeloupéens) ne semblent pas non plus qu’ils souhaitent s’orienter, pour l’instant, vers un statut d’autonomie que rendrait possible l’article 74 de la Constitution ». La précision est de taille : « pour l’instant ». Les choses peuvent tout à fait changer à l’avenir, l’opinion publique évoluant. Selon un récent sondage Ipsos Antilles/Région Guadeloupe de décembre 2011 , les résultats à la question de l’ « évolution statutaire et institutionnelle souhaitée » sont une indication notamment au regard de l’autonomie de la Guadeloupe. Le chiffre de 40% est révélateur de l’état de l’opinion.

Par ailleurs, on nous avait affirmé que « Ce projet guadeloupéen de société doit être élaboré par le peuple guadeloupéen sans carcan ni limites, sur la base d’une méthode qui favorise son appropriation par le plus grand nombre, sans qu’il ne soit pour autant accaparé par quiconque » ou que « Nous estimons que toutes les idées doivent trouver un espace pour s’exprimer et que cet espace s’appelle la démocratie. » ou aussi « Il n’y aura pas de questions taboues », et encore que « Il convient de rester ouvert à d’autres possibilités ». L’évolution statutaire dans le cadre de l’art. 74 comme le propose le CIPPA est une voie, une proposition. Cette évolution de la Guadeloupe dans ce cadre juridique n’a pas été retenue, examinée dans le rapport de la Région mais qu’à cela ne tienne. A ce propos citons un texte de Louis Dupont,  Le statut politique des petits territoires insulaires à vocation touristique a-t-il une influence sur leur performance économique et sociale? : approche comparative. L’auteur se livre notamment à des études comparatives de résultats économiques, s’interroge sur le lien entre degré d’autonomie et performance économique et sociale… C’est donc une analyse pertinente d’un universitaire et qui peut contribuer à éclairer sur des options possibles à l’heure où nous débattons de notre avenir politique.

Le 14 mai 2011, selon un article publié sur le site France–Antilles, le président Jacques Gillot, indique dans une réponse à la question sur le consensus que celui-ci sera l’objet « dès le mois de juin, de la mise en place du comité de projet qui va nous faire une proposition de synthèse par rapport à toutes les demandes que j’ai pu faire à l’ensemble des forces vives de la Guadeloupe. Et avec cette synthèse, nous irons vers la population qui nous a demandé de venir avec quelque chose pour pouvoir discuter avec nous. Ils vont amender le projet et, je pense que d’ici la fin de l’année, on devrait pouvoir faire une proposition au Congrès des élus départementaux et régionaux. »

Or, il y avait de cela, le journal France-Antilles du 04 juin 2010 rendait compte sur son site de la mise en place de ce même comité guadeloupéen ainsi constitué : « 60 membres du comité guadeloupéen du projet, un comité communal de 32 membres piloté par trois élus (maire, conseillers général et régional) et 8 comités territoriaux (deux membres de chaque comité communal). » Comment annoncer aujourd’hui, la mise en place de ce comité en juin 2011, comme si ce sera la première fois alors qu’il était censé déjà être opérationnel depuis juin 2010?

Et voilà, que dans un papier du France-Antilles du 31 décembre 2011, il nous est annoncé que « A la place du comité de Projet, il y aura désormais, un collectif de coordination, composé de trois membres représentant les trois collectivités : Conseil régional, Conseil général et association des maires et de 7 membres de la société civile en dehors de tout parti politique. Ce collectif est chargé de présenter une feuille de route, le 10 janvier prochain, pour peaufiner la méthode déjà élaborée et définir un nouveau calendrier. Ensuite, il nous est rapporté un mot de Jacques Gillot qui disait en substance: « Nous avons tenu à relancer le projet. Nous avons manifesté une envie de pouvoir aller au fond des choses et de mener à bien ce Projet guadeloupéen. Après des hésitations, on a vu que le Congrès a été une manière de relancer le débat. Nous allons recadrer le comité de projet. Il serait bon que l’on puisse finaliser le Projet guadeloupéen aux environs du mois d’avril pour faire une proposition aux candidats à la présidentielle. Notre but, c’est de proposer un projet avant 2014. »

Pourquoi cette fébrilité soudaine? Qu’est-ce qui motive un tel empressement à faire une proposition d’ici avril 2012 alors que l’échéance lointaine est 2014? Tro pwésé pa ka fè jou ouvè, nous dit l’adage populaire. Nous sommes en avril, avez-vous l’intention de faire une proposition ou avez-vous abandonné cette idée… puisque un site internet du PGS existe ainsi qu’une page Facebook? Nonobstant, un projet politique peut-il s’élaborer en fonction d’échéances électorales ou avant tout sur le fondement des choix, des nécessités que les membres d’une société, en l’occurrence guadeloupéenne, jugent indispensables, requièrent pour sa construction, son épanouissement?

Répondant à une interview d’un journaliste de France-Antilles du 14 mai 2011, Jacques Gillot déclarait à cette question « Et quand ferez-vous une proposition au président de la République ? Là est le problème… On va rentrer en campagne électorale et, en terme de démocratie citoyenne, il n’y a pas de grosses décisions qui sont prises six mois avant l’élection. Mais l’essentiel est que nous prenions la décision. Qu’elle soit validée par le président actuel ou le suivant, l’essentiel est que nous ayons notre proposition. »

Donc, si comme le disait Jacques Gillot, « qu’il n’ y a pas de grosses décisions qui sont prises six mois avant l’élection » à quoi ça sert de s’activer pour faire une proposition aux candidats? Les documents n’ont même pas fini d’être passés au tamis, le débat n’est pas terminé, tous les arguments, contre arguments, contre projets n’ont pas encore été examinés, rendus public. Y a t-il péril en la demeure pour envoyer quelque proposition que ce soit aux candidats? Il serait judicieux, raisonnable de laisser le débat contradictoire se tenir, exister et du fruit de nos réflexions naîtra une délibération.

Compte tenu de votre prise en compte du calendrier de l’élection présidentielle comme une date butoir, comment comptez-vous recueillir la parole du plus grand nombre en un laps de temps si ténu? Est-ce que c’est en quelques mois que sera réalisé ce qui ne l’a pas été en plus de deux ans et demi d’intense réflexion et de travail acharné depuis le congrès du 24 juin 2009? Dans la proposition de méthode, il était annoncé que « La présente proposition de méthode consiste donc à initier la mise en œuvre d’une organisation territorialisée qui favorise la liberté d’expression et la remontée la plus efficiente possible, après synthèse, des contributions de chaque citoyen guadeloupéen à un projet de société ». « Elle est destinée à être modifiée et amendée pour correspondre aux attentes de l’immense majorité des guadeloupéens ; elle devra également faire l’objet d’un calendrier de mise en œuvre, étant entendu que ce sont l’implication et la décision populaires qui en fixeront le rythme ».

« O mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge! » Frantz Fanon, « Peau noire, masques blancs »

- Primo: Compte tenu des déclarations de nos chefs exécutifs, de la résolution du congrès du 24 juin 2009 notamment, quelles sont les compétences qu’auraient une collectivité ou une assemblée unique pour parer aux revers, amortir la « crise économique mondiale exacerbée, dont l’impact au niveau national se fait durement ressentir à l’échelon local »? Une collectivité unique ou une assemblée unique seraient-elles mieux armées pour affronter la crise et de quelle façon?

- Secundo: Avec quels outils la collectivité unique ou l’assemblée unique pourraient-elles prendre en charge « les revendications d’ordre économique, social, identitaire et plus largement sociétal, issues du mouvement social qui a traversé la Guadeloupe en début d’année? »

- Tertio: Comment une collectivité unique ou une assemblée unique pourraient-elles satisfaire « la nécessité de doter la Guadeloupe d’outils et de moyens de tous ordres propres à permettre l’émergence de réponses adaptées au traitement des difficultés et dysfonctionnements affectant la cohésion sociale et territoriale de l’archipel »? Comment le SAR [Schéma d'aménagement régional] s’intégrera t-il à l’architecture de cette nouvelle institution?

- Quarto : En quoi, une collectivité unique ou une assemblée unique seraient-elles en mesure de répondre à « l’aspiration réitérée du peuple guadeloupéen à être l’acteur premier de sa propre destinée »? De quelles prérogatives une collectivité unique ou une assemblée unique seraient-elles pourvues et qui seraient l’expression, la traduction, la ratification de notre aspiration à maîtriser notre destin? « Être l’acteur premier de sa propre destinée » c’est avoir les commandes dans quels domaines? Quels transferts de compétences de l’État vers la collectivité unique ou l’assemblée unique seraient la manifestation, l’expression d’un cheminement vers la maîtrise de notre destinée?

« En somme, nous devons être conscients que, depuis longtemps, nous ne sommes plus en système politique colonial – même si certains stigmates de la colonisation demeurent chez nous, notamment en ce qui concerne l’organisation économique – et que nous avons notre destin entre nos mains. Nous sommes bien plus libres de notre destin que nous voulons nous le dire habituellement. En fait nous sommes un peuple, nous le savons ; nous sommes une Nation sans État, nous l’ignorons. Mais nous assumons depuis longtemps une libre détermination et nous engageons notre destin. »

A lire ce qui précède, est-ce à dire que cette « aspiration réitérée du peuple guadeloupéen à être l’acteur premier de sa propre destinée » ne soit plus à l’ordre du jour, abandonnée en rase campagne? A propos de la notion de système colonial, il convient de se poser un certain de questions de définir des notions. Car il ne suffit pas de nommer un fait, de le minimiser, ou de l’occulter mais il convient de définir un certain nombre de notions, de savoir de quoi on parle, d’apporter des éclaircissements.

Qu’est-ce qu’une colonie ? Qu’est-ce qu’une post-colonie ? « Territoire occupé par une nation en dehors de ses propres frontières. Elle l’administre et le maintient dans un état de dépendance. » « Territoire occupé et administré par une nation en dehors de ses frontières, et demeurant attaché à la métropole par des liens politiques et économiques étroits. »
12 février 1635 Affirmation du principe de l’Exclusif (les colonies ne peuvent commercer qu’avec la métropole).
« Le système de l’exclusif – Le commerce colonial est régi par le système de l’exclusif. Le principe de l’Exclusif se définit par quatre caractéristiques structurelles :- interdiction aux colonies de vendre leurs produits à d’autres pays qu’à la métropole,- interdiction de transformer les produits récoltés en produits manufacturés,- réserve exclusive au profit de la métropole du droit d’approvisionner ses colonies, – réserve aux navires français du transport de tous les objets des colonies à la métropole ou dans les autres colonies. Le but du système de l’Exclusif est triple : – procurer aux produits du sol et de l’industrie de la métropole des débouchés constamment ouverts, – assurer à ces produits des marchés à l’abri de toute concurrence étrangère, – obtenir, par voie d’échange et sans exportation de numéraire, des denrées que la métropole ne produit pas. »

La France et ses esclaves de la colonisation aux abolitions (1620-1848) Frédéric Régent Grasset 2007 p. 91

Considérant ces définitions, la Guadeloupe est-elle en 2011 une colonie ? Est-ce que la Loi n°46-451 du 19 mars 1946, a suffi à elle seule à transformer la Guadeloupe du jour au lendemain de statut de colonie à celui de département et que disparaissent en même temps les structures, les réflexes, les situations, les rapports sociaux, économiques qui étaient présents depuis 1635. Si on observe, si on analyse avec lucidité et honnêteté la société guadeloupéenne, son fonctionnement, les rapports que la Guadeloupe entretient avec l’extérieur, son économie notamment, qu’on le veuille ou non, on est bien obligé de reconnaître, d’admettre qu’elle présente encore à bien des égards toutes les caractéristiques d’une société coloniale.

C’est Alain Plaisir dans son ouvrage « Conquête du marché intérieur » qui le démontre, en particulier dans le chapitre consacré au Commerce Extérieur. Extrait :« Le commerce extérieur de la Guadeloupe est le commerce extérieur d’une colonie : – exportation de produits primaires (banane, melon) ou semi-industriels (sucre brut et rhum) en « métropole ».
- importation de la métropole de tout le reste (produits industriels, biens d’équipements, produits agricoles et agro-alimentaires). S’y ajoute le fameux monopole du pavillon qui constitue la troisième clause du pacte colonial (le transport des marchandises entre la métropole et la colonie se fait sous pavillon de la métropole). En effet, les pratiques coloniales sont encore en vigueur dans le transport maritime. C’est ainsi que le décret du 28 juin 1935 réserve aux navires français le transport de la banane entre les Antilles et la métropole ; ou encore l’article 258 du code des Douanes qui réserve aux navires français les opérations entre ports d’un même DOM ou de DOM différents. » Autre citation de l’ouvrage sus-mentionné : « En vertu de l’article 294 du code des impôts, la Guadeloupe est un territoire d’exportation pour la métropole. »Voilà ce qu’on peut lire dans un rapport d’information du Sénat à propos de « la réalité agricole de l’Outre-mer ». « De plus, l’héritage historique colonial a laissé des traces durables. La logique coloniale tournée vers l’exportation, a privilégié les cultures de la canne (transformée en sucre ou en rhum), de la banane, de la vanille, des plantes à parfum ou encore de l’ananas, au détriment des productions vivrières. » Donc, colonie, post-colonie, colonie départementalisée pour reprendre un mot de Cyril Serva où se situe la frontière ? En avons-nous fini avec la colonie ? A partir de quel fait politique un pays n’est plus considéré comme colonie? Si comme on l’entend quotidiennement en Guadeloupe parler de métropole, c’est bien par rapport à colonie ?

A cela ajoutons que la projet du Parti Socialiste pour 2012 qui propose de « - Tourner définitivement la page de la « République coloniale ». C’est dire que c’est une question d’actualité, non tout à fait réglée et qu’on ne peut mettre comme des vieilleries dans un débarras.

Enfin, dire que nous sommes une « Nation sans État, nous l’ignorons » n’est pas exact. Plusieurs organisations d’hier ou d’aujourd’hui ont dans leur dénomination ce terme de nation. GONG, KLNG, FKNG, UPLG, COPAGUA. En outre, que disait Jacques Gillot dans son discours du 24 juin 2009 : « Oui, mes chers compatriotes, c’est une part de l’avenir de la Guadeloupe qui repose collectivement sur nos épaules par-delà nos origines, nos convictions personnelles, nos engagements. Ce qui doit nous rassembler, c’est le sentiment de former une Nation, c’est-à-dire la conscience de partager la même histoire, l’adhésion aux mêmes valeurs. C’est le fait de parler une même langue, la fierté d’avoir accompli de grandes choses ensemble, et la certitude d’avoir à en accomplir beaucoup d’autres encore. »

Plus récemment encore, Wozan Monza dans sa chanson « Nasyon » tiré de son album « Rexistans »l’affirme à qui veut l’entendre. Rété kouté!

- Quinto : Dans le cadre d’une collectivité unique ou d’une assemblée unique, qu’est-ce qui serait mis en place, avec quels outils, quels moyens afin d’accéder à »l’impérieuse nécessité pour y parvenir, de déterminer démocratiquement les voies et moyens devant conduire à l’élaboration d’un projet guadeloupéen de société partagé? » Quel crédit accorder à cette proposition quand on nous annonce qu’ « il faudrait peut-être pouvoir envoyer, une proposition qui a l’agrément de tous les élus de la Guadeloupe ou du maximum d’élus de la Guadeloupe, à tous les candidats aux élections présidentielles »? Pourquoi n’y a t-il pas eu à ce jour une série de débats publics contradictoire radiodiffusés, télévisés afin que les contributeurs puissent présenter, défendre leur projet, leur vision face aux Guadeloupéens? Songez aux débats de la primaire socialiste. Imaginez la même chose en Guadeloupe! Ceci aurait l’avantage, le mérite de permettre à tous les citoyens de se faire une religion sur les enjeux, les tenants et les aboutissants de la démarche, les motifs, les nécessités liées à un changement de statut, le pourquoi et le comment, ce que cela signifie une loi organique, sa mise en œuvre, les textes européens, l’octroi de mer, l’échéance de 2014, les divers évolutions possibles les conséquences de tel ou tel choix pour que lors d’une consultation/référendum l’électeur(trice) puisse se déterminer en toute connaissance de cause? Les thématiques ne manquent pas comme on le voit.

- Sexto : Quelles seraient les marges de manœuvre d’une collectivité unique ou une assemblée unique dans l’objectif de réduire le « taux de chômage endémique » de la Guadeloupe?

- Septimo : De quelles prérogatives juridiques, législatives seraient dotées une collectivité ou une assemblée unique afin de contrer, réguler « un système économique particulièrement dépendant des importations, la multiplication des addictions et des cas de déviance des jeunes la progression de l’échec scolaire, la prégnance des phénomènes de désocialisation et d’exclusion de toutes sortes, combinés au fort cloisonnement de la société guadeloupéenne sont quelques unes des symptômes d’un profond mal-être de la société guadeloupéenne »? Quelle serait les compétences, les pouvoirs nouveaux d’une collectivité ou d’une assemblée unique en matière de commerce extérieur avec nos voisins Caribéens, Américains du Nord, du Sud et Centrale? Selon l’INSSE, « Après une année 2009 affichant un net repli, le commerce extérieur de la Guadeloupe se redresse en 2010. Il demeure malgré tout moins dynamique qu’avant la crise. Le montant des importations est de 2,27 milliards d’euros en hausse de 12 % par rapport à 2009. Les importations progressent dans l’ensemble des principaux secteurs sauf dans celui de l’énergie. »

- Octavo : Dans le cadre d’une gouvernance (collectivité unique ou assemblée unique) qu’est-ce que l’une ou l’autre des institutions permettraient et que celles en place actuellement n’y pourvoient pas en matière de gestion du foncier, double, voire triple insularité, vecteurs de dépopulation dans le cas des Iles du Sud, et au renforcement de la prise en compte des enjeux du 21ème siècle (gestion de l’eau, éco-citoyenneté et traitement des déchets, énergie, santé…) qui appellent une refondation des rapports sociaux, économiques et politiques, autant que de notre relation avec le territoire, au sein d’un projet de société fédérateur?

- Nono : Que signifie pour vous « rationalisation des politiques »? Notion mentionnée dans le rapport sur la réforme territoriale, page 14 et mentionnée dans une interview de Jacques Gillot accordée à France-Antilles le 2 avril 2011. Quel rapport, quelles conséquences y aurait-il entre rationalisation des politiques publiques et la création d’une nouvelle collectivité? Comment se traduirait dans les faits une rationalisation de politiques publiques, sur le plan budgétaire, de l’investissement, des compétences d’une assemblée unique, ou d’une collectivité unique?

- Decimo : Est-ce que l’érection d’une collectivité unique, d’une assemblée unique serait l’institution la mieux appropriée pour résoudre nos problèmes récurrents et qui n’ont pas encore trouvé de réponse significative, décisive dans le cadre actuel des collectivités? Est-ce qu’une collectivité unique ou une assemblée unique seraient dotées des compétences nouvelles et de nature à permettre un approfondissement, une consolidation de la domiciliation du pouvoir politique et dans quels domaines? Qu’est-ce qu’apporterait de plus la création d’une collectivité unique ou une assemblée unique se substituant au conseil général et au conseil régional en termes de compétences dans le domaine de la fiscalité, de l’autonomie financière?

Le « Mémorial Acte » de Lurel voit le jour … à Nantes !

Souvenons-nous, c’était en Guadeloupe, en mai 2008. Les présidents des conseils régional et général ainsi que le maire de Pointe-à-Pitre inauguraient sur les vestiges de l’usine Darboussier la pose de la première pierre du Mémorial Acte. En quatre ans, la communication sur le chantier a été des plus discrètes. A peine admet-on que la construction a pris un retard incroyable. Un peu comme le vaporeux projet guadeloupéen de société et l’indécent foutage de gueule qui l’accompagne.

Quatre années plus tard, en mars 2012, un mémorial dédié à la traite négrière voit le jour. Mais pas dans la Caraïbe, de l’autre côté de l’Atlantique, sur le bord de la Loire. Un député socialiste, peut s’en enorgueillir. Il ne s’agit pas de Victorin Lurel mais de Jean-Marc Ayrault. Ça ne se passe pas à Pointe-à-Pitre mais à Nantes…

L’hebdomadaire guadeloupéen « Nouvelles Semaine » n°99 (22/03/12) détaille par le menu ce qu’est le mémorial nantais. Vaste esplanade avec des milliers de plaques de verre, passage souterrain long d’une centaine de mètres pour ressentir « l’enfermement que ressentaient les esclaves lors de leur transport maritime ». Citations, repères chronologiques, cartes explicatives permettent d’ajouter un volet pédagogique à la dimension mémorielle. Tout ne fut pas simple pour en arriver là, Nantes connut une période prospère grâce à la vente d’esclaves, comme le rappelait une affiche il y a quelques mois : « Au 18ème siècle , les expéditions négrières nantaises ont déporté plus de 450 000 africains. »

 

 

Relire sur Fwiyapin:

Du Collectif Dom au FN: parcours d’un ultraMarin(e)

Voilà l’énième illustration qu’un mouvement grotesquement qualifié d’apolitique par ses dirigeants peut mener à tout. Et surtout à n’importe quoi. Souvenez-vous, Patrick Karam (co-fondateur du Collectif Dom) a déjà été récompensé pour services rendus à la propagande sarkozyste. Après son passage au (sous) gouvernement, il a été remplacé par Claudy Siar. Guadeloupéen également, artiste et patron de radio, on doit lui reconnaitre une certaine franchise quand il s’agit de dénoncer les égarements racistes et discriminatoires. Mais il ne pourra faire oublier qu’il travaille au sein d’un gouvernement qui n’a de cesse de donner des gages à l’extrême-droite en désaccord avec la mission confiée au nouveau Délégué interministériel à l’égalité des chances des ultramarins (sic). Et ça, même après les élections, il aura du mal à le faire oublier.

« Français de Guadeloupe »

Quand Karam a rallié Sarkozy, Collectif Dom a été co-présidé par deux de ses membres. Le peu charismatique Daniel Dalin et Charles Dagnet. C’est ce dernier, autrefois secrétaire général de l’association qui rejoint aujourd’hui le parti de la famille Le Pen. Ses anciens amis font savoir que l’idylle de Dagnet et du Collectif est définitivement terminée. Mais on espère que ça n’ empêchera pas aux adhérents de ce lobby débile de se demander à quoi ils servent, si ce n’est de tremplin au premier opportuniste venu… Après s’être cherché à gauche, c’est finalement au FN de Marine Le Pen que Dagnet finit. Vitrine de l’ouverture du parti à la diversité aux côtés de Gouza Nahounou et Marc Rachid Taïr, le guadeloupéen, fonctionnaire à la ville de Paris, doit certainement être très fier d’être enfin médiatisé à sa juste mesure. Du côté de sa famille, on ne pense tout de même pas que le champagne a coulé à flot quand cette nouvelle est sortie …

Comment « penser le Pays nôtre » dans une « colonie départementalisée » ?

Le titre de cet article n’est pas une énième provocation du Fwiyapin. Simplement la juxtaposition dérangeante de deux concepts majeurs du philosophe guadeloupéen Cyril Serva (1950-2001). La revue Études Guadeloupéennes a rendu un hommage à celui qui aimait se faire appeler Raoul et à sa pensée les 14 et 15 janvier 2012 au Lamentin.

Il sera, comme beaucoup de Guadeloupéens nationalistes, marqué à son entrée dans l’âge adulte par la brutalité des évènements de mai 1967. Excellent en philosophie, c’est dans cette discipline qu’il poursuit ses études à Aix-en-Provence puis à la Sorbonne. Devenu enseignant, il exerce en Martinique à l’IME (Institut martiniquais d’études dirigé par Édouard Glissant) puis en Guadeloupe. Serva devient docteur en philosophie en présentant une thèse (mention très bien) sur la « Révolution Nationale Démocratique » en 1980.

Très engagé dans le milieu de l’éducation et de la formation, il avait à cœur de faire émerger un « espace public guadeloupéen ».

Le philosophe participe à la rédaction du Journal Guadeloupéen (Jougwa) apparu en 1979 et est un des membres fondateurs de la revue Études Guadeloupéennes en 1987. C’est donc tout naturellement que cette dernière  a tenu à  honorer un guadeloupéen trop peu connu des siens.

Nonm ka mò men lèspri a nonm pa ka mò

La fille du philosophe, Angela, raconte succinctement son père. « Il aimait échanger » nous dit-elle en insistant sur sa volonté de nous exhorter à « penser le Pays nôtre ».

Michel Rovelas, peintre et plasticien, explique ainsi la possibilité de leur collaboration, du liyannaj de leurs disciplines:  « nous avions deux points communs, nous étions guadeloupéens et anticolonialistes ». D’autres artistes rendront hommage au philosophe. Le martiniquais Edmond Mondesir interprète quelques morceaux de Bèlè. Également membre du CNCP (Conseil national des comités populaires), il a étudié la philosophie en même temps que Serva dans le sud-est de la France. Marie-Line Dahomay, Kamodjaka, Marcel Magnan (Toumblak) rendent hommage au penseur à travers de petites prestations, intermèdes bienvenus entre des débats de haute volée.

Car pour le public, la grande difficulté de ce colloque consistait à ne pas être décontenancé et largué par les argumentations et démonstrations des philosophes. Les professeurs, collègues et amis de Raoul,  Nicole Rauzduel et Michel Hippon ont manqué quelque peu d’empathie pour les néophytes de l’assistance. Non pas que leurs discours n’étaient qu’esbroufe et art de la rhétorique, mais leur propos aurait incontestablement gagné à être plus clair (moins savant) et moins chargé en références grecques, kantiennes, hégéliennes, etc, pour que l’auditoire ne décroche pas.  Serva s’exprimait-il ainsi ?

Cet écueil ne peut être reproché à Georges Combé, même s’il reconnaît la difficulté de cerner la pensée de son ami défunt. Serva est passé d’ « une posture nationaliste à une posture qu’on aurait du mal à définir ». C’est pourtant là un des aspects les plus intéressants de l’homme. Il a admis la réussite de la colonisation en Guadeloupe mais n’a pas pour autant stoppé son engagement.

Alex Lollia – encore un professeur de philo! dit de lui:  « Il a le mérite d’initier une réflexion prospective sur le devenir de la société guadeloupéenne plutôt que de s’enfermer dans la rumination des occasions perdues et la régurgitation de slogans passablement usés. »
Il y aurait ainsi deux grands moments à distinguer dans la pensée de Serva. Premièrement, la période militante et agissante pour une orientation politique, en l’occurrence l’indépendance de la Guadeloupe, puis, un second moment, le temps de « la philosophie politique où Raoul Serva analyse ce qu’il appelle l’effondrement de notre société ». Le philosophe se débarrasse alors d’un vocabulaire marxiste et s’oriente vers autre chose.

Serva n’a jamais été tendre ni avec ses confrères philosophes et intellectuels, ni avec la classe politique, indépendantistes inclus. Il fut très critique avec le PCG en mettant en exergue des faits peu glorieux (électoralisme, conquête des mairies comme seul but en soi) au détriment des idéaux prônés (responsabilité et indépendance).

Il ne parle plus de la « lutte de la libération nationale sous la direction idéologique de la classe ouvrière et des paysans pauvres », il écrit plutôt: « pour un pays le souci de la préservation de ses bases morales, culturelles, économiques devrait constituer une éminence première, une préoccupation fondamentale de la société civile comme des élites. »

Jean-Claude Courbain

L’extériorité de l’État, son impact sur la société et la nécessité d’un Espace public guadeloupéen

En Guadeloupe, l’État vient de l’extérieur et nuit à la société. D’où, pour Serva la nécessaire élaboration d’un espace public guadeloupéen dans un but de « pacification ».

L’espace public est synonyme de délibération, d’échange d’arguments, de recherche par la communication du convenable non dans le but de parvenir nécessairement à un consensus mais au moins de parvenir à mettre à jour les désaccords et les moyens d’y remédier sans que la communauté soit mise en péril.

Cyril Serva

Le constat sur l’impact négatif de l’extériorité de l’État (et donc de l’autorité) est partagé par Georges Tresor dans un essai paru aux Éditions Nestor en 2011 et intitulé La résistance au changement politique en Guadeloupe :

La loi est revendiquée quand elle sert des intérêts individuels ou corporatistes, mais elle est souvent vilipendée, contournée ou transgressée dans le cas contraire. Cette attitude d’extériorité vis-à-vis de la loi, tient en grande partie du fait que, structurellement, les institutions de l’État en Guadeloupe n’avaient pas pour finalité la protection de nos droits civils: elles servaient avant tout de relais à l’État dans son entreprise d’encadrement politique de la société guadeloupéenne à des fins de domination. Dans ce rôle, la police et la justice par exemple se donnaient à voir surtout sous l’angle de l’arbitraire et de l’autoritarisme.

Georges Trésor

Colonie départementalisée

Colonie départementalisée. Ce concept de Serva pour caractériser la Guadeloupe dans le texte Le sens du Pays est la réponse que donne l’intellectuelle Patricia Braflan-Trobo à ses élèves quand ils lui demandent pourquoi les cadres sont toujours blancs. « Depuis je ne peux écrire sans employer cette expression, elle est présente dans tous mes ouvrages ».

Un de ses anciens élèves apporte un témoignage sur son professeur, à une période où il doit déjà être dans le deuxième moment de sa pensée défini plus haut. « Il faut rompre avec l’assimilationnisme » . Assimilationnisme français bien sûr mais aussi assimilationnisme  de celui qui le combat au nom précisément d’un assimilationnisme chinois, albanais, ou autre.

Les contributions de ce mémorial alimenteront certainement le prochain numéro des Études Guadeloupéennes. Y seront peut-être ainsi développées la notion de révolution apocalyptique LKP (révolution au sens latin de revolvere retour, rétrocession et apocalyptique au sens de « dévoiler » la pwofitasyon) chère à Gauthier Tancons et la contribution de l’historien Jean-Pierre Sainton, l’une des plus riches du colloque mais malheureusement contrainte par le temps imparti et donnée sous une forme trop magistrale. Ce numéro à venir sera certainement l’occasion de mieux comprendre la pensée de Serva. On espère qu’il sera accompagné de la réédition de ses écrits les plus connus Deuil d’une joie, Le sens du Pays, Sauvagerie interstitielle, …

Il est bel et bien révolu, le temps des modèles (chinois, cambodgien, etc.), le temps des livres appris par cœur et rejetés en chœur. Nous voilà en face de notre vie, de notre destin, d’un peuple guadeloupéen en fin de compte si spécial, quoique aspirant, comme les autres peuples, à la liberté, au mieux-être, à la dignité.

Il faut donc réfléchir par soi-même et trouver le moyen, avec notre propre expérience et celle indirecte des autres pays, d’apporter une contribution originale à la civilisation mondiale, sur le plan de l’organisation sociale, du développement et de la culture.

Cyril « Raoul » Serva, Jougwa n°3 (décembre 1979)

Vidéos du colloque


Téléphonie aux Antilles: le mobile du crime ?

Les Antillais et plus généralement, les français d’Outre-mer sont ils des français à part entière? La continuité territoriale existe-t-elle vraiment ? C’est la question que l’on pourrait se poser lorsque l’on regarde la tarification des appels concernant la téléphonie mobile. Un antillais qui utilise son portable n’est pas traité comme un parisien ou un corse. Plus encore s’il utilise son abonnement lors d’un voyage en métropole. Ce sont les conséquences du Roaming, « itinérance » en français. Aujourd’hui le site de SFR ne donne qu’un seul tarif depuis la métropole vers les DOM affiché à 42 centimes d’euros la minute. Le tarif SFR la carte permet de joindre pour 39 centimes d’euro la minute les fixes de métropole et de Mayotte par exemple. Mais certains forfaits concurrents, peuvent aussi atteindre 55 centimes d’euro. A titre de comparaison, un francilien payera le prix d’une communication locale pour appeler sa grand-mère à Nice. Un Cristolien (habitant de Créteil) payera bien plus cher pour appeler son frère à Pointe-a-pitre. Un appel vers les DOM est facturé plus cher que celui vers les USA, le Brésil ou Madagascar. L’argument de la distance ne peut donc être retenu. Les raisons restent floues. Les opérateurs téléphoniques présents aux Antilles se camouflent derrière des arguments techniques, notamment des licences caraïbes différentes des licences hexagonales, qui augmenteraient ainsi le coût des communications.

Claudy Siar, le Délégué interministériel à l’égalité des chances, s’insurge. Il a dénoncé il y a quelques jours dans un communiqué envoyé à l’autorité de la concurrence, l’injustice dont est victime le population ultramarine. Une politique tarifaire discriminatoire menée par les opérateurs de téléphonie mobile entre les Outre-mer et la métropole. Ce communiqué a largement été diffusé via les réseaux sociaux et non pas par SMS (Vous devinerez pourquoi). Le prix des forfaits téléphoniques pour les ultramarins, qui ont souvent de la famille ou des amis dans les DOM ou en métropole, avait déjà été l’un des sujets de mécontentement soulevés lors de la grave crise sociale il y a 3 ans.
L’Union européenne a pourtant adopté un règlement en matière de roaming (n°544/2009) en date du 8 juin 2009, d’où quelques légères baisses ces temps-ci. Les appels entre deux pays membres de l’Union européenne (les DOM sont également soumis à cette réglementation) ne peuvent dépasser 35 centimes d’euros pour les appels sortant et 11 centimes d’euros pour les appels entrant. Certains opérateurs, comme Elyatel, proposent même des appels entrant gratuits (source : citizenkane.fr). Le problème est donc à nouveau mis en exergue, reste à trouver une solution concrète plus efficace.

Coup de théâtre, Deus ex machina, l’opérateur FREE a annoncé qu’il allait mettre en place un forfait défiant toute concurrence ; pour 19.99€ par mois, ses abonnés pourront désormais avoir l’internet, la télévision, et surtout la téléphonie illimitée vers une quarantaine de pays y compris les DOM. Solution miracle ou feu de paille ? Reste à connaitre les conditions de l’offre et petit détail qui reste à solutionner, FREE n’est pas présent aux Antilles donc ce tarif plus qu’intéressant ne concernera que les appels partant de l’hexagone vers l’étranger (oui, je parle aussi des DOM). Actuellement, les trois opérateurs concurrents surtaxent les communications passées depuis un portable vers les départements d’outre-mer, Free viendrait donc mettre fin à une pratique qui commençait à en déboussoler plus d’un…

Ninjah

Faut-il noyer les porcs en eau profonde ?

Après Atomic pork et Le cochon de Gaza, cet article ne s’éloigne guère du pak-a-kochon. Autant annoncer la couleur tout de suite, cet article est intolérant, gougnafier et violent…

En mitan des grandes vacances, un numéro de l’hebdomadaire guadeloupéen Nouvelles Semaine, titre sur Jarry et son futur port en eau profonde. Le numéro 68 (semaine du 4 au 10 août 2011) s’autoproclame même prétentieusement comme « exclusif ».
« La Guadeloupe choisie pour accueuillir (sic) le port en eau profonde » nous dit la une. Choisie par qui ? On ne le saura pas vraiment, mais la liste de ceux qui sont en extase devant ce projet est impressionnante : le président de la collectivité régionale Victorin Lurel, le maire de Baie-Mahault Ary chalus, la secrétaire d’État Marie-Luce Penchard, la présidente de la CCI Colette Koury. Numéro un de ces fans, l’éditorialiste à la plume putassière Pierre-Edouard Picord, se surpasse dans son éditorial. Ce projet de port en eau profonde, un « bond technologique » est loué par le directeur de la rédaction. Et si vous ne partagez pas son incroyable enthousiasme sur ce « progrès énorme », forcément vous faîtes partie des « esprits chagrins » qui « baveront jusqu’au bout sur le projet ». Pis, si vous n’êtes pas en accord avec ce consensus des partis politiques au pouvoir vous voilà catalogué dans la tribu des « psycho-archaïques résolument contre tout ». Vous « rejet[ez] systématiquement toute avancée ». Vous voilà habillé pour l’hivernage, mais ce n’est pas tout, car pour finir vous risqueriez fort, vous et vos coreligionnaires haineux, de vous « montrer intolérants, gougnafiers et violents ».

La Guadeloupe pourra rayonner

Alors à quoi sert et qu’est-ce qu’un port en eau profonde ?Voilà comment le projet est vendu par Laurent Martens, directeur général du PAG.

Actuellement de onze mètres, le tirant d’eau du port de Jarry devra passer à 15 voire 17 mètres. En plus avec de nouvelles écluses dans le canal de Panama, les bateaux pourront transporter encore plus de marchandise. Et donc en déverser encore plus chez nous et pour moins cher… On joue même la corde sensible de l’intégration dans l’environnement géographique. Si la Guadeloupe se dote de cet hyper-infrastructure, elle récupère un des sous-marchés de la Caraïbe (desserte entre l’Europe et le nord de l’Amérique du sud). En plus, construire ce biten destiné à ingurgiter toujours plus de saloperies venues d’ailleurs, ça fera du bien à l’emploi. Comment une des zones « européennes » les plus sinistrées au niveau du chômage, notamment des jeunes, pourrait refuser une telle opportunité ? Au niveau des risques naturels, tout sera prévu, le gadget sera résistant à tout séisme mal venant.

Mais si les produits importés sont encore moins chers, cela ne va-t-il pas nuire à notre production locale qui ne parvient pas à décoller ? Awa nous rassure Martens, la Guadeloupe aura accès à un plus grand marché et elle « pourra rayonner ». Waouh ! Rayonner comme un bâton de plutonium.

Une douloureuse pour les contribuables de 160 millions d’euros

Si, si vous avez bien lu. Vous avez comme l’impression qu’on aurait pu mettre tout ce pognon ailleurs, au hasard dans des secteurs comme le développement des énergies renouvelables, de l’éducation et de la santé, des transports collectifs, de l’agriculture ? Ben non, l’argent de la région (10% de la note) ne servira pas à ça. Et tant pis si ça n’a jamais été abordé dans le vaporeux projet guadeloupéen de société promis depuis nanni nannan par le Congrès des élus. L’Europe et l’État apportent également chacun 10%, les 70% restants seront à la charge du PAG, lui même un établissement public…  le secteur privé apporte 80 millions. Autrement les deux tiers du financement vient du public. Mais vous cher public de cette mascarade, on vous a demandé quelque chose ?

Il y a bien un passage à la CNDP (Commission nationale du débat public).  Après une petite tournée dans les communes, la Commission conclura sans surprise que tout va bien dans le meilleur des mondes.

Bon que se passerait-il si on se privait de cette immense avancée technologique et sociale qu’il ne faudrait surtout pas critiquer ? L’importation coûterait plus cher. Plus cher pour se faire inonder de champagne, polluer à coups de 4×4 et abrutir grâce à de nouveaux écrans plats. Plus cher pour acheter des ignames du Costa-Rica, des oranges de Saint-Domingue et autres pwadibwa importés. On peut effectivement acquiescer que dans un premier temps ça ne ferait pas grand bien au secteur marchand dépendant des produits d’importation. Mais à plus long terme, ça ne favoriserait donc pas un titak la production locale ?

Edwing Laupen et Génération Guadeloupe vous souhaiteS une bonne année de koudwòch

Il est aujourd’hui facile, à la portée de presque n’importe qui, d’ouvrir son propre site web. On le constate quotidiennement, l’orthographe a pris ses jambes à son cou, la grammaire est allée se faire voir. Et cela malgré des correcteurs de plus en plus performants. En se baladant sur la toile, le Fwiyapin était tombé sur un site qui prétendait appeler les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales via une « campagne citoyenne ». Des artistes avaient même participé à un clip incitatif. Qui est derrière Génération Guadeloupe ? Sûrement pas grand monde, surtout un jeune militant UMP, Edwing Laupen. Un peu étrange pour un club qui se veut « sans étiquette ». Il y a encore plus embarrassant pour les jeunes musiciens et chanteurs qui ont participé à la mascarade. On voit en effet sur la page Facebook du jeune Edwing qu’il porte un intérêt pour Radio Courtoisie, un média qui ouvre ses micros à l’extrême-droite sans aucun complexe. Horreur de jeunesse ?

Il serait souhaitable que toute démarche citoyenne soit désormais accompagnée d’une relecture même sommaire. En français comme en créole, Génération Guadeloupe semble avoir une position très libérale, l’ouverture à toutes les fautes possibles et imaginables. Pour le confort du lecteur, notre article n’est pas exhaustif. Au fait, la campagne susnommée s’appelait « On Sèl Jèst ». On jès makak ?

 

 

 

 

Relire sur le Fwiyapin:

Sarkozy, l’UMP et les koudwòch

Gwada skoup

Ce jour, 28 décembre 2011, dans la période généralement pauvre en nouvelles située entre Noël et la nouvelle année, nous apprenons une kyrielle d’incroyables nouvelles qui nous laissent, pour le moins, complètement èstébékwé.

Pacs Romana au sein des collectivités guadeloupéennes

Tout le monde est au courant du conflit larvé entre les deux présidents Gillot et Lurel. Il semble que tout cela n’était pas dû à une question de rivalité politique ou de pouvoir, comme on se l’imaginait. Non, la passion commune des deux hommes pour le bien public les a réunis. Plus que de raison diront déjà certains. Car Victorin et Jacques, à défaut de se dire oui pour la vie devant un prêtre, ont fait part dans un communiqué de leur souhait de se pacser au plus vite dès qu’ils se seront séparés de leurs compagnes. Dans un pays où il est toujours de bon ton de revendiquer son machisme et où hétérosexualité est trop souvent confondu avec infidélité et violence conjugales, cet évènement est un véritable séisme.

EDF: pour une électricité plus malpropre

Après le projet avorté VigieGate, le téléphérique sur la Soufrière à l’étude, voici qu’EDF en rajoute une couche en proposant la construction d’une centrale nucléaire. Le site idéal serait à cheval entre Sainte-Rose et Lamentin, la centrale de quatrième génération serait ainsi refroidie par les eaux de la Grande rivière à goyaves. Les élus n’y ont pas vu d’opposition, tant les retombées financières sur les communes seront grandes. En Guadeloupe on a pas de pétrole mais on aura de l’uranium … Comment le prendront les habitants de Sainte-Rose déjà échaudés par la décharge sur les hauteurs de La Ramée ? Les riverains de La Boucan déjà habitués à dresser des barricades au niveau du pont se préparent déjà à de nouvelles mobilisations.

Chômage, violence et vire-ensemble : l’exemple guadeloupéen

Le premier ministre François Fillon enverra chez nous très prochainement une délégation interministérielle. En effet, en France on ne comprend pas comment tient la société guadeloupéenne avec un taux de chômage notamment chez les jeunes aussi élevé. Malgré une première place sur le podium de la criminalité, en haut lieu on se demande comment les chose n’ont pas plus gravement dégénéré. L’Hexagone ayant tendance à se tropicaliser tant par sa température moyenne que par son manque d’emplois, a les yeux braqués sur « le modèle guadeloupéen ».

Des solutions pour Marie-Galante

Alors qu’au Congrès des élus sur l’alimentation et la santé une résolution avait proposé de faire de Marie-Galante le grenier agricole de la Guadeloupe; les élus de l’intercommunalité ont l’idée se suivre le chemin de Saint-Barthélémy. Ils étudient très sérieusement l’idée de ne plus être rattachés à la Guadeloupe, et de devenir par la suite une COM (collectivité d’Outre-mer) puis un PTOM (Pays et territoire d’Outre-mer). Pour se faire, Marie-Galante devra se construire une piste d’aéroport international et des investisseurs du Qatar sont prospectés pour la construction d’hôtels de luxe. Le prix du trajet Pointe-à-Pitre Grand Bourg devrait ainsi progressivement atteindre les 400 euros d’ici cinq ans.

Vous doutez de la véracité de ces informations ? Elles ont pourtant été dument validés après recoupage sur le réseau social twitter, plus pertinent et performant que l’agence Reuters et l’AFP réunies.

 

L’affaire de l’esclave Furcy

Après une vente aux enchères chez Drouot, le journaliste Mohammed Aïssaoui prend connaissance de l’existence d’ une procédure judiciaire mettant en cause un esclave au XIX° siècle. Son nom est Furcy, il mena un combat acharné pour sa liberté pendant plus d’un quart de siècle. A partir d’un carton d’archives, c’est son parcours et sa vie qu’a retracés, souvent avec imagination, le journaliste du Figaro.

De ces archives vendues à l’État pour 2 100 euros est né un livre. On sait peu de chose sur cet homme prénommé Furcy. Sa mère Madeleine serait née en 1759 en Inde à Chandernagor. Vendue dès l’enfance à une religieuse qui l’emmène en France. Après des années à Lorient, le retour en Inde est envisagé, mais une escale à l’île Bourbon (ancien nom de la Réunion) va tout changer. Elle se retrouve au service d’une certaine Marie-Thérèse Routier qui l’exploite comme esclave. En 1776, elle donne naissance à Clémence puis dix ans plus tard à Furcy. Le père de Furcy est inconnu. Concernant Clémence, il s’agirait d’un homme blanc qui aurait racheté sa fille pour lui donner la liberté.

A la mort de Routier, son neveu Joseph Lory hérite de ses biens meubles, donc de Madeleine et de Furcy. A la mort de Madeleine, une petite malle de papiers est remise à sa fille. Clémence tombe alors sur l’acte d’affranchissement de Madeleine …

En 1817, le combat judiciaire de Furcy débute. Après une notification à son maître, ce dernier fait envoyer son esclave en prison. Au procès, le plaignant perd. Sur sa route l’assoiffé de liberté trouvera des alliés précieux, le procureur général Gilbert Boucher et son substitut Jacques Sully-Brunet. Mais les adversaires de Furcy et de toute forme de progrès, notamment Lory et Desbassayns auront raison d’eux et les obligeront à quitter la Réunion. Après une année dans les geôles, Furcy est envoyé à l’île Maurice (à l’époque île de France) fin 1818 chez un frère de Lory. Pendant toutes ces années il entretient des correspondances avec Boucher, grâce à un réseau de soutien.

Pendant de longues années, on ne sait pas très bien ce que Furcy est devenu ou a enduré. Après un renvoi en cours de cassation, Furcy est finalement déclaré libre le 23 décembre 1843, cinq ans avant l’arrivée de Sarda-Garriga.

L’idée de départ est évidemment bonne, et il y avait là matière à faire un bouquin réussi. On regrette grandement que le journaliste se soit entêté à imaginer des scènes dont il ne pouvait manifestement pas appréhender les tenants et aboutissants sociaux et historiques. Il eut été beaucoup plus préférable pour le lecteur qu’il s’adjoigne davantage de conseils et services d’historiens spécialistes de la période esclavagiste et coloniale française. Les faits historiques et les pièces d’archives sont noyées dans les élucubrations romanesques, naïves et agaçantes d’Aïssaoui. C’est bien dommage.

L’affaire de l’esclave Furcy, Mohammed Aïssaoui, Éditions Gallimard

La colonisation aussi est un crime

La traite négrière et l’esclavage ont été condamnés comme crime contre l’humanité. Qu’en est-il de la colonisation française qui a été édifiée du XVIIe au XIXe siècle sur ces deux piliers : traite négrière et système esclavagiste ?

En effet, 1848 est souvent présentée comme la fin de la barbarie. Dans une démonstration d’une centaine de pages, Oruno D. Lara nous éclaire sur la continuité d’un système et égratigne au passage certaines « grandes figures » trop souvent présentées comme des héros.

Le Fwiyapin vous en parle aujourd’hui, 20 décembre, date de la commémoration de l’abolition de l’esclavage à la Réunion. Ce n’est évidemment pas un choix anodin …

En Métropole, l’année 1848 voit l’évènement d’une nouvelle révolution (fin du règne de Louis-Philippe). Le décret d’abolition est pris le 27 avril 1848, après un processus de réflexion. Des semaines avant, le bruit de la fin imminente de la servitude se répand dans toute les colonies.
En effet dès le 25 février, le gouvernement provisoire décrète l’émancipation des esclaves « dans sa pensée ». Les négociations et discussions s’amorcent sur la manière d’appliquer cette pensée. Dès l’arrivée de François Arago au ministère de la marine et des colonies, le lobby des planteurs est reçu. Et le 4 mars, une commission voit le jour dans le but de « préparer l’acte d’émancipation des esclaves dans les colonies ». Elle est présidée par Victor Schoelcher, qui a pris soin d’en écarter son futur rival électoral, le martiniquais Cyril Bissette. La commission réfléchit sur différents thèmes – la concurrence du sucre de betterave est déjà évoquée, et se pose de drôles de questions notamment « est-ce que les esclaves n’aiment pas leurs maîtres ? « . Surtout, elle réfléchit aux moyens de prévenir désertions d’habitations et vagabondage…

Tout président qu’il est, Schoelcher n’obtient pas gain de cause sur :

  1. l’indemnisation des esclaves
  2. l’attribution  d’un lopin de terre aux nouveaux libres
  3. la garantie que la future main d’œuvre ne vienne plus que d’Europe

Les 15 décrets du 27 avril 1848

En sus de l’abolition de l’esclavage, d’autres décisions annexes sont prises. Y sont inscrites, la répression du vagabondage et la création d’ateliers de discipline.

Les commissaires généraux envoyés pour décréter l’abolition sont :

  • Perrinon pour la Martinique (effet le 23 mai)
  • Gatine pour la Guadeloupe  (27 mai)
  • Pariset pour la Guyane (10 août)
  • Sarda-Garriga pour la Réunion (20 décembre)

C’est à la Martinique que les troubles sont les plus graves. Ceux qui sont toujours esclaves provoquent des incendies et des émeutes à Saint-Pierre, Fort-de-France et à la commune du Prêcheur. Les évènements ne tardent pas à être connus en Guadeloupe, le gouverneur Layrle emboîte le pas à son homologue martiniquais Rostoland. Tous les deux vont s’appuyer sur les municipalités pour lutter contre le vagabondage et surveiller de très près les nouveaux libres. Perrinon veille à installer des systèmes anti-émeutes à Saint-Pierre.

La France a besoin des sucres de ses colonies; un retard dans l’envoi de la récolte est une souffrance pour elle. Répondrez-vous à sa générosité par une ingratitude ? Non, non, vos cœurs s’ouvriront à de plus nobles sentiments ; vous viendrez en aide à la Mère-Patrie, en vous hâtant de fabriquer ces cannes qui languissent inutiles dans les campagnes et que vos bras vont transformer en de riches produits !

Boitel, directeur de l’Intérieur (Mqe)

En 1849, la Guadeloupe s’embrase à propos des élections législatives opposant les partisans de Schoelcher et Bissette. De nombreuses peines sont prononcées. On exécute Isiris dit Sixième, accusé d’avoir brûlé son matelas et provoqué un incendie à Pointe-à-Pitre.

En1850, la commission coloniale refuse le suffrage universel, les conseillers généraux sont élus par les conseillers municipaux et maires, eux-mêmes directement nommés par le gouverneur. Des fonctionnaires et des ecclésiastiques sont accusés de contribuer à l’agitation publique et renvoyés en France.

La loi du 11 juillet 1851 instaure la création de trois banques (Guadeloupe, Martinique, Réunion), d’un capital de 3 millions de francs chacune. Les planteurs en possèdent toutes les actions…

Le gouverneur Fieron (Guadeloupe) crée un impôt sur toute culture autre que le café et la canne à sucre, au détriment des cultures vivrières pouvant assurer l’auto-suffisance. Mais on attache aussi les populations à demeurer dans une activité agricole. Le gouverneur Bonfils décide, en 1854, que l’école sera gratuite pour les seuls enfants qui se destineront à devenir cultivateurs.

En 1864, la France estime que les Nègres (et les Indiens) ne sont toujours pas prêts pour le suffrage universel, décision prise pour « avancer et non reculer ».

Au système esclavagiste s’est substitué le travail obligatoire. Après la traite négrière, se sont des travailleurs sous contrat (Afrique, Asie) qui ont pallié à la main d’œuvre manquante. Les maîtres furent indemnisés, les esclaves et leurs descendants jamais. La colonisation, un crime ? Comment ne pas partager la vision de Lara ?

Descendants de ces féroces croisières négrières
On garde force et courage, en chantant à plusieurs
Il n’y a pas que le salaire, pour creuser nos malheurs
Nos anciens tortionnaires sont nos nouveaux employeurs
Après avoir brûlé les barrières, arraché la lanière du fouet, et levé les paupières vers la lumière
Et venir embrasser le rêve d’une vie meilleure
Ou le nègre hisserait une bannière a ses propres couleurs
On a mangé la poussière de la pire des manières
Peu fiers de retourner dans la plantation d’hier
La mer est une frontière, Comment aller ailleurs
Désormais libres, oui, mais toujours inférieurs

Casey, Sac de sucre

La colonisation aussi est un crime, éditions L’Harmattan, 11.50€

Pas d’ordre, pas de morale, que de la haine ?

Voilà un film qui n’est pas resté longtemps dans les salles des multiplex. Le succès d’Intouchables, film que certains critiques américains ont trouvé raciste, a-t-il éclipsé le nouveau long métrage de Mathieu Kassovitz, L’ordre et la morale ? Les films qui traitent de l’histoire coloniale française sont plutôt rares. Rachid Bouchareb a été le premier a démontré que le succès commercial pouvait aussi être assuré à ce genre de productions.

L’ordre et la morale, qui a fini par pouvoir être vu en Kanaky, remplira-t-il les salles autant que Case départ ? Du point de vue de la réalisation, parait-il que Kassovitz a assuré. Il n’a pas démérité même si certaines scènes sont mal jouées. Mais quelque soit son excellence cinématographique, c’est le retour sur un épisode trop peu connu en France et dans son reliquat colonial appelé Outre-mer qui nous intéresse ici.

Bloody May

Mathieu Kassovitz a donc choisi dans son dernier film de revenir sur les évènements dramatiques qui ont ensanglanté la Nouvelle-Calédonie il y a un peu plus de vingt ans. Les faits sont réels, les images brutales et guerrières, la violence coloniale, raciste et impitoyable.

Mai 1988. Nous sommes entre les deux tours de l’élection présidentielle française. François Mitterrand veut conserver son trône, Jacques Chirac, premier ministre d’un gouvernement de cohabitation, le convoite. Les concurrents ne se font pas de cadeaux et chacun entend bien arriver à sortir victorieux de cette joute par tous les moyens …

Sur le Caillou, la tension est forte depuis des années. En 1984, des militants indépendantistes ont été tués et leurs meurtriers acquittés trois ans plus tard. Goutte d’eau qui fera le vase déborder, les Kanaks sont très hostiles à de nouvelles lois, portant le nom du ministre de l’Outre-mer de l’époque Bernard Pons, qui chambouleront leurs mès é labitid en ne reconnaissant aucune valeur officielle à leur système de vie (chefferie, coutumes, etc).

C’est ainsi qu’à Ouvéa (appartenant à l’archipel des Iles Loyauté)  une occupation pacifique de gendarmerie se solde dans la panique par la mort de quatre gendarmes. Les manblo survivants sont pris en otage et cachés dans une grotte. Leurs ravisseurs se retrouvent débordés par la tournure dramatique de leur action et coupés des directives du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS). Leur chef s’appelle Alphonse Dianou (interprété par Iabe Lapacas).

Arrivent de France plusieurs centaines de soldats, dont le capitaine du GIGN Philippe Legorjus. Il va tenter de négocier une sortie de crise par le haut, la moins violente possible et sans morts supplémentaires. Le film montre son échec inexorable à l’aide de procédés simples et efficaces (le décompte implacable des jours avant l’assaut par exemple).

 

La république, elle passe ces week-end en régate
puis se prostitue de toutes parts pour un Airbus ou une frégate,
elle exécute dans une grotte des opposants kanak
et mange à table avec des gars style Giancana

Akhenaton, IAM, La fin de leur monde

 

 

Film de guerre ? Anticolonialiste ? Réconciliateur ?

Kassovitz semble embrasser totalement la version des faits de Legorjus. Ce n’est pas la meilleure approche pour faire un film historique. Mais ce n’est pas là le souci du réalisateur de La haine. Il exploite une ficelle universelle, la rencontre entre deux héros malheureux, lâchés par leurs supérieurs. Dianou et Legorjus voulaient tous les deux rentrer dans les ordres ! Le premier a voulu être prêtre, le second moine. Le déchirement de Legorjus, amené à trahir et à ne pas honorer sa parole donnée, est du pain béni pour un scénariste.

Le beau rôle est donné au capitaine du GIGN pendant quasiment tout le film. On le voit empêcher des exactions sur des habitants d’un village, inciter un kanak à se plaindre du comportement de militaires, etc. Bref Legorjus grand pourfendeur de l’injustice et de la pwofitasyon, venu sauver la veuve et l’orphelin … Mais par la suite, ses états d’âme, de courte durée mais intenses, bien rendus par la caméra de Kassovitz, le font paraître plus proche de ce qu’il fut: un bon petit soldat (du Christ de surcroît) qui obéit le petit doigt sur la couture du pantalon.

Reconnaissons lui quand même un certain courage. Avoir démissionné et écrit un livre sur les évènements. Si le film n’en fait ni un héros ni un lâche, et veut démontrer qu’il fût impossible pour lui d’agir autrement, c’est le spectateur qui se fera son idée.

Les à-côtés du tournage sont révélateurs de tensions existant toujours en Kanaky, mais aussi de choses à peine croyables. En raison de l’opposition du fils de Dianou notamment, il a été impossible de tourner sur les lieux du drame. La grotte dans le film se situe en Polynésie et cette « délocalisation » a eu un impact néfaste sur le budget.

Kassovitz se rend en Nouvelle-Calédonie depuis 2001, le dialogue avec la population kanak a pu être constructif même si nombreux sont ceux qui considèrent Legorjus comme un traître. Magistral tour de force, l’ancien militaire, familles de gendarmes et de kanaks ont pu se rencontrer et s’expliquer.

Si les provinces de Nouvelle-Calédonie ont participé au financement, l’armée française a refusé toute coopération (prêt de matériel) bien que « des militaires défendaient le film »  selon le producteur Christophe Rossignon.

Lors des larmes on râle

Tout film traitant de la colonisation, genre cinématographique peu exploité en France, est le bienvenu. C’est donc le cas de L’ordre et la morale. Mais un film, aussi bien fait soit-il, ne peut résumer l’histoire de ce peuple. Le spectateur attentif entendra les évocations des enjeux de colonisation et les raisons de la résistance kanak. Le grand chef Ataï, dont la tête n’a jamais été remise aux siens, le nickel bénédiction-malédiction, les crimes contre les Kanaks jamais punis. Mais les « grands méchants » du film, ce sont les hommes politiques, Chirac, Mitterrand, Pons et les dirigeants du FLNKS. Chirac veut faire acte de fermeté pour récupérer des voix à droite et à l’extrême-droite, Mitterrand est plutôt du côté du FLNKS mais donnera l’ordre de l’assaut. Le parti indépendantiste enfin ne se démènera pas pour sauver ses hommes…  Pour ne pas avoir à assumer les gendarmes tués ou pour mieux négocier ce qui débouchera sur les accords de Matignon ?

Parler de cet épisode, c’est parler d’une histoire qui est polémique, qui a fait couler beaucoup d’encre mais sans que l’on ait jamais vraiment pu donner notre version de l’histoire puisque l’une des conditions des accords de Matignon, c’était l’amnistie et qu’elle était voulue par tout le monde dans les deux camps, et chez nous aussi bien par les loyalistes que les indépendantistes. Sauf qu’amnistie, c’est la même racine grecque qu’amnésie… Décider l’amnistie pour éviter tout recours devant la justice, finalement c’était aussi couper la mémoire.

Iabe Lapacas

Au-delà du cinéma, Kassovitz parvient à créer la curiosité chez le spectateur et lui donne envie d’aller plus loin. Souhaitons que dans les autres confettis de l’empire français, ce film puisse trouver un écho. N’oublions pas que vingt années avant la grotte d’Ouvéa, la police et les gendarmes français tiraient sur des manifestants non armés en Guadeloupe. C’était en mai 1967, et ce n’était pas du cinéma non plus.

Lire également:  l’article de Théo Lacase sur Perspektives

Le cochon de Gaza : qui vivra verrat

On m’avait conseillé d’aller voir ce film. « On » avait bien raison.

Jafaar – ne pas confondre avec l’ennemi de l’Aladin de Disney, est un pêcheur palestinien de la bande de Gaza. Les bonnes prises sont rares et les eaux pélagiques de la Méditerranée lui sont interdites par les autorités israéliennes. Ne trouvant dans ses filets que des tongs dépareillées, notre héros fauché doit s’endetter auprès de son lolo. A la maison ce n’est pas la joie non plus, les soldats de Tsahal squattent sa demeure pour y monter la garde. Cerise sur le ghetto, la femme de Jafaar lui tire logiquement la tronche à cause des difficultés financières et de l’humiliation permanente des militaires. A la suite d’une violente tempête, le gazaouis remonte de ses filets une inédite cochonnerie. La pêche miraculeuse est en l’occurrence un cochon vietnamien…

Porc no à Gaza

Comme nous vous conseillons de voir ce film, vous ne lirez pas ici les tribulations hilarantes de l’animal considéré comme impur tant par les Musulmans que les Juifs.  Le film a beau être tout public, sans effusion de sang ou de scènes choquantes, la brutalité de l’armée israélienne n’est pas éludée. Les brimades des soldats sont terribles : manque du plus élémentaire respect, terreur, corruption, oliviers coupés (fondamentaux pour la survie des Palestiniens), etc. Côté palestinien, sont raillés ces lâches qui envoient et incitent les martyrs à se faire exploser pour « la cause ».

Dans le film ce qui unit les deux camps, c’est le rejet commun du cochon. Le cochon devient alors le passeur, le lien entre les deux communautés, et de ce plus petit dénominateur commun va naître un début d’entente. Ce cochon vietnamien, c’est en quelque sorte ma colombe de la paix…

Sylvain Estibal

Rire de la Gazastrophe

Cette jolie comédie nous interroge. Le cochon de Gaza, malgré une fin un chouia déroutante est un film à soutenir. L’humour étant une forme de résistance, voir ce film est dans une certaine mesure un acte militant. Il révèle au passage le porc qui sommeille en l’homme. Pas sûr que le plus cochon soit l’animal…

 

Atomic pork

1945 attentat des USA à Hiroshima
1986 Tchernobyl, pas de bol !
Nucléaire grande carrière car moins de pétrole
2011 tsunami destructeur à Fukushima

Alors pourquoi tu râles
pas de pétrole mais on a le plein
de centrales sur le territoire hexagonal
Non vraiment de quoi tu te plains

Combien de Nigériens valent un g d’uranium
pour que la douce France t’irradie le rectum
Dans le pays des droits de l’homme pas de référendum
mais 24 000 ans de saloperie de plutonium

Ouais je t’avoue que j’en ai rêvé
du départ de ces verrats d’Areva
et du défi alternatif enfin relevé
Mais pas sûr que ça arrivera …

 

Revoir sur Fwiyapin : Fwiyapic 16

LE NOIR « ENNEMI INTERIEUR » DU NOIR MODERNE ?

Il est évident que l’arme de la critique ne saurait remplacer la critique des armes; la force matérielle ne peut être abattue que par la force matérielle; mais la théorie se change, elle aussi, en force matérielle, dès qu’elle pénètre les masses. La théorie est capable de pénétrer les masses dès qu’elle procède par des démonstrations ad hominem, et elle fait des démonstrations ad hominem dès qu’elle devient radicale. Être radical, c’est prendre les choses par la racine. Or, pour l’homme, la racine, c’est l’homme lui-même. Elle aboutit donc à l’impératif catégorique de renverser toutes les conditions sociales où l’homme est un être abaissé, asservi, abandonné, méprisable.

Karl MARX

Depuis 1848 la condition des afro-descendants n’a pas changé sur le plan de la liberté que confère à tout homme de contracter de son propre chef, de son devenir dans la société française.

En effet la mise sous tutelle par des subtilités éducatives et administratives freine toutes velléités d’émancipation et ne fait que répéter les souffrances d’autrefois. Bien sur elles ne sont pas de même nature mais ont le même effet, celui d’annihiler toutes formations de forces permettant aux afro-descendants de disposer d’outils institutionnels et de proposer des projets éducatifs, culturels et sociaux-économiques pour créer un dynamisme.

Steve Biko

Nonobstant tous ces pièges placés sur notre chemin pour nous faire tomber dans la fosse des oubliés, nous devons prendre nos responsabilités et passer le Rubicon.

Le schème de pensée de la période esclavagiste doit être expurgé et nous devons déconstruire pour bâtir un paradigme où la peur, la résignation, le sentiment d’humiliation, tout ce qui nous empêche de développer et de conquérir notre environnement ne soit plus un facteur d’immobilisme.

Pour cela nous devons être radical, c’est à dire aller à la racine du problème pour le traiter. L’un des problèmes ici posé est celui de la représentation, dans l’imaginaire collectif, le réseau des représentations sociales, l’ennemi est une notion négativement connotée. L’ennemi est ce ou celui qui représente une menace, contre laquelle il faut lutter, dans le but de l’éradiquer. Il peut porter la responsabilité des malheurs qui frappent l’individu ou sa communauté, mais aussi celle de ses manques et de ses faiblesses.

L’ennemi dont on parle est un « ennemi intérieur » qui a été forgé par l’aliénation culturelle et mentale et qui pour les afro-descendants a une représentation chromatique «noir».

Il suscite la répulsion et ne peut-être un modèle représentatif de l’homme moderne et doit disparaître à tout prix de la sphère médiatique.

Pour purger cet ennemi intérieur de nombreux artifices ont été élaborés au fil du temps, les uns dans l’expression physique, les autres plus insidieux dans le raisonnement intellectuel du « se fondre dans la masse » en adoptant stricto sensu les us et coutumes du terroir. Mais comment se fondre dans la masse (blanche) quand on est noir ?

Certains ont répondu à cette question de manière radicale en utilisant les produits de blanchiment de la peau, d’autres se sont parés de chevelure illégitime (tissages, extensions) souvent les deux à la fois sans toutefois convaincre celui qui regarde et qui ne voit somme toute qu’un « noir » déguisé, singeant le modèle dominant.

Après tous ces efforts de reniement identitaire sans résultats ils se retournent contre leur géniteur, maudissant le jour de leur naissance ou du moins le non-choix de leur parent.

C’est ainsi que le métissage est devenu l’exutoire identitaire de ceux pour qui le « noir » cet ennemi intérieur doit disparaître, doit être éradiqué.

L’acceptation de ce que nous sommes, de qui nous sommes est un principe salvateur qui seul nous permettra de combattre cette aliénation et de ne plus considérer ce chromatisme « noir » comme un bouc émissaire de notre indigence morale, intellectuelle.

Nous devons être radical et nous radicaliser (intransigeant) et ne peut plus accepter « le noir » comme la désignation d’un personnage récurrent venant d’ailleurs et qui importerait au cœur du groupe « sain » les germes du désordre.

Il est de bonne connivence de dire, de prétexter cette assimilation au principe de l’universel, mais pour prétendre à l’universel, il faut être solidement ancré dans sa propre identité. L’identité c’est la conscience qu’une personne a d’elle-même, ce qui permet de reconnaître ensuite ce que nous avons de commun avec ceux qui nous entourent.

Désigner le « noir » comme « ennemi intérieur » permet de circonscrire dans une même population un sous-groupe « potentiellement nuisible » et c’est ainsi que l’on fait la part belle au noir clair, au métissé. Ce qui est le plus triste finalement c’est que c’est une histoire de « noir » qu’il faudrait finir par éclaircir un jour ou l’autre et le plus tôt sera le mieux.

KANT.

couk