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Du Collectif Dom au FN: parcours d’un ultraMarin(e)

Voilà l’énième illustration qu’un mouvement grotesquement qualifié d’apolitique par ses dirigeants peut mener à tout. Et surtout à n’importe quoi. Souvenez-vous, Patrick Karam (co-fondateur du Collectif Dom) a déjà été récompensé pour services rendus à la propagande sarkozyste. Après son passage au (sous) gouvernement, il a été remplacé par Claudy Siar. Guadeloupéen également, artiste et patron de radio, on doit lui reconnaitre une certaine franchise quand il s’agit de dénoncer les égarements racistes et discriminatoires. Mais il ne pourra faire oublier qu’il travaille au sein d’un gouvernement qui n’a de cesse de donner des gages à l’extrême-droite en désaccord avec la mission confiée au nouveau Délégué interministériel à l’égalité des chances des ultramarins (sic). Et ça, même après les élections, il aura du mal à le faire oublier.

« Français de Guadeloupe »

Quand Karam a rallié Sarkozy, Collectif Dom a été co-présidé par deux de ses membres. Le peu charismatique Daniel Dalin et Charles Dagnet. C’est ce dernier, autrefois secrétaire général de l’association qui rejoint aujourd’hui le parti de la famille Le Pen. Ses anciens amis font savoir que l’idylle de Dagnet et du Collectif est définitivement terminée. Mais on espère que ça n’ empêchera pas aux adhérents de ce lobby débile de se demander à quoi ils servent, si ce n’est de tremplin au premier opportuniste venu… Après s’être cherché à gauche, c’est finalement au FN de Marine Le Pen que Dagnet finit. Vitrine de l’ouverture du parti à la diversité aux côtés de Gouza Nahounou et Marc Rachid Taïr, le guadeloupéen, fonctionnaire à la ville de Paris, doit certainement être très fier d’être enfin médiatisé à sa juste mesure. Du côté de sa famille, on ne pense tout de même pas que le champagne a coulé à flot quand cette nouvelle est sortie …

Comment « penser le Pays nôtre » dans une « colonie départementalisée » ?

Le titre de cet article n’est pas une énième provocation du Fwiyapin. Simplement la juxtaposition dérangeante de deux concepts majeurs du philosophe guadeloupéen Cyril Serva (1950-2001). La revue Études Guadeloupéennes a rendu un hommage à celui qui aimait se faire appeler Raoul et à sa pensée les 14 et 15 janvier 2012 au Lamentin.

Il sera, comme beaucoup de Guadeloupéens nationalistes, marqué à son entrée dans l’âge adulte par la brutalité des évènements de mai 1967. Excellent en philosophie, c’est dans cette discipline qu’il poursuit ses études à Aix-en-Provence puis à la Sorbonne. Devenu enseignant, il exerce en Martinique à l’IME (Institut martiniquais d’études dirigé par Édouard Glissant) puis en Guadeloupe. Serva devient docteur en philosophie en présentant une thèse (mention très bien) sur la « Révolution Nationale Démocratique » en 1980.

Très engagé dans le milieu de l’éducation et de la formation, il avait à cœur de faire émerger un « espace public guadeloupéen ».

Le philosophe participe à la rédaction du Journal Guadeloupéen (Jougwa) apparu en 1979 et est un des membres fondateurs de la revue Études Guadeloupéennes en 1987. C’est donc tout naturellement que cette dernière  a tenu à  honorer un guadeloupéen trop peu connu des siens.

Nonm ka mò men lèspri a nonm pa ka mò

La fille du philosophe, Angela, raconte succinctement son père. « Il aimait échanger » nous dit-elle en insistant sur sa volonté de nous exhorter à « penser le Pays nôtre ».

Michel Rovelas, peintre et plasticien, explique ainsi la possibilité de leur collaboration, du liyannaj de leurs disciplines:  « nous avions deux points communs, nous étions guadeloupéens et anticolonialistes ». D’autres artistes rendront hommage au philosophe. Le martiniquais Edmond Mondesir interprète quelques morceaux de Bèlè. Également membre du CNCP (Conseil national des comités populaires), il a étudié la philosophie en même temps que Serva dans le sud-est de la France. Marie-Line Dahomay, Kamodjaka, Marcel Magnan (Toumblak) rendent hommage au penseur à travers de petites prestations, intermèdes bienvenus entre des débats de haute volée.

Car pour le public, la grande difficulté de ce colloque consistait à ne pas être décontenancé et largué par les argumentations et démonstrations des philosophes. Les professeurs, collègues et amis de Raoul,  Nicole Rauzduel et Michel Hippon ont manqué quelque peu d’empathie pour les néophytes de l’assistance. Non pas que leurs discours n’étaient qu’esbroufe et art de la rhétorique, mais leur propos aurait incontestablement gagné à être plus clair (moins savant) et moins chargé en références grecques, kantiennes, hégéliennes, etc, pour que l’auditoire ne décroche pas.  Serva s’exprimait-il ainsi ?

Cet écueil ne peut être reproché à Georges Combé, même s’il reconnaît la difficulté de cerner la pensée de son ami défunt. Serva est passé d’ « une posture nationaliste à une posture qu’on aurait du mal à définir ». C’est pourtant là un des aspects les plus intéressants de l’homme. Il a admis la réussite de la colonisation en Guadeloupe mais n’a pas pour autant stoppé son engagement.

Alex Lollia – encore un professeur de philo! dit de lui:  « Il a le mérite d’initier une réflexion prospective sur le devenir de la société guadeloupéenne plutôt que de s’enfermer dans la rumination des occasions perdues et la régurgitation de slogans passablement usés. »
Il y aurait ainsi deux grands moments à distinguer dans la pensée de Serva. Premièrement, la période militante et agissante pour une orientation politique, en l’occurrence l’indépendance de la Guadeloupe, puis, un second moment, le temps de « la philosophie politique où Raoul Serva analyse ce qu’il appelle l’effondrement de notre société ». Le philosophe se débarrasse alors d’un vocabulaire marxiste et s’oriente vers autre chose.

Serva n’a jamais été tendre ni avec ses confrères philosophes et intellectuels, ni avec la classe politique, indépendantistes inclus. Il fut très critique avec le PCG en mettant en exergue des faits peu glorieux (électoralisme, conquête des mairies comme seul but en soi) au détriment des idéaux prônés (responsabilité et indépendance).

Il ne parle plus de la « lutte de la libération nationale sous la direction idéologique de la classe ouvrière et des paysans pauvres », il écrit plutôt: « pour un pays le souci de la préservation de ses bases morales, culturelles, économiques devrait constituer une éminence première, une préoccupation fondamentale de la société civile comme des élites. »

Jean-Claude Courbain

L’extériorité de l’État, son impact sur la société et la nécessité d’un Espace public guadeloupéen

En Guadeloupe, l’État vient de l’extérieur et nuit à la société. D’où, pour Serva la nécessaire élaboration d’un espace public guadeloupéen dans un but de « pacification ».

L’espace public est synonyme de délibération, d’échange d’arguments, de recherche par la communication du convenable non dans le but de parvenir nécessairement à un consensus mais au moins de parvenir à mettre à jour les désaccords et les moyens d’y remédier sans que la communauté soit mise en péril.

Cyril Serva

Le constat sur l’impact négatif de l’extériorité de l’État (et donc de l’autorité) est partagé par Georges Tresor dans un essai paru aux Éditions Nestor en 2011 et intitulé La résistance au changement politique en Guadeloupe :

La loi est revendiquée quand elle sert des intérêts individuels ou corporatistes, mais elle est souvent vilipendée, contournée ou transgressée dans le cas contraire. Cette attitude d’extériorité vis-à-vis de la loi, tient en grande partie du fait que, structurellement, les institutions de l’État en Guadeloupe n’avaient pas pour finalité la protection de nos droits civils: elles servaient avant tout de relais à l’État dans son entreprise d’encadrement politique de la société guadeloupéenne à des fins de domination. Dans ce rôle, la police et la justice par exemple se donnaient à voir surtout sous l’angle de l’arbitraire et de l’autoritarisme.

Georges Trésor

Colonie départementalisée

Colonie départementalisée. Ce concept de Serva pour caractériser la Guadeloupe dans le texte Le sens du Pays est la réponse que donne l’intellectuelle Patricia Braflan-Trobo à ses élèves quand ils lui demandent pourquoi les cadres sont toujours blancs. « Depuis je ne peux écrire sans employer cette expression, elle est présente dans tous mes ouvrages ».

Un de ses anciens élèves apporte un témoignage sur son professeur, à une période où il doit déjà être dans le deuxième moment de sa pensée défini plus haut. « Il faut rompre avec l’assimilationnisme » . Assimilationnisme français bien sûr mais aussi assimilationnisme  de celui qui le combat au nom précisément d’un assimilationnisme chinois, albanais, ou autre.

Les contributions de ce mémorial alimenteront certainement le prochain numéro des Études Guadeloupéennes. Y seront peut-être ainsi développées la notion de révolution apocalyptique LKP (révolution au sens latin de revolvere retour, rétrocession et apocalyptique au sens de « dévoiler » la pwofitasyon) chère à Gauthier Tancons et la contribution de l’historien Jean-Pierre Sainton, l’une des plus riches du colloque mais malheureusement contrainte par le temps imparti et donnée sous une forme trop magistrale. Ce numéro à venir sera certainement l’occasion de mieux comprendre la pensée de Serva. On espère qu’il sera accompagné de la réédition de ses écrits les plus connus Deuil d’une joie, Le sens du Pays, Sauvagerie interstitielle, …

Il est bel et bien révolu, le temps des modèles (chinois, cambodgien, etc.), le temps des livres appris par cœur et rejetés en chœur. Nous voilà en face de notre vie, de notre destin, d’un peuple guadeloupéen en fin de compte si spécial, quoique aspirant, comme les autres peuples, à la liberté, au mieux-être, à la dignité.

Il faut donc réfléchir par soi-même et trouver le moyen, avec notre propre expérience et celle indirecte des autres pays, d’apporter une contribution originale à la civilisation mondiale, sur le plan de l’organisation sociale, du développement et de la culture.

Cyril « Raoul » Serva, Jougwa n°3 (décembre 1979)

Vidéos du colloque


Téléphonie aux Antilles: le mobile du crime ?

Les Antillais et plus généralement, les français d’Outre-mer sont ils des français à part entière? La continuité territoriale existe-t-elle vraiment ? C’est la question que l’on pourrait se poser lorsque l’on regarde la tarification des appels concernant la téléphonie mobile. Un antillais qui utilise son portable n’est pas traité comme un parisien ou un corse. Plus encore s’il utilise son abonnement lors d’un voyage en métropole. Ce sont les conséquences du Roaming, « itinérance » en français. Aujourd’hui le site de SFR ne donne qu’un seul tarif depuis la métropole vers les DOM affiché à 42 centimes d’euros la minute. Le tarif SFR la carte permet de joindre pour 39 centimes d’euro la minute les fixes de métropole et de Mayotte par exemple. Mais certains forfaits concurrents, peuvent aussi atteindre 55 centimes d’euro. A titre de comparaison, un francilien payera le prix d’une communication locale pour appeler sa grand-mère à Nice. Un Cristolien (habitant de Créteil) payera bien plus cher pour appeler son frère à Pointe-a-pitre. Un appel vers les DOM est facturé plus cher que celui vers les USA, le Brésil ou Madagascar. L’argument de la distance ne peut donc être retenu. Les raisons restent floues. Les opérateurs téléphoniques présents aux Antilles se camouflent derrière des arguments techniques, notamment des licences caraïbes différentes des licences hexagonales, qui augmenteraient ainsi le coût des communications.

Claudy Siar, le Délégué interministériel à l’égalité des chances, s’insurge. Il a dénoncé il y a quelques jours dans un communiqué envoyé à l’autorité de la concurrence, l’injustice dont est victime le population ultramarine. Une politique tarifaire discriminatoire menée par les opérateurs de téléphonie mobile entre les Outre-mer et la métropole. Ce communiqué a largement été diffusé via les réseaux sociaux et non pas par SMS (Vous devinerez pourquoi). Le prix des forfaits téléphoniques pour les ultramarins, qui ont souvent de la famille ou des amis dans les DOM ou en métropole, avait déjà été l’un des sujets de mécontentement soulevés lors de la grave crise sociale il y a 3 ans.
L’Union européenne a pourtant adopté un règlement en matière de roaming (n°544/2009) en date du 8 juin 2009, d’où quelques légères baisses ces temps-ci. Les appels entre deux pays membres de l’Union européenne (les DOM sont également soumis à cette réglementation) ne peuvent dépasser 35 centimes d’euros pour les appels sortant et 11 centimes d’euros pour les appels entrant. Certains opérateurs, comme Elyatel, proposent même des appels entrant gratuits (source : citizenkane.fr). Le problème est donc à nouveau mis en exergue, reste à trouver une solution concrète plus efficace.

Coup de théâtre, Deus ex machina, l’opérateur FREE a annoncé qu’il allait mettre en place un forfait défiant toute concurrence ; pour 19.99€ par mois, ses abonnés pourront désormais avoir l’internet, la télévision, et surtout la téléphonie illimitée vers une quarantaine de pays y compris les DOM. Solution miracle ou feu de paille ? Reste à connaitre les conditions de l’offre et petit détail qui reste à solutionner, FREE n’est pas présent aux Antilles donc ce tarif plus qu’intéressant ne concernera que les appels partant de l’hexagone vers l’étranger (oui, je parle aussi des DOM). Actuellement, les trois opérateurs concurrents surtaxent les communications passées depuis un portable vers les départements d’outre-mer, Free viendrait donc mettre fin à une pratique qui commençait à en déboussoler plus d’un…

Ninjah

Faut-il noyer les porcs en eau profonde ?

Après Atomic pork et Le cochon de Gaza, cet article ne s’éloigne guère du pak-a-kochon. Autant annoncer la couleur tout de suite, cet article est intolérant, gougnafier et violent…

En mitan des grandes vacances, un numéro de l’hebdomadaire guadeloupéen Nouvelles Semaine, titre sur Jarry et son futur port en eau profonde. Le numéro 68 (semaine du 4 au 10 août 2011) s’autoproclame même prétentieusement comme « exclusif ».
« La Guadeloupe choisie pour accueuillir (sic) le port en eau profonde » nous dit la une. Choisie par qui ? On ne le saura pas vraiment, mais la liste de ceux qui sont en extase devant ce projet est impressionnante : le président de la collectivité régionale Victorin Lurel, le maire de Baie-Mahault Ary chalus, la secrétaire d’État Marie-Luce Penchard, la présidente de la CCI Colette Koury. Numéro un de ces fans, l’éditorialiste à la plume putassière Pierre-Edouard Picord, se surpasse dans son éditorial. Ce projet de port en eau profonde, un « bond technologique » est loué par le directeur de la rédaction. Et si vous ne partagez pas son incroyable enthousiasme sur ce « progrès énorme », forcément vous faîtes partie des « esprits chagrins » qui « baveront jusqu’au bout sur le projet ». Pis, si vous n’êtes pas en accord avec ce consensus des partis politiques au pouvoir vous voilà catalogué dans la tribu des « psycho-archaïques résolument contre tout ». Vous « rejet[ez] systématiquement toute avancée ». Vous voilà habillé pour l’hivernage, mais ce n’est pas tout, car pour finir vous risqueriez fort, vous et vos coreligionnaires haineux, de vous « montrer intolérants, gougnafiers et violents ».

La Guadeloupe pourra rayonner

Alors à quoi sert et qu’est-ce qu’un port en eau profonde ?Voilà comment le projet est vendu par Laurent Martens, directeur général du PAG.

Actuellement de onze mètres, le tirant d’eau du port de Jarry devra passer à 15 voire 17 mètres. En plus avec de nouvelles écluses dans le canal de Panama, les bateaux pourront transporter encore plus de marchandise. Et donc en déverser encore plus chez nous et pour moins cher… On joue même la corde sensible de l’intégration dans l’environnement géographique. Si la Guadeloupe se dote de cet hyper-infrastructure, elle récupère un des sous-marchés de la Caraïbe (desserte entre l’Europe et le nord de l’Amérique du sud). En plus, construire ce biten destiné à ingurgiter toujours plus de saloperies venues d’ailleurs, ça fera du bien à l’emploi. Comment une des zones « européennes » les plus sinistrées au niveau du chômage, notamment des jeunes, pourrait refuser une telle opportunité ? Au niveau des risques naturels, tout sera prévu, le gadget sera résistant à tout séisme mal venant.

Mais si les produits importés sont encore moins chers, cela ne va-t-il pas nuire à notre production locale qui ne parvient pas à décoller ? Awa nous rassure Martens, la Guadeloupe aura accès à un plus grand marché et elle « pourra rayonner ». Waouh ! Rayonner comme un bâton de plutonium.

Une douloureuse pour les contribuables de 160 millions d’euros

Si, si vous avez bien lu. Vous avez comme l’impression qu’on aurait pu mettre tout ce pognon ailleurs, au hasard dans des secteurs comme le développement des énergies renouvelables, de l’éducation et de la santé, des transports collectifs, de l’agriculture ? Ben non, l’argent de la région (10% de la note) ne servira pas à ça. Et tant pis si ça n’a jamais été abordé dans le vaporeux projet guadeloupéen de société promis depuis nanni nannan par le Congrès des élus. L’Europe et l’État apportent également chacun 10%, les 70% restants seront à la charge du PAG, lui même un établissement public…  le secteur privé apporte 80 millions. Autrement les deux tiers du financement vient du public. Mais vous cher public de cette mascarade, on vous a demandé quelque chose ?

Il y a bien un passage à la CNDP (Commission nationale du débat public).  Après une petite tournée dans les communes, la Commission conclura sans surprise que tout va bien dans le meilleur des mondes.

Bon que se passerait-il si on se privait de cet immense avancée technologique et sociale qu’il ne faudrait surtout pas critiquer ? L’importation coûterait plus cher. Plus cher pour se faire inonder de champagne, polluer à coups de 4×4 et abrutir grâce à de nouveaux écrans plats. Plus cher pour acheter des ignames du Costa-Rica, des oranges de Saint-Domingue et autres pwadibwa importés. On peut effectivement acquiescer que dans un premier temps ça ne ferait pas grand bien au secteur marchand dépendant des produits d’importation. Mais à plus long terme, ça ne favoriserait donc pas un titak la production locale ?

Edwing Laupen et Génération Guadeloupe vous souhaiteS une bonne année de koudwòch

Il est aujourd’hui facile, à la portée de presque n’importe qui, d’ouvrir son propre site web. On le constate quotidiennement, l’orthographe a pris ses jambes à son cou, la grammaire est allée se faire voir. Et cela malgré des correcteurs de plus en plus performants. En se baladant sur la toile, le Fwiyapin était tombé sur un site qui prétendait appeler les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales via une « campagne citoyenne ». Des artistes avaient même participé à un clip incitatif. Qui est derrière Génération Guadeloupe ? Sûrement pas grand monde, surtout un jeune militant UMP, Edwing Laupen. Un peu étrange pour un club qui se veut « sans étiquette ». Il y a encore plus embarrassant pour les jeunes musiciens et chanteurs qui ont participé à la mascarade. On voit en effet sur la page Facebook du jeune Edwing qu’il porte un intérêt pour Radio Courtoisie, un média qui ouvre ses micros à l’extrême-droite sans aucun complexe. Horreur de jeunesse ?

Il serait souhaitable que toute démarche citoyenne soit désormais accompagnée d’une relecture même sommaire. En français comme en créole, Génération Guadeloupe semble avoir une position très libérale, l’ouverture à toutes les fautes possibles et imaginables. Pour le confort du lecteur, notre article n’est pas exhaustif. Au fait, la campagne susnommée s’appelait « On Sèl Jèst ». On jès makak ?

 

 

 

 

Relire sur le Fwiyapin:

Sarkozy, l’UMP et les koudwòch

Gwada skoup

Ce jour, 28 décembre 2011, dans la période généralement pauvre en nouvelles située entre Noël et la nouvelle année, nous apprenons une kyrielle d’incroyables nouvelles qui nous laissent, pour le moins, complètement èstébékwé.

Pacs Romana au sein des collectivités guadeloupéennes

Tout le monde est au courant du conflit larvé entre les deux présidents Gillot et Lurel. Il semble que tout cela n’était pas dû à une question de rivalité politique ou de pouvoir, comme on se l’imaginait. Non, la passion commune des deux hommes pour le bien public les a réunis. Plus que de raison diront déjà certains. Car Victorin et Jacques, à défaut de se dire oui pour la vie devant un prêtre, ont fait part dans un communiqué de leur souhait de se pacser au plus vite dès qu’ils se seront séparés de leurs compagnes. Dans un pays où il est toujours de bon ton de revendiquer son machisme et où hétérosexualité est trop souvent confondu avec infidélité et violence conjugales, cet évènement est un véritable séisme.

EDF: pour une électricité plus malpropre

Après le projet avorté VigieGate, le téléphérique sur la Soufrière à l’étude, voici qu’EDF en rajoute une couche en proposant la construction d’une centrale nucléaire. Le site idéal serait à cheval entre Sainte-Rose et Lamentin, la centrale de quatrième génération serait ainsi refroidie par les eaux de la Grande rivière à goyaves. Les élus n’y ont pas vu d’opposition, tant les retombées financières sur les communes seront grandes. En Guadeloupe on a pas de pétrole mais on aura de l’uranium … Comment le prendront les habitants de Sainte-Rose déjà échaudés par la décharge sur les hauteurs de La Ramée ? Les riverains de La Boucan déjà habitués à dresser des barricades au niveau du pont se préparent déjà à de nouvelles mobilisations.

Chômage, violence et vire-ensemble : l’exemple guadeloupéen

Le premier ministre François Fillon enverra chez nous très prochainement une délégation interministérielle. En effet, en France on ne comprend pas comment tient la société guadeloupéenne avec un taux de chômage notamment chez les jeunes aussi élevé. Malgré une première place sur le podium de la criminalité, en haut lieu on se demande comment les chose n’ont pas plus gravement dégénéré. L’Hexagone ayant tendance à se tropicaliser tant par sa température moyenne que par son manque d’emplois, a les yeux braqués sur « le modèle guadeloupéen ».

Des solutions pour Marie-Galante

Alors qu’au Congrès des élus sur l’alimentation et la santé une résolution avait proposé de faire de Marie-Galante le grenier agricole de la Guadeloupe; les élus de l’intercommunalité ont l’idée se suivre le chemin de Saint-Barthélémy. Ils étudient très sérieusement l’idée de ne plus être rattachés à la Guadeloupe, et de devenir par la suite une COM (collectivité d’Outre-mer) puis un PTOM (Pays et territoire d’Outre-mer). Pour se faire, Marie-Galante devra se construire une piste d’aéroport international et des investisseurs du Qatar sont prospectés pour la construction d’hôtels de luxe. Le prix du trajet Pointe-à-Pitre Grand Bourg devrait ainsi progressivement atteindre les 400 euros d’ici cinq ans.

Vous doutez de la véracité de ces informations ? Elles ont pourtant été dument validés après recoupage sur le réseau social twitter, plus pertinent et performant que l’agence Reuters et l’AFP réunies.

 

L’affaire de l’esclave Furcy

Après une vente aux enchères chez Drouot, le journaliste Mohammed Aïssaoui prend connaissance de l’existence d’ une procédure judiciaire mettant en cause un esclave au XIX° siècle. Son nom est Furcy, il mena un combat acharné pour sa liberté pendant plus d’un quart de siècle. A partir d’un carton d’archives, c’est son parcours et sa vie qu’a retracés, souvent avec imagination, le journaliste du Figaro.

De ces archives vendues à l’État pour 2 100 euros est né un livre. On sait peu de chose sur cet homme prénommé Furcy. Sa mère Madeleine serait née en 1759 en Inde à Chandernagor. Vendue dès l’enfance à une religieuse qui l’emmène en France. Après des années à Lorient, le retour en Inde est envisagé, mais une escale à l’île Bourbon (ancien nom de la Réunion) va tout changer. Elle se retrouve au service d’une certaine Marie-Thérèse Routier qui l’exploite comme esclave. En 1776, elle donne naissance à Clémence puis dix ans plus tard à Furcy. Le père de Furcy est inconnu. Concernant Clémence, il s’agirait d’un homme blanc qui aurait racheté sa fille pour lui donner la liberté.

A la mort de Routier, son neveu Joseph Lory hérite de ses biens meubles, donc de Madeleine et de Furcy. A la mort de Madeleine, une petite malle de papiers est remise à sa fille. Clémence tombe alors sur l’acte d’affranchissement de Madeleine …

En 1817, le combat judiciaire de Furcy débute. Après une notification à son maître, ce dernier fait envoyer son esclave en prison. Au procès, le plaignant perd. Sur sa route l’assoiffé de liberté trouvera des alliés précieux, le procureur général Gilbert Boucher et son substitut Jacques Sully-Brunet. Mais les adversaires de Furcy et de toute forme de progrès, notamment Lory et Desbassayns auront raison d’eux et les obligeront à quitter la Réunion. Après une année dans les geôles, Furcy est envoyé à l’île Maurice (à l’époque île de France) fin 1818 chez un frère de Lory. Pendant toutes ces années il entretient des correspondances avec Boucher, grâce à un réseau de soutien.

Pendant de longues années, on ne sait pas très bien ce que Furcy est devenu ou a enduré. Après un renvoi en cours de cassation, Furcy est finalement déclaré libre le 23 décembre 1843, cinq ans avant l’arrivée de Sarda-Garriga.

L’idée de départ est évidemment bonne, et il y avait là matière à faire un bouquin réussi. On regrette grandement que le journaliste se soit entêté à imaginer des scènes dont il ne pouvait manifestement pas appréhender les tenants et aboutissants sociaux et historiques. Il eut été beaucoup plus préférable pour le lecteur qu’il s’adjoigne davantage de conseils et services d’historiens spécialistes de la période esclavagiste et coloniale française. Les faits historiques et les pièces d’archives sont noyées dans les élucubrations romanesques, naïves et agaçantes d’Aïssaoui. C’est bien dommage.

L’affaire de l’esclave Furcy, Mohammed Aïssaoui, Éditions Gallimard

La colonisation aussi est un crime

La traite négrière et l’esclavage ont été condamnés comme crime contre l’humanité. Qu’en est-il de la colonisation française qui a été édifiée du XVIIe au XIXe siècle sur ces deux piliers : traite négrière et système esclavagiste ?

En effet, 1848 est souvent présentée comme la fin de la barbarie. Dans une démonstration d’une centaine de pages, Oruno D. Lara nous éclaire sur la continuité d’un système et égratigne au passage certaines « grandes figures » trop souvent présentées comme des héros.

Le Fwiyapin vous en parle aujourd’hui, 20 décembre, date de la commémoration de l’abolition de l’esclavage à la Réunion. Ce n’est évidemment pas un choix anodin …

En Métropole, l’année 1848 voit l’évènement d’une nouvelle révolution (fin du règne de Louis-Philippe). Le décret d’abolition est pris le 27 avril 1848, après un processus de réflexion. Des semaines avant, le bruit de la fin imminente de la servitude se répand dans toute les colonies.
En effet dès le 25 février, le gouvernement provisoire décrète l’émancipation des esclaves « dans sa pensée ». Les négociations et discussions s’amorcent sur la manière d’appliquer cette pensée. Dès l’arrivée de François Arago au ministère de la marine et des colonies, le lobby des planteurs est reçu. Et le 4 mars, une commission voit le jour dans le but de « préparer l’acte d’émancipation des esclaves dans les colonies ». Elle est présidée par Victor Schoelcher, qui a pris soin d’en écarter son futur rival électoral, le martiniquais Cyril Bissette. La commission réfléchit sur différents thèmes – la concurrence du sucre de betterave est déjà évoquée, et se pose de drôles de questions notamment « est-ce que les esclaves n’aiment pas leurs maîtres ? « . Surtout, elle réfléchit aux moyens de prévenir désertions d’habitations et vagabondage…

Tout président qu’il est, Schoelcher n’obtient pas gain de cause sur :

  1. l’indemnisation des esclaves
  2. l’attribution  d’un lopin de terre aux nouveaux libres
  3. la garantie que la future main d’œuvre ne vienne plus que d’Europe

Les 15 décrets du 27 avril 1848

En sus de l’abolition de l’esclavage, d’autres décisions annexes sont prises. Y sont inscrites, la répression du vagabondage et la création d’ateliers de discipline.

Les commissaires généraux envoyés pour décréter l’abolition sont :

  • Perrinon pour la Martinique (effet le 23 mai)
  • Gatine pour la Guadeloupe  (27 mai)
  • Pariset pour la Guyane (10 août)
  • Sarda-Garriga pour la Réunion (20 décembre)

C’est à la Martinique que les troubles sont les plus graves. Ceux qui sont toujours esclaves provoquent des incendies et des émeutes à Saint-Pierre, Fort-de-France et à la commune du Prêcheur. Les évènements ne tardent pas à être connus en Guadeloupe, le gouverneur Layrle emboîte le pas à son homologue martiniquais Rostoland. Tous les deux vont s’appuyer sur les municipalités pour lutter contre le vagabondage et surveiller de très près les nouveaux libres. Perrinon veille à installer des systèmes anti-émeutes à Saint-Pierre.

La France a besoin des sucres de ses colonies; un retard dans l’envoi de la récolte est une souffrance pour elle. Répondrez-vous à sa générosité par une ingratitude ? Non, non, vos cœurs s’ouvriront à de plus nobles sentiments ; vous viendrez en aide à la Mère-Patrie, en vous hâtant de fabriquer ces cannes qui languissent inutiles dans les campagnes et que vos bras vont transformer en de riches produits !

Boitel, directeur de l’Intérieur (Mqe)

En 1849, la Guadeloupe s’embrase à propos des élections législatives opposant les partisans de Schoelcher et Bissette. De nombreuses peines sont prononcées. On exécute Isiris dit Sixième, accusé d’avoir brûlé son matelas et provoqué un incendie à Pointe-à-Pitre.

En1850, la commission coloniale refuse le suffrage universel, les conseillers généraux sont élus par les conseillers municipaux et maires, eux-mêmes directement nommés par le gouverneur. Des fonctionnaires et des ecclésiastiques sont accusés de contribuer à l’agitation publique et renvoyés en France.

La loi du 11 juillet 1851 instaure la création de trois banques (Guadeloupe, Martinique, Réunion), d’un capital de 3 millions de francs chacune. Les planteurs en possèdent toutes les actions…

Le gouverneur Fieron (Guadeloupe) crée un impôt sur toute culture autre que le café et la canne à sucre, au détriment des cultures vivrières pouvant assurer l’auto-suffisance. Mais on attache aussi les populations à demeurer dans une activité agricole. Le gouverneur Bonfils décide, en 1854, que l’école sera gratuite pour les seuls enfants qui se destineront à devenir cultivateurs.

En 1864, la France estime que les Nègres (et les Indiens) ne sont toujours pas prêts pour le suffrage universel, décision prise pour « avancer et non reculer ».

Au système esclavagiste s’est substitué le travail obligatoire. Après la traite négrière, se sont des travailleurs sous contrat (Afrique, Asie) qui ont pallié à la main d’œuvre manquante. Les maîtres furent indemnisés, les esclaves et leurs descendants jamais. La colonisation, un crime ? Comment ne pas partager la vision de Lara ?

Descendants de ces féroces croisières négrières
On garde force et courage, en chantant à plusieurs
Il n’y a pas que le salaire, pour creuser nos malheurs
Nos anciens tortionnaires sont nos nouveaux employeurs
Après avoir brûlé les barrières, arraché la lanière du fouet, et levé les paupières vers la lumière
Et venir embrasser le rêve d’une vie meilleure
Ou le nègre hisserait une bannière a ses propres couleurs
On a mangé la poussière de la pire des manières
Peu fiers de retourner dans la plantation d’hier
La mer est une frontière, Comment aller ailleurs
Désormais libres, oui, mais toujours inférieurs

Casey, Sac de sucre

La colonisation aussi est un crime, éditions L’Harmattan, 11.50€

Pas d’ordre, pas de morale, que de la haine ?

Voilà un film qui n’est pas resté longtemps dans les salles des multiplex. Le succès d’Intouchables, film que certains critiques américains ont trouvé raciste, a-t-il éclipsé le nouveau long métrage de Mathieu Kassovitz, L’ordre et la morale ? Les films qui traitent de l’histoire coloniale française sont plutôt rares. Rachid Bouchareb a été le premier a démontré que le succès commercial pouvait aussi être assuré à ce genre de productions.

L’ordre et la morale, qui a fini par pouvoir être vu en Kanaky, remplira-t-il les salles autant que Case départ ? Du point de vue de la réalisation, parait-il que Kassovitz a assuré. Il n’a pas démérité même si certaines scènes sont mal jouées. Mais quelque soit son excellence cinématographique, c’est le retour sur un épisode trop peu connu en France et dans son reliquat colonial appelé Outre-mer qui nous intéresse ici.

Bloody May

Mathieu Kassovitz a donc choisi dans son dernier film de revenir sur les évènements dramatiques qui ont ensanglanté la Nouvelle-Calédonie il y a un peu plus de vingt ans. Les faits sont réels, les images brutales et guerrières, la violence coloniale, raciste et impitoyable.

Mai 1988. Nous sommes entre les deux tours de l’élection présidentielle française. François Mitterrand veut conserver son trône, Jacques Chirac, premier ministre d’un gouvernement de cohabitation, le convoite. Les concurrents ne se font pas de cadeaux et chacun entend bien arriver à sortir victorieux de cette joute par tous les moyens …

Sur le Caillou, la tension est forte depuis des années. En 1984, des militants indépendantistes ont été tués et leurs meurtriers acquittés trois ans plus tard. Goutte d’eau qui fera le vase déborder, les Kanaks sont très hostiles à de nouvelles lois, portant le nom du ministre de l’Outre-mer de l’époque Bernard Pons, qui chambouleront leurs mès é labitid en ne reconnaissant aucune valeur officielle à leur système de vie (chefferie, coutumes, etc).

C’est ainsi qu’à Ouvéa (appartenant à l’archipel des Iles Loyauté)  une occupation pacifique de gendarmerie se solde dans la panique par la mort de quatre gendarmes. Les manblo survivants sont pris en otage et cachés dans une grotte. Leurs ravisseurs se retrouvent débordés par la tournure dramatique de leur action et coupés des directives du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS). Leur chef s’appelle Alphonse Dianou (interprété par Iabe Lapacas).

Arrivent de France plusieurs centaines de soldats, dont le capitaine du GIGN Philippe Legorjus. Il va tenter de négocier une sortie de crise par le haut, la moins violente possible et sans morts supplémentaires. Le film montre son échec inexorable à l’aide de procédés simples et efficaces (le décompte implacable des jours avant l’assaut par exemple).

 

La république, elle passe ces week-end en régate
puis se prostitue de toutes parts pour un Airbus ou une frégate,
elle exécute dans une grotte des opposants kanak
et mange à table avec des gars style Giancana

Akhenaton, IAM, La fin de leur monde

 

 

Film de guerre ? Anticolonialiste ? Réconciliateur ?

Kassovitz semble embrasser totalement la version des faits de Legorjus. Ce n’est pas la meilleure approche pour faire un film historique. Mais ce n’est pas là le souci du réalisateur de La haine. Il exploite une ficelle universelle, la rencontre entre deux héros malheureux, lâchés par leurs supérieurs. Dianou et Legorjus voulaient tous les deux rentrer dans les ordres ! Le premier a voulu être prêtre, le second moine. Le déchirement de Legorjus, amené à trahir et à ne pas honorer sa parole donnée, est du pain béni pour un scénariste.

Le beau rôle est donné au capitaine du GIGN pendant quasiment tout le film. On le voit empêcher des exactions sur des habitants d’un village, inciter un kanak à se plaindre du comportement de militaires, etc. Bref Legorjus grand pourfendeur de l’injustice et de la pwofitasyon, venu sauver la veuve et l’orphelin … Mais par la suite, ses états d’âme, de courte durée mais intenses, bien rendus par la caméra de Kassovitz, le font paraître plus proche de ce qu’il fut: un bon petit soldat (du Christ de surcroît) qui obéit le petit doigt sur la couture du pantalon.

Reconnaissons lui quand même un certain courage. Avoir démissionné et écrit un livre sur les évènements. Si le film n’en fait ni un héros ni un lâche, et veut démontrer qu’il fût impossible pour lui d’agir autrement, c’est le spectateur qui se fera son idée.

Les à-côtés du tournage sont révélateurs de tensions existant toujours en Kanaky, mais aussi de choses à peine croyables. En raison de l’opposition du fils de Dianou notamment, il a été impossible de tourner sur les lieux du drame. La grotte dans le film se situe en Polynésie et cette « délocalisation » a eu un impact néfaste sur le budget.

Kassovitz se rend en Nouvelle-Calédonie depuis 2001, le dialogue avec la population kanak a pu être constructif même si nombreux sont ceux qui considèrent Legorjus comme un traître. Magistral tour de force, l’ancien militaire, familles de gendarmes et de kanaks ont pu se rencontrer et s’expliquer.

Si les provinces de Nouvelle-Calédonie ont participé au financement, l’armée française a refusé toute coopération (prêt de matériel) bien que « des militaires défendaient le film »  selon le producteur Christophe Rossignon.

Lors des larmes on râle

Tout film traitant de la colonisation, genre cinématographique peu exploité en France, est le bienvenu. C’est donc le cas de L’ordre et la morale. Mais un film, aussi bien fait soit-il, ne peut résumer l’histoire de ce peuple. Le spectateur attentif entendra les évocations des enjeux de colonisation et les raisons de la résistance kanak. Le grand chef Ataï, dont la tête n’a jamais été remise aux siens, le nickel bénédiction-malédiction, les crimes contre les Kanaks jamais punis. Mais les « grands méchants » du film, ce sont les hommes politiques, Chirac, Mitterrand, Pons et les dirigeants du FLNKS. Chirac veut faire acte de fermeté pour récupérer des voix à droite et à l’extrême-droite, Mitterrand est plutôt du côté du FLNKS mais donnera l’ordre de l’assaut. Le parti indépendantiste enfin ne se démènera pas pour sauver ses hommes…  Pour ne pas avoir à assumer les gendarmes tués ou pour mieux négocier ce qui débouchera sur les accords de Matignon ?

Parler de cet épisode, c’est parler d’une histoire qui est polémique, qui a fait couler beaucoup d’encre mais sans que l’on ait jamais vraiment pu donner notre version de l’histoire puisque l’une des conditions des accords de Matignon, c’était l’amnistie et qu’elle était voulue par tout le monde dans les deux camps, et chez nous aussi bien par les loyalistes que les indépendantistes. Sauf qu’amnistie, c’est la même racine grecque qu’amnésie… Décider l’amnistie pour éviter tout recours devant la justice, finalement c’était aussi couper la mémoire.

Iabe Lapacas

Au-delà du cinéma, Kassovitz parvient à créer la curiosité chez le spectateur et lui donne envie d’aller plus loin. Souhaitons que dans les autres confettis de l’empire français, ce film puisse trouver un écho. N’oublions pas que vingt années avant la grotte d’Ouvéa, la police et les gendarmes français tiraient sur des manifestants non armés en Guadeloupe. C’était en mai 1967, et ce n’était pas du cinéma non plus.

Lire également:  l’article de Théo Lacase sur Perspektives

Zayanntifik

[Article publié sur le site Tropicalizer]

Ce néologisme créole, hybride de Zayann (Sion) et de scientifique, nous le devons à Tysmé, un des piliers du Karukéra Crew, groupe guadeloupéen de hip-hop. Il s’agit d’un concept, mélange de science et d’art, qui s’est concrétisé en un album éponyme.

Sur ce premier opus, on retrouve onze morceaux de bonne facture. Interprétés majoritairement en créole, certains titres sont rappés en français, d’autres contiennent des couplets où les deux langues se côtoient.

Porté par de solides compositions d’Exxòs et de DJ Phonie, Tysmé aborde des thématiques « conscious », telles le devoir de mémoire (sur Sonjé Yo), la folie criminelle des hommes (Mad dingues), ou un hommage à la Femme (L’origine du Monde[1]).

L’artiste se fait plus orginal dans sa dédicace à l’astre solaire (Le jour du soleil), et lorsqu’il consacre un hymne aux rivières et cascades guadeloupéennes ; ça donne le très réussi Fwèsh, dont le clip a été réalisé en partie à la cascade de Bradfort. Le morceau Si a pa nou menm[2], sur un riddim dancehall, invite sans « endoctrinement » à la prise de conscience et à la nécessité de l’émergence du Pays Guadeloupe: « An Péyi, an Pèp, an Dèstyné ». Léwobiné exprime très bien l’impasse dans laquelle la Guadeloupe est plongée: production locale exsangue, financements européens utilisés à mauvais escient, importation massive, auto-suffisance alimentaire perçue comme une utopie. Mais que fera-t-on quand le robinet à euros sera fermé ? Le titre Ra n’est pas une seconde inspiration dédiée à l’étoile qui nous réchauffe, mais une démonstration magistrale de technicité en compagnie d’un des meilleurs rappeurs de Guadeloupe Edson X et Dr Mounza Shabaka.

 

 

Sur l’album les combinaisons sont nombreuses, on y entend les chanteuses Inès, Meemee Nelzy et Gwadness, ainsi que leur comparses masculins Nèg Madnick, Edinyo, Exxòs et LM StarJee. Les conques de lambi résonnent sur Sé pou, et le saxophone de Philippe Sadikalay (Soft) accompagne le duo martinico-guadeloupéen le long de Sonjé Yo. Ziontifik est un travail abouti jusqu’au packaging. Comme pour rappeller l’amour que porte l’artiste pour la nature, la pochette de l’album représente dans un cadre vert un arbre majestueux, certainement un acomat boucan, au pied duquel coule une rivière. Au dos, la Guadeloupe, avec incrustés dans la Basse-Terre et la Grande-Terre des paysages respectifs des deux ailes du Papillon. Le titre Lalyans fait pont entre les deux parties de Karukera.

Les non-créolophones pourront être séduits par la qualité des instrumentales et la technicité du MC. Mais pour tous voici un album aux sonorités très Fwèsh, et quand sa musique coule, on a pas envie d’éteindre le robinet.

http://www.tysme.gp

 


[1] En référence au tableau de Gustave Courbet ?

[2] Littéralement « Si ce n’est pas nous » , sous-entendu « qui le fera? »

 

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