On m’avait conseillé d’aller voir ce film. « On » avait bien raison.
Jafaar – ne pas confondre avec l’ennemi de l’Aladin de Disney, est un pêcheur palestinien de la bande de Gaza. Les bonnes prises sont rares et les eaux pélagiques de la Méditerranée lui sont interdites par les autorités israéliennes. Ne trouvant dans ses filets que des tongs dépareillées, notre héros fauché doit s’endetter auprès de son lolo. A la maison ce n’est pas la joie non plus, les soldats de Tsahal squattent sa demeure pour y monter la garde. Cerise sur le ghetto, la femme de Jafaar lui tire logiquement la tronche à cause des difficultés financières et de l’humiliation permanente des militaires. A la suite d’une violente tempête, le gazaouis remonte de ses filets une inédite cochonnerie. La pêche miraculeuse est en l’occurrence un cochon vietnamien…
Porc no à Gaza
Comme nous vous conseillons de voir ce film, vous ne lirez pas ici les tribulations hilarantes de l’animal considéré comme impur tant par les Musulmans que les Juifs. Le film a beau être tout public, sans effusion de sang ou de scènes choquantes, la brutalité de l’armée israélienne n’est pas éludée. Les brimades des soldats sont terribles : manque du plus élémentaire respect, terreur, corruption, oliviers coupés (fondamentaux pour la survie des Palestiniens), etc. Côté palestinien, sont raillés ces lâches qui envoient et incitent les martyrs à se faire exploser pour « la cause ».
Dans le film ce qui unit les deux camps, c’est le rejet commun du cochon. Le cochon devient alors le passeur, le lien entre les deux communautés, et de ce plus petit dénominateur commun va naître un début d’entente. Ce cochon vietnamien, c’est en quelque sorte ma colombe de la paix…
Sylvain Estibal
Rire de la Gazastrophe
Cette jolie comédie nous interroge. Le cochon de Gaza, malgré une fin un chouia déroutante est un film à soutenir. L’humour étant une forme de résistance, voir ce film est dans une certaine mesure un acte militant. Il révèle au passage le porc qui sommeille en l’homme. Pas sûr que le plus cochon soit l’animal…
1945 attentat des USA à Hiroshima
1986 Tchernobyl, pas de bol !
Nucléaire grande carrière car moins de pétrole
2011 tsunami destructeur à Fukushima
Alors pourquoi tu râles
pas de pétrole mais on a le plein
de centrales sur le territoire hexagonal
Non vraiment de quoi tu te plains
Combien de Nigériens valent un g d’uranium
pour que la douce France t’irradie le rectum
Dans le pays des droits de l’homme pas de référendum
mais 24 000 ans de saloperie de plutonium
Ouais je t’avoue que j’en ai rêvé
du départ de ces verrats d’Areva
et du défi alternatif enfin relevé
Mais pas sûr que ça arrivera …
L’exposition Mascarades et Carnavals du musée Dapper entreprend de montrer les résonances existant entre les univers africains et antillais.
La manifestation s’ouvre sur des photographies saisissantes prises lors du carnaval de Port of Spain de l’artiste anglo-trinidanien Zak Ové et sur un film présentant un Dekatman mas du groupe guadeloupéen Voukoum. Cette entrée en matière souligne déjà les liens avec l’Afrique, car maquillage corporel, danses, mouvements et sens du sacré, spiritualité se retrouvent plus loin, dans la salle consacrée aux masques et costumes traditionnels africains. Ces objets souvent entiers proviennent de grands musées (Musée royal d’Afrique centrale de Tervuren, Musée du carnaval et du Masque de Binche, Museum Rietberg de Zurich, Musée d’ethnographie de Lisbonne), du fonds propre du musée Dapper ou de collections particulières et surprennent le visiteur.
Matériaux naturels, présences animales, incarnation des esprits tels sont les similitudes évidentes entre sorties de masques africains et carnavals antillais.
Si les mascarades africaines s’observent dans des contextes qui ne sont pas forcément de fêtes, dans les deux cas il s’agit d’un jeu sur l’identité et de mouvement qui ont tendance à rapprocher et unir le groupe.
La salle consacrée aux œuvres caribéennes présente des pièces du groupe Voukoum, des photographies prises en Guyane et, entre autres, de superbes masques de Diables rouges. Rappelons que le poète Aimé Césaire lors d’un séjour en Casamance (Sénégal) avait été surpris des rapports entre le masque ejumba des Jola et le Diable rouge.
Un extrait du film Carnaval Antan Lontan de Geneviève Wiels où la parole est donnée à Mme Psyché (Martinique) et à différents spécialistes des carnavals caribéens vient souligner la proximité entre les rites africains et les pratiques carnavalesques antillaises.
Une exposition à découvrir.
Cette manifestation est accompagnée d’une programmation dans la salle de spectacle du musée.
Musée Dapper
35 bis, rue Paul Valéry
75116 Paris
M° Victor Hugho (L.2) et Étoile (L. 1,6 & RER A)
Tél. : 01 45 00 91 75 De 11 h à 19 h Fermé le mardi et le jeudi
Article de l’hebdomadaire satirique Le Canard Enchaîné du 12 octobre 2011 repris SANS son aimable autorisation. Une nouvelle démonstration que le concept de « justice coloniale » dénoncé par des syndicalistes et des indépendantistes caribéens n’est pas qu’une vue de l’esprit …
A la Guadeloupe, dans les deux maisons d’arrêt de l’île, on adapte les capacités d’accueil à la sauce locale, plus exactement à la « culture caribéenne ». Et là où en métropole on doit, en principe, enfermer deux détenus dans une cellule d’au moins 11 m², sous les cocotiers on en met quatre. « La direction de l’établissement l’a justifié en m’expliquant qu’à l’extérieur les gens ont déjà l’habitude de vivre comme ça… », relate, ahuri, Etienne Noël, avocat spécialisé dans la défense des détenus et militant à l’Observatoire international des prisons (OIP). Il revient juste d’une petite « escapade » dans les deux prisons de l’île, accompagné d’un expert mandaté par le tribunal administratif de Basse-Terre. Plusieurs détenus, en effet, ne goûtent pas ce « particularisme local ». Avec Etienne Noël, ils veulent faire payer l’administration pour avoir été embastillés dans des conditions indignes. Surpopulation énorme agrémentée de rats en goguette, pas de lumière du jour pendant la saison des pluies, impossibilité de cuisiner chaud… En comparaison, les taules métropolitaines auraient presque des allures de paisibles retraites. « Les détenus en outre-mer sont les oubliés de notre système carcéral », tonne François Bès, délégué de l’OIP pour les DOM-TOM. Sans doute plus pour très longtemps.
Les actions en justice contre l’Etat progressent. Et pas sûr que les juges soient très sensibles à cette fameuse culture caribéenne. Au ministère de la Justice, on conteste absolument « l’existence d’une norme DOM qui viendrait instaurer une différence de traitement entre les détenus selon l’endroit où ils se trouvent ». Tout en reconnaissant qu’à la Guadeloupe « il y a des cellules de 8,70 m² alors qu’elles devraient faire au moins 9 m² ». Des travaux sont en cours pour créer 270 nouvelles places sur les deux lieux de détention. Livraison prévue en 2014.
Après ces visites, certains cadres pénitentiaires observent qu’en « l’état objectif » de la taule il faut redouter « le pire ». Mais les mêmes espèrent beaucoup de l’expert, qui, « en sa qualité d’architecte », a participé « à la conception du centre pénitentiaire visité ». C’est dire où ils en sont. D’autres craignent que l’administration ne soit tentée par un transfert de taulards de la Guadeloupe vers la métropole.Une sorte de triple peine.
Il est évident que l’arme de la critique ne saurait remplacer la critique des armes; la force matérielle ne peut être abattue que par la force matérielle; mais la théorie se change, elle aussi, en force matérielle, dès qu’elle pénètre les masses. La théorie est capable de pénétrer les masses dès qu’elle procède par des démonstrations ad hominem, et elle fait des démonstrations ad hominem dès qu’elle devient radicale. Être radical, c’est prendre les choses par la racine. Or, pour l’homme, la racine, c’est l’homme lui-même. Elle aboutit donc à l’impératif catégorique de renverser toutes les conditions sociales où l’homme est un être abaissé, asservi, abandonné, méprisable.
Karl MARX
Depuis 1848 la condition des afro-descendants n’a pas changé sur le plan de la liberté que confère à tout homme de contracter de son propre chef, de son devenir dans la société française.
En effet la mise sous tutelle par des subtilités éducatives et administratives freine toutes velléités d’émancipation et ne fait que répéter les souffrances d’autrefois. Bien sur elles ne sont pas de même nature mais ont le même effet, celui d’annihiler toutes formations de forces permettant aux afro-descendants de disposer d’outils institutionnels et de proposer des projets éducatifs, culturels et sociaux-économiques pour créer un dynamisme.
Steve Biko
Nonobstant tous ces pièges placés sur notre chemin pour nous faire tomber dans la fosse des oubliés, nous devons prendre nos responsabilités et passer le Rubicon.
Le schème de pensée de la période esclavagiste doit être expurgé et nous devons déconstruire pour bâtir un paradigme où la peur, la résignation, le sentiment d’humiliation, tout ce qui nous empêche de développer et de conquérir notre environnement ne soit plus un facteur d’immobilisme.
Pour cela nous devons être radical, c’est à dire aller à la racine du problème pour le traiter. L’un des problèmes ici posé est celui de la représentation, dans l’imaginaire collectif, le réseau des représentations sociales, l’ennemi est une notion négativement connotée. L’ennemi est ce ou celui qui représente une menace, contre laquelle il faut lutter, dans le but de l’éradiquer. Il peut porter la responsabilité des malheurs qui frappent l’individu ou sa communauté, mais aussi celle de ses manques et de ses faiblesses.
L’ennemi dont on parle est un « ennemi intérieur » qui a été forgé par l’aliénation culturelle et mentale et qui pour les afro-descendants a une représentation chromatique «noir».
Il suscite la répulsion et ne peut-être un modèle représentatif de l’homme moderne et doit disparaître à tout prix de la sphère médiatique.
Pour purger cet ennemi intérieur de nombreux artifices ont été élaborés au fil du temps, les uns dans l’expression physique, les autres plus insidieux dans le raisonnement intellectuel du « se fondre dans la masse » en adoptant stricto sensu les us et coutumes du terroir. Mais comment se fondre dans la masse (blanche) quand on est noir ?
Certains ont répondu à cette question de manière radicale en utilisant les produits de blanchiment de la peau, d’autres se sont parés de chevelure illégitime (tissages, extensions) souvent les deux à la fois sans toutefois convaincre celui qui regarde et qui ne voit somme toute qu’un « noir » déguisé, singeant le modèle dominant.
Après tous ces efforts de reniement identitaire sans résultats ils se retournent contre leur géniteur, maudissant le jour de leur naissance ou du moins le non-choix de leur parent.
C’est ainsi que le métissage est devenu l’exutoire identitaire de ceux pour qui le « noir » cet ennemi intérieur doit disparaître, doit être éradiqué.
L’acceptation de ce que nous sommes, de qui nous sommes est un principe salvateur qui seul nous permettra de combattre cette aliénation et de ne plus considérer ce chromatisme « noir » comme un bouc émissaire de notre indigence morale, intellectuelle.
Nous devons être radical et nous radicaliser (intransigeant) et ne peut plus accepter « le noir » comme la désignation d’un personnage récurrent venant d’ailleurs et qui importerait au cœur du groupe « sain » les germes du désordre.
Il est de bonne connivence de dire, de prétexter cette assimilation au principe de l’universel, mais pour prétendre à l’universel, il faut être solidement ancré dans sa propre identité. L’identité c’est la conscience qu’une personne a d’elle-même, ce qui permet de reconnaître ensuite ce que nous avons de commun avec ceux qui nous entourent.
Désigner le « noir » comme « ennemi intérieur » permet de circonscrire dans une même population un sous-groupe « potentiellement nuisible » et c’est ainsi que l’on fait la part belle au noir clair, au métissé. Ce qui est le plus triste finalement c’est que c’est une histoire de « noir » qu’il faudrait finir par éclaircir un jour ou l’autre et le plus tôt sera le mieux.
Il est parfois surprenant de voir qu’en Guadeloupe, où existent des tensions entre les différentes communautés, coexistent avec naturel et respect les différentes pratiques religieuses.
« Ah bon ? Tu prends des cours du soir ? Mais ça fait des années que tu bosses dans le domaine, pourquoi tu ne valides pas ton diplôme via la VAE ? »
C’est l’argument massue que l’on peut entendre depuis quelques années, depuis que la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) a fait son apparition dans le droit du travail. En effet, depuis 2002, ce dispositif permet l’obtention de tout ou partie d’une certification (diplôme, titre à finalité professionnelle ou certificat de qualification professionnelle) sur la base d’une expérience professionnelle salariée, non salariée et/ou bénévole et/ou volontaire. Cette expérience, en lien avec la certification visée, est validée par un jury. Les certifications, enregistrées au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP), sont accessibles par la VAE.
Sont prises en compte les activités exercées de manière continue ou discontinue, à temps plein ou à temps partiel, en France ou à l’étranger. Leur durée totale est calculée par cumul.
Ne sont pas prise en compte les périodes de formation initiale ou continue, quel que soit le statut de la personne, ainsi que les stages et les périodes de formation en milieu professionnel, effectués pour la préparation d’un diplôme ou d’un titre de l’enseignement professionnel.
Source : site du Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé
Cette mesure autorise donc la reconnaissance de compétences à ceux qui n’ont pas eu l’occasion ou l’opportunité de suivre une formation diplômante.
Mais finalement, à quoi bon s’engager dans des études si l’expérience professionnelle suffit pour valider un certificat ou diplôme ? Car de plus en plus de personnes ayant obtenu un baccalauréat se retrouvent avec un Master sans avoir mis ne serait-ce qu’un orteil à l’université.
Comment ne pas croire que passer, 2, 3, 5 ans, voire plus à l’université ou en formation ne relèverait pas d’un subterfuge destiné à occuper des personnes, avec le but inavouable de diminuer les statistiques du chômage ?
Car pendant que certains investissent du temps et de l’argent pour acquérir un diplôme qu’ils considèrent (souvent à tort) comme un sésame, d’autres cotisent pour leur retraite, puis passent le plus naturellement du monde par la VAE qui est un droit pour tout salarié. En fin de compte, cette mesure permet de faire d’une pierre deux coups : le lauréat VAE gagne du temps en validant dans le même temps des années d’expérience et un diplôme. Et lorsque le jeune fou qui a usé ses sous-vêtements sur les bancs de l’école se retrouve avec lui face à un employeur, le choix est vite fait. « A diplôme égal », on préfère engager celui qui a le plus d’expérience. Logique !
Que va-t-on dire à ce jeune diplômé ? Qu’il n’avait qu’à aller bosser au lieu de se remplir l’esprit de concepts théoriques ? Que ses dizaines d’Unités d’Enseignement sanctionnées par un examen, ses stages en entreprise, son mémoire de 100 pages ne valent rien ? Comment leur faire comprendre que des gens se retrouveront avec le même diplôme qu’eux sans avoir fourni le même investissement pour l’obtenir ?
Quid de ces personnes qui sacrifient des années de leur vie « pour la bonne cause » ? Quid de celles qui reprennent des études à 40, voire 50 ans, parfois au détriment de leur vie de famille ? Un quinquagénaire, marié et père de deux enfants, préparant son Master en Insertion Sociale et actuellement en stage d’immersion a donné son avis sur la question : « Certains de mes collègues ont opté pour la facilité, moi j’ai préféré reprendre mes études, histoire de faire retravailler mes méninges. Je trouve ça enrichissant de se replonger dans des concepts, de mieux comprendre certains faits. Maintenant je me sens capable de mieux comprendre certaines problématiques sociales et d’apporter une réponse plus professionnelle aux usagers. Même si ça prend du temps, j’irai jusqu’au bout. »
Tout le monde n’a pas cette patience, et au fond ils ont bien raison : pourquoi renoncer à un droit inscrit dans le Code du Travail ? Pourquoi se mobiliser tous les soirs de 18h à 21h pendant deux ans alors qu’on peut en finir en quelques mois, avec en sus un accompagnement le plus souvent gratuit ?
On peut donc se demander à quoi servent les universités sinon à occuper des gens inutilement, puisqu’elles octroient des diplômes par la VAE. Car on aura beau dire, un livret d’une trentaine de pages et un passage devant un jury ne vaudront jamais des années de cours, de dépenses de logement, de transport et de nourriture, de révisions, de fatigue et de stress.
Alors que l’on soit clair : qu’on supprime les universités et autres centres de formation et que tout le monde passe par la VAE, ça évitera des pertes de temps. Ou alors, qu’on valide les trimestres de retraite pour ceux qui n’auront pas eu l’opportunité de cotiser durant leurs années d’études (en gros qu’ils n’aient pas à les racheter une fortune).
Autrement, exception faite des professions réglementées (expert-comptable, médecin, avocat…), il n’y a guère d’intérêt à s’engager sur les bancs de la fac.
[Courrier d'une fidèle lectrice reçu dans notre boîte-aux-lettres. Digne d'intérêt donc publié]
En cette journée internationale de la non-violence [2 octobre, jour de la naissance de Gandhi NDF], je suis tentée de me demander pourquoi tant d’acrimonie et d’ostracisme dans certaines religions dites « universelles » ?
Nous représentons à peine une poussière dans un univers dont nous ne connaissons pas grand-chose, comment une partie de la population peut-elle d’une part promulguer qu’ils « savent » et que les autres sont des ignares (niant par la même occasion leur dimension spirituelle et leur capacité à réfléchir propres aux êtres humains), d’autre part se permettre de les traiter de tous les noms ?
Car il me semble que prétendre que certaines croyances détiennent la vérité et que d’autres ne sont qu’ignorance relève d’une méconnaissance totale et d’un mépris inadmissible. Et dire que les membres de ces « clubs » sont les premiers à se plaindre et se poser en victimes en se disant « stigmatisés et incompris »…
Lorsqu’on lit les textes qui leur servent de référence spirituelle (et donc censés organiser leur vie entière), on y retrouve un florilège d’injures toutes plus originales les unes que les autres. Voici que ceux arbitrairement appelés infidèles, païens, mécréants (comme s’ils étaient inaptes à croire en quoi que ce soit) sont régulièrement qualifiés de « réprouvés », « pervers », « méchants », « injustes », « menteurs », « criminels », « idolâtres », « imposteurs », « égarés », « hypocrites » et bien d’autres adjectifs tous plus imaginatifs et innovants les uns que les autres. La gent féminine quant à elle ne serait constituée que d’ « associatrices invitant au feu ». (J’aurais bien aimé savoir qui j’ai déjà invité à quoi que ce soit…)
La question à 100 000 euros qui découlerait de tout ceci : qu’ont fait ces « infidèles » pour mériter tant de menaces ? Qu’ont-ils donc bien pu faire aux « élus » et autres « qui savent » pour être insultés et menacés de la sorte ?
Car il faudrait rappeler que chez ces « mécréants », le mot « infidèle » n’existe pas. Ils ne se demandent pas qui a tort ou raison, ils vivent leur spiritualité point barre. « Ceux qui savent » ont tendance à oublier que les « païens » ne les ont pas attendus pour connaître la spiritualité, le mariage, les rites funéraires, l’amour et le respect d’autrui, qu’ils aient une ou plusieurs divinités. Jamais ils ne se sont mis à l’esprit de pondre des livres dans lesquels leur divinité s’en prendrait continuellement (telle une obsession) à ces « autres » qui ne partageraient pas la même foi car ils sont à mille lieues de se soucier d’eux, et donc de n’exister qu’à travers la comparaison à « l’autre ». Certains devraient en prendre de la graine.
Lorsqu’on se permet de promettre le feu comme demeure, une « peine ignominieuse », un « châtiment cruel » et les souffrances les plus atroces à des gens sous prétexte qu’ils ne font pas partie du club et que l’on a une vision aussi binaire, il ne faut pas s’étonner des dérives qui peuvent en découler. Leur plus belle invention a d’ailleurs été la « guerre sainte », l’un des meilleurs oxymores au monde.
Lorsque des appels au meurtre sont proférés plusieurs fois dans des livres considérés comme la base d’une religion, il ne faut pas se moquer du monde et déclamer avec des trémolos dans la voix qu’elle prône la paix, la tolérance et l’amour.
Ils diront qu’ils n’ont pas à se justifier, et pour cause, comment justifier l’injustifiable ? Comment expliquer les raisons d’un tel déchaînement verbal dans des livres dits « saints »? Ils devraient pourtant le savoir : l’insulte engendre l’insulte, la violence engendre la violence, la haine engendre la haine.
Le message de base aurait pu être pacifique s’il n’était pollué par des injures et des menaces de mort auxquelles il n’est même pas possible de répondre, car les livres qui les contiennent sont considérés comme intouchables et universellement acceptés. Que ces livres soient la référence pour des milliards de personnes, très bien. Mais que ces personnes assument leurs textes transpirant la condescendance et le mépris en totalité et cessent l’hypocrisie une bonne fois pour toutes. Faire systématiquement semblant de ne pas voir les mots qui blessent des êtres humains sans raison relève de la malhonnêteté intellectuelle, car les soi-disant « mécréants » ont beau être des « porcs », des « singes », des « chiens », des « impies » et des « incrédules », ils savent encore lire.
En cette année officielle de l’Outre-mer, la journée Outre-mer Développement (JOMD pour les intimes) se serait-elle embourgeoisée ? En tout cas, exit la Porte de la Villette, sise au nord-est de la capitale, voisine du périphérique. Ceux qui faisaient naguère « bouger la Caraïbe » s’étaient donner rendez-vous à deux pas de l’hôtel Crillon et du club du Siècle pour faire « tomber les murs ». On ne se croyait pas vraiment à Berlin en 1989, ni même à la Bastille deux siècles plus tôt, même si le mot révolution était mis à toutes les sauces possibles, numérique notamment.
La première édition ne m’avait pas enthousiasmé. Satyam, un des organisateurs m’avait néanmoins pour l’occasion donné une belle interview. Je n’avais pu assister à la seconde édition mais j’avais voulu faire savoir à nos amis étudiants qui veulent retourner chez eux, ce « là-bas » dans lequel on fourre tout, l’Outre-mer quoi, quelles étaient les raisons principales pour eux de se rendre à la JOMD. Vous trouverez donc mes impressions, confessions et états d’âmes ici.
A la suite de ce papier écrit à l’encre sardonique, « l’administrateur » du site Fwiyapin, un certain Satyam, a trouvé qu’une pierre métaphorique était tombée dans son jardin. Alors il a renvoyé un caillou numérique, que vous pouvez lire là. Voilà un bel exemple du caractère participatif du blog.
Je me permets de rappeler ces faits, en toute digression par rapport au sujet de l’article, car des internautes s’imaginent qu’il existe une ligne éditoriale au Fwiyapin. Pas du tout ! Vous pouvez le constater au fil des articles, la diversité des contributeurs est dangereusement ébranlée, puisque les seuls contributeurs réguliers sont deux dinosaures, le Majeadiplodocus et le Kamillosaure; mais ça c’est un autre problème. C’est même le votre !
Mais revenons à nos kabrit, pour la troisième édition, malgré mon papier sarcastique, aucun problème pour venir jeter un œil. J’ai raté la seconde mais je revois pas mal d’enfoiré(e)s plus ou moins sympathiques, en costard ou plus dépenaillé. Pas de problème pour trouver la JOMD, je suis les basanés en costume qui sortent du métro Concorde. Juste des petites sacoches, pas de mallettes, j’en déduis donc qu’ils ont plus de chance d’aller au pavillon Gabriel qu’à l’Élysée, remettre de l’argent pour le financement de la prochaine campagne présidentielle.
Une fois à l’intérieur, instinct de survie oblige, je repère vite les endroits où on distribue le bwar é le manjé. Penchard n’est même pas là, on a droit à une vidéo où la Secrétaire d’État apparaît sans maquillage. C’est bien Marie-Luce, très développement durable… Claudy Siar, par contre est présent. Discours sans intérêt, qui contraste avec les propos qu’il tenait deux ans auparavant à la première JOMD. (Voir vidéo plus bas). Plus question d’accuser le gouvernement ou l’État, on ne crache pas dans la soupe. Il lui faudra désormais boire le sarkozysme et le racisme de la Droite populaire jusqu’à la lie.
Au niveau des débats, même écueil que la dernière fois. Il arrive très souvent que l’on ne puisse assister à deux interventions puisqu’elles se déroulent en même temps… De plus le temps limité laisse souvent trop peu de places aux questions du public, composé d’esprits affamés qui restent sur leur faim.
Mais personne n’a vu le film Hostel ?
Débat sur le tourisme obligatoire, il n’y a rien d’autre de proposé en même temps. Les protagonistes ont l’estomac dans les talons, la salle a la dalle, je m’endors. Jean-Marc Sylvestre – pouvait-on trouver plus minable ? – joue le rôle de modérateur. Il aurait été intéressant de savoir combien a été payée cette imposture journalistique. En même temps, je voudrais pas que vous rendiez vôtre repas en lisant le Fwiyapin. JMS taquine la représentante du CTM (Comité touristique Martiniquais) qui lui adresse quelques boks. Ça amuse les spectateurs, qui lui donnent raison sur la forme mais pas sur le fond, tant Karine Roy-Camille semble empêtrée dans ses contradictions. Son alter-ego guadeloupéen est là. Plutôt effacé dans le débat, Willy Rosier a dit texto que le tourisme était une industrie dont le produit (la matière première?) était le patrimoine. Si avec ça on est pas sorti de la crise …
Et les autres participants ? Une dame de Pierre & Vacances, un type d’Accor, un mec du Club Med, et un boug d’Air France … Le tourisme ne passerait donc que par ces grandes chaînes hôtelières ? Pas un seul propriétaire de gîtes, pourquoi ? On se serait même contenter d’une modeste connaissance des organisateurs; ces derniers ont, semble-t-il, préféré nous en mettre plein la vue.
Pour introduire un peu de piment dans le débat, Gilles de Bondamanjak envoie des tweets malicieux sur l’écran géant. Ainsi la salle s’ennuie moins. Le sujet du Kalenda, hôtel abandonné dont on aurait même volé l’amiante n’est pas esquivé. Finalement le point de vue de Sylvestre peut nous éclairer. Lui, ne voit aucune différence entre les Maldives, Saint-Domingue ou les Antilles françaises. Si ce n’est le coût du séjour. Pu(n)ta Cana plutôt que Saint-Anne donc. On ne nous a pas expliqué comment on concurrence une dictature où le prix du travail est bien moins élevé que dans les « régions ultra-périphériques de l’Europe » ? Et plus j’entends les clichés sortis de la bouche du journaliste libéral, plus je repense à cette dame, touriste dans un grand complexe, au début du reportage de John-Paul Lepers La Guadeloupe est-elle une colonie française ? …
Si une forme de tourisme vert (gîtes ruraux) semble bien fonctionner sur la côte sous le vent, on voit mal comment l’industrie touristique pourrait à elle seule redresser la situation critique de la Martinique et de la Guadeloupe.
Surtout qu’un indicateur important n’a pas fait réagir grand monde. La part du carburant dans le coût de revient des vols est passé de 10 à 35%. L’euphorie libyenne et la découverte de pétrole en Guyane ne suffiront pas à terme au déclin de l’industrie aéronautique, et donc au tourisme de masse.
Atelier énergie : beaucoup de vent et rien de nouveau sous le soleil
Les intervenants à l’exception de Daniel Chaumet (Région Martinique) ne semblent pas être des ultramarins. On ne veut pas dire par là qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent, mais la désagréable impression qu’aucune solution ne viendra de nous est donnée. La Martinique ne possède pas d’usine bagasse-charbon comme à Maurice, à la Réunion ou à la Guadeloupe. 97 % de la production d’électricité provient des énergies fossiles.
Inutile de parler d’économie d’énergie, de réduction des gaspillages. La consommation électrique a une croissance beaucoup plus forte Outre-mer. Il est exaspérant ce crâne d’œuf d’EDF qui parle toujours « des îles », peu importe l’océan. Je crois qu’il y englobe même la Guyane…
Et paraît-il, il ne faudrait pas donner trop d’importance à l’éolien ou au photovoltaïque. Il est vrai que ce dernier concurrence dangereusement les terres agricoles dont la superficie s’amenuise continument.
La seule innovation qui tient en haleine le public vient de Fred le Lidec. Ce monsieur travaille pour la DCNS. Une boîte qui fabrique des engins de morts et dont le nom est désormais lié aux scandales de la vente des frégates de Taïwan et au « karachigate ». L’énergie renouvelable est aussi un sujet de recherche chez ces gens. D’ailleurs l’hydrolienne, turbine qui utilise les courants marins créés par la marée, a récemment fait parler d’elle dans les grands médias. Cette technique est prometteuse en Bretagne mais dans les endroits où les marées sont beaucoup plus faibles ? Autres sujets de recherche : des éoliennes flottantes sont à l’étude, et la récupération de l’énergie de la houle vaudrait le coup de s’y pencher. Plus surprenant, l’exploitation envisagée du « gradient de la thermocline » (variation de la température des eaux sous-marines). Le meilleur gradient, donnant un coût du Kwh plus rentable, se trouve en Martinique. La piste serait moins intéressante à Tahiti et à la Réunion.
Voilà, à la fin de cet atelier, à part la connaissance de ces nouvelles recherches, on a l’impression d’en sortir appauvri (comme de l’uranium)…
Économie numérique
Un coup d’œil rapide pourrait laisser penser que là encore ça manque de mélanine. Pourtant cette fois, ce sont bien des gens qui vivent sur les territoires concernés, à l’exception de Michel Juvillier et du correspondant parisien de RCI. Avec eux, Nicolas Despointes, boss de Corida, et Philipe Menant (groupe Hersant propriétaire de Fwans Manti) se lancent dans une discussion soporifique sous l’oeil de la pauvre Mélina Seymour-Gradel qui doit rester éveillée.
Juvillier fait remarquer que les prix internet sont tellement chers que les internautes ne s’attardent pas forcément sur la toile autant que les surfers hexagonaux. Effectivement, quand on a un forfait limité qu’on paye la peau du tchou, on va à l’essentiel et on passe à côté de choses extraordinaires (comme le site Fwiyapin par exemple).
Les statistiques données montrent qu’il y a de la marge à ce niveau. Malgré l’ennui du débat, on a l’impression que dans ce domaine, un développement est possible : 62% des Martiniquais vont sur le net. 50% font des achats en ligne. Mais ces achats à 80% ne se font pas sur des sites martiniquais.
Des spectateurs sont excédés que, l’Outre-mer représenté à cet atelier en particulier, et dans la JOMD en général, ne se réduise qu’aux Antilles et à la Guyane. Cette année, la Réunion semble moins délaissée, mais Mayotte, la Polynésie ou la Nouvelle-Calédonie sont les grandes oubliées.
L’odieux-visuel
Lucien Jean-Baptiste avait été annoncé. Il n’est pas là. Camille Mauduech ? Absente. Guy Deslauriers ? Idem. Euzhane Palcy. Pas là non plus. Par contre, on a droit à Thomas N’gijol. Pourquoi ? Là encore, je n’en peux plus tellement Gilles Elie dit Cosaque, Jean-Claude Flamand Barny provoquent une narcose collective et Morphée me récupère sur la route du sommeil. Monsieur BMJ secoue un peu les protagonistes en demandant qui sont les murs que nous devons abattre. Il ne veut pas entendre ce que le mec de France zéro Ô veut lui répondre. Un « retourne dans ta case » plus tard, l’organisation sépare les deux protagonistes pour que ça n’en reste qu’aux paroles.
Cet atelier se déroulait pendant que Paille – qu’on connait surtout comme artiste de dancehall, mais qui est également un enseignant et un formateur – participait à l’atelier intitulé « faut-il avoir peur des jeunes ? », en compagnie entre autres du directeur de pôle emploi Guyane, du vice-président de la région Martinique Daniel Robin. Paille nous a accordé une interview (ci-dessous). Après cela, l’envie n’y était plus tellement de rester écouter les fadaises de Parisot et de Penchard qui n’avaient même pas assisté à la journée. Tant pis pour le cocktail dinatoire, un verre de Kanasao et je prends la tangente. Si vous souhaitez (re)voir les débats, les vidéos sont en ligne.
Samedi 27 août 2011. Paris XVIII ° arrondissement.
Fin des vacances, fin du mois d’août, fin de semaine, fin de journée. Montmartre, cette jungle urbaine est envahie par des hordes de touristes susceptibles de vous agresser sans aucun avertissement préalable. Un couple, visiblement perdu qui demande son chemin dans un idiome inconnu contenant quelques mots d’anglais, ou alors un monsieur vous ordonnant avec autorité de le prendre en photo avec sa femme dans ce quartier qui leur rappelle tant Amélie Poulain … Passé la synagogue hyper-sécurisée de la rue des Saules, la lumière crépusculaire sur les briques des bâtiments voisins du théâtre Funambule m’évoque avec nostalgie la ville rose de Nougaro.
L’entrée en scène de Frédérick Sigrist se fait sur un morceau de la Compagnie créole, mais c’est pour mieux rire des poncifs et des préjugés. Et c’est partie pour plus d’une heure d’intense poilade. Plié de rire, on en oublie le peu de confort que la chaise propose à notre séant.
Sigrist refait l’actu et il n’oublie aucune des raclures qui nous gâchent le temps, des agences de notation au couple de la rue du faubourg Saint-Honoré. D’ailleurs quand il tape sur les locataires de l’Élysée, une partie des spectateurs rigolent jaune. Pareil quand il dénonce l’islamophobie française et malmène les catholiques. Mais rassurez-vous les sympathisants de mesdames Aubry et Royal en prendront également pour leur grade. Idem pour les fans de Nicolas Hulot, ce balai à chiottes dont même les verts n’ont pas voulu pour leurs toilettes sèches.
Alors qu’il y a de quoi se flinguer trente-douze mille fois en regardant un JT, le comique arrive à nous faire marrer des guerres et des conflits qui secouent la planète, des tsunamis et des catastrophes écologiques, de Fukushima et d’Hiroshima, de la crise économique grecque, étasunienne, française, mondiale.
Rebondissant sur les hilarantes primaires socialiste et écologiste, le cas DSK, les lapsus et les perles d’un gouvernement d’abrutis et d’obsédés, le comédien s’inspire avec brio de l’actualité hexagonale. On a même droit à une petite visite guidée dans la banlieue de Nancy, là où a grandi Frédérick. Mais du côté de son père … sé on tiboug Gwadloup ! Voilà donc une raison de plus pour parler de ce nouveau venu dans l’arène des meilleurs comiques français.
En plus Sigrist fait dans le social et permet à tout un chacun de voir du théatre en vivant et en direct selon ses moyens. A la fin du spectacle, il attend dehors son salaire avec un chapeau et le public donne selon son appréciation.
Frédérick Sigrist possède un humour tordu et intelligent, un mauvais esprit comme nous l’aimons. A voir absolument le mardi 20 septembre au théâtre Traversière (Paris XII°).
Il vaut mieux acheter des livres de Martiniquais et de Guadeloupéens dans toute ville hexagonale possédant une librairie digne de ce nom plutôt qu’à Baie-Mahault ou Lapwent. Pour preuve lire ce qui suit : une analyse simple mais non simpliste de l’existant et le récit d’une tentative échouée d’un rapport « gagnant-gagnant », id est nourrir son esprit affamé tout en permettant à une entreprise guadeloupéenne de prospérer …
Acheter un livre : militantisme ou masochisme ?
On a vu le LKP déployer tout un éventail de propositions afin de lutter contre la vie chère et de nombreuses formes de pwofitasyon, sans oublier pour autant l’importance de la culture. Nous ne reviendrons pas sur la quasi-exhaustivité des revendications, il nous semble pourtant que la question des livres est passée à la trappe. Voici un produit relativement cher, pour lequel nous avons un engouement inversement proportionnel au champagne. Alors qu’en Hexagone, le prix du livre est fixé, ce qui permet la survie de petites structures face à des mastodontes tels que FNAC et Virgin ; en Guadeloupe une surtaxe vient frapper violemment l’acheteur au portefeuille. Qu’ont fait nos élus pour combattre cela ? Considère-t-on que seuls des nantis achètent des livres et qu’ils ne seront donc pas à quelque euros près ? Pourtant on peut s’offrir plus de plaisir et ouvrir davantage son imaginaire avec une caisse de bouquins plutôt qu’un écran plat …
Rentrez dans une librairie de Karukera (je ne sais pas pour la Martinique et la Guyane mais je subodore que la situation est identique …), prenez le livre d’un guadeloupéen, par exemple Mes années de proscrit de l’historien Oruno D. Lara. Le prix Fwans est imprimé sur le bouquin. 29 euros ce n’est pas rien. C’est l’équivalent de quatre places de cinéma au Rex, autant en bouteilles de rhum, plus d’une dizaine de salades locales. Mais si vous voulez repartir avec ce bouquin il vous faudra débourser ENCORE PLUS que la somme indiquée. Une étiquette est présente pour vous rappeler que si vous désirez acquérir en Guadeloupe un ouvrage écrit par un guadeloupéen pour (entre autres) ses compatriotes guadeloupéens il faudra débourser 5 ou 6 euros de plus …
Pour avoir un espoir de payer le même prix qu’en Hexagone, il faut que le livre soit édité localement, par exemple chez Jasor ou Nestor … Pas de bol, les entretiens de Lara sont publiés chez L’Harmattan… Et la douceur des alizés ne fait pas passer ma déception, j’ai subitement mal à la tête comme un paysan occitan soumis dans son champ au vent d’autan en été.
Plus grave encore, certains livres ne sont même plus sur les étals, toujours méconnus des interlocuteurs. C’est par exemple le cas de Nonmkali hommage à Sonny Rupaire de Carlomann Bassette édité aux Éditions Lespwisavann sorti cette année même …
Médaille d’or de l’accueil pour Jasor et la librairie Antillaise
A ce problème de prix, viennent s’additionner d’autres problématiques. Vous savez que vos livres coûtent certainement moins cher ailleurs, pourtant vous vous obstinez bêtement à faire vivre économiquement un lieu qui ne vend pas des produits de consommation ordinaires.
Mais quelques mots échangés avec les salariés de ces entreprises peuvent vite vous faire tourner les talons. Un jour, ne le trouvant pas à côté des journaux locaux, je demande à la L.A de Baie-Mahault où est le magazine Antilla ? « Vous êtes sûr que ça existe monsieur ? » … Bon, passons sur l’ignorance des employés sur les journaux, magazines et livres disponibles dans leur magasin, nous sommes en Guadeloupe et j’ose espérer que si j’avais demandé Le MotPhrasé ou Le Progrès Social la réponse eut été autre.
Mieux ou pire, la désinvolture des employés quand vous avez le malheur de leur poser le début d’un commencement d’une minuscule question. » Voyez avec ma collègue » me dit une dame à Jarry en me montrant un comptoir vide quand je lui demande si elle sait où je peux trouver deux livres, là encore d’auteurs antillais. Woké an ka fèw chyé, an ké aché biten an mwen tou sèl. En levant la tête de temps en temps, je n’ai jamais vu quelqu’un revenir à la dite place pendant ma longue et infructueuse investigation dans les rayons. Pendant ce temps-là, la dame qui m’a envoyé bouler range consciencieusement des ouvrages.
Autre anecdote, antérieure celle-ci, mais toujours au même endroit. Je cherche un livre écrit en créole martiniquais dont j’ai vu les références sur Montray Kréyol. Naïvement, je me dis que si la librairie ne l’a pas en stock elle pourra me le commander. J’ai l’auteur, la maison d’édition (qui n’est pas une inconnue puisque c’est Ibis Rouge) et même son ISBN. En étant aussi exhaustif, je me dis que tout cela suffira et qu’au pire je n’aurais plus qu’à payer les arrhes si le livre n’est pas disponible. Awa insuffisant ! Il manque le code barre … Ki mafouti é sa !!!! Quand on cherche un livre, maintenant il faut le code barre ? Illico je me casse. Point barre.
A Pointe-à-Pitre, toujou aka Jazò, il semble plus facile de pouvoir faire une recherche. Je pense avoir de la chance, ce sont les vacances et des étudiants sont utilisés en renfort. Mais leur connaissance des produits, plus excusable, est aussi sévèrement lacunaire que celle de leurs collègues. Le logiciel de recherche, fort piteux, ne fonctionne que par auteur ou éditeur. N’allez pas là-bas si vous n’avez que le titre du bouquin; de plus une incertitude au niveau de l’orthographe de l’auteur pourrait vous être fatal.
Voilà, alors que j’habite dans « le ventre de la bête », j’ai essayé stupidement de donner la force, prêt à acheter parfois plus cher, pour ne pas repartir du pays avec uniquement des litres de rhum dans mes valises. Mais awa, non, nein, no more. Je commanderai désormais mes livres dans des librairies en France, ou alors sur internet. Et si jamais je remets les pieds dans les commerces susnommés (ce qui est somme toute fort probable), ce sera pour la presse. Et alors là si, par hasard, je tombe sur une petite perle … alors là … ou pa jen sav …
Dans un moment de semi-lucidité, le lendemain d’une soirée arrosée (mais pas par la pluie) et embrumée (par un brouillard du à une combustion de végétaux dont Rabelais et Peter Tosh faisaient l’éloge), réveillé par la chaleur torride propre à ces épisodes caniculaires inoubliables du Sud-Ouest (à moins que ce ne soit un appel de mes intestins à rejoindre très vite les toilettes) une succession de questions insolites m’envahit. Ne pouvant m’empêcher de partager avec vous le fruit-à-pain de mon imagination, voici quelques réflexions philosophiques, qui j’en suis certain ne vous laisseront pas insensibles :
Si Dieu est partout, peut-on l’avoir comme ami sur facebook ?
Toujours sur ce même site, se lamenter sur un mur revient à se convertir au judaïsme ?
Quand l’ancien préfet de Guadeloupe s’est blessé, il s’est fait soigner en Hexagone. Il n’avait pas confiance ou il avait peur de se faire soigner par des adhérents de l’UGTG ?
Quand on n’est pas astrophysicien un trou noir c’est troublant…
Le sophisme du porc : L’argent est sale / les femmes aiment l’argent / les femmes sont des cochonnes. Si vous êtes d’accord avec ça ne vous étonnez pas qu’on vous dise d’aller vous faire ongulé.
En mathématiques plus par plus ça fait toujours plus. En politique c’est le contraire, exemple : « travaillez plus pour… »
Tiens, il existe google.gp, google.gy mais pas google.mq
La crise rendrait intelligent ? Grâce à elle, le gouvernement français sait maintenant que les riches ont de l’argent…
Essayer de traverser la chaussée au niveau d’un passage piéton en Guadeloupe équivaut à une tentative de suicide.
Lu sur Bondamanjak, 566 033 voitures en circulation en Martinique pour une population – mineurs et adultes non titulaires du permis de conduire compris – de moins d’un demi-million d’habitants. Faut-il renommer l’île Cartinique ?
An vakans la, sé toujou lé menm son ou ka tann an radyo-la. É si ou sizé douvan an télé sé menm biten.
Mè pou séla ki pa té o Péyi, mi an ti sélèksyon a klip. Ni sa nou pa té pé pa mété yo. Ni sa nou ka pòté, évè ni dé maji nou pa mété davwa nou enmé son ki réyèl, mè pa kon on kolonèl …
Nou ka ouvè tan-la épi P-Square, on awtys ki pa soti Lakarayib, mè son a misyé fè rat an tout radyo :
Alèla nou ka lésé Afwika pou Gwada, Mada é Yana. Sé Saik i ké sèvi zot gid touwistik :
Zot rivé Gwadloup, kité gwandtè pou désann asi Bastè. Sélè pou pwan an Fwesh !
Contrairement aux Antilles où il n’y a pas d’été, les habitants de l’Hexagone sont actuellement en période estivale (théoriquement). C’est donc pour beaucoup de Français le moment propice d’aller se dorer la pilule au soleil, juillettistes et aoutiens se croisent dans des ballets automobilistes idiots. Mais c’est aussi le temps pour ceux qui peuvent se le permettre de visiter les colonies, ces confettis d’un empire décati.
La Guyane permet à la France d’envoyer des fusées (la propulsion est plus aisée quand on décolle à proximité de l’équateur), de se vanter d’une biodiversité époustouflante, et on ne parle même pas de la richesse notamment aurifère que recèle son sol. Les gigantesques gisements miniers de la Nouvelle-Calédonie sont-ils un moteur ou un frein à l’indépendance de la Kanaky ? L’espace maritime gagné grâce à ses dépendances sur le Globe permet à la Gaulle de se donner l’illusion qu’elle est encore une grande puissance dans un monde multipolaire.
Saviez-vous qu’on ne dit plus DOM-TOM puisqu’il n’y a plus de TOM ? Mais géographiquement détachés de la mère patrie, ces départements, pays ou collectivités, collectivement les habitants de la métropole s’en foutent. L’outre-Mer à la française, ce sont pourtant plus de deux millions d’individus. Mais sur France-Inter c’est à peine cinq minutes vers 05h30 du matin durant lesquelles on mélange pèle-mêle des territoires situés à des antipodes. Mais pourquoi se plaindre du service public alors que France O passe à longueur de journée des émissions imbéciles de télénovélas, la télévision d’État déversant dangereusement un contenu idéologique à ses con-citoyens entièrement à part.
Alors quand arrivent les vacances, comme il faut bien meubler et qu’en plus nous sommes l’année de l’outremer (c’est papa Sarko qui l’a dit), chaque soir France-Inter consacre gracieusement une heure d’antenne aux colonies. Souvent, sur les ondes on entend n’importe quoi. Et c’est quelque part plus dérangeant qu’un député racolant l’électeur de Lepen nommé secrétaire général à l’Outre-Mer pour l’UMP. Oui entendre Daniel Maximin confondre Léwoz et Bèlè vaut son pesant de cacahouètes. D’ailleurs sur le site Bondamanjak dont le leitmotiv est de reprocher à l’internaute de confondre pistache et cacahouète, de véhémentes réactions ont eu lieu suite à une émission invitant Roger de Jaham, un triste sire que nous avons déjà évoqué à travers son association Tous Créoles ! .
Pourtant, dans tout ce fumier, au rythme d’une émission par jour, il doit bien y avoir quelques roses qui éclosent et dont la beauté s’extirpe de la fange. Les archives recensent des entretiens avec Maryse Condé, Euzhan Palcy, Christiane Succab-Goldman, Davy Sicard à la découverte de ces pays de l’hémisphère, etc. Alors même critique, n’hésitez pas à y jeter une oreille.
Vous l’aurez compris au titre, le chroniqueur le plus récurrent du Fwiyapin n’a pas été follement enthousiasmé par le film. Mais la voie qu’il ouvre et les débats qu’ils suscitent ne sont pas sans intérêt.
Le scénario est plus mince qu’un mannequin anorexique, mais ce sont parfois ces types de scenarii qui sont la base des meilleures comédies. Voilà donc un premier film, pas forcément raté mais pas réussi non plus.
Éboué prétend faire un film sur l’identité. Alors résumons, pour parler de l’identité en 2011 en France, il faut se placer en Martinique en 1780 ? Pourquoi pas, mais le sujet ne peut pas être traité avec autant de complaisance. Deux mecs racistes, un lèche-cul aliéné et un pauvre type qui cache lâcheté et nullité sous un vernis de rébellion, se verront offrir une rédemption en retournant dans le passé.
Deux frères se retrouvent en Martinique au chevet de leur père mourant qu’ils n’ont jamais connu. Antagonistes dans leurs excès, Joël attribue tous ses malheurs aux Blancs tandis que Régis voudrait voir disparaître pour toujours le phénotype que lui a donné son géniteur. Constatant que l’héritage paternel consiste en la transmission de l’acte d’affranchissement d’un aïeul, ils le déchirent avec mépris et s’assoient allègrement sur un quelconque devoir de mémoire. Pour les punir, leur tante les envoie deux siècles en arrière. Avec des quiproquos et des scènes décalées, qui avouons-le font rire ou sourire.
Les visiteurs revisités avec une morale dégoulinante de bons sentiments
Le problème du film n’est pas de faire rire d’un crime contre l’humanité. Ce sont ses maladresses. Il est vrai que l’humour d’ Éboué est réputé être trash, pourtant il règne sur le film comme une volonté de ne blesser ou de ne choquer personne. Malgré tout, cet objectif est raté.
Le traitement des Nègres marrons est tout bonnement affligeant. Ils sont représentés comme des êtres assoiffés de sang. Le film renvoie leur violence et le système esclavagiste dos à dos. Les frères fuient les rebelles quand Régis refuse de répondre à l’injonction de tuer tous les Blancs lors d’une cérémonie. Les bons Nègres seraient donc ceux qui ne remettent pas en cause l’ordre établi ?
D’ailleurs l’esclavage présenté, hormis les punitions infligées aux protagonistes (fouet, fleur de lys tatouée sur le postérieur), n’a pas l’air si terrible. C’est un des principaux défauts du film. Les spectateurs n’ayant pas la connaissance historique des atrocités pratiquées à l’époque seront-ils capables de se représenter cette période de l’histoire comme l’un des pires moments de l’humanité ?
Régis démystifie avec brio le prêtre en démontrant que les prêches légitimant l’esclavage sont les fruits de l’imagination de l’ecclésiastique; mais la malédiction de Cham, caution religieuse de la traite négrière tirée d’une interprétation biblique n’est pas expliquée. Il ne fallait pas se fâcher avec les spectateurs catholiques ?
L’allusion à Victor Schoelcher est elle aussi regrettable et ridicule. Le seul blanc qui ne soit pas grossièrement raciste, méchant jusqu’aux os et sadique jusqu’à la moelle est un gamin d’environ quatre ans. Il porte le prénom de l’abolitionniste et est décrit comme l’avenir par un des deux héros. Dans ce monde qui n’est pas manichéen, n’oublions pas que le politicien (né à Paris et non en Martinique) ne fut pas tout de suite pour une abolition immédiate et compta parmi les plus ardents défenseurs de la colonisation.
Aujourd’hui Case départ, et demain y aura quoi à l’arrivée ?
Avoir réalisé une comédie se situant dans un tel contexte n’est pas un exploit à saluer. Mais il faut bien reconnaître que Case Départ ouvre la voie à d’autres productions, qui seront peut-être plus réussies. Des Antillais auraient-ils osé faire une comédie se déroulant au temps de l’esclavage ? Si, mais il aurait été alors très difficile de ne pas s’encombrer de considérations historiques. Ce qu’a réussi la bande à Éboué. Mais les scénariste et réalisateur sont « décomplexés » jusqu’à l’excès, ce qui donne ce résultat mitigé. Entre rires et malaise, on rit jaune comme un adolescent avec appareil dentaire dans un mayémen.
Des films historiques existent (1802 l’épopée guadeloupéenne, Sucre amer) mais jamais personne avant n’avait pris le contre-pied de rire de cette page douloureuse de notre histoire. Pourquoi ? Parce que c’est certainement un des exercices les plus difficiles. N’gijol et Éboué ont échoué, cela ne veut pas dire que personne n’y arrivera. Le succès économique incontestable du film contribuera peut-être indirectement à l’émergence de long-métrages sur l’esclavage et la traite. On connaît la frilosité des producteurs sur ces thèmes, et la prétendue absence de stars noires banquables. Surmonter ces obstacles passe par la multiplication de produits industriels et médiocres. Alors soyons patients car la petite perle ne sera pas pour demain avec des réalisateurs comme Lucien Jean-Baptiste ou Jean-Claude Flamand Barny.
Nous n’appelons pas les lecteurs du Fwiyapin à s’abstenir de voir le long métrage de Lionel Steketee et de Fabrice Éboué. Vous vous ferez votre propre idée, mais demandez vous quand même comment serait reçu le film par quelqu’un qui ne connait strictement rien sur le sujet.
L’histoire d’un prétendu boycott n’a fait que gonfler le buzz en faveur du film. Il a été tourné à Cuba, non pas en raison d’un lobbying contre le tournage du film en Martinique mais par le droit de regard demandé par les propriétaires des champs de cannes à sucre en 2011. Une dernière chose : Eric Zemmour, chroniqueur aussi raciste qu’un président de la république française, qui mouille son slip dès qu’il entend le nom de Napoléon, a aimé le film. Vous voilà prévenus !
Qui se souvient qu’il n’y a pas si longtemps, l’usine de Grosse-Montagne était encore en activité ? Mais peut-être est-ce un temps que les moins de vingt ans …
Annoncée à un moment comme un futur musée, c’est finalement à BeauPort que s’est érigé le Pays de la canne. Grosse Montagne ne fume plus, mais à voir son état de délabrement, ses ruines sont potentiellement l’endroit rêvé pour des fumeurs désirant se défoncer en toute quiétude. Des plots oranges fixés à une cuve, et voici une œuvre d’art. Les écrits d’ un « extra-lucide » s’étendent progressivement le long des murs et aux alentours de l’usine. Rien de bien fertile dans cette prose contenant d’amusantes coquilles. Les voitures passent, indifférentes à ce qui fut jadis le fer de lance de l’industrie agricole lamentinoise.
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